7. Sans motivation

2277 Words
Pdv Khadija   J’étais moi-même surprise de m’entendre dire « Rassures-toi, tu m’intéresses vraiment. » En fait, cela ne correspondait pas du tout à ce que mon cœur voulait. Mais je n’avais pas supporté le manège de cette Anna, tout à l’heure. Quelques minutes d’observation m’avaient fait réaliser qu’elle était sous le charme de Fadel et je n’avais pas supporté qu’il me laisse au second plan dans la discussion. De ce que j’avais compris, ils se connaissaient depuis des années et Anna était une fille qui prenait trop vite de l’espace. Ils m’avaient très vite oubliée et la discussion n’avait plus tourné qu’autour d’eux, de leurs vies professionnelles qui semblaient trépidantes et de leurs deux boutchous. Anna était aussi heureuse de partager son expérience de mère avec sa Raïssa qui était sûrement du même âge que Fadily et ça se voyait à des milliers de km que Fadel appréciait l’entendre parler. Et puis de loin, je voyais les deux petites s’amuser joyeusement avec les autres enfants. Un beau tableau d’une jolie famille « recomposée » ! Et bin, vous savez quoi ? Ça m’a énervée ? Je n’avais pas envie que Fadel me remette au second plan, ni qu’Anna ait le champ libre pour composer sa nouvelle famille avec lui. Je sais, rien ne me prouvait qu’Anna était une femme libre, mais je pouvais lire son intérêt pour le beau et adorable Fadel. En fait, en les voyant ensemble, je m’étais sentie aussi reléguée au second plan que quand Khalil est parti épouser sa « fille à papa », car ça se voyait bien qu’Anna était une fille à papa aussi. Alors « Rassures-toi, tu m’intéresses vraiment » est sorti de ma bouche, quand il a voulu savoir ce que je ressentais.   Fadel : Alors, arrêtes de douter sur mes intentions et sur les conséquences qu’aura dans ta vie, notre relation. Je vais te tirer vers le haut.   Il est loin, bien loin de la réalité.   Moi : Ok.   Fadel, très souriant : Alors tu acceptes de te mettre en couple avec moi ?   Moi : Oui.   ‍♀️ Cheut, mais pourquoi ma bouche dit des choses que le cerveau n’a pas pensées ?   Fadel, souriant : On va aller très loin, toi et moi .   « Mais dis-lui que tu n’es pas vraiment intéressée » m’ordonna mon cerveau.   Mais je gardais le silence, incapable de dire plus.   *******************   Pdv Fadel   Plusieurs semaines plus tard   Je ne pensais pas que je pouvais m’attacher aussi vite et aussi fort à une fille. Juste un mois de demi de relation, mais j’avais l’impression que j’étais avec elle depuis des années. Elle occupait une bonne partie de la journée mes pensées. Je me surprenais moi-même à chercher incessamment sa compagnie. Depuis deux semaines, j’allais la chercher tous les vendredis à l’université. D’ailleurs, ce soir, on était vendredi et je me délectais déjà des moments à deux qu’on allait passer ensemble. Mon téléphone sonna. Ah ! Tiens ! Quand on parle du loup! C’était la reine de mes pensées. Je décrochai.   Moi :  Bonjour, ma chérie. Si tu m’appelles pour me situer, je suis encore au bureau. Je terminais de lire un dossier. J’arrive.   Khadija : Bonjour, Fadel. Je t’appelais justement pour te dire que ce n’est pas la peine de passer me chercher. Je rentre directement chez mes parents.   Moi : Ah bon ? Qu’est-ce qui se passe ? D’habitude, tu rentres que le samedi matin.   Khadija : Je suis invitée à un mariage demain matin à Keur Massar. C’est plus facile d’y aller directement à partir de chez mes parents.   Moi, très déçu : Mais si tu pars à Keur Massar, on ne se verra pas toute cette semaine.   Khadija : Je suis désolée d’annuler notre rendez-vous hebdomadaire. Mais on pourra se voir la semaine prochaine.   