6.2 : Ezra

1572 Mots
┌───── •✧✧• ─────┐ - Ezra - └───── •✧✧• ─────┘ L’oméga tourne sur lui-même, la bouche grande ouverte et les yeux pétillants. Il ne dit rien, mais l’expression de son visage parle pour lui ! Au loin, Ragel nous souhaite une bonne journée et la porte claque, mais rien ne semble tirer le danseur de sa transe. Il s’avance vers la première étagère, commençant à mieux examiner les objets de ma collection, et se met soudainement à débiter un tas de conneries à voix basse. Je ne comprends rien du tout à ce qu’il baragouine, mais je le laisse faire, me laissant moi aussi regarder tout ce que j’ai accumulé bien que je connaisse cet endroit par coeur. - Oh bordel, cette figurine est hors de prix ! Ça fait des années qu’elle me fait de l’oeil ! - Je l’ai chopé aux enchères sur un site spécialisé y a deux ans ! - Attends une minute... C’est toi MustReal ?? Y a environ deux ans j’ai participé a une enchère et je me suis battue contre ce gars pour en avoir une ! Il n’a jamais hésité à surenchérir !! - En chair et en os ! - Mais j’arrive pas à le croire ! T’es la terreur sur les réseaux, tous les fans connaissent ton pseudo et à chaque fois que tu débarques, il y a toujours une folie qui arrive ! - J’ai pas hésité à balancer un gros cachet pour cette merveille ! Manoé acquiesce gravement en examinant la pièce en question, notant mentalement que chaque coup de pinceau est placé avec savoir et que rien ne dépasse. C’est un exemplaire unique d’une immense valeur dont il n’existe que peu de copies. - Et toi, t’as un pseudo ? - Mmmh... acquiesce-t-il comme une évidence Désabusé, je soupire et clique sur le lien qu’il m’envoie sur son téléphone et j’éclate de rire. Je connais aussi ce fameux ”Nonochù“, bien que je n’aurais pas pensé à Manoé ! Nono est tout aussi estimé que moi si je peux dire, tout le monde le connaît aussi. Il traine son oreille partout, connaît clairement tout sur Paco Lebold et vérifie toutes ses infos. D’ailleurs, quand il débarque et annonce quelque chose, c’est l’un des seuls que je crois. Pas besoin de vérifier, je sais qu’il l’a fait. Ça me fait penser qu’il y a peu, on a débattu ensemble. On a fait chacun notre liste du meilleur au ”pire" film d’In-Light, ayant bien du mal à définir certains placements pour finalement trouver des compromis. Ce n’est pas la première fois qu’on se retrouve sur un sujet en plus, et c’est toujours amusant de voir que personne n’ose nous interrompre une fois qu’on est lancé ! On est pourtant rarement d’accord sur un point et lui comme moi on défend nos points de vue avec pas mal d’acharnement. C’est pour ça que je le considère assez : il ne se laisse pas marcher sur les pieds ! On ne laisse jamais la victoire à l’autre, ce n’est même pas envisageable. Par contre, on arrive étrangement à plus ou moins arriver à s’entendre et admettre certains points de vue de l’autre. - Je pensais pas du tout te rencontrer un jour ! Ça fait tout drôle ! me dit-il - Mouais, c’est vrai. L’oméga me lance un large sourire, s’intéressant maintenant à la pile de DVD, des VHS et même des montres à gousset que l’on voyait principalement dans une des oeuvres... - Oh, je ne savais pas que tu t’intéressais aussi à tout ça. Je soupire une fois de plus et je n’arrive pas vraiment à cacher mon nouveau malaise. Le danseur aime bien creuser, je le sais. C’est une chose de lui donner mon monde, c’en est une autre d’inclure mes souvenirs personnels. Pourtant, même si l’idée me gêne un peu, je n’hésite pas... C’est Manoé, alors il peut ! - Mon père est fan aussi, ce sont ses cassettes. Il a rencontré Paco pour le tournage de ”L’aiguille à contresens“, car ils avaient besoin de montre avec un design particulier pour le film... Je m’avance dans la pièce, contournant mon lit pour arriver devant une armoire assez grande. Elle prend beaucoup de place et encombre même la pièce pourtant assez grande. De l’extérieur, c’est facile de penser que je dois y ranger toutes mes fringues. Je suis acteur après tout, je dois en posséder plus que ce qu’un cul pourrait porter en une vie nan ? Mais ça n’a rien à voir... - Et ils ont choisi la société que possède ma famille. Je dois être le seul Dyparnel qui n’y travaille pas d’ailleurs ! J’ouvre donc ladite armoire et laisse découvrir une multitude d’étagères exposant soigneusement une multitude de