Chapitre 08

1165 Words
CAZ MARCHAL — Un. Le décompte est terminé, et je n’aurais pas été surpris si la fille avait hésité à tirer. Cependant, voir Dove, arrêté en face d'elle, l'index calé sur la détente, sans tirer, me surprend. Je dois avouer qu'intérieurement, je pensais qu'il allait agir, espérant que j'allais lui laisser la vie sauve. Mais il continue dans sa bêtise, et je me demande quelle connerie lui traverse l'esprit pour qu'il n'ait pas le cran d'appuyer sur la détente. Son hésitation commence à me mettre à bout de nerfs. Ne pas avoir le contrôle sur la situation m'exaspère. Alors, n'arrivant pas à maîtriser mon réflexe, je lève mon bras, pointant mon arme sur Dove, plongeant dans son regard effarouché. Mes pensées s'embrouillent alors que je me demande ce qui pourrait bien le retenir. Peut-être une lueur d'humanité ? Ou simplement la peur de ce qu'il pourrait perdre ? Peu importe, car ce moment est crucial. — La situation commence à m'ennuyer, balançais-je en lui tirant en pleine tête sans la moindre hésitation. Le bruit sourd de la détonation résonne un instant dans toute la pièce, un écho qui semble se prolonger, créant une atmosphère oppressante. Son corps s'effondre sur le carrelage froid de mon bureau, maculant le sol en marbre d'une tache sombre qui s'étend lentement, comme un rappel visuel de ce qui vient de se passer. Je pousse déjà un soupir las lorsque l'odeur du métal envahit mes narines, une odeur qui me rappelle les décisions que j'ai prises, les vies que j'ai prises. — T-tu l'as tué ?... Tu l'as tué ?!! J'oriente ma tête dans sa direction et me délecte de l'expression de terreur qui se lit sur son visage : C'est fascinant de voir à quel point la peur peut transformer une personne. — Tu l'as p****n de tué ?!! Son air effarouché et outré me laisse croire que son géniteur n’a jamais commis de meurtre devant elle. Cela doit être pour ça que je n’arrive pas à contrôler le sourire paresseux et sauvage qui étire les commissures de mes lèvres. La naïveté de sa réaction me divertit, et je me demande combien de temps il lui faudra pour réaliser la gravité de la situation. Si je ne l’ai pas encore tué , c’est uniquement parce que j’ai d’autres plans pour elle. — Oui, je l’ai fait. Tu veux le rejoindre, ma puce ? confirmais-je en prenant un ton détaché, tout en pointant mon arme sur son crâne. Je suis surpris lorsqu’elle attrape ma main qui tient l’arme pointée sur son front et l’enfonce encore plus. Elle lève indolemment la tête vers moi, et dans ses yeux verts, chargés d’innocence, elle me transmet une haine incommensurable. C'est une réaction que je n'avais pas anticipée, et cela pique ma curiosité. — Oui, p****n, qu'attends-tu ? Vas-y, tire, qu’on rigole ! Mon sourire s’élargit en même temps que ma colère grandit. Je n’apprécie pas le ton avec lequel elle me parle ; par conséquent, mon corps réagit tout seul. Je fais un pas vers elle, et le courage qui l’avait animée tout à l’heure chute d’un cran, la faisant reculer. Les murs de la pièce semblent se rapprocher, et l’atmosphère devient encore plus tendue. — Tu fermes ta gueule quand je parle, c’est clair ? articulai-je avec une insolence méprisante. — O-oui… c’est clair. Je lui lance un regard dépourvu de toutes émotions, retire mon arme de son front, puis enjambe le corps de Dove qui est étendu au sol, allant m’asseoir sur le rebord de mon bureau. Je prends un moment pour apprécier la scène, savourant la tension qui flotte dans l'air. — Pourquoi suis-je ici ? Elle pose cette question en plissant les yeux. Mon regard se porte naturellement sur ses sourcils, le pli entre eux et son nez est vraiment tentant, cela me donne une irrévocable envie de tester ses limites. Je me demande combien de temps elle pourra tenir avant de craquer. — Tu es ici parce que je veux la tête de ton vieux. — P-pourquoi ? — Puisque tu sembles si curieuse de connaître la raison, qu'en dis-tu de le demander directement à ton père ? — Lorenzo, laisse-nous. Celui-ci acquiesce et s’extirpe silencieusement de mon bureau, refermant la porte derrière lui. Ne se sentant sûrement pas en sécurité avec moi, elle recule de quelques pas, m’éloignant volontairement de son corps, ce qui a pour effet de me faire avancer vers elle, avalant la distance qu’elle avait créée entre nous. Chaque pas que je fais vers elle semble résonner comme un avertissement. — Assieds-toi. Je tire la chaise en face de mon bureau, attendant sans aucune patience qu’elle s’y assoie. Mais au lieu de faire ce que j’attends d’elle, elle lève la tête vers moi et, sans doute perplexe, entrouvre les lèvres pour articuler d’une voix tremblante : — Pour quelle raison devrais-je marcher au doigt et à l’œil au commandement d’un dérangé comme toi ? À ce moment-là, si mon regard pouvait la tuer, je suis sûr qu’elle serait déjà morte à l’heure qu’il est. J’ai l’impression qu’elle n’est pas encore au courant de la m***e dans laquelle elle se trouve. La défiance dans ses yeux me fascine et m’irrite à la fois. J’enracine sur mon visage un large sourire de façade, mais je ne réagis pas et me contente de me poster silencieusement derrière elle. La muraille de mon torse contre son dos la fait tressaillir, ce qui me fait émettre brusquement un rire persifleur. Je savoure ce moment, cette domination. Je dégage l’entièreté de ses cheveux roux sur un seul côté, les posant négligemment sur l’une de ses épaules, mettant en évidence son cou nu, que je frôle ensuite de mes lèvres. — Le dérangé que je suis tient ta vie entre ses mains, alors fais attention à tes mots, ma puce. Je sens son corps frissonner d’effroi contre le mien, ce qui élargit bien évidemment mon sourire. C’est un sentiment de pouvoir que je n’échangerais pour rien au monde. — Maintenant, assieds-toi, susurrai-je à son oreille. — D-d’accord. Elle s’éloigne de moi et s’assoit sur la chaise, tandis que je me cale derrière elle, place mon coude contre le dossier de son support, et me penche de sorte que mes lèvres soient à un souffle de son cou, puis lui murmure sur un ton rempli de mépris : — On va appeler ton vieux, tu es d’accord, ma puce ? — Appelle-le. Sa voix est vacillante et son corps tremblant, elle est effrayée, mais je dois reconnaître que ses épaules en mènent large. C’est presque admirable, mais je sais que cette bravoure ne durera pas. Je sors mon téléphone de la poche arrière de mon pantalon de costume et lance un appel vidéo avec son géniteur. En temps normal, il n’aurait pas décroché, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas être impliqué avec moi. Mais aujourd’hui, c’est différent ; j’ai en ma possession sa progéniture. IL VA DÉCROCHER.
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