LEXIQUE À L’USAGE DES NÉOPHYTES-2

2325 Mots
Monique : déformation du terme « Monuc ». Pour les Congolais, les agents des Nations unies au Congo s’intéressent davantage aux femmes congolaises qu’à leur travail, ils sont trop portés sur « la chose », d’où tout le monde préfère dire « Monique ». Il y a aussi le fait que la plupart des Congolais ont du mal à prononcer le « u » et lui préfèrent le « i », simplement parce que « u » est un son qui n’existe pas dans toutes les langues tribales du pays, qui possèdent plutôt le « ou »… Monuc : abréviation de « Mission de l’Organisation des Nations Unies du Congo ». Moto na Moto : terme en lingala signifiant « chaque personne ». Moulaert : un des quartiers de la commune Bandal. Moziki : c’est une tontine, un regroupement de femmes qui s’entraident. Muana Mboka : terme en lingala pour dire « enfant du pays, natif, compatriote, etc. » Il s’agit d’un trophée de récompense (comme les Oscars et les Césars sous d’autres cieux) pour les meilleurs Congolais ayant brillé dans un domaine ou pour une action touchant le maximum de personnes sur un plan global. Mzee : signifie « chef » en swahili, c’est le nom donné à Laurent Désiré Kabila par ses troupes. Ndombolo : danse urbaine congolaise. Ngaba : commune kinoise ; rond-point carrefour entre les quartiers Yolo, Salongo et Righini situés à l’est du centre-ville. Ngaliema Macampagne : Ngaliema, une des communes kinoises et Macampagne, un des quartiers de Ngaliema (il y a également, comme autres quartiers, IPN, Delvaux, Météo et Ozone). Nganda : variante du maquis ivoirien ; mot en lingala signifiant terrasse, souvent en plein air, où on boit des bières locales en grignotant des brochettes ou autres grillades. Nganda Idolo : terrasse du nom d’Idolo, on la désigne par le nom de son propriétaire. Nganga : ou nganga nkisi signifie en lingala « féticheur ». Le mot nganga désignerait au départ « celui qui soigne ou le soigneur », et nkisi, c’est le fétiche. C’est pourquoi le médecin est appelé Monganga (Moto Nganga ou l’homme qui soigne) et le prêtre, lui, c’est le Nganga Nzambe (le soigneur de Dieu). Niangalakata : c’est une insulte, qui veut dire en lingala « imbéciles et synonymes ». Noria : une noria c’est une succession de… N’Sele : seconde commune de Kinshasa au-delà de l’aéroport de N’Djili, dans le sens opposé à toutes les autres communes et dans la direction de la province du Bandundu. Elle était réputée pour la reproduction de poules, à l’époque de Mobutu, dans le cadre du projet DAIPN « autosuffisance alimentaire, priorité des priorités ». Ntemba : Chez Ntemba, aujourd’hui désigné International Night Club, est une boîte de nuit appartenant à Augustin Kayembe Ntemba, P-DG du groupe qui possède à ce jour trente-deux représentations. C’est pour ça qu’on complète souvent Chez Ntemba par l’expression « Mokili Mobimba » (à Cape Town, à Hillbrow, Brumalake, Harare, Bulawayo, Gaborone, Windhoek, Lilongwe, Maseru, Manzini, Ndola, Kapiri, Kabwe, Kafue, Mazabuka, Livingstone, Kinshasa, Lubumbashi, Likasi, Matadi, Mbuji-Mayi, Brazzaville, Pointe-Noire, Dar-es-Salam, Londres, etc.) Nzimbu : mot kikongo signifiant « argent » (en lingala mbongo, en tshiluba franga, en swahili falanga). Oshue : petite avenue dans le quartier Matonge de Kinshasa. Il constitue, avec les avenues Madimba, Lokolama, Kanda-kanda et Inzia, le village « Molokaï », cher à l’artiste Papa Wemba (ce sont les initiales de chacune des avenues mises ensemble) et qui constitue le quartier où il a vécu. Papa Wemba : la plus grande star congolaise qui a réussi à exporter la musique congolaise jusqu’au Japon, inventeur dans le milieu du showbiz de la SAPE, la Société des ambianceurs et des personnes élégantes, les « sapeurs »… Papier « ciment » : c’est le papier qui emballe le ciment utilisé pour fabriquer des briques servant à la construction des maisons. PDC : c’est une de mes inventions, vu