La vue plongeante n’offrait rien de particulier, à part le désolant spectacle d’une salle vide, morne, de projecteurs éteints et de gradins en fosses d’ombre que la piste crevait comme un cratère de Lune. Je songeai à Pinson. Je tentais de l’imaginer dans sa gloire, offrant aux regards stupéfaits de la foule sa silhouette de caoutchouc se pliant et se dépliant comme un parapluie de chair. Je savais maintenant où le bougre avait acquis son art prodigieux de la dissimulation : il avait passé sa vie à travailler son squelette comme on éprouve un ressort. Il avait connu la gloire, le jeu d’ombre et de lumière de la piste, avait appris à surgir de nulle part avant de s’évaporer dans les coulisses. Le cirque Timbert avait été sa rude école. C’est là qu’il avait façonné sa méthode. Je m’oublia


