Prologue-2

2178 Parole
— c*****d, dit-elle avec un rictus. La Puce baissa les yeux et se prépara à mourir. À peine avait-elle parlé que Rick fut soulevé et projeté sur le tas de fûts sur lequel elle se tenait un peu plus tôt. Elle grimaça en entendant le son distinctif d’os qui se brisent suivi par un cri de douleur. La Puce se redressa péniblement et se plaqua dos au mur de métal. Les hurlements et les coups de feu qui provenaient de l’intérieur couvraient ce qui se passait à l’extérieur. On aurait dit qu’une véritable guerre avait éclaté dans l’entrepôt. L’horreur la frappa quand l’homme qui l’avait sauvée d’une mort certaine fit volte-face, le corps de Rick pendant mollement devant lui comme une poupée de chiffon, alors même que Manny tirait une salve de balles. Rick tressaillit, transpercé de part en part à maintes reprises. La Puce attendit que son sauveur s’effondre. Elle était sûre qu’il avait dû être touché malgré son bouclier humain. Le choc la paralysa lorsque l’homme jeta le cadavre comme s’il s’agissait d’un mannequin de magasin. Son attention se porta alors sur le tireur. Le pistolet de Manny s’était enrayé et il en cherchait un autre. En une fraction de seconde, son sauveur lui arracha son arme. Puis il prit la tête de Manny entre ses mains et, avec une force colossale, la tourna d’un coup sec. La Puce entendit le bruit écœurant que son cou fit en se brisant, malgré le chaos qui régnait dans le bâtiment derrière elle. L’homme en noir pivota alors vers elle en dégainant une épée à sa taille. Effrayée, elle put voir ses traits dans la lumière vacillante provenant de la fenêtre. Ses yeux argentés scintillaient et sa bouche… Elle déglutit. Il ressemblait aux vampires extraterrestres d’une b***e dessinée qu’elle aimait lire. Il paraissait jeune, à peine plus âgé qu’elle, mais leurs similitudes s’arrêtaient là. Deux choix instinctifs s’offraient à elle : se battre ou s’enfuir, et comme elle n’avait, en toute honnêteté, aucune envie de mourir, elle décida de prendre ses jambes à son cou. S’élançant en avant, elle attrapa son sac à dos et partit à toute allure. Le grondement animal derrière elle lui donna des ailes et elle courut comme si elle avait le diable aux trousses. Tournant à l’angle du bâtiment, elle tira sur une pile de barres métalliques appuyées contre le mur. Le vacarme assourdissant produit lorsqu’elles tombèrent sur le sol en béton noya tout autre bruit… du moins, jusqu’à ce que le gars lancé à sa poursuite doive se frayer un chemin à travers l’obstacle. Elle traversa le parking en courant vers l’autre entrepôt. Des trous par lesquels elle pourrait s’enfuir parsemaient la structure, trop étroits pour qu’il puisse l’y suivre. Et puis, il y avait des souterrains dont seuls les rats et elle connaissaient l’existence. Ce qu’il y avait de bien, quand on était plus petit que la moyenne, c’était que l’on pouvait accéder à des lieux où la plupart des gens n’imagineraient jamais entrer. La Puce sentait qu’il gagnait du terrain. La grande porte était entrouverte, autant que le permettait la chaîne tendue qui la retenait. L’adrénaline pulsait dans ses veines. Tenant son sac à dos à une main, elle se tourna sur le côté et se faufila sans difficulté dans l’interstice avant de jurer entre ses dents lorsque son bonnet se prit dans la chaîne et tomba. Pivotant, elle le récupéra quelques secondes avant que l’homme n’atteigne la porte. Elle le renfonça sur sa tête et recula maladroitement. Ils se défièrent du regard par l’ouverture. — Tu ne pourras pas m’échapper, promit-il. La Puce renifla. Elle avait déjà entendu ça par le passé… très souvent. Jusqu’à présent, elle avait prouvé à tous ces PCM qu’ils se trompaient. Elle le vit agripper les battants de la porte. La chaîne était épaisse. Il ne pourrait jamais la rattraper à moins qu’il ne brise la chaîne ou la porte. Aucun n’étant probable, elle s’accorda quelques secondes pour reprendre son souffle et l’étudier. Ses lèvres étaient légèrement entrouvertes ; et de près, elle remarqua que ses canines étaient plus longues que la normale. Soit il était à fond dans le délire gothique et s’était fait poser des implants, soit il se disait que s’habiller comme un vampire lui donnait des superpouvoirs. Ce