Couvertures-7

2010 Mots
Après m’être défoulé sur cette mélodie durant une bonne heure, je décide de rejoindre mes parents. Si je suis revenu pour quelques jours dans la maison familiale, c’est aussi pour passer un peu de temps avec eux. J’ai conscience de les avoir délaissés depuis mon arrivée. Je suis constamment replié sur moi-même, je parle peu et suis d’une humeur désastreuse. Il faut vraiment que je me ressaisisse. En descendant les dernières marches de l’escalier qui me mène au salon, j’entends mes parents hausser la voix. Surpris, je m’arrête et écoute ce qu’ils se disent. Je n’ai pas l’habitude de les voir se disputer, je ne sais même pas si je les ai déjà vus en réalité. Ils ont toujours voulu nous protéger mes sœurs et moi, que ça soit du monde extérieur ou de leurs discordes. Pour eux, nous n’avions pas à connaître les sujets de leurs désaccords. Mais là, j’ai l’impression que c’est bien plus que ça. Dans l’intonation de leur voix, je retrouve de l’inquiétude. Même si c’est mal et que l’on m’a appris à ne jamais écouter aux portes, je m’assieds sur la dernière marche et tends l’oreille. — Myriam, calme-toi, s’il te plaît ! — Comment veux-tu que je me calme ? Mon fils est malheureux. Il reste prostré à longueur de journée à attendre que le lendemain arrive, je ne peux pas le laisser faire. — Laisse-le vivre sa vie ! S’il a besoin d’être seul pour réfléchir, alors soit ! — Parce que pour toi passer son temps sur la plage ou à jouer du piano est une bonne chose ? — Si ça l’aide, oui ! — Tu ne comprends rien Daniel, depuis que son histoire avec Sara est finie, il n’a plus goût à rien, il déprime ! — Tu n’y vas pas un peu fort ? — Je suis sa mère ! Je sais quel mal ronge mon fils ! — Et moi je suis son père ! Je suis tout aussi apte que toi à savoir ce qui ne va pas. Je n’en reviens pas, ils se disputent par ma faute… Ce n’est pas ce que je souhaite ! Si je suis venu à Saint Malo, c’est pour me ressourcer et non pour que ça parte en live. — Et si j’appelais Sara ? La phrase de ma mère me fait immédiatement relever la tête alors qu’elle reposait contre mes genoux. — Pardon ? — C’est peut-être la solution, tu ne crois pas ? — Écoute, chérie, je sais que tu veux faire ce qu’il y a de mieux pour Noah, mais là, je crois surtout que c’est une très mauvaise idée. — Avec un avis extérieur à leur relation, un avis d’une mère, peut-être qu’elle réalisera qu’elle n’a pas fait le bon choix ! — Et qu’est-ce que tu comptes lui dire ? « Bonjour Sara, c’est ta belle-maman ! Mon fils est malheureux, alors, s’il te plaît, reviens-lui ». — Et pourquoi pas ? Mon père étouffe un rire et j’en fais de même. C’est touchant de voir à quel point ma mère veut m’aider, mais je ne pense pas qu’appeler Sara soit la solution. Et surtout, si elle lui sort ça, Sara va lui rire au nez et ne se gênera pas pour lui dire ce qu’elle pense. — Ne dis pas n’importe quoi, Myriam ! Nous ne savons même pas ce qu’il s’est réellement passé entre eux. Nous connaissons les grandes lignes de l’histoire, c’est suite à Mia, mais après ? Qui a les torts ? Que se sont-ils dit ? — Ça sera aussi l’occasion de le savoir ! — Tu ne penses pas que c’est à ton fils de régler ça ? Il est assez grand pour gérer ses problèmes seul. C’est peut-être dur pour lui en ce moment, mais laisse-le respirer ! Ce n’est pas en l’étouffant que ça ira mieux. — Qu’est-ce que tu insinues ? Que je suis trop intrusive ? — Peut-être, oui ! Il faut que j’intervienne. Si ça continue, leurs mots dépasseront leur pensée et ils n’ont pas besoin de ça. Je ne veux pas qu’ils se disputent suite à mes erreurs. Je me lève, me rends dans le salon et m’interpose entre eux. — STOP, vous deux ! Ça suffit ! Vous n’avez pas fini de vous battre ? — Je suis désolé mon chéri, mais… — Il n’y a pas de « mais », maman ! Mon comportement la surprend. Je n’ai jamais agi ainsi avec elle, mais là, il est nécessaire de remettre les choses aux clairs. Elle me voit comme l’homme parfait alors qu’en réalité je suis un enfoiré de première. — Tu devrais écouter papa, il a raison ! Si Sara fait dorénavant sa vie aux États-Unis, c’est de ma faute. — Ne dis pas n’importe quoi, tu… — Maman, s’il te plaît, tais-toi et écoute ce que j’ai