Pinson m’apprit en premier à gérer certains vertiges. – Nous allons étudier la question des absences ! dit-il cérémonieusement en m’entraînant dans les escaliers mécaniques de la Galerie marchande. Tous, nous connaissons ces moments où l’on est suspendu au-dessus d’un rien, où l’on s’oublie presque soi-même. Au sortir du travail, dans les transports en commun, lorsqu’on ressent ce fameux coup de bambou qui nous déconnecte de nous-mêmes. On murmure alors qu’on a “un vertige”, qu’on est “au bout du rouleau”, qu’il est temps de “se reposer”, alors qu’on ne fait que frôler le monde du discret. Il me désigna les interminables escalators qui défilaient devant moi, comme des remonte-pentes perpétuels : – Empruntez cette voie, monsieur Spinoza, et réempruntez-la encore, jusqu’à ce que vous vous


