Chapitre 3

1991 Words
Finalement, il articule, mais en italien : — Penso che ci stia dicendo la verità. Il me jauge un instant, ses yeux scrutant les moindres détails de mon visage, puis se tourne vers son acolyte : — Lasciamo questo posto squallido. — V-vous allez me tuer ? J’ose demander, ma voix tremblante trahit ma peur. Il se retourne vers moi, un sourire énigmatique se dessine sur ses lèvres, et il emprisonne mon menton entre ses doigts, me forçant à le regarder dans les yeux. — Caz est de bonne humeur aujourd'hui ? demande-t-il à son acolyte tout en continuant à m’observer, son sourire s’élargissant, comme s’il trouvait un amusement dans ma situation. — Je ne sais pas, ma dovrebbe pregare per il suo sedere, répond l’autre avec un ton désinvolte. — Mon compagnon dit que tu devrais prier pour tes fesses. Il relâche finalement mon menton, me défait de mes liens avec un geste brusque, puis m’ordonne sèchement de me lever. Je lui obéis, mes jambes tremblant sous le poids de la peur et de l’incertitude. — Écoute, pecora, on va prendre une voiture et s’arrêter dans un fast-food pour manger quelque chose. Vu ta sale gueule, c'est sûr que tu dois avoir faim… Mais le petit bémol, c'est que tu dois te la fermer. On est en Sicile, la plupart des gens ici ne parlent pas ta langue. Je ne voudrais pas être en train de justifier ton identité devant un flic, capito ? — D-d’accord, je murmure, baissant la tête, la honte et la peur me rongeant de l’intérieur. — Je savais que je pouvais compter sur toi. Allez, viens, trésor. J’ai du mal à cerner ce personnage. D’un côté, il me menace avec un flingue, de l’autre, il me défait de mes liens et me propose d’aller manger pour reprendre des forces. Mes pensées s’embrouillent, et je me sens perdue dans ce tourbillon d’émotions contradictoires. C’est un peu déboussolée que j’attrape la main qu’il me tend, lui emboîtant le pas avec hésitation. Nous montons des marches d’escalier, chaque pas résonnant dans le silence lourd de l’endroit. Une fois tout en haut, il relâche ma main et pousse ce qui me semble être une porte. Immédiatement, la lumière pénètre à l’intérieur de l’endroit où nous nous trouvons, m’aveuglant presque. Je cligne des yeux, tentant de m’habituer à cette clarté soudaine. Mon kidnappeur attrape de nouveau ma main, me forçant à avancer, et je réalise que je n’ai pas d’autre choix que de le suivre. Une fois à l’extérieur, je me rends compte que nous sommes dans un grenier. L’air frais de la nuit m’enveloppe, mais il ne parvient pas à dissiper la peur qui s’accroche à moi comme une ombre. — Tu t’appelles Laura, tu es la fiancée de Caz Marchal, c’est compris ? — De qui ? J-Je ne comprends pas, je balbutie, la confusion se mêlant à la terreur. — Pecora, si un flic ou n’importe qui te demande, tu leur réponds que tu t’appelles Laura et que tu es la fiancée de Caz Marchal. — J-je… croyais que la plupart des gens ici ne parlaient pas espagnol ? — Santa merda, parmi les flics, il y en a qui parlent ta langue, tu comprends ? Ne joue pas les idiotes. Si jamais tu essaies de fuir ou même de dire que tu as été kidnappée, Caz serait capable de corrompre la moitié des flics qui ne l’est pas encore juste pour avoir ta tête. