— Quel est ton nom ? murmurais-je en m’adossant dans le siège .
Il me regarde incrédule. Je n’attends pas de réponse particulière, mais je hausse tout de même un sourcil. À ma grande surprise, il entrouvre les lèvres, pose ses yeux un instant sur les miens et articule :
— Appelle-moi Dove.
— Dove…
Je crois que j’ai perdu la tête, car sans comprendre pourquoi, je pose ma main sur sa cuisse, lève les yeux vers lui et ouvre la bouche :
— Embrasse-moi, s’il te plaît.
Je le vois se crisper. Son emprise sur le volant se resserre, et sans que je ne m’y attende, il attrape durement ma mâchoire et articule avec hargne :
— Arrête tes conneries !
Il relâche ma mâchoire, et mon cœur pompe dans ma carotide, tandis que mon corps entier frisonne d’effroi. En fait, je sais ce que je fais : j’essaie d’user de mes charmes pour qu’il me relâche. Et ça le perturbe, car il a irrévocablement envie de moi.
— S’il te plaît…
Sa mâchoire se contracte. Il résiste, ferme un instant les yeux et détourne la tête de ma direction. Mes yeux se gorgent de larmes alors que je laisse ma tête s’enfoncer dans le siège. Je mords ma lèvre inférieure et chuchote doucement :
— Laisse-moi partir.
Mais il m’a entendue. Sa tête se tourne de nouveau dans ma direction. Il me jauge, mais n’émet aucun son. Je prends le temps d’observer son profil : il a un nez droit, des lèvres pulpeuses. Ses sourcils sont épais, sa mâchoire carrée, et une masse de cheveux noirs lui tombe sur le front. Il est beau, mais pas mon type.
— Tu me veux, non ?
Il ne me répond pas. Sa mâchoire se contracte, sa tête se penche légèrement dans ma direction, et je me redresse pour ne pas rater une seule mimique de son visage. Dove plisse les yeux. De ses iris, il me juge, son regard passant de mes yeux à mes lèvres. Un rictus traverse son visage lorsqu’il détourne finalement le regard.
Je fronce les sourcils, regarde un moment ses lèvres pulpeuses et frissonne de peur. Puis, je n’attends pas longtemps pour me jeter sur ses lèvres. Au premier abord, il essaie de me repousser, mais finit par céder. Il m’embrasse en retour, rendant le b****r farouche et incontrôlable.
Lorsque nous nous séparons, je vois une lueur traverser son visage. Il pousse un long soupir, se passe nerveusement les mains dans ses cheveux de jais et gronde en italien :
— Cavolo, cosa diavolo ho fatto ?!
— Vas-t-en.
Je le fixe, interloquée. Mon cœur se met à pomper brutalement dans ma poitrine, mes yeux s’écarquillent alors que je le regarde avec méfiance.
— Suka, dégage, vas-t-en avant que je ne change d’avis.
Il ne m’en faut pas plus pour ouvrir la portière et sortir du véhicule en courant. Je manque de m’étaler plusieurs fois au sol, mais je continue ma course. Je ne sais pas où je vais. Je ne comprends pas l’italien, mais je sais que je ne peux me fier à personne ici. Dove a mis sa vie en danger en me laissant partir, et je sais que ce n’est sûrement pas par pitié.
Je cours jusqu’à l’épuisement total. J’entends mon cœur battre dans mes oreilles, leur pulsation m’implorant le repos, mais je n’en fais rien. Je continue à courir malgré la fatigue, en dépit de la faim. Je cours parce que j’ai peur d’être rattrapée. La rue que j’ai empruntée est déserte ; il n’y a pas une seule personne en vue, excepté les chiens errants qui fouillent dans les poubelles et le bourdonnement des mouches. Je me trouve dans un quartier assez glauque. Les murs des maisons sont crasseux, des graffitis et des tags de toutes sortes y sont visibles.
Les lumières des lampadaires vacillent, projetant des ombres menaçantes sur le pavé inégal. Je frémis à chaque bruit, chaque craquement, persuadée qu’un danger se cache derrière chaque coin de rue. Mes pensées s’embrouillent alors que je me demande si Dove va me poursuivre. Pourquoi a-t-il agi ainsi ? Était-ce un moment de faiblesse ou un jeu cruel ?
Je tourne à gauche dans une ruelle étroite, espérant que ce détour me permettra de me cacher. L’odeur des ordures m’envahit, et je grimace, mais je n’ai pas le choix. Je dois me cacher, me soustraire à ce monde qui me semble hostile. Mes pieds me portent, mais la fatigue commence à se faire sentir, mes muscles crient grâce. Je m’arrête un instant, adossée à un mur froid, le souffle court, essayant de reprendre mes esprits.
Le silence est lourd, mais je n’ose pas faire de bruit. Mes pensées s’égarent à nouveau vers Dove. Je me remémore son regard, ses gestes, cette tension palpable entre nous. Comment ai-je pu agir ainsi ? Pourquoi ai-je ressenti ce besoin irrépressible de l’embrasser ? C’était insensé, et pourtant, il y avait quelque chose d’électrisant dans cet échange.
Soudain, un bruit de pas me fait sursauter. Mon cœur s’emballe à nouveau, et je me fige, retenant mon souffle. Je tends l’oreille, écoutant attentivement. Les pas se rapprochent, et je distingue des voix. Deux hommes passent devant moi, parlant en italien. Je ne comprends pas tout, mais le ton est menaçant. Ils semblent chercher quelque chose, ou quelqu’un. Je reste immobile, priant pour qu’ils ne me voient pas. Mes mains sont moites, et je sens un frisson parcourir mon échine.
Une fois qu’ils s’éloignent, je prends une grande inspiration, essayant de calmer mon cœur qui bat la chamade. Je sais que je ne peux pas rester ici. Je dois trouver un endroit sûr, un refuge où je pourrai réfléchir à la suite des événements. Je me redresse lentement, scrutant les alentours. La rue est toujours déserte, mais je sais que je ne peux pas me permettre de baisser ma garde.