Chapitre 2 — L’Amour Interdit
Mirabelle
Le jardin était devenu mon seul refuge, loin des regards lourds de mes parents et des domestiques qui me surveillaient sans relâche. Là, parmi les fleurs et les arbres, je pouvais respirer… ou du moins, essayer.
C’est dans ce lieu silencieux que je l’ai rencontré pour la première fois. James. Le fils d’un domestique. Il avait été envoyé pour aider aux préparatifs de ce mariage maudit, celui qui devait sceller mon destin à Léon.
Dès que nos regards se sont croisés, j’ai senti quelque chose de différent. Il avait une douceur rare, une intelligence dans ses yeux, et un sourire qui, l’espace d’un instant, avait balayé mes larmes.
Nous avons commencé à parler en secret, à rire ensemble dans les recoins cachés du jardin. Avec lui, je pouvais être moi-même, sans masque, sans crainte. Pour la première fois depuis des semaines, je n’étais plus une prisonnière… mais une femme vivante.
Pourtant, je savais que notre lien était interdit.
— Tes parents n’accepteront jamais, m’a dit James un soir, en détournant les yeux. Je ne suis rien pour eux. Juste le fils d’un domestique.
— Et alors ? lui ai-je soufflé. Tu es plus vrai que tous leurs bijoux, plus riche que leur or.
Il a serré ma main, hésitant, puis a murmuré :
— Si tu crois en moi, alors je me battrai. Nous trouverons un moyen d’être ensemble.
Ces mots ont embrasé mon cœur. Malgré les obstacles, nous avons choisi de suivre notre amour, en cachette, en volant des instants dans les jardins ou dans les rues sombres de la ville. Nous rêvions d’un avenir où nous pourrions être libres. Mais chaque étreinte, chaque rire, chaque promesse… était une prise de risque.
Un soir, tout a basculé. J’ai reçu une lettre de Léon. Il exigeait de me rencontrer en privé. Mon instinct me criait de refuser, mais je savais que je n’avais pas le choix. Sous la surveillance d’un domestique, je me suis rendue au rendez-vous.
Léon était là, imposant, son visage marqué par l’âge et la cruauté.
— Mirabelle, dit-il en me fixant avec un sourire froid, je peux t’offrir une vie de luxe. Argent, bijoux, palais… tout sera à toi. Il ne te manque qu’une chose : ton consentement.
Je sentis mon sang se glacer.
— Jamais, ai-je répondu, le cœur serré. Jamais je ne vous donnerai mon cœur.
Son expression changea. Le sourire disparut, remplacé par une menace glaciale.
— Alors écoute-moi bien, jeune fille. Si tu refuses, je ruinerai ta réputation et celle de ta famille. Tu n’auras plus nulle part où fuir.
Je me sentais piégée, suffoquée. Mais dans ma détresse, une seule pensée s’imposa à moi : James. Notre amour interdit était devenu ma seule arme contre cette prison dorée.
Les jours passaient, le mariage approchait à grands pas. Mes parents redoublaient de surveillance. Je n’avais plus un seul instant seule. Pourtant, au fond de moi, je brûlais d’un seul désir : m’échapper.
Un matin, ma mère entra dans ma chambre.
— Aujourd’hui, dit-elle doucement, tu vas rencontrer ton futur mari. Sois sage et montre-toi respectueuse.
Un nœud m’étrangla, mais je hochai la tête, prête à jouer le jeu pour ne pas éveiller les soupçons.
Je descendis au salon. Léon m’attendait. Son visage était encore plus vieux et repoussant que je ne l’avais imaginé.
— Enchanté, Mirabelle, dit-il en s’inclinant. Vous êtes encore plus belle que je ne l’avais imaginé.
Je forçai un sourire glacial.
— L’enchantement est réciproque, monsieur.
Son regard me déshabillait avec une avidité malsaine.
— Je crois que nous allons nous entendre très bien, Mirabelle. Très bien même…
À cet instant précis, un frisson d’horreur me traversa. Jamais je ne pourrai accepter ce destin. Jamais. Même si je devais tout perdre, je savais que je devrais fuir…