- Ne bouge pas. Sa voix. Calme et mielleuse Comme un poison lent. Je rassemblai le peu de force qui me restait et je tournai la tête vers la voix. L’éclairage de la pièce ne me permettait pas de bien voir son visage, mais il était là, assis à côté de moi, les bras croisés, me regardant comme un homme contemple une pièce rare et presque cassée.
- Pourquoi ? me regardez-vous monsieur. Dis-je dans un souffle douloureux, je ressentais toute la douleur de ma jambe, comme si je n’avais pas eu d’anti-douleur, je n’arrivais pas à pleurer pourtant j’avais mal. C’est lui qui m’avait tiré dessus, je me souviens de son visage, sans aucune hésitation, il n’a même pas cillé, mes yeux étaient ancrés dans ses orbes noirs au moment où j’ai senti la déchirure dans ma jambe le gouffre sans fin de ses yeux m’avait anesthésié quelques secondes avant que je ne sombre complètement dans les tréfonds de la douleur. Il haussa les épaules, avec ce petit sourire qui faisait de lui une énigme insupportable.
- Je suis fasciné par ta stupidité petite Candice. Tu as été extrêmement stupide de croire que tu pouvais fuir. Que tu pouvais me fuir. Je ne dis rien. Mon cœur battait à mes oreilles. Tu as franchi la barrière. Tu as brisé les règles. Tu as voulu être libre. Pourtant jusqu’ici je t’ai bien traité. Et je t’ai même mise en garde de ne pas le faire, à plusieurs reprises. Il se pencha, effleurant mes cheveux, si doucement que j’eus envie de le frapper. Et tu t’es rendormie comme une idiote, là-dehors. Tu as pensé quoi ? que tu étais déjà sauvée ? Je fermai les yeux, ravalant mes larmes.
- Pourquoi ne pas m'avoir tuée ?, demandais-je la gorge nouée. Je m’étais préparé pour soit l’un soit l’autre. Soit je réussi à m’en sortir soit il me retrouve et me tue. Je n’avais pas envisagé qu’il m’épargnerait, maintenant, je ne sais pas à quoi m’attendre.
- Parce que je n’ai pas fini avec toi. Et ce n’est pas près d’arriver. Il posa sa main sur mon pied bandé. Je frémis, puis il balada son doigt le long du bandage très lentement puis fis une légère pression à un endroit bien précis.
- Aaaaahhhh hurlais-je si fort que je sentis ma gorge vibrer, j’essayai de retirer mon pied de sa poigne, mais cela ne fit qu’intensifier la douleur. J’avais si mal que mon cœur se compressait, mes yeux s’embuèrent, mais rien n’y faisait. Je ne le suppliai pas de me lâcher ou d’apaiser ma douleur, je ne dis strictement rien me contentant de hurler à qui voulait l’entendre ma douleur. Puis un moment, il s’arrêta et aussitôt mes mains se posèrent sur
- Tu vas guérir, petite Candice, la plaie est superficielle, je me suis assuré de ne pas te rendre, estropier, car tu as besoin de tes deux pieds pour ce qui t’attend. Vu que je t’ai abimé d’une certaine façon, donc ta valeur aura diminué, je vais devoir modifier mes plans avec toi et crois-moi que tu vas regretter ta connerie. D’une façon ou d’une autre. Il se leva. Tu m’as beaucoup surpris. Tu es plus courageuse que je ne le pensais. Il marcha vers la sortie. Avant de passer le seuil, il ajouta. Repose-toi. Tu en auras besoin. Ce n’est pas fini. Puis il s'en alla
Et moi, couchée là dans cette tanière humide, bandée, blessée, mais vivante… je compris que l’évasion n’était qu’un prélude. Et que la guerre ne faisait que commencer. J’avais un très mauvais pré-sentiment et par reflex, je touchai mon poignet sur lequel était d’habitude enroulé mon chapelet, mais celui-ci était vide, et il n’y avait rien dessus. Ma panique augmenta, je voulais me lever pour chercher mon chapelet, mais ma jambe me jetait. Alors, je restai tranquille et je me mis à réciter le chapelet dans ma tête pour implorer le secours de ma mère du ciel. Et cet ainsi que je me suis endormi.
