chapitre 29: Entre la peur et l'amour

2595 Mots
La nuit semblait avaler Chloé toute entière. Ses pas résonnaient faiblement sur la grande route, comme s’ils pesaient des tonnes. Elle marchait sans but, le regard vide, le cœur en miettes. Le monde autour d’elle n’était plus qu’un brouillard indistinct, sans sons, sans visages, sans repères. Elle ne savait plus où aller, ni comment effacer de son esprit l’image qui la hantait : celle du corps inerte de Fabio, baignant dans son sang. Chloé (voix intérieure) _ J’arrive pas à y croire... Non, je peux pas y croire. Pourquoi j’ai accepté ça ? Pourquoi j’ai accepté de l’aider à tendre ce piège à Fabio ? Je suis responsable… C’est moi, moi seule. C’est moi qui l’ai mené à sa mort. Ses mains tremblaient. Les larmes, brûlantes et pleines de culpabilité, dévalaient ses joues sans qu’elle s’en rende compte. Son souffle était court, haché. Elle avait la gorge serrée, la poitrine en feu. Chloé (voix intérieure) _ Hier soir… après notre discussion, je suis retournée voir Lorenzo. Il m’a dit qu’il avait des comptes à régler avec Fabio, mais il n’a rien expliqué. Il m’a juste dit que Fabio n’était pas celui que je croyais. Que c’était son ennemi, qu’il faisait semblant d’être son ami. Moi, je devais juste… le séduire, le distraire, l’assommer. Rien de plus. Je pensais que c’était un jeu, une vengeance, pas… pas un meurtre. Comment j’aurais pu imaginer qu’il allait le tuer ? Qu’est-ce que Fabio a bien pu lui faire pour mériter ça ? Je croyais qu’ils étaient proches… presque comme des frères. Chloé s’arrêta soudain. Son corps refusa d’avancer. Elle resta là, figée au bord de la route, les yeux écarquillés, le regard perdu dans le vide. Les voitures passaient à toute allure, les klaxons résonnaient, mais elle n’entendait plus rien. Le vent frappait son visage, faisait voler ses cheveux trempés de larmes. Elle voyait encore Fabio, son regard éteint, son sang qui s’étalait lentement sur le sol. Chloé (murmurant entre deux sanglots) — Pourquoi tu l’as tué, Lorenzo ?... Pourquoi ? T’étais pas comme ça. T’étais pas un monstre. Je refuse d’y croire… Ses jambes cédèrent presque sous son poids, mais elle reprit son souffle, leva une main et héla un taxi. Le chauffeur s’arrêta aussitôt et elle monta. Chauffeur — Je vous amène où, mademoiselle ? Chloé (voix faible, brisée) — Je sais pas… Démarrez juste. Amenez-moi loin d’ici. Chauffeur — Mais enfin, je ne peux pas... Chloé (sèche, nerveuse) — Démarrez cette f****e voiture ! Le ton claqua dans l’air comme un coup de fouet. Le chauffeur n’insista pas. Il démarra sans rien dire, tandis que Chloé s’affalait à l’arrière, les bras autour d’elle-même. Ses larmes ne s’arrêtaient plus. Était-ce pour Fabio ? Pour Lorenzo ? Ou pour elle-même, incapable de reconnaître l’homme qu’elle aimait ? Lorenzo, ce garçon dangereux, mystérieux… cet homme qu’elle avait voulu comprendre… venait de devenir son cauchemar. Le lendemain – Maison de Valentina. Le jour s’était levé timidement, mais la lumière n’arrivait pas à percer la grisaille du cœur de Chloé. Allongée sur le canapé, recroquevillée comme un enfant blessé, elle dormait enfin, épuisée. Ses cheveux collaient à son visage, encore humide de larmes séchées. Même dans son sommeil, son front restait plissé, comme si les cauchemars refusaient de la laisser tranquille. Valentina entra dans le salon, les yeux à moitié fermés, sa robe de nuit glissant sur son épaule. Elle observa un instant sa meilleure amie, puis soupira, s’asseyant doucement près d’elle. Val (sarcastique mais attendrie) — Eh ben… Madame, te voilà complètement explosée. Si je savais pas que t’étais en vie, je croirais que t’as traversé la fin du monde. Elle lui caressa doucement les cheveux, un mélange de tendresse et d’inquiétude dans le geste. Val (murmurant) — Qu’est-ce qui