devait forcément être l’un ou l’autre, parce que la première pensée qu’elle avait eue avait été un peu trop tirée par les cheveux ! Elle secoua la tête. C’en était assez. Ce type venait de tuer deux hommes. Enfin, techniquement, il n’en a tué qu’un, mais j’aurais aimé ne pas y assister, songea-t-elle. C’était le moment de disparaître. Ce gars ne mettrait pas longtemps à trouver un autre moyen d’entrer dans le bâtiment. Les larges portes avec la chaîne l’arrêteraient peut-être, mais il existait au moins une dizaine d’autres points d’entrée… si vous n’aviez rien contre le fait d’enfoncer une porte ou de grimper par une fenêtre. Le surveillant d’un œil méfiant, elle recula lentement. Ayant mis quelques mètres de distance entre eux, elle pivota et repartit à toute allure. Elle avait traversé la moitié de la pièce quand un grand crissement de métal contre du métal retentit. Stupéfaite, elle écarquilla les yeux en voyant son épée sectionner les épais maillons. Il lui adressa un sourire menaçant tout en poussant l’un des lourds battants de la porte. Il fit tourner la longue lame dans sa main. Marmonnant un petit juron entre ses dents, la Puce se retourna et s’enfuit vers le fond de l’entrepôt. Le rugissement de l’homme résonna à travers le vaste espace vide derrière elle. Un chapelet de jurons qu’elle avait appris par son père lui traversa l’esprit tandis que la poursuite reprenait. La Puce envisagea tous les endroits dans l’entrepôt et dans la cour où elle pourrait se cacher. Elle pouvait se faufiler dans un trou dans le mur du bureau à l’arrière. La partie basse était en béton et avait été creusée pour y accueillir un coffre-fort, jusqu’à ce qu’il en soit arraché. Elle mit un coup d’épaule dans la porte métallique, qui alla violemment heurter le mur avant de se refermer en claquant. Elle plongea en avant et glissa sur le bureau en métal pour atterrir de l’autre côté. Un trou béant d’environ quatre-vingt-dix centimètres de large conduisait à l’extérieur. Se laissant tomber à genoux, elle poussa son sac à dos dans l’ouverture et commença à ramper frénétiquement à l’intérieur. Un glapissement surpris lui échappa lorsque son poursuivant lui attrapa la cheville et tira. Elle sentit ses doigts chauds malgré sa chaussette et son jean. Roulant sur elle-même dans l’étroit espace, elle lui mit un coup de pied toutes ses forces. Il étouffa un juron de douleur et la lâcha pour se tenir le nez. Elle se précipita dans l’ouverture et s’apprêtait à dire à ce bâtard qu’il pouvait aller se faire voir quand elle aperçut un éclat argenté accroché à un câble électrique qui dépassait du béton brut sur lequel elle venait de passer. Retirant son gant, elle porta une main à son cou et chercha désespérément son collier. Il avait disparu. Elle ne pouvait pas l’abandonner ; c’était le dernier cadeau que sa mère lui avait fait. Le médaillon renfermait une photo d’elles. Elle s’élança en avant et attrapa la fine chaîne, mais avant qu’elle n’ait le temps de reculer, des doigts puissants saisirent son poignet et la tirèrent en avant. Elle prit appui de sa main libre contre le mur et se débattit pour se libérer. — Lâche-moi ! siffla-t-elle avec colère. Il raffermit plutôt sa prise et elle planta son regard dans le sien, momentanément envoûtée par les yeux couleur argent fondu qu’elle voyait de près. — Tu es une femelle ! s’exclama-t-il, manifestement choqué. L’espace d’un instant, ils se dévisagèrent à travers le trou. Elle tira sur son bras. Il desserra juste assez ses doigts pour les faire glisser le long du tissu rugueux de son manteau et toucher sa paume nue. La Puce poussa un cri surpris. Elle avait l’impression de s’être pris un coup de jus ! Il avait dû le sentir aussi, car il retira vivement sa main. Elle recula jusqu’à être hors de sa portée, mais continua de le contempler, sous le choc. — T’es quoi ? demanda-t-elle, plus curieuse qu’effrayée. Il baissa le nez vers sa paume avant de reposer sur elle des yeux dans lesquels dansaient des flammes d’argent. Il lui sourit et elle vit le bout de ses dents pointues. Il ne s’agissait pas là d’un type habillé comme son personnage de fiction préféré ; non, il était bien réel… et il n’était pas humain. — Je suis Derik ‘Tag