Nous roulions dans les flots humains, glissant contre des vagues de flanelle ou de cuir, esquivant des épaules rêches, enfilant des corridors vacillants entrouverts dans la masse. M’oubliant comme Pinson me l’avait appris, je sentis se dissoudre peu à peu autour de moi les singularités, ne percevant plus qu’un océan d’yeux et des mains, de visages collés, de jambes mouvantes. La foule, vraiment, est le Tohu-Bohu originel, d’où a jailli le monde : pas la peine de chercher dans les cosmologies. C’est elle le chaos primordial. Et le discret m’apparut alors comme le démiurge qui, précisément, tentait d’y tracer un chemin. – Chaque discret a ses petits secrets, sa méthode propre. La traversée n’est pas une science exacte, mais plutôt une affaire de cœur, d’intuition. On dit qu’il y a autant de


