Mme Benoît dressa un plan de campagne qui n’aurait jamais réussi sans l’empire qu’elle avait pris sur sa fille, et surtout sans la fière timidité de Gaston. Pendant toute une semaine, elle parvint à tenir séparés deux êtres qui s’adoraient, qui s’appartenaient, et qui dînaient ensemble tous les soirs. Ce qu’elle dépensa de turbulence pour étourdir sa fille et d’effronterie pour intimider son gendre fait une somme incalculable. Tous les jours elle imaginait un prétexte nouveau pour entraîner Lucile dans Paris, et laisser le marquis à la maison. Elle se cramponnait à sa fille, elle ne la quittait qu’à bon escient, lorsque Gaston était sorti. À voir son zèle et sa persévérance, vous auriez dit une de ces mères jalouses qui ne peuvent se résigner à partager leur fille avec un mari. Sa premièr


