— Bonne journée et fais bien attention à toi. Et aussi... Sois gentil avec Mael !
Il ne doit surtout pas répondre ! Quand bien même cette dernière et habituelle recommandation l’énerve viscéralement, il ne faut pas y réagir. Il y a droit à chaque fois, tous les matins, et ce, qu’importe lequel de ses parents est présent ce jour-là pour s’assurer qu’Arthur et lui soient opérationnels, pour l’école. Au début au moins, il avait tendance à soupirer lourdement pour désapprouver ! Mais il le sait, ça ne sert à rien et il comprend parfaitement pourquoi...
Ils vont avoir douze ans sous peu et ils sont entrés au collège il y a déjà deux mois. Ça n’a pas été facile de préparer la rentrée, les vieux se sont vraiment pris la tête. Andréa n’a pas imaginé d’ailleurs que cela se passe de cette façon... Il pensait simplement qu’ils iraient dans l’institut du coin et qu’il n’y aurait pas de quoi tergiverser. Mais il s’est trompé, et les darons se sont réunis pour écouter leurs avis à ce sujet. C’est comme ça qu’ils ont soumis vaguement l’idée de les inscrire dans des écoles différentes...
Andréa n’y avait pas réfléchi, et au début il n’aimait pas la notion ! Seulement elle s’est lentement incrustée dans son esprit, prenant forme, et il a fini par l’envisager ! Ne pas aller au même collège signifierait ne pas être stigmatisé comme ils l’étaient ! Certes, la rumeur de son marquage ferait feu, mais sans l’Alpha dans les parages, son intérêt ferait bien moins de bruit ! Mais sitôt que sa tante Marianne a émis l’idée, Mael a explosé. L’oméga n’a pas eu le temps de donné son avis, directement les phéromones de son lié lui ont brulés le nez et il s’est tut. Si la proposition lui plaisait, ce n’était absolument pas le cas pour l’Alpha. Il l’a sentit presque paniquée à la suggestion, se laissant presque guider par son instinct.
Il n’avait pas eu le choix de répondre avant que l’autre abruti ne fasse une connerie ! Alors à son tour, il avait enrobé dans son arôme, assurant sa présence à ses côtés. Instantanément, Mael s’était tu, reprenant pied. La proposition tomba à l’eau, mais les darons n’avaient apparemment pas dit leurs derniers mots, et si le blond semblait ignorer pourquoi ils cherchaient à les séparer, Andréa savait pourquoi...
Mael n’a qu’un seul ami ; Arthur, et il s’agit d’un membre de sa famille. En dehors de ça, L’Alpha reste solitaire. Cela ne s’est pas forcément bien passé à l’école, Andréa est le premier fautif, il ne s’en cache pas. Il y a plein de choses qui ne lui convienne pas ! Quand il voit des gosses débiles aux côtés de son lié, ça l’insupporte juste et il explose. Il n’arrive pas à y mettre les bons mots, mais il sait que c’est un truc qui éclate dans son bide jusqu’à le rendre fou.
Au moment où ils se sont liés, ils avaient cinq ans, et les deux petits garçons en avaient parlé... Les pairs, ce sont des amoureux ! Comme leurs parents qui se font des bisous tout le temps ! Mais eux, ça les dégoute complètement, alors pas question ! Ils seront simplement amis, les meilleurs du monde, et puis c’est tout. Le marché était conclu ! Et depuis les choses n’ont pas changé, il le pense, il n’a jamais eu de sentiments affectueux pour qui que ce soit, encore moins pour cet imbécile d’Alpha ! Ce genre de truc stupide n’est pas faite pour lui, c’est même moins intéressant que de savoir qu’il y a des promos sur les œufs au supermarché...
Ce n’est pas une affaire similaire à cette forme d’émotion, du moins il l’imagine, c’est quelque chose de bien plus instinctif ! Un machin chiant qu’il ne contrôle pas vraiment, qui le surplombe dès qu’il aperçoit ce sourire idiot sur sa face alors qu’il discute avec quelqu’un d’autre. Donc ouais, ça le fait vriller et il se met à hurler !