que j’ai écrit le texte pendant la campagne électorale et, comme le terme en vogue était démocratie ou démocrate, j’ai pensé à cette dénomination en tant que parti d’opposition, tout en imaginant facilement que le terme devait sûrement déjà exister, étant donné qu’il est facile à trouver dans le paquet de pays en voie de démocratisation ou déjà arrivés en démocratie… « Parti des démocrates chrétiens »… PDI : comme le précédent, c’est une de mes inventions, vu que j’ai écrit le texte pendant la campagne électorale… « Parti démocratique des intellectuels »… Pépé Kallé : de son vrai nom Jean Kabasele Yampania, il est l’éléphant de la musique congolaise. Il fut le patron de l’orchestre Empire Bakuba, le groupe le plus stable du pays jusqu’à la mort de l’éléphant en 1998. Ce groupe a connu son apothéose dans les années 80-90. Plateau : plutôt « Plateau des professeurs », ce sont les habitations des professeurs de l’université de Kinshasa ; le plateau est situé sur le même site que l’université et les homes, pour faciliter la ponctualité des professeurs et des étudiants. Poto : mot en lingala synonyme de Mikili, l’Europe. Primus : marque de bière locale de la compagnie Bralima. RFI : Radio France international. Roaming : possibilité qu’offre un réseau de téléphonie mobile d’utiliser son téléphone portable partout dans le monde en gardant le même numéro et en prenant soin de le recharger à l’avance car les appels entrants sont aussi payants que les appels sortants. Roulage : policier chargé de régler la circulation. RTNC : Radio télévision nationale congolaise. Saïo: ville congolaise où l’armée coloniale avait remporté, pour le compte de la Belgique, une victoire sur les alliés de l’Allemagne, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Désigne à Kinshasa une grande avenue et, à Kisangani, une commune. Sapeuse : ou « Sapeur », se dit d’une personne qui appartient à la confrérie de la SAPE, la Société des ambianceurs et personnes élégantes. Selembao : commune de Kinshasa, un de ses quartiers abrite la grande prison centrale de Kinshasa, Makala. Shay : argot kinois signifiant la vente. Shayeur : argot kinois, celui qui « fait le shay », le vendeur ambulant qui déambule dans les quartiers kinois. Shégués : argot kinois signifiant « enfants de la rue ou délinquants »… Skol : marque de bière locale de la société Bracongo. Songi-songi : mot en lingala qui signifie « commérages ». Sosamambu : expression kinoise empruntée au kikongo, « personne à problèmes », « qui cherche noise »… Swahili : une des quatre langues nationales du pays avec le kikongo, le tshiluba et le lingala. Le swahili est la langue parlée dans tout l’Est de la république (la Province Orientale, les 2 Kivu, le Maniema et le Katanga). Tangawisi : jus de gingembre. Terrain Allemagne : aire de jeu située dans la commune de Bandal au quartier Synkin. Tige : brochettes faites à base de croupion de dinde. TKM : Télé Kin Malebo. Chaîne de télévision privée commerciale à Kinshasa. Tontine : voir Moziki. Tsamba : expression kikongo connue de tous, signifiant vin de palme. Turbo King : bière brune locale de la société Bralima. Unikin : diminutif de « Université de Kinshasa », communément appelée « Campus ». Viande ruelle : c’est une invention personnelle pour parler de toutes ces bonnes grillades préparées et vendues dans la rue. Victoire : place carrefour située dans le quartier Matonge, appelée communément Rond-point Victoire. Cette place mène droit sur le côté est de la ville. Vodacom : réseau de téléphonie mobile installé au Congo. Walayi : tour à tour, exclamation ou juron ouest-africain. Wax : pagne traditionnel, en tissu satiné de qualité supérieure, que les femmes portent autour de la taille. Wenge BCBG : orchestre cher à JB Mpiana. Wenge Maison Mère : orchestre cher à Werrason. Werrason : star de la chanson congolaise ; avec JB Mpiana, il est leader de la quatrième