Je me réveillais pour la deuxième fois en sursaut, une odeur de fer et de bois humide collée à ma peau. La douleur dans mon pied était toujours sourde, mais cette fois-ci, elle était constante, et chaque pulsation me rappelant que je ne suis pas morte. Je suis allongée sur un lit… non, une planche. Cette fois-ci, j'avais l’impression que je me retrouvais dans ce lieu, pour l’avoir déjà nettoyé quelques fois, je reconnaissais l’éclairage de la cave. Pas les chambres, pas les cuisines, non, la cave. Je comprends ce que cela signifie. Cette fois, ce n’est pas une simple punition. Quelque chose me disait que cette fois si j’étais en enfer. Quand je m’étais réveillé après mon kidnapping ma cellule était mieux que celle-ci et je ne sais pas pourquoi j’avais un si mauvais pressentiment.
La porte s’ouvre avec un grincement. Deux silhouettes descendent. L’une d’elles est plus massive, plus lente. L’autre, plus rapide, presque impatiente. C’est lui, le Diable. Encore. N’avait-il rien à faire de ses journées ? n’avait-il pas des choses à planifier ? que faisait-il tout le temps autour de moi ? s’amusait-il à me terrifier ? étais-je devenue sa meilleure distraction ?
Il ne parle pas tout de suite. Il me regarde longuement, comme s’il prenait plaisir à constater dans quel état je suis. Je n’ose pas le regarder cette fois-ci, je ne sais pas pourquoi, mais je n’y arrive pas, j’ai envie de me soulager. J’avais l’impression que je sentais, vraiment mauvais, je n’étais pas à l’aise. Il s’avance, s’accroupit à ma hauteur.
- Tu as vu ce qu’il y a au-delà de la barrière ? ou tu veux y retourner ? ça te dit ? ceux-tu retourner à l’extérieur de la barrière ? dans les bois ? pour observer où je ne sais pas tenter de nouveau de t’échapper ? je fis non de la tête. Je secouais ma tête dans la négociation si fort que je crus que j’allais briser mon cou, mais tant pis maintenant que je n’étais pas morte et qu’apparemment, il n’avait pas l’intention de me tuer et que décidément, je ne pouvais m’échapper je m’interdisais formellement de retenter de m’échapper. Ça m’a presque couté ma jambe. Oh, tu ne veux plus ? quel dommage. Est-ce que tu sais que quand on arrache une illusion, il faut offrir une douleur pour la remplacer. C’est ainsi qu’on dresse un esprit rebelle. Tu vas bien l’apprendre, Candice. »
Il se relève et fait signe à l’homme derrière lui. C’est Karl. Je ne l’avais pas reconnu, tant son visage est marqué par l’angoisse et les bleus, avait-il été frappé ? pourquoi ? je voulais que nos regards se croise pour obtenir une certaine réponse, mais il ne me regarde pas. Ses bras sont attachés, ses genoux fléchissent sous la peur. Le Diable le force à avancer jusqu’à se retrouver agenouiller devant moi.
- Il avait pour mission de te surveiller. Il a échoué. Tu as réussi à passer sous les mailles de ton filet. J’ai dû me réveiller aux aurores pour te chercher dans la forêt. Dans mon monde, l’incompétence a un prix. Et tu vas le voir. Pour que tu comprennes.
- Non… souffle Karl si bas que je suis la seule à l’entendre, il me regarde, comme si c’est à moi qui s’adressait et me suppliait de le sauver du diable, mais qui étais-je ? je n’avais pas anticipé ça, je n’avais pas voulu ça, j’avais voulu tout sauf ça, il avait toujours été bon pour moi, jamais, je n’aurais voulu lui faire le moindre mal, au grand jamais. On dirait qu’il n’ose pas supplier le diable de l’épargner, comme si c’était interdit, mais de quel genre de monde est-ce qu’il s’agissait ? son regard à mon égard se fit si suppliant que j’eus envie de lui crier que je ne pouvais rien y faire et qu’il devait supplier le diable, pas moi.