Alors sa pair s’est simplement renfermé et n’a plus cherché à parler à personne, finissant par alerter leurs familles. Envisagé un collège différent, c’était pour eux une démarche, histoire de permettre à Mael d’avoir la possibilité de s’intégrer...
Andréa ne peut pas vraiment dire que ça ne l’emmerde pas royalement ! Qu’on se mêle de ce qu’il se passe entre eux comme si quelqu’un d’autre avait son mot à dire, le met en rage ! La manière dont ils vivent leur lien les regarde, et personne ne devrait avoir à interférer ! il abhorre de plus l’idée... Cependant il peut entendre la place des vieux et tente alors de se restreindre, bien qu’il a envie de leur dire sa façon de penser.
Quoiqu’il en soit, ils ont respecté le désir de Mael, et ils sont dans le même collège, imposant seulement une chose : ne pas les mettre dans la même classe !
Aux yeux de l’Oméga, ce n’était qu’un détail ! Il n’avait pas compris en quoi cela pourrait aider son c****n de lie de se faire des potes, mais il s’était promis à lui-même d’essayer de se contenir cette fois. Mais en dehors de ça, il ne devrait pas y avoir de changements à ses yeux. Quand il marchait pour aller en cours, son ombre était là ! Silencieux, conservant toujours une bonne distance, celle que son Oméga exige de lui sans rouspéter !
Et ça aussi, ça l’emmerde !
Ça fait de lui l’égoïste, le méchant de l’histoire. Il savait très bien que Mael ne pensait pas de la sorte, et si Andréa lui aurait fait part de son ressentit à ce sujet, l’Alpha s’en serait même excuser. Alors il se la ferme, acceptant le rôle auquel il n’a pas envie de s’identifier. Lui aussi, il aimerait pouvoir retrouver son meilleur ami et beaucoup de choses lui manquent, seulement il n’y arrive pas...
Donc rien n’a changé depuis lors, mais personne ne peut contester qu’il ne fait pas d’effort ! Car à l’école, il ne dit plus rien...
Mael s’est effectivement intégré et se balade avec deux connards. Andréa les a souvent vus rire ensemble et il n’est pas intervenu. Heureusement, ils ont des emplois du temps différents, ne partageant même pas les heures de cantine ! Alors il ne les croise que rarement...
Mais c’est indéniable, dès qu’il sent le picotement régulier lui longer la colonne vertébrale, il sait que son Alpha est proche, et il sait qu’il n’est pas seul... Une explosion similaire le surprend, pareil que lorsqu’ils étaient en primaire ! Heureusement aujourd’hui, il arrive à l’enfermer à l’intérieur de lui, l’étouffant sous un oreiller. Il empeste parfois et ça devient carrément impossible de se retenir, et il peut remercier les darons de les avoir séparés ! Les avoir sous le nez, il n’aurait pas supporté... Cependant, il garde le contrôle, et ne dit rien.
Il ignore tous les couillons qui viennent souvent l’emmerder, lui énonçant des questions cons sur leur relation. Ils réclament sans permission, qui des deux a proposé ou comme c’est de sentir constamment quelqu’un d’autre... Ils n’ont pas de limite, ils posent même des interrogations sur leurs périodes de chaleurut, demandant comme si c’était normal de s’en mêler, ce qu’on ressent dans ces moments-là !
Ils pensent que c’est innocent, qu’il n’y a rien de mal à quémander ! Mais c’est intrusif, et bordel, Andréa n’accepte pas qu’on tolère ça ! On ne sollicite pas les adultes pour ça, ils se le permettent juste parce qu’ils sont jeunes aussi, sans prendre en considération que ça reste du domaine de l’intimité.