t’est encore tombé dessus, Chloé ? T’as intérêt à tout me raconter, parce que là, c’est plus du mystère, c’est une série Netflix. Chloé bougea légèrement, les paupières tremblantes, puis finit par ouvrir les yeux. Son regard était vide, éteint, comme si quelque chose en elle s’était brisé. Val (doucement) — Salut, ma puce… Comment tu te sens ? Chloé ne répondit pas tout de suite. Elle se redressa lentement, le dos courbé, les bras serrés contre elle. Ses cheveux tombaient devant son visage, cachant ses traits tirés. Val (inquiète) _ Ma puce, qu’est-ce qui se passe ? Hier t’es venue ici au milieu de la nuit, trempée, en panique… Et là, quand je te regarde, j’ai l’impression de voir un fantôme. Regarde-toi un peu, t’es toute pâle, on dirait que t’as pas dormi depuis des jours. Chloé leva lentement la tête. Ses yeux étaient rouges, gonflés. Sa voix tremblait, presque éteinte. Chloé (faiblement) _ Val… j’arrive pas à y croire. J’ai tout imaginé de lui… tout, sauf ça. Je refuse d’y croire, je refuse qu’il soit un… un… Elle s’interrompit, incapable de prononcer le mot " meurtrier" . Sa lèvre inférieure trembla, ses doigts se serrèrent l’un contre l’autre. Val (paniquée) _ Mais tu racontes quoi là ? Tu parles de qui, exactement ? Chloé détourna le regard, les yeux humides, la voix brisée. Chloé (voix cassée) _ Je l’aime, Val… Je l’aime tellement. Mais maintenant, j’ai peur. Elle inspira difficilement, sa voix se fissurant sur chaque mot. Chloé( voix cassée) _ J’ai peur de lui, Val. J’savais pas qu’il était capable de faire ça… Et moi… moi aussi, j’suis coupable. Val fronça les sourcils, ne comprenant plus rien à ce qu’elle entendait. Val (confuse) _ Attends, attends, ma belle… Tu parles de qui ? De Lorenzo ? Ton mari ? Qu’est-ce qu’il a fait encore ? Chloé ne répondit pas. Son regard restait fixe, vide, perdu quelque part entre la réalité et ce souvenir qui refusait de s’effacer : Fabio, attaché, sans vie, couvert de sang. Ses doigts se mirent à trembler, ses larmes tombant silencieusement sur le plaid qui recouvrait ses genoux. Val (confuse, insistant) _ Chloé… écoute, hier tu m’as appelée, tu disais que Lorenzo allait faire “un truc irréparable”. Alors explique-moi, c’était quoi ce truc ? Qu’est-ce qu’il a fait, bon sang ? Chloé (faiblement) _ Val… pose pas de questions, s’il te plaît. Je veux juste être seule… Laisse-moi tranquille. Val se redressa brusquement, la mâchoire crispée. Val (fermement) _ Ah non, ça, c’est hors de question. Regarde-toi ! On dirait que t’as vu un cadavre, t’es livide, t’as les mains qui tremblent, et tu veux que je te laisse seule ? Chloé, t’as pas l’air bien du tout, t’as l’air d’une fille… perdue. Chloé (voix cassée) _ Je suis pas folle, Val… Je veux juste… juste rester seule un moment. Val soupira profondément, pinçant l’arête de son nez, comme pour contenir sa frustration. Val (résignée, soupirant) _ Ok… Très bien. Mais dans ce cas, donne-moi ton téléphone. Je vais appeler Lorenzo, il doit venir, vous devez parler, c’est pas possible de rester comme ça. Chloé releva brusquement la tête, son regard se durcissant. Chloé (fermement) _ Non, Val, je veux pas de Lorenzo ici. C’est la dernière personne que j’ai envie de voir. Val resta un instant figée, surprise par le ton tranchant de son amie. Son cœur se serra, car c’était la première fois qu’elle voyait Chloé dans cet état : cassée, effrayée, méfiante. Val (calmement) _ Ok, d’accord, j'ai compris. Mais écoute, ma belle, lève-toi. Va prendre une douche dans ma chambre. Ça te fera du bien. Je t’amène ton petit-déj tout à l’heure, d’accord ? Chloé hocha simplement la tête, sans un mot. Elle se leva lentement, le corps lourd, presque chancelant. Chaque pas semblait un effort. Elle gravit les escaliers avec lenteur avant de disparaître dans le couloir, sans se retourner. Valentina