à te dire ! Ma mère se renfrogne et part s’asseoir dans le canapé, suivie de près pas mon père. Je suis peut-être dur avec elle, mais il faut qu’elle entende ce que j’ai à raconter. J’espère qu’après elle comprendra. — Le jour où Sara est partie, j’ai agi comme un idiot. C’est très profond tout ça ! Il va vraiment falloir que je prenne mon courage à deux mains, que je leur avoue la vérité. Je souffle un bon coup et me lance. — C’est moi qui ai dit à Sara de partir ! Je voulais juste qu’elle me laisse seule, mais elle a décidé de prendre les choses au pied de la lettre et s’est barrée à New York. Il y a une certaine amertume dans ma voix. J’ai du mal à admettre ce que je suis en train de dire. Tout devient encore plus réel. — Tu plaisantes, j’espère ? — Myriam, laisse-le parler. Je remercie silencieusement mon père d’être aussi calme et de canaliser ma mère. — Ce jour-là, Sara voulait m’aider, voulait des réponses et j’ai pété les plombs. Elle a commencé à me poser un tas de questions, puis elle a évoqué Mia, mon tatouage et c’est parti en vrille. Elle cherchait juste une p****n de solution pour que je lui parle, mais je l’ai rejetée. Je lui ai dit de me foutre la paix, de dégager parce que je voulais être seul dans mon malheur. Bordel, si je lui avais parlé, on n’en serait pas là ! — Ce n’est pas ta faute mon chéri. On sait tous qu’à cette période c’est dur pour toi comme pour nous. — Bien sûr que si c’est de ma faute, tout est de ma faute ! Tu comprends ça, maman ? Je hurle, il faut que j’évacue. Elle croit tellement que je suis parfait qu’elle en oublie que je suis humain, que je fais des erreurs. — Calme-toi, s’il te plaît. — Non ! Je veux que tu arrêtes de me voir comme un homme irréprochable, je suis loin de l’être. Tu sais ce que j’ai fait quand j’ai su qu’elle était partie ? J’aurais pu remuer ciel et terre pour la retrouver, me remettre en question, mais nan ! J’ai préféré sortir, picoler et coucher avec tout Paris pour oublier ! J’ai joué au connard alors que Sara devait être malheureuse. Je n’ai pensé qu’à moi encore une fois. Alors je t’en prie, engueule-moi, hurle-moi dessus, mais fais quelque chose pour que j’aie mal ! Je ne mérite pas toute ton attention maman, si on en est là avec Sara c’est par ma faute. L’appeler ne servirait à rien. J’ai bien l’intention de la récupérer, mais laisse-moi gérer ma vie, MERDE ! Sans attendre quoi que ce soit en retour, je quitte le salon et laisse mes parents seuls avec leur air ébahi. Je monte les marches qui me séparent de ma chambre de gosse et m’y réfugie avant de me jeter sur le lit et m’adosser contre le mur. Rien n’a changé depuis mon départ pour Paris. Les murs sont toujours habillés d’un bleu pastel, des posters de groupes et de chanteurs RnB y sont accrochés. La seule touche un peu plus personnelle est une photo de mes parents, mes sœurs et moi, posée sur la table de nuit. Je la saisis et l’observe avec attention. Je devais avoir douze ans sur cette image et je me rappelle à quel point tout était simple. Aucun paparazzi ne me tournait autour, ma vie amoureuse se résumait à des petits bisous sans espérer trouver la femme de ma vie. Les grimaces que nous faisons mes sœurs et moi, me montrent à quel point j’étais heureux. À l’heure actuelle, j’envie ma jeunesse et mon innocence. Tout était tellement différent ! Je n’avais pas constamment le prénom « Sara » dans ma tête. Cette nana me tuera… Elle compte tellement pour moi qu’elle finira par avoir ma peau un jour ou l’autre. J’ai besoin de savoir comment elle va, et même si, à moi, elle ne dira rien, je sais à qui demander des infos. J’attrape mon portable logé dans ma poche et tape un SMS. [Salut Agathe, est-ce que tu aurais des nouvelles de Sara ?] En Agathe, j’ai trouvé une confidente. Un soir, nous sommes allés boire un verre en tout bien tout honneur. Je crois qu’elle voulait voir par elle-même dans quel état j’étais et elle n’a pas été déçue… Une loque, voilà à quoi je ressemblais. Je m’attendais à ce qu’elle me fasse la morale, mais à la place, elle a commandé une vodka et a fait comme si tout était normal. Nous avons chacun parlé de nos vies et évoqué notre passif. Agathe n’a pas vécu que des jours heureux. Orpheline