Moi, incapable d’attendre jusqu’à la semaine prochaine : Ce n’est pas grave . Je passe te chercher et je t’amène en voiture à Keur Massar.   Khadija : Ce n’est pas grave. Je suis déjà en route.   Moi : Mais …   Khadija : Fadel, je sais me débrouiller toute seule pour rentrer chez mes parents. Je ne vais pas te laisser faire tout un détour pour moi, alors que tu as eu une longue journée.   Moi : Je t’assure, ça ne me dérange pas.   Khadija : Fadel. Si tu veux mercredi, on se voit.   Moi, un peu satisfait : Ok. Ça me va.   Khadija : Je te rappelle quand je serais chez mes parents.   Moi : Très bien.   Khadija : À tout à l’heure ! Moi : À tout à l’heure ! Je t’aime.   Khadija : Moi aussi.   Je raccroche. Je restai pensif devant ma baie vitrée.   -          Tu en es déjà à dire « Je t’aime » ? Eupeul nga dé (tu y vas trop vite en besogne).   Je sursautai et me retournai. C’était Karim qui refermait la porte.   Moi : Depuis quand es-tu là ?   Karim : Depuis le moment où tu as pris cette voix mielleuse pour lui faire comprendre que tu voulais coûte que coûte la voir aujourd’hui.   Moi, n’ayant autre alternative que d’assumer : Et alors ?   Karim : Non. Mais Fadel, quelle idée de montrer à cette fille que tu es aussi accro ? D’ailleurs, votre relation ne date-t-elle pas de quelques semaines  ? Alors pourquoi tu t’empresses de lui distribuer des « je t’aime » comme ça ?   Moi : Parce que c’est ce que je ressens.   Karim : As-tu besoin de lui partager ce que tu ressens ? Cette fille va finir par avoir les épaules plus hautes que la tête dé, si tu lui montres aussi ouvertement que tu tiens à elle.   Moi : Karim. Merci de ta contribution, mais je sais me débrouiller.   Karim : Bakhna (tanpis). Moi : Tu voulais me voir ?   Karim : Non. Je voulais juste te dire que je partais et comme ta porte était entrouverte, j’ai entendu ta conversation.   C’est vrai que Sadiya, mon assistante n’avait pas fermé la porte, après m’avoir prévenu qu’elle partait.   Moi : Ok. Moi aussi, je vais plier bagages et rentrer à la maison. J’espère que tu passeras ce week-end voir Fadily.   Karim : Oui. Je vais passer. Je lui ai acheté de nouveaux habits chez une amie qui vient de Turquie.   Moi : Ne passes pas en coup de vent. Restes au moins manger avec nous qu’elle puisse profiter de toi.   Karim : Ok. Bon. J’y vais. Je dois vite passer me changer à la maison avant de sortir avec les Makhou. Tu ne veux pas venir, puisque ta dulcinée t’a fait bond ?   Moi : Non. Je vais aller passer la soirée avec Maman et Fadily.   Karim : Vraiment sof ngama, mais grawoul (tu es trop rabat-joie, mais ce n’est pas grave ). Je ferai la fête pour toi. À demain.   Moi : À demain.   *************************     Pdv Khadija   Au même moment   Je raccrochai en faisant un tchip monumental.   Woré : Loumou la wakh (qu’est-ce qu’il t’a dit) ?   Moi : Non. Mais ki moma fate (il est trop collant). Il était en train d’en faire tout un plat. Pour qu’il calme ses ardeurs, je lui ai dit qu’on pourrait se voir mercredi. Non. Mais vraiment il me saoule, je t’assure.   Elle allait me répondre quand mon téléphone sonna. Je vis que c’était un message de Fadel : Ccou, je t’envoie 100000 frs. Tu achètes un petit cadeau pour la mariée.   Je souris, amusée.   Woré, deng koupeu.com (d’une curiosité légendaire) : Lou khew (qu’est-ce qui se passe) ?   Je lui tendis mon portable. Pendant qu’elle lisait, la sonnerie d’une notification me fit comprendre que le transfert était fait. Elle tendit l’appareil aussi à Imane.   Imane, en riant : Non. Mane koumel ni Fadel lay weur (je cherche quelqu’un comme Fadel). Kone khana di ngama mey (donc tu peux me donner) 10000 frs, vu qu’il n’y a pas de mariée.   