génération de la musique de la RDC. Ils étaient tous les deux dans un même ensemble, le Wenge Musica Maison Mère BCBG 4x4 Number One. Aujourd’hui, Werrason est le patron de l’orchestre Wenge Musica Maison Mère. Yaya : terme en lingala signifiant « grand frère ». Yotas : expression ouest-africaine signifiant l’argent. Zando : désignation commune en lingala du Marché central de Kinshasa. Ziana : diminutif kinois de Pariziana qui signifie Parisien, se dit de ceux qui reviennent à Kinshasa depuis la France. Zulus : ethnie autochtone de la République Sud-Africaine ; désignation kinoise des fans de Werrason et son Wenge Maison Mère. Plan de Kinshasa (24 communes) Assise sur le siège 19A de l’airbus A330 d’Air France à destination de Paris, je bois. Du rouge. Je ne lis pas Le Soir ou Le Monde. Je n’engage pas la conversation avec mon voisin, un quadragénaire blanc. Moi, si bavarde d’habitude, je ne parle pas. Je n’écoute pas de musique, je ne regarde pas de programme spécial. Dessins animés, films sortis récemment au cinéma, infos, jeux vidéo. Rien de tout cela ! Non, moi, là, dès que l’avion a atteint sa vitesse de croisière, je me suis mise à penser… Ils font quoi à cette heure, les gens de mon quartier ? Les nouveaux locataires ont-ils enfin emménagé ? Des jeunes mariés. L’épouse va sans doute faire les frais des « mamans » du quartier, elles sont comme ça au début. Elles voudront tout contrôler, son panier quand elle revient du marché, ou quand elle fait la cuisine, comment elle s’habille, est-ce qu’elle est arrivée enceinte – ou cela s’est-il fait là –, comment parle-t-elle, en quelle langue, qui sont ses amis d’ailleurs ? Des choses comme ça. Après, ça ira… Mince ! J’ai oublié ma petite robe rouge sur le fil à sécher le linge. J’espère que Tamasha va la voir. Elle devra comprendre que je l’ai oubliée et la garder carrément pour elle… J’ai aussi laissé la fenêtre ouverte, avec ces pluies qui tombent sur la ville ! Certes, ce n’est pas la même chose. Les fenêtres, c’est comme les portes, ça peut se fermer, mais ma robe rouge… si elle s’envolait avec le vent, si elle s’accrochait aux barbelés placés pour attraper les voleurs, et si, et si ! Cette robe-là et moi, avions fait des choses. On se demandait toujours comment je pouvais prétendre être journaliste et la porter, cette robe… Robe-scoop, robe-interview, avec elle, tu parleras, disait toujours en rigolant mon caméraman. Légère, en lin, jusqu’à mi-cuisses, de fines bretelles, une longue fermeture éclair invisible sur le côté, le col fatigué, la robe-scoop met en valeur la poitrine puis s’évase directement du bas de la poitrine jusqu’à mi-cuisse. De jour comme de nuit, elle était passe-partout ! — Viande ou poisson ? me demande l’hôtesse. — Viande, je lui dis, avec du vin rouge s’il vous plaît. On a quitté Kinshasa depuis à peine trois bonnes heures que, brusquement, comme suspendue sur un fil, je commence à me demander si j’ai eu raison de partir. Comme ça. Définitivement. Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, je reviendrai, si jamais… Mais j’ai tout donné, moi, aux gens. Vêtements, chaussures, perruques. J’ai même offert mon matériel de travail, caméra et micro. Même mon caméraman a pris, comme qui dirait, sa « liberté »… Je suis partie pour ne plus revenir ! Ma vie est un free style… C’est pourquoi je la questionnais aussi souvent que possible : « Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis la plus veinarde ? Que c’est possible d’aimer autre chose dans la vie qu’un bloc de torse et de muscles ? Que c’est possible d’aimer autre chose qu’un bout de terre qui constitue son chez-soi ? » J’ai trente-quatre ans, je suis baptisée, mais je n’ai jamais eu de prénom chrétien : j’ai toujours été Assali Webana Molegbe Eketebi wa Kuadeba. J’ai trente-quatre ans et j’ai décidé de quitter mon pays – 2 345 409 km2 de superficie – car il ne me donne aucun espace de