Angel
Après une quinzaine de minutes, elle me tendit une assiette bien remplie et bien présentée.
- Je monte le souper à Runa.
- Bien.
Je mangeais seul. J'en ai l'habitude mais j'ai eu envie de le partager avec quelqu'un, surtout si c'était Runa. Le lendemain, je retournais chez le thérapeute prêt à admettre qu'ils avaient peut-être raison avec ma mère. Il n'en était pas revenu de tout ce que je lui avais débité et nous avons commencé à travailler sur de la visualisation pour savoir ce que je devrais faire pour ne pas être rejeté catégoriquement, et de commencer peut-être par le traitement d'indifférence qui semblait moins douloureux que le rejet. Lorsque je suis rentré, j'ai senti l'odeur nouvelle d'un mâle et son odeur menait à la chambre de Runa. Je grogna, j'ouvris la porte et le spectacle que je vis me mis dans une rage inexplicable. Il était en train de l'enlacer et de lui tapoter la tête. J'ai attrapé le pauvre garçon et je l'ai envoyé en dehors de la chambre en un coup. Runa s'est mise à crier et à pleurer avec une confiance que je ne lui connaissais pas.
- Non, stop ! Je peux tolérer que tu t'en prennes à moi mais pas à mes amis ! Recules ! Ne nous approche plus !
- Ami ?
- Oui, Hervé est un de mes meilleurs amis.
- Je croyais qu'il était plus que cela vu votre proximité.
- Non
Elle prit une profonde inspiration et me cria dessus.
- Sors et laisse-moi tranquille.
- Essayerais-tu de me donner un ordre.
- Oui. Dit-elle avec aplomb.
- N'oublie pas que je suis ton chef, je pourrais t'exiler pour cela.
- Bien! Fais-le !
- Oh non ! Ça te ferait bien trop plaisir.
- Tu n'auras qu'à te trouver un nouveau jouet.
Je m'approcha d'elle et pris ma voix de dominant.
- Tu resteras ici pour toujours.
Elle se recroquevilla et commença à trembler et à pleurer. Je partis à une vitesse fulgurante. Je ne voulais pas voir ce spectacle, les émotions commençaient déjà à bouillonner en moi. Mon bêta me suivit.
- Tu vas vraiment devoir me parler. Tu aurais pu tuer un pauvre adolescent pour avoir enlacé Runa.
- Je sais.
- Ça ne peut pas continuer. Tu perds ton sang-froid.
- Je sais.
- La meute a besoin d'un alpha qui a les idées claires.
- Je sais
- Tu dois te reprendre. Nous devons trouver un moyen pour que tu redeviennes comme avant.
- J'aimerai bien.
Ce serait plus simple. J'essayais de téléphoner à mes parents. Ils sont dans l'avion en ce moment, ils vont arriver dans quelques heures. Je parlerai à ce moment-là. Je partis courir dans la forêt.
Runa
Heureusement, Hervé n'avait eu que quelques bleus. Jamais Angel ne s'en était pris à quelqu'un d'autre sans raison. J'étais sous le choc. Après m'avoir assuré qu'il allait bien, Hervé était rentré chez lui. J'étais soulagée. J'avais aussi pu poser les questions sur les sensations avant la transformation. Il semblerait que c'est ce que je vivais lorsque je ressentais les coups dans les os et les muscles. Mon corps se préparait à la transformation. Par contre les courants électriques ne faisaient pas partie du processus. Je voulais demander à Astrid mais même si elle était adorable, j'avais peur qu'elle fasse des rapports à Angel.
Je ne sais pas où j'ai trouvé la force de m'opposer à lui lorsqu'il a fait du mal à Hervé. Je ne m'étais jamais retournée contre lui. Même lorsqu'il allait beaucoup trop loin, je restais soumise et acceptais sans broncher les punitions qu'ils m'infligeaient. Astrid arriva pour mes devoirs. Je n'arrivais pas à me concentrer.
- Qu'est-ce qui ne va pas Runa ?
- J'ai l'esprit ailleurs. Tu sais ce que l'alpha a fait à Hervé, je ne me l'explique pas.
- Il n'y a pas que ça, je le vois bien.
- J'ai demandé à Hervé les signes que nous ressentons avant la première transformation.
- Tu les ressens ?
- Oui.
- Les coups dans les os et les muscles, des étirements comme si on essayait de les faire grandir, c'est cela que tu as ressenti ?
- Oui, mais...
Je la regardais dans les yeux.
- Dis-moi, tu peux me faire confiance.
- Je ne veux pas que tu en parles à qui que ce soit qui pourrait le dire à l'alpha. Je sais que c'est égoïste mais j'ai peur de sa réaction.
- Je ne le dirai à personne, je te le promets.
- Je ressens des fois des petits courants électriques qui parcourent ma peau. Je croyais que c'était un signe que la transformation approche mais Hervé m'a dit qu'il ne les avait jamais ressenti.
- Ah, je vois! Je les ai ressenti...
- C'est normal alors, je suis soulagée.
- Je n'ai pas fini. Ce n'était pas lié à la transformation. Je les ai ressenti des années après lorsque j'ai trouvé mon âme sœur. C'est le signe qu'il s'approche ou qu'il est déjà proche.
Je la regardais avec les yeux qui allaient sortir de leur orbite. Je n'en croyais pas mes oreilles. Je ne pouvais pas vivre ma première transformation et en plus trouver mon âme sœur. C'est trop, beaucoup trop surtout vu mon état.
- Astrid ?
- Dis-moi.
- J'ai commencé à les ressentir hier.
- Oh. Ça voudrait dire qu'il s'agit de quelqu'un qui se trouve dans la maison de l'alpha.
- C'est ce que je craignais.
- Pourquoi ?
- Je voudrais partir d'ici, m'en aller dans une autre meute. C'est ce que j'avais espéré pour mon avenir.
- Tu as vraiment dû vivre un enfer jusqu'à maintenant.
- Je ne sais pas à quoi ressemble l'enfer mais c'était déjà pas mal pour me traumatiser.
- Pauvre enfant. Tu peux toujours rejeter et couper le lien avec ton âme sœur
- Vraiment ? Nous pouvons faire cela ?
- Oui, mais il paraît que ça fait horriblement mal et que la douleur reste pour tout le reste de sa vie.
- Je crois que j'ai déjà assez souffert pour toute ma vie. Je ne veux pas être dans cet état jusqu'à ma mort.
- Alors tu peux te mettre d'accord avec ton âme sœur et vous pouvez vous comporter comme des étrangers l'un envers l'autre. Cela fait moins mal, mais c'est très difficile de vivre en regardant la personne qui nous attire avec un ou une autre.
- Un ou une?
- Ton âme sœur peut être un mâle ou une femelle. Le destin sait de quoi chaque loup a besoin.
- La voyante!
- Que veux-tu dire ?
- Penses-tu qu'il serait possible qu'elle vienne pour faire ce qu'elle fait quand tu vas la voir ?
- Je peux m'arranger pour jeudi si elle est disponible.
- Merci beaucoup.
Elle m'enlaça avec douceur. C'était réconfortant.
- Je vais préparer un souper pour toi et un pour la famille de l'alpha.
- Ils viennent ce soir ?
- Oui.
- J'ai hâte de les voir. Voudras-tu bien leur demander de venir me dire bonjour ?
- Bien sûr, à condition qu'il ne soit pas trop tard.