Chapitre 16

683 Mots
16Le Casting Café faisait partie du nouveau bâtiment. On y accédait par de multiples entrées. La porte donnant directement dans le couloir du cinéma était réservée aux organisateurs, puisque les coulisses de la manifestation étaient installées dans cette galerie. Steph sortait des toilettes au moment où Solange passait avec un paquet de feuilles dans les mains. — Ah, tu es là! C’est bien ce que je disais! Tu as remarqué que Marcelle n’est pas encore arrivée, ni Bob? Je ne sais pas ce qu’ils ont tous ce soir! — Et… Val? — Tu plaisantes? Tu devrais savoir qu’elle se fait toujours désirer! Steph sourit. — Tu as raison. Elle n’était même pas à la maison quand je suis partie. — Donc Val sera en retard! Allons, au boulot! La presse est là? — Oui, quelques personnes… — Et puis, Serge est là. En retard, lui aussi. Steph avait accusé le coup. — S… seul? — Non, mais pas avec Val… hihi! Note que je me moque bien de savoir ce qu’ils font de leur vie. Finalement, ça ne me regarde pas. Allez, viens! On va bientôt donner le coup d’envoi. Solange partit, guillerette. Steph la suivit. En pénétrant dans la salle, elle chercha immédiatement Serge des yeux. Il tenait une ravissante blonde par la taille. Plein de gens l’entouraient. Elle le verrait plus tard, si toutefois Marion, sa compagne de ce soir, voulait bien, de temps à autre, lui octroyer un peu d’oxygène. Les lumières s’éteignirent. Le spectacle allait commencer. Chacun trouva sa place. Le présentateur engagé pour l’occasion sauta littéralement sur la scène quand s’alluma le plus gros projecteur. Avec un débit peu commun, il annonça le programme de la soirée. Place aux jeunes créateurs de mode! Les anciens, confortablement assis, goûtaient le plaisir d’une telle présentation pour une fois avec l’oeil du public. Une foule immense s’était entassée autour des tables réservées. L’établissement, par chance, occupait plusieurs niveaux, offrant de partout une assez bonne vue sur le spectacle. Le premier mannequin entra en scène sous les ovations. La robe, un camaïeu de satin rouge, était éblouissante. «Le modèle sort de l’imagination osée de Karina, de Schwitz, précisait le commentateur. On revient, vous le voyez ici, au classique. Une surprise après quelques tentatives grunge et sportswear de cette styliste de Suisse centrale qui n’a que vingt-quatre ans. Karina, décidément, joue sur toute la gamme!» Le deuxième passage était le fruit de la créativité d’un garçon des Balkans, qui se faisait appeler Passak. Frais émoulu du Cours Berçot, de Paris, il avait débarqué en Suisse romande trois ans auparavant. Aujourd’hui, les plus grands redoutaient de voir en lui un futur Lagerfeld. «Itinéraire d’un enfant talentueux! osa titrer le commentateur. Passak, Mesdames, c’est ce qui se fait de plus trendy à l’heure actuelle! C’est déjà le chouchou de quelques vedettes. Il dit que, pour lui, la mode est une façon de raconter des histoires. Celle qu’il nous conte ce soir est en rouge et noir. Stendhal en serait jaloux!» Les applaudissements couvraient pratiquement la voix survoltée. Solange n’en revenait pas. On lui avait recommandé ce jeune fantaisiste, et elle ne regrettait pas de l’avoir engagé. Son enthousiasme pour Passak était presque suspect… mais Solange en avait vu d’autres dans ce métier et elle savourait le bonheur du public. Le styliste venu de l’Est avait osé une robe en brocart doublé de taffetas. Courte sur le devant, longue à l’arrière. Les mouvements du tissu, sur le décolleté, étaient rehaussés par des jours taillés dans un fin satin, façon broderie de Saint-Gall. Un pur délice. Une audace incroyable. «La robe d’un soir, susurra l’animateur, peut-être pour rencontrer le bonheur de toute une vie!» Le public en redemandait. Un troisième mannequin pénétrait dans la salle. La lumière diminua. «Je vous propose à présent un voyage dans le bleu», chanta le présentateur. La création était féminine, la styliste tessinoise. Un air de mandoline envahit la salle. Velours et mousseline dessinaient les formes d’un juvénile mannequin terriblement sexy. Carlotta, auteur du modèle, fit trois pas sur la scène, sous les ovations. La jeune femme avait commencé sa carrière à Zurich. On avait déjà remarqué son style au défilé Gwand, de Lucerne. Certains misaient sur le titre, ce soir, pour cette élève de la célèbre Frida Lumbauer qui habillait aujourd’hui les princesses. «Vertige de sensualité» griffonnait un critique à côté du numéro trois. La soirée se déroulait comme dans un rêve. Solange avait réussi son coup, elle était aux anges.
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