resta seule un moment, le regard fixé sur la porte du salon. Puis elle se pencha, attrapa le téléphone de Chloé laissé sur le canapé. Elle hésita quelques secondes, le cœur battant, puis le déverrouilla. Val (murmurant) _ Pardonne-moi, ma belle… mais je crois que t’as besoin de lui, que tu le veuilles ou non. Elle chercha le numéro de Lorenzo, puis appuya sur “appel”. Le téléphone vibra quelques secondes avant qu’une voix grave, légèrement rauque, ne réponde. Lorenzo (pressé) _ Allô ? Chloé ? C’est toi ? Chloé, je… Val (calme) _ C’est pas Chloé, c’est Valentina. Un silence pesant s’installa quelques secondes. Lorenzo (surpris) _ Val ? Qu’est-ce que tu fais avec le téléphone de Chloé ? Où est ma femme ? Elle va bien ? Val (calme mais ferme) _ Elle ne va pas du tout bien, Lorenzo. Et je sais que c’est à cause de toi. J’sais pas ce que t’as encore fait, mais elle est dans un état pitoyable. Elle marqua une pause, reprenant son souffle. Val( fermement)) _ Je réglerai mes comptes avec toi plus tard, mais là, il faut que tu viennes chez moi. Elle dit qu’elle veut pas te voir, mais je crois que la meilleure chose à faire, c’est que vous mettiez tout à plat. Lorenzo ne répondit pas tout de suite. Le silence qui suivit en disait long. Val (insistante) _ Tu m’écoutes, là ? Lorenzo (calmement) _ Je t’écoute, Val. Mais… je peux pas venir. Chloé ne veut pas me voir, et je vais respecter ça. Val écarquilla les yeux, sa voix montant d’un ton. Val (indignée) _ Quoi ? Non mais t’es sérieux, là ? T’es trop fier pour venir t’excuser ? Pour la consoler ? Elle est en train de se détruire à cause de toi ! Lorenzo resta d’un calme presque glacial. Lorenzo (froidement) _ Ce n’est pas une question d’excuses. Elle a juste vu un côté de moi qu’elle ignorait. Et maintenant qu’elle sait qui je suis vraiment… c’est mieux comme ça, cette séparation est mieux ainsi. Il soupira. Lorenzo( calme mais ferme) _ Prends soin d’elle, Val. Je te fais confiance. Val (abasourdie) _ Mais t’as quoi toi ? T’es malade ou quoi ? T’es en train de... bip… bip… bip… L’appel venait d’être coupé. Val resta là, le téléphone collé à l’oreille, les yeux grands ouverts, la mâchoire serrée. Val (rouge de colère) _ Il se prend pour qui, ce taré ? Je lui tends la main, et il me raccroche au nez ? Sérieusement ? Elle jeta le téléphone sur le canapé, les nerfs à vif, puis se leva brusquement, se dirigeant vers la cuisine. Ses pas claquaient sur le carrelage, tandis qu’elle marmonnait entre ses dents : Val (murmurant) _ Lorenzo, tu sais pas dans quoi t’as mis les pieds… Si Chloé s’écroule à cause de toi, je te jure que je te retrouve et je te tue. Éclipse de quelques heures. Le manoir respirait la discrétion : lourds rideaux tirés, parquet qui craquait à peine, une odeur de cuir et de tabac froid qui stagnait dans l’air. À la lueur chaude d’un abat-jour, une femme d’environ cinquante ans était assise dans le fauteuil en cuir de son bureau. Elle avait l’allure d’une reine fatiguée, cheveux tirés en arrière, tailleur impeccable, un léger sourire qui ne touchait pas les yeux. En face d’elle, debout comme un officier, un homme vêtu d’un costume noir maintenait ses mains croisées derrière le dos. Sa silhouette découpée projettait une ombre nette sur le tapis. L’horloge murale marquait les secondes d’un tic régulier, comme un rappel sourd que le temps jouait pour eux. Homme (impassible) – Madame, je crois que le moment idéal s’approche. Il est temps que vous récupériez ce qui vous revient. La femme leva imperceptiblement un sourcil, curieuse mais déjà presque certaine de la bonne nouvelle que lui apportait cet homme. Femme (curieuse) – De quoi tu parles ? T’as fini les recherches que je t’ai demandé ? L’homme fit un pas, ses chaussures effleurant le sol sans un bruit. Homme (sourd) – Oui, et l’opportunité