VI Le marquis d’Outreville, confiant dans son bon droit et sûr de l’amour de Lucile, ne craignait pas d’être poursuivi par sa belle-mère. La fuite des deux époux fut une promenade d’amoureux. On voyageait un peu le matin, un peu le soir ; on choisissait les gîtes ; on s’arrêtait, comme deux connaisseurs dans un salon de peinture, à tous les frais paysages ; on descendait de voiture, on suivait les sentiers, on entrait, bras dessus, bras dessous, dans les bois ; on se perdait souvent, on se retrouvait toujours. Lucile, aussi marquise qu’une femme peut l’être, et reconnue en cette qualité par tous les hôteliers de la route, parcourut en trois semaines le chemin qu’avec sa mère elle avait dévoré en vingt-quatre heures : cependant le second voyage lui parut plus court que le premier. L’arriv