Du coup, il leur dit franchement à quel point il leur fait chier avec leurs foutues interrogations qui ne les regardent pas ! Il les menace d’une œillade furieuse, suggérant qu’ils ont plutôt intérêt à se mêler de leur c*l s’ils ne veulent pas qu’il le leur botte une bonne fois.
Andréa a toujours eu ce maudit caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds. C’est ainsi que les élèves ont naturellement pensé qu’il était l’Alpha de leur pair, le taquinant souvent à ce sujet. L’oméga trouve ça horriblement c*n ! Ils devraient tous savoir que ça n’a rien à voir avec la personnalité, ils vivent dans un État civiliser... Qu’il faut être débile pour croire que l’univers tient dans le creux d’une main...
Pourtant en histoire de la vie, on leur a expliqué comment tout cela se passaient “avant” et comment les choses se font encore dans certains pays de sable lointains. Les lois ont bien évolué, et ils devraient en être heureux, car il n’y a pas si longtemps que ça, il était d’usage que chaque Oméga mette au monde un enfant dès leur majorité... Étant donné le faible taux de natalité, et le fait que seuls eux soient capables de porter la vie, il existait bien des règles pour les y contraindre !
C’était ainsi, à peine cent ans ou presque plus tôt ! Ou d’horribles usines à reproduction étaient communes, enfermant un Oméga avec un Alpha. Mais c’était bien trop simple ! Même les chaleurs ou les ruts ne rendent pas une personne hors de contrôle, alors il fallait les “aider”. Il était donc d’usage de les droguer, leur faisant oublier leur principe ou pudeur, juste fou d’un désir à assouvir. Puis pendant les neuf mois, l’Alpha et l’Oméga supportaient la grossesse conjointement ! Même sans marquage, un oméga peut avoir besoin des phéromones du père pour le soutenir, quand bien même l’on pourrait s’en passer. Mais pour leur “bien-être”, ils étaient forcés d’expérimenter cette période ensemble. Et quand arrivait enfin la délivrance, tout se déchirait ! L’enfant était retiré et placé, laissant ces parents obligés dans l’impossibilité de le retrouver. Puis on les félicitait, comme si ce qu’ils venaient de vivre était on ne peut plus normal, et ils pouvaient repartir la tête haute d’après les autorités...
Ces histoires-là, on leur en avait parlé ! Cela s’était passé avant lesGrandes Manifestations OMEGALPHA.À l’époque, le gouvernement n’était composé que de Beta, ceux qui naissent sans glandes phéromonales ! Bien qu’ils sont capables de sentir les hormones, ils n’en possèdent témoignages pas et ne connaissent pas ces besoins. Cependant, même s’ils n’avaient pas le désir d’enfanter, il fallait tout de même assurer la survie de l’espèce ! Pour eux, tout ceci était justifié... Mais le peuple s’est finalement soulevé, réussissant à proposer un pair Alpha-Oméga pour les diriger.
Le jour ou les Usines ont été officiellement abolis dans leur pays est un moment historique mondiale, donnant le feu vert pour les voisins de les imiter. Ils avaient regardé une vidéo en cours, des reportages sur des grands-pères dégarnis qui parlaient, les larmes aux yeux, qu’ils avaient eu la chance de pouvoir grandir avec leur parent. Avant cela, la notion de foyer n’avait pas la même définition, mais c’est bien après toute cette agitation que les maisons en étaient réellement devenues...
Nombreux ont été touchés par ces témoignages, certains en ont aussi chialé ! C’est normal, qu’importe notre sous-genre, nos vieux sont justement ceux qui auraient enduré cela avant quelques-uns d’entre nous ! Sans parler de nos familles qui ne seraient absolument pas les mêmes... Beaucoup de changements mêmes, dans tous nos quotidiens, des copains des bancs d’école jusqu’à la manière dont on envisage nos libertés ! Les mœurs et coutumes ne sont plus les mêmes, tout a évolué...
Et heureusement !