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine alors que je réalise la gravité de ma situation. Chaque mot qu’il prononce résonne dans mon esprit comme une sentence de mort. — Caz ? Tu mentionnes plusieurs fois son nom, c’est qui ? — C’est le patron de la mafia sicilienne, et crois-moi, ma jolie, tu n'as sûrement pas envie de l’énerver. Ses mots sont chargés d’une menace implicite qui me fait frissonner. Je ne dis rien et me contente de le suivre, lui et son compagnon, lorsqu’ils montent dans la voiture. L’intérieur du véhicule est sombre, l’odeur du cuir mêlée à celle de l’essence me prend à la gorge. Je ne sais pas si c’est l’adrénaline ou la peur qui m’empêche d’éclater en sanglots et de pleurer comme une bonne captive le ferait, mais je remercie cette chose qui m’aide à me contenir. Je me concentre sur ma respiration, cherchant à garder mon calme. Comme prévu, le véhicule de mes kidnappeurs se gare devant un fast-food animé. L’extérieur de l’endroit est beau à regarder, avec ses néons colorés et ses affiches alléchantes. L’intérieur a un aspect accueillant, rempli de familles et de jeunes couples riant et partageant des repas. C’est un contraste saisissant avec la peur qui m’étreint. Nous prenons une table à côté de la baie vitrée, et c’est l’homme au crâne rasé qui prend place à côté de moi. L’autre est en face de nous et a déjà attrapé le menu. — Tu vas prendre quoi ? me demande-t-il discrètement en espagnol, son regard perçant planté dans le mien. — Un hamburger, je réponds, ma voix à peine audible. — Très bon choix, trésor, me sourit-il, un sourire qui ne cache pas une certaine cruauté. Au même moment, la serveuse fait son apparition, un sourire radieux scotché aux lèvres. Elle m’accorde un regard pas du tout discret et commence à articuler : — Chi è ? Elle pose ses mots en fixant l’homme en costume de trois pièces. Celui-ci fronce les sourcils et lui répond d’un ton sec : — Ciao Marta, non devi saperlo, mangerà un hamburger. — Ho ? Tu parles espagnol, chéri ? me demande-t-elle en me dévisageant étrangement. Mon cœur rate un battement. Je regarde l’homme pour savoir si je dois lui répondre ou jouer à la sourde, mais il acquiesce, me donnant ainsi son approbation : — Oui… — Tu es donc ma sœur, sourit-elle. Je suis une Espagnole. — Ho… heu, ravi de te connaître, articulai-je maladroitement, la panique se mêlant à la confusion. — Moi, c'est Marta et toi ? Comment t’appelles-tu ? — Laura, je suis la fiancée de Caz. Elle émet un petit rire puis secoue négativement la tête : — Caz est mon patron, je travaille pour lui, et je saurais s’il t’avait fiancée. Quel est ton vrai nom ? — Fout lui la paix, Marta, et concentre-toi sur ta mission. On est de passage, on va s’en aller dans quelques minutes, intervient l’homme au crâne rasé d’un ton autoritaire. — Dove, calme-toi, je voulais faire sa connaissance. En tout cas, bienvenue dans la merda, Laura. Sur ces mots, elle tourne les talons et s’en va, laissant une atmosphère tendue derrière elle. — C’est qui cette femme ? demandai-je subitement intéressée, ma curiosité piquée au vif. — Ne te laisse pas duper par son sourire d’ange et sa voix de chérubin. C’est une vraie g***e, elle sort avec Caz. Elle se croit donc tout permis, répond l’homme au crâne rasé, un rictus désabusé sur le visage. — Ho, fis-je en écarquillant les yeux, réalisant l’ampleur des relations compliquées qui m’entourent. — Allez, viens, lève-toi, on s’en va, ordonne brusquement l’homme en costume . — J-je croyais qu’on allait manger, protestai-je, l’inquiétude s’insinuant dans ma voix. — Plus maintenant, m’interrompt-il, son ton ne laissant aucune place à la discussion. Je me lève de ma chaise, le laisse entremêler nos mains, puis avance avec lui vers la porte de sortie du fast-food. Contrairement à nous, l’homme au crâne rasé n’a toujours pas bougé de sa chaise, mais cela ne semble pas déranger celui avec qui je m’en vais. Je dirais même qu’il s’en contrefout. — Attends… je… Je commence, mais il s’arrête, tourne la tête dans ma direction et arque un sourcil. — T-tu n’es pas obligée de faire ça, le supplie-je du regard. Combien tu veux pour ma libération ? Il rit, un rictus traversant son visage, puis sa tête s'incline sur le