47 Ruta 5, à 200 kilomètres au sud de Santiago, Chili. 20 h 45. La nuit tombait doucement sur la Panamericana, baignant les vignobles de reflets violacés. Bientôt, seuls les phares de quelques camions furtivement croisés viendraient entacher le clair-obscur. Devant le pare-brise du pick-up, le ruban goudronné, désespérément rectiligne, s’étendait à perte de vue, saignant la vallée. Il était à l’image du pays, long et étroit, pareil à un interminable serpent de bitume. La chaleur de l’après-midi, capturée par l’asphalte, faisait encore vibrionner l’air au-dessus du sol. Le bras accoudé à la portière, Paulina Alvarez aurait voulu pouvoir goûter le spectacle simple de ces paysages, de ces plaines hérissées de millions de sarments. Elle aurait voulu s’éloigner de la route, couper à travers