On éclata de rire toutes les deux. Bon. C’est vrai. Je n’étais invitée à aucun mariage. Mais je n’avais pas envie de le voir aujourd’hui rek.   Moi : Mom kegn, dinala tchi mey (je vais te donner ta part) . Woré : Ce n’est pas bien de manger son argent comme ça, Dija, alors que tu passes ton temps à dire que tu ne l’aimes pas et qu’il t’insupporte.   Imane : Woré, koula latch sa (qui t’a demandé ton) avis ?   Moi : Woré, je ne lui ai jamais rien demandé. Depuis qu’on s’est rencontrés, je ne lui ai jamais demandé même un franc. Tu l’as toi-même vu, je l’ai appelé juste pour annuler notre rendez-vous, mom mou diay wané di ma yoni (il m’envoie) 100000 frs. Pourquoi je ne les dépenserai pas ? Si tu veux, je te donne aussi 10000 frs, sinon nga bayi wakh bobou (tu arrêtes d'en parler).   Woré : Je ne comprends pas pourquoi tu ne vois pas la chance que tu as d’être avec un homme comme Fadel.   Moi : Yow, est-ce que tu connais Fadel, bay wakh lolou ( pour avancer des choses comme ça) ?   Woré : Tout ce que tu dis sur lui, ça montre qu’il tient vraiment à toi. Il est généreux avec toi, il veut tout le temps te voir et il ne te fait aucune proposition indécente. Cet homme tient vraiment à toi. Mais tu refuses de voir ça et tu refuses aussi de voir que toi-même, tu tiens à lui. Tu fais l’indifférente et tu profites de façon malsaine de lui, mais toi aussi, il te plaît. Acceptes de lui faire confiance.   Moi, en riant : Mane wané bi nga wané, moma diakhal (je n’ai jamais compris pourquoi tu aimes parler de choses dont tu n’es pas sûre). Mane ma lané que damako nob (c’est moi qui t’ai dit que je suis amoureuse de lui) ?   Woré : Na gnou wakhtané deug (qu’on se dise la vérité). Si tu n’es pas avec lui pour lui demander de l’argent et que personne ne t’a forcée à te mettre avec lui, pourquoi donc tu as accepté d’être sa copine ? Que tu le veuilles ou non, tu n’es pas insensible à lui. Si Imane n’ose pas te dire cette vérité, affairam la (c’est son affaire ). Mais on sait toutes les deux que derrière cette désinvolture apparente, tu ressens quelque chose. Mais l’ombre de ton ex plane trop sur ta tête, c’est pourquoi tu refuses de vraiment vivre cette relation. J’espère que tu ouvriras très vite les yeux, parce que sinon quand il en aura marre de voir que tu ne donnes pas à votre relation le même sérieux que lui, il ira se chercher quelqu’un d’autre. Boba nga reuthiou. Imane, wakhal ak ki, mane ma ngui daw dabi sama Tata. Fouma deuk da sori. (tu le regretteras alors. Imane, parles avec elle, moi, je dois vite aller prendre mon bus Tata. J’habite très loin).   Sans attendre que j'en dise plus, elle se leva du banc public où on s’était isolés et nous quitta.   Moi, insensible à ses simagrées : Imane, passons à autre chose. Elle veut trop de discussions, celle-là. Attends, je vais te transférer 20000 frs, nga bok tchi kheweul bi (que tu profites toi aussi du gâteau ).   ******************   Le soir   On avait décidé avec les filles de sortir faire la fête. Fabi était particulièrement joyeuse, parce que son frère lui avait confirmé qu’il arrivait mercredi prochain pour trois semaines. Cela faisait quand même plus d’un an qu’ils ne s’étaient pas revus, alors elle était toute excitée de l’accueillir pour quelques semaines. On s’était faites toute pimpantes pour aller fêter la nouvelle en boîte de nuit .   Fabi avait garé la voiture dans le parking et on rejoignit l’entrée de la boîte. Là, on remarqua plusieurs groupes de personnes qui s’apprêtaient à payer leur billet d’entrée.   -          Fabi ?   Je me figeai en reconnaissant la personne qui venait de nommer mon amie : Karim, le grand frère de … Fadel ! Ki loumouy wout fi (qu’est-ce qu’il fait ici ?)
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