rêve. « Il n’y a pas de place, circulez ! » me répètent le fleuve, les rues, ebola, les douilles, le volcan, les guerres de la commune de Gombe, les logiques de vie, Kisangani, Makobola, Bukavu, Bunia, la grande poste de Kinshasa, les grèves des fonctionnaires de l’État, leurs arriérés de salaires, les embouteillages, les élections, leurs issues, les feux de signalisation. J’ai trente-quatre ans et je rêvais de partir… Je n’ai cessé de le répéter à Ingrid, puis à Fanta, mais elles n’ont pas capté, comme à chaque fois que je dis vraiment les choses. Elles ne sont pas les seules d’ailleurs. Les autres vont tous être bien surpris quand ils ne me verront pas chez Mbila le jour de sa « pendaison de crémaillère »… Il a quitté Bandal pour emménager dans la commune de Kasa-Vubu. Je ne verrai pas son chez-lui, je ne réserverai pas de coin perso dans son « kot », je ne ferai plus chier sa petite amie qui ne m’aime pas beaucoup, on n’ira pas danser Chez Ntemba ce samedi en commençant par aller manger des brochettes au Bloc… Puisque je pars ! Et personne ne le sait… On est une b***e de copains. Des Kinois purs et durs. Avec certains, on a étudié ensemble, avec d’autres on s’est croisés au hasard des rencontres. Il m’a draguée, j’ai dit non, soyons de bons amis, ça a marché. Il y a eu des fois où ça n’a jamais marché, et où on ne se parle même plus. Et sinon on n’a fait que subir « le choix qui fait les amis, le hasard qui fait les rencontres, comme le sort qui fait la famille »… Avec Arsène, par exemple, c’est vraiment le hasard, puisque ce n’est pas directement ma génération, mais comme on dit : je suis une femme, et lui un homme. Avec Ingrid c’est pareil, le hasard. Fanta et moi avons étudié ensemble aux Loupiots, avec Éric et son frère Shamba, il y avait Rudy et Henry aussi, et ça, ça relève du choix. Quant à Mbila, aujourd’hui, je dis qu’il est ma famille : le sort était jeté, c’était écrit, walayi ! En fait, je l’ai reçu un jour dans mon émission Si on osait chez GEPAMAL. Il est artiste peintre, il a un sens de l’humour hors pair. Il a réussi à me faire pisser de rire en plein plateau, en racontant comment un prêtre, après un rapide arrêt pipi dans les bois, était content de montrer à ses fidèles à l’église le caleçon lui offert par ses acolytes. Lequel caleçon, oublié pourtant sur une des branches d’arbre dans le fameux bois… C’est le tableau qu’il a choisi de m’offrir, sacré Mbila ! Et depuis, il est devenu et resté mon meilleur ami. Même si je l’ai connu longtemps après la b***e des Loupiots. Même si j’ai du mal avec sa petite amie. Même si on n’est pas attaché au même parti politique, à la même compagnie brassicole. Même si on ne fume pas la même marque de cigarettes. Même si on ne vient pas du même coin de la république… Avec Mbila, c’est tout ce qu’il y a de fraternel, et pour tout te dire, je n’ai jamais été tentée de virer dans une relation incestueuse. Je me sens saine et libre, j’oublie toutes les mochetés qui m’entourent, les nœuds de ma vie, les coupures de courant et les problèmes de transport. Je m’invente un pays sans frontières et sans viols… J’oublie que mon « scandale minier » de pays est un État en sursis. Guerres d’agression aux frontières, absence de routes pour relier les provinces et faciliter l’approvisionnement, pillages et utilisation d’armes lourdes jusque dans la capitale, taux de mortalité en hausse, enrichissement des cadres, corruption… J’oublie que rien ne va. Je sais de quoi je parle : j’habite ce « scandale minier », et même si j’ai honte de le quitter, de fuir, il le faut… Un grand pays, mon pays ! Sauf que tout le monde l’a oublié. Il y a de quoi. Trop de bruits de bottes, trop de pleurs et de cris, trop de vacarme dans nos têtes. Trop de ruines dans notre sang. Trop de mochetés dans notre décor. Trop de poussières sur nos souvenirs. Et pourtant…
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