Krell Manok et toi, petite Humaine, tu es mon âme liée, affirma-t-il. Sa voix calme à l’accent prononcé était chaleureuse et révérencieuse, et lui donna des frissons qui l’agacèrent sérieusement. Elle plissa les yeux et ses lèvres se pincèrent en une ligne désapprobatrice en entendant sa revendication et son ton possessif. Elle rapprocha son sac à dos et posa un genou à terre puis se leva et commença à reculer. Elle pivota brusquement lorsqu’il retourna sa main et qu’elle vit un objet délicat pendre de ses doigts. Elle baissa la tête vers sa propre main. Le collier que sa mère lui avait offert avait disparu. À sa place, elle découvrit un symbole, qui la picotait, au creux de sa paume, un symbole qui ne s’y trouvait pas quelques instants plus tôt. Fermant brièvement les yeux, elle comprit qu’elle avait dû le laisser tomber dans sa main quand il lui avait mis un coup de jus. L’idée de l’avoir perdu lui fit voir rouge. Elle ne parviendrait jamais à le récupérer sans se faire attraper. Tournant les talons, elle fit ce que sa mère lui avait appris à faire en cas de danger : elle s’enfuit dans les ténèbres. « Fuir n’est pas une défaite, Amelia. Tant que tu es en vie, tu peux continuer de te battre. L’espoir te fera avancer. » Le souvenir de la douce voix de sa mère l’apaisa. Oh, oui, elle se battrait. Le bruit de sirènes s’intensifiait, ce qui lui apprit que les explosions avaient été signalées et que la police serait bientôt sur place. D’ici le lendemain, elle saurait qui cibler — et elle espérait que l’un des types qu’elle frapperait le plus fort aurait des flammes argentées dans les yeux. Derik ‘Tag Krell Manok. Tu vas tomber, c’est une promesse, pensa-t-elle en se glissant à travers le grillage avant de disparaître dans les entrailles sombres de la ville. * * * Derik ouvrit la porte de l’entrepôt d’un coup de pied et sortit en courant. Il s’arrêta et regarda des deux côtés avant de s’élancer dans la direction où la femelle avait disparu. Il tourna à l’angle du mur et marqua une nouvelle pause pour scruter la zone à la recherche du moindre signe de mouvement. Une légère brise caressa sa peau brûlante et il leva le nez pour renifler l’air, espérant saisir une odeur qui lui indiquerait où aller. Tournant en un demi-cercle, il leva ses mains à sa tête dans un geste de frustration avant de les laisser retomber le long de son corps. Il n’y avait rien si ce n’était les bruits lointains de la bataille qui se déroulait dans l’autre entrepôt. Il serra les poings. Plusieurs minutes lui avaient été nécessaires pour trouver une porte qui n’était pas bloquée par des débris. Il jeta un coup d’œil vers le grillage le long du bâtiment et se dirigea vers une ouverture pratiquée là par quelqu’un. Lorsqu’il fut assez proche pour toucher la barrière en métal, il remarqua une forme sombre au sol. S’agenouillant, il ramassa l’objet. La femme portait des mitaines telles que celle-ci. Il la leva à son nez et la renifla. Une vague de chaleur déferla en lui : c’était son odeur. Il serra la mitaine dans un geste protecteur, releva la tête et scruta de nouveau les environs. Il possédait désormais deux objets qui lui appartenaient. Derik hésita encore un instant devant le trou dans la palissade. Elle s’était enfuie vers la ville. Il balaya la zone du regard avant de baisser le nez pour étudier encore une fois sa paume qui le picotait. Un sentiment d’émerveillement l’envahit à la vue de la marque distinctive qui était apparue un peu plus tôt. Se relevant, il serra le poing. Il était partagé entre son devoir envers son peuple et son besoin de trouver la femme qui était son âme liée. Le besoin primitif de retrouver et protéger sa compagne fut plus fort. Il agrippa le grillage et le tira en arrière quand il entendit d’autres sirènes se rapprocher. Un juron passionné lui échappa. Il lâcha la barrière d’acier et s’en éloigna. Il ne serait d’aucune utilité à sa compagne s’il se faisait capturer par les siens. — Je te trouverai, petite guerrière. Tu ne pourras pas te cacher pour toujours… peu importe à quel point tu résistes, murmura-t-il, tournant les talons et frottant sa lèvre douloureuse à l’endroit où elle l’avait frappé.
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