La salle de réunion est silencieuse.
Trop silencieuse.
Aiden Vesper déteste le silence inutile, celui qui s’installe quand on attend quelque chose d’aussi banal que… trois candidates en retard.
Il regarde l’heure, pour la cinquième fois.
— “Onze minutes de retard,” dit-il, froid comme l’acier.
Cassian Drayko, assis en face, fait tourner un stylo entre ses doigts.
— “Calme-toi, Vesper. Elles vivent peut-être un matin difficile. Comme… une coupure d’électricité. Ou une remise en question existentielle.”
Aiden lève un sourcil.
— “Ou elles n’ont aucune discipline. Ce qui serait encore pire.”
Elias Rowan, silencieux depuis le début, ferme enfin son dossier.
— “Tu stresses pour rien.”
— “Je ne stresse pas,” répond Aiden immédiatement.
Cassian éclate de rire.
— “Si, tu stresses. Tu veux que chaque seconde respecte ton planning militaire.”
Elias ajoute :
— “Tu vas finir avec un ulcère.”
Aiden ignore les deux.
Il fixe la porte.
Quelque chose l’agace.
Le manque de professionnalisme.
La perte de temps.
Et… un sentiment étrange. Un pressentiment.
Puis, enfin :
toc toc
Cassian sourit.
— “Les voilà.”
Aiden se redresse légèrement.
— “Entrez.”
La porte s’ouvre.
Raven Hale entre en premier.
Et Aiden oublie de respirer.
Pas parce qu’elle est belle (même si elle l’est).
Pas parce qu’elle a des yeux incroyablement provocateurs.
Pas parce qu’elle se tient comme si elle se foutait du monde entier.
Non.
Aiden est frappé parce qu’elle dégage… du chaos.
Un chaos vivant, vibrant, indomptable.
Et Aiden, obsédé par le contrôle, ressent immédiatement un vertige intérieur.
Derrière elle, deux autres jeunes femmes suivent : Maëlia, élégante malgré son agitation, et Lune, qui sourit poliment avec une douceur presque timide.
Mais Aiden ne voit qu’elle.
La insolente.La sauvage.La tempête.
Raven Hale.
Elle avance d’un pas nonchalant et s’arrête devant la table.
Ses yeux se posent sur lui d’abord.
Puis sur Cassian.
Puis sur Elias.
Et finalement, elle souffle :
— “Wow. Vous êtes… trois.”
Cassian rit. Elias sourit.
Aiden ne bouge pas.
Raven continue :
— “C’est quoi ? Vous êtes un pack promotionnel ? Trois pour le prix d’un ?”
Maëlia ferme les yeux, morte de honte.
Lune se mord la lèvre.
Cassian manque de s’étouffer de rire.
Aiden, lui, cligne doucement des yeux.
— “Mesdemoiselles, asseyez-vous.”
Raven s’assoit comme si elle s’installait dans son salon : détendue, jambes croisées, regard insolent.
Aiden la fixe.
Longuement.
Intensément.
Et plus il la regarde…
plus son irritation se mélange à quelque chose d’autre.
Un intérêt dangereux.
Raven penche la tête.
— “Quoi ? J’ai une tache sur le visage ?”
— “Non,” répond Aiden. “Juste… sur votre robe.”
Raven serre les dents.
Aiden esquisse un sourire victorieux.
Cassian murmure :
— “Touchdown…”
Raven réplique instantanément :
— “Mieux vaut une tache sur ma robe… qu’un balai planté dans votre—”
— “RAVEN !” hurlent Maëlia et Lune en même temps.
Aiden retient un rire.
Juste un.
Mais assez pour que Cassian le remarque.
— “Ohhh. Intéressant…” souffle Cassian.
Aiden ignore.
Il reprend son calme.
Sa voix redevient glacée.
— “Très bien. Commençons.”
Raven sourit.
— “Parfait. J’adore les interrogatoires.”
— “Ce n’est pas un interrogatoire,” corrige Aiden.
— “Ah bon ? Vous avez exactement la tête de quelqu’un qui va m’insulter poliment pendant trente minutes.”
Cassian tousse pour cacher son fou rire.
Elias se frotte les yeux, déjà épuisé.
Aiden lève les yeux vers elle…
Et c’est là que ça arrive.
La pensée.
La promesse.
Silencieuse, violente, brûlante :
Je vais te dompter.
Quoi qu’il en coûte.
Raven, elle, s’étire sur sa chaise et ajoute :
— “Bon. On commence, Monsieur le PDG qui fronce trop les sourcils ?”
Et elle sourit.
Un sourire qui met le feu à sa patience.
Un sourire qu’il veut briser.
Et embrasser.
Et détruire.
Et posséder.
Aiden Vesper ne le sait pas encore…
Mais ce jour-là, le PDG perd déjà le contrôle.