Bernard était grassouillet. Le froid l’avait rendu aussi rouge que ses hontes soudaines et inexpliquées. Il se prétendait plus grand que moi. Ce jour-là, j’avais de hauts talons, et je le voyais, je le sentais plus petit que moi ; aussi quelque chose de méprisant se manifesta dans mon attitude. En lui disant bonsoir, ou bonjour, je lui dis de bien se reposer, qu’il me paraissait fatigué. Piqué, il me répondit qu’il travaillait plus que je ne pensais, et plus que moi, et qu’il le faisait pour moi. L’emphase me fit presque hausser les épaules. La séparation fut plus froide que le temps. Le déroulement de cette soirée me travailla. En m’endormant, mes pensées depuis toujours consacrées à la nostalgie, aux larmes, depuis quelques jours occupées à la préparation de la tournée, se fixèrent ce ma