Alors pourquoi cette b***e d’enfoirés n’est pas capable de voir plus loin ? Qu’ils pensent automatiquement qu’il est un Alpha juste parce qu’il n’a pas peur de les envoyer paitre, c’est assez débile... Personnellement, il se fiche qu’on se méprenne sur lui, et sans doute que Mael n’en a rien à faire aussi. Mais encore une fois, c’est une affaire qui n’appartient qu’à eux...
Quoiqu’il en soit, c’est son quotidien. Chiant et souvent frustrant, mais il s’en contente facilement. Ou du moins il y arrive, car il a trouvé une chose à laquelle se raccrocher...
L’idée lui est venue lorsqu’il avait été contraint d’accompagner son père pour faire des courses. Il y avait cette grosse affiche, placardée sur les murs face aux caisses. Au premier abord, elle semblait stupidement sans intérêt, mais qui pourtant avait un petit “je ne sais quoi” qui attirait l’œil. Il l’avait lu sans grande conviction, comprenant alors qu’il s’agissait surtout d’une pub pour une école d’art musical. Ça ne lui avait jamais traversé l’esprit, il n’est même pas particulièrement fan de musique, ni quoi que ce soit. Mais il y avait quelque chose de très attrayant...
Cela n’avait rien à voir avec sa marque !
Ce serait un univers nouveau, complètement neutre, qui lui appartiendrait, dans lequel il pourrait peut-être se réfugier... Et juste comme ça, dans la voiture, il en a vaguement parlé avec son paternel, rassuré de le découvrir enthousiaste ! Il était difficile de savoir si les adultes avaient compris le besoin caché, en tout cas, cela faisait donc plus d’un mois qu’il avait démarré les cours de solfèges et que sa grande famille l’encourageait.
Ça lui plait ! Il arrive à déchiffrer les notes avec facilité, s’attirant en outre un applaudissement admiratif de son professeur. C’est assez naturel pour lui d’entendre la mélodie qu’il lit et il commence à réellement se familiariser avec quelques instruments. C’est un souffle frais dans sa vie, son truc rien qu’à lui, qu’on ne peut pas lui piquer ni même déformer. Grâce à ça peut-être, il accepte la lourde recommandation de sa vieille chaque matin. Les pas derrière lui semble moins patauds à ses oreilles, et parfois les deux enflures qui tournent autour de son Alpha ont légèrement l’air moins misérables.
Avec ça, il se contente d’écouter les cours, ignorant les p’t**s cons qui se croient intelligents, et prend un autre chemin de retour tous les mardis et jeudis...
Mais il y a sans doute des exceptions, des moments où la ”magie" n’opère pas. Comme maintenant par exemple, une journée de chiotte qu’il a débutait directement lorsqu’il a marché dans une énorme c****e de chien, ayant l’impression depuis que l’odeur le suit. Il est fatigué et irrité, sans oublier qu’il a beaucoup de boulot à finir pour les cours du lendemain auquel il ne pourra pas accorder trop d’attention, vu qu’il va chez sa tante fêter l’anniversaire d’Alice... Pour y ajouter une raison supplémentaire de froncer les sourcils et de soupirer, il va bientôt entrer en chaleur et manquer une semaine de cours, ce qui l’obligera à devoir tout rattraper...
Aargh... Ça l’emmerde rien que d’y penser !
Mais le pire de tout, c’est sans doute ce qu’il a sous ses yeux dès le matin ! Ils avaient une sortie de prévue, il était évidemment au courant ! Il savait aussi qu’il allait se coltiner la classe de Mael puisque c’était réservé à tous les élèves de 6ème. Mais il s’est dit qu’il pourrait l’ignorer, comme d’habitude en soi. Ce n’était que pour une journée ! Une simple et horrible journée à le regarder, alors qu’il sent ses viscères qui gonflent encore et encore dans son estomac, tandis qu’il voit son abruti d’Alpha rire d’une connerie de son abrutis d’ami...
Il n’allait jamais tenir toute la visite !
Et il ne l’a effectivement pas fait...
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Prochain chapitre : Le clou du spectacle
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