parfaite se présente désormais. La femme s’autorisa un petit rictus, comme on goûte un plat préparé depuis longtemps. Femme (curieuse) – Qu’est-ce que t’as découvert, alors ? L’homme croisa le regard de la dame, ses yeux ne trahissant rien mais sa voix laissant filtrer une satisfaction contenue. Homme (contrôlé) – Comme convenu, j’ai placé quelqu’un à portée. Il a suivi ses moindres allées et venues. Il semblerait que la gamine ne soit plus avec son protecteur. Un silence s’installa, pas gêné, mais calculé. La femme retira lentement une main de son manteau, la laisse glisser sur l’accoudoir, et la chaleur d’un sourire se dessina au coin de ses lèvres. Femme (sourire au coin) – Vraiment ? T’en es certain ? Je croyais qu’ils étaient à l’abri, loin d’ici. Qu’est-ce qui a changé ? Comment tu sais qu’ils sont séparés ? L’homme s’avança encore d’un pas, comme pour rapprocher la vérité. Homme _ Hier, mon contact m’a fait savoir que la « perle » avait quitté le lieu où elle se trouvait avec son « gardien ». D’après ce qu’il a vu, l’atmosphère entre eux semblait... orageuse. Il l’a suivie discrètement et a découvert qu’elle s’était mise à l’abri chez une certaine connaissance, une amie proche, semble-t-il. Les doigts de la femme tambourinèrent doucement sur l’accoudoir, un geste calme mais électrique. Femme (imposante) – Et ? Dis-moi ce que ça m’apporte vraiment. Quelles preuves as-tu que cet homme n’a plus rien à voir avec ma fille ? L’homme inclina la tête, presque cérémonieux. Homme (sûr de lui) – Ne vous inquiétez pas. Je vais approfondir. Mon contact continue la surveillance. D’ici peu, nous saurons s’il s’agit d’un éloignement passager ou d’une rupture définitive. La femme pinça les lèvres, la patience usée par des mois d’attente. Femme (agacée) – Il me faut cette fille, et vite. J’ai attendu plus de trois mois. Mon plan dépend d’elle. Mes clients ont déjà misé gros sur cette gamine, je ne peux pas me permettre un autre retard. L’homme acquiesça, presque avec culte, puis laissa tomber une proposition comme on pose une pièce sur la table. Homme (calme) – J’ai une idée qui pourrait vous plaire. Je connais quelqu’un qui peut nous rapprocher d’elle. Un appui discret, bien placé. La femme s’anima légèrement, intéressée sans le montrer. Femme (curieuse) – De qui tu parles ? L’homme esquissa un sourire qui ne dévoilait rien. Homme (bas) – Un proche de la meilleure amie de la gamine. Avec lui aux alentours, s’approcher sera simple. La femme fronça les sourcils, demandant plus de précision sans en avoir l’air. Femme (confuse) – Et que fera cet homme, exactement ? L’homme répondit comme si la vérité devait rester masquée, enveloppée d’un euphémisme soigneusement choisi. Homme (énigmatique) – Ce que fait tout homme face à une femme belle et vulnérable : il s’approche, gagne sa confiance, la guide… puis la ramène à vous sans éveiller le moindre soupçon. La femme laissa échapper un petit rire, nerveux et soulagé à la fois, comme si la solution venait de tomber dans sa main. Femme (sourire au coin) – La séduire, donc, parfait. Fais en sorte qu’elle n’ait aucun doute. Que tout paraisse naturel. L’homme inclina la tête, sûr de la mécanique qu’on lui demandait d’enclencher. Homme (froidement efficace) – On fera en sorte que tout paraisse… inoffensif. Personne ne verra venir la fin du jeu. La femme remit une mèche derrière son oreille, les yeux brillants d’une résolution glacée. Femme (calculeuse) – Très bien, je veux un rapport toutes les vingt-quatre heures. Et que la manœuvre soit propre : discret, irréprochable, sans bavure. Homme (respectueux) – Compris, Vous aurez des nouvelles. Un dernier silence. La pièce semblait retenir son souffle, et quelque part, une mécanique invisible commença à tourner. À suivre…
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