côté, une certaine gaieté émanant de lui : — Tu me proposes combien pour trahir mon boss ? J’ai écarquillé les yeux, ma bouche s'est entrouverte, mais je n’ai rien dit. — Hein, ma jolie, combien proposes-tu ? — Toi, combien veux-tu ? Il me lance un regard calculateur. Un petit rire lui échappe, puis il mordille sa lèvre inférieure avant de finalement parler : — Aucune paire de nichons, ni aucune somme ne me fera trahir mon boss. Et pour ta sécurité, évite de demander ça à quelqu’un d’autre. Tu risquerais de te prendre une balle dans la tête pour seulement avoir mentionné ces mots. Je sens un frisson glacé parcourir ma colonne vertébrale à la mention de la balle. La réalité de ma situation s’enfonce en moi comme un poignard, et je comprends que je suis piégée dans un monde dont je ne connais rien. Mes pensées s’embrouillent à nouveau, alors que je réalise que ma vie dépend de ces hommes, de leur humeur et de leur bon vouloir. Nous sortons du fast-food, et l'air frais de la nuit me frappe comme une vague. Je me rends compte que je suis maintenant dans un environnement qui, bien que familier, est devenu étrangement menaçant. Les lumières des rues scintillent au loin, mais elles ne parviennent pas à dissiper l’angoisse qui m’étreint. Je me demande comment j’en suis arrivée là, enlevée par des hommes dont je ne connais même pas les noms, forcée de jouer un rôle qui n’est pas le mien. Alors que nous marchons vers la voiture, je sens le poids de la situation s’alourdir sur mes épaules. Chaque pas me rapproche de l’inconnu, et je ne peux m’empêcher de me demander si je sortirai un jour de ce cauchemar. Les pensées de ma famille, de mes amis, de ma vie d’avant, me hantent. Je veux crier, je veux fuir, mais je sais que je suis prisonnière de ce jeu dangereux. L’homme à mes côtés me lance un regard, et je me rends compte qu’il observe mes réactions. Je fais de mon mieux pour cacher ma peur, mais je suis certaine qu’il peut la sentir. La tension palpable entre nous est presque insupportable. Je me demande ce qu’il pense de moi, de ma situation. Est-ce qu’il ressent de la pitié ? De l’amusement ? Ou est-ce juste un regard froid et calculateur, comme celui d’un prédateur observant sa proie ? Nous atteignons finalement la voiture, et il ouvre la porte pour moi. Je monte à l’intérieur, mon cœur battant la chamade. La porte se ferme derrière moi avec un claquement sec, me coupant du monde extérieur. L’homme prend place à mes côtés, et je sens un frisson me parcourir. Je suis enfermée avec lui, et je ne peux m’empêcher de me demander ce qui va se passer ensuite. La voiture démarre, et nous nous engageons sur la route. Les lumières de la ville défilent à toute vitesse à travers la vitre, et je me perds dans mes pensées, essayant de trouver un moyen de m’échapper, de me sauver de cette situation. Mais à chaque virage, à chaque kilomètre parcouru, je réalise que je suis de plus en plus loin de chez moi, de la sécurité, de la normalité. Mon esprit s’emballe, cherchant désespérément une issue, une solution, mais je ne trouve que des murs. Je suis piégée, et cette pensée me terrifie. Je regarde l’homme à mes côtés, essayant de lire ses intentions dans son expression, mais son visage reste impassible, comme une pierre. Je me demande ce qu’il sait de moi, de ma vie, de mes peurs. Est-ce qu’il se rend compte du désespoir qui m’envahit ? Alors que nous continuons à rouler, je fais un vœu silencieux : que quelqu’un, quelque part, réalise que je suis en danger et vienne me sauver. Mais au fond de moi, je sais que je suis seule dans ce combat. Je dois trouver la force de me battre, de ne pas abandonner, même si tout semble perdu.
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