montres et d’horloges. Il y a un ordre logique dans tout ce bric-à-brac, bien que ça ne doit pas être évident à voir. Pourtant je n’ai pas besoin de l’expliquer à Manoé, rien qu’en regardant son visage, je sais qu’il a compris. Je le remarque directement dans ses yeux lorsqu’il examine l’intérieur avec intérêt, il visite du regard dans l’ordre, barbotant dans sa barbe imaginaire. Il observe un moment, laissant le simple bruit régulier des “tic-tac” qui devient presque reposant. - Je peux ? J’acquiesce et il attrape la dernière création en date, passant son doigt sous le symbole gravé à l’arrière du cadran - J’aime beaucoup le côté simple, pourtant on sent que tout est pensé. Je trouve ça fascinant ! On sent l’expérience ! C’était assez étrange d’entendre parler de tout ça de la sorte. Qui pourrait réellement faire des commentaires constructifs au sujet d’une simple montre ? C’est un objet presque démodé à l’aire des téléphones portables et généralement, elles ne sont portées qu’en simple signe de richesse. Pourtant depuis toujours, ma famille s’y applique avec soin et même si je n’y suis pas relié, je ne laisserais pas l’affaire familiale s’effondrer sans rien faire. - Ma famille a fait fortune dans la création de montres pour homme. Ça a commencé avec mon arrière-arrière-grand-père et depuis, la société est gardée dans la famille. C’est mon cousin qui en est le directeur actuellement, mais mon père y travaille encore ! On a une petite usine près du village où j’ai grandi ! J’ai toujours été fasciné par les rouages d’une horloge... Alors je me suis mis à collectionner tout ce que je trouvais qui peut faire tic-tac. Ça rendait ma mère folle ! Aujourd’hui, mon cousin m’envoie les nouveaux modèles. Je suis le seul de la famille à ne pas y travailler, mais on veut que tout reste exclusivement pour nous. C’est sa façon à lui de dire que j’ai aussi ma place, je suppose... - Je trouve ça plutôt gentil de sa part ! Peut-être qu’un jour tu auras envie d’y prendre plus part. - On va dire que je serais content de savoir s’il y a un souci ! Mais content aussi de pouvoir les laisser gérer, j’aime mon travail actuel ! À nouveau, l’Oméga acquiesce, m’approuvant comme pour me dire qu’il comprend ce que je cherche à dire et se remet à examiner l’ensemble de ma collection, replaçant la montre qu’il a longuement regardée. Sans vraiment m’en rendre compte, je me suis mis à parler. De tout et de rien, j’explique simplement comment tout ça fonctionne, ou raconte des anecdotes familiales. Manoé m’écoute sans se départir de son sourire rempli d’intérêt. C’est un peu bizarre. Je sais que les gens se sont toujours tournés vers moi, un peu ébloui par l’idée qu’ils se font si facilement. Ils attendent toujours en me regardant du coin de l’oeil, comme si pouvoir obtenir un truc insignifiant de ma part prouverait qu’ils ont eux-mêmes de la valeur ! C’est comme ça depuis que je suis gosse, et j’ai horreur de ça. Nous étions l’une des familles les plus aisées des alentours, à croire que j’ai grandi dans un p****n de manoir juste parce que j’avais un jardin... Quoiqu’il en soit, il y a eu toujours cette f****e impression et j’ai arrêté de regarder à côté... Heureusement, j’ai rencontré Ragel... Il a agi parfaitement naturellement envers moi, comme si nous étions des amis de longue date. Je sais qu’il m’a placé sur un piédestal, par contre, il n’a jamais attendu d’être lui-même à mes côtés. Il était juste plein de brèches et d’incertitude, comme s’il ne savait pas trop qui il était. Un ado... Mais qu’importe le temps ou la personne qu’il est finalement devenu, il est resté mon meilleur ami. Depuis le début, c’est facile d’être aux côtés de lui. Et aujourd’hui, je me rends compte que c’est pareil avec Manoé ! - Ça te dit une tournée générale de visionnage de notre fameuse liste du meilleur au pire le nerd ? dis je refermant doucement l’armoire - Le nerd ?! - Au moins ça pour en savoir presque autant que moi sur Paco Lebold ! - “Presque” autant que toi... Tu parles ! T’es pas gentil Ezra ! - J’ai jamais dit que je l’étais ! Doucement, il se rapproche de moi, me donnant un coup d’épaule réprobateur. - Mais c’est d’accord, “Ezi“... - Que... ? - Quoi ? Tu étais si mignon quand tu me parlais tout à l’heure ! - Toi, je vais t’étriper !
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