de naissance, elle a écumé les foyers d’accueil avant d’être adoptée à l’âge de onze ans. Une fois son dixième anniversaire passé, elle s’était mis en tête que plus personne ne voudrait d’elle, mais un couple a finalement décidé de l’accueillir. Aujourd’hui, elle a des parents aimants et ne les échangerait pour rien au monde. C’est une véritable battante et je l’admire pour ça. Elle est la joie de vivre incarnée avec toujours le mot pour rire, alors que la vie n’a pas été tendre avec elle. Cette fille m’impressionne et je suis heureux de la compter parmi mes amis. La sonnerie de mon cellulaire retentit. Je décroche en sachant pertinemment qui est à l’autre bout de l’appareil. — p****n, Noah, tu fais chier ! Sacrée entrée en matière. J’ai déjà connu mieux, et, bizarrement ça ne présage rien de bon… — Bonjour à toi aussi Agathe ! — Fais pas le malin, crois-moi dans trois secondes, tu vas déchanter. — Qu’est-ce qu’il y a encore ? Ça ne peut pas être si grave ? — Mais si, si c’est grave ! Elle sait, Noah ! — Comment ça « elle sait » ? Et de quoi tu parles ? — Sara ! Elle est au courant que tu as sauté toutes les pétasses qui te passaient sous le nez. Ce qui représente bien la moitié de Paris. Quoi ? — Bordel, mais comment elle a pu… — Savoir ? Figure-toi qu’à New York ils ont aussi la presse française ! Je ne te félicite pas du con. — C’est bon, n’en rajoute pas. Et comment elle va ? Je me tente à lui poser la question, même si je sais déjà que la réponse ne me plaira pas. — Si elle pouvait te casser la gueule elle le ferait, mais sinon super bien ! Ma tête vient rencontrer le mur derrière moi, mes yeux se ferment et un long soupir s’échappe de ma gorge. J’ai merdé, je le sais, mais là… Jamais je n’ai pensé que mes frasques pouvaient traverser l’océan. — Juste un conseil, Noah, tu comptais la récupérer et je pense que tu avais encore une chance, mais là sors les rames, car ce n’est pas gagné. Merci de me rassurer Agathe… Avec elle, je suis sûr de trouver du réconfort. — À ce point ? — Elle te déteste ! Vous êtes peut-être séparés, mais elle avait toujours de l’espoir. Cette fois, c’est mort et enterré. Il va te falloir bien plus que ta tête de tombeur et ton beau sourire pour la reconquérir. Elle se sent trompée et je la comprends. Les gonzesses et leur sens de l’honneur… Et qu’ont-elles à toujours se sentir trahies pour un oui ou pour un non. ? Merde quoi ! Nous n’étions plus ensemble alors que vient-elle me faire ? Oui, j’ai merdé. Oui je n’aurais jamais dû choper toutes ces nanas. Mais après tout, si j’avais envie de sauter tout ce qui portait une paire de seins, j’en avais parfaitement le droit ! C’est ma vie, mon corps et si j’ai envie de b****r, je b***e ! C’est elle qui s’est cassée à l’autre bout du monde, pas moi ! Qui me dit qu’elle n’a pas gouté à la chair new-yorkaise ? Elle peut m’en vouloir tant qu’elle veut, je compte bien récupérer ce qui m’appartient, ce qui NOUS appartient. Je ne baisserai pas les bras, jamais. Qu’elle s’accroche, car Noah Davis monte sur le ring et il a bien l’attention de gagner chaque round les uns après les autres. Chapitre 5 Poison, Beyoncé Sara « Les passagers à destination de Boston sont priés de s’avancer » Mais qu’elle se taise, cette gourdasse ! Je suis à l’aéroport JFK à attendre ma sœur. Son avion a plus d’une demi-heure de retard et ça commence à faire long. J’ai eu le temps de me ronger les ongles jusqu’au sang, aller cinq fois aux toilettes et imaginer un nombre incalculable de scénarios. J’ai vraiment hâte de la voir, mais surtout, j’ai hâte de sortir de cet endroit. Je suis tellement angoissée que cette foule autour de moi m’oppresse, m’empêche de respirer correctement. Il faut vraiment que je dégage d’ici et vite ! J’ai l’impression d’être le centre d’attention, d’avoir les regards de chaque passant braqués sur moi et je n’aime pas ça. J’ai le sentiment que tout le monde peut percevoir mes blessures, discerner mon mal-être et ça me met mal à l’aise. Il faut que j’en fasse abstraction… C’est ça, faire abstraction ! J’inspire et expire profondément en espérant que ça aide à calmer mes craintes, ou pas… Je dois sortir d’ici !
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