IIAlain Dumontoir arrive à la vieille ferme de Plougourvest en fin de repas. Sortie à l’avance, sa tasse n’a plus qu’à être remplie lorsque le lieutenant s’installe.
— Travail de dingue ! Depuis ce matin, nous appelons les personnes qui ont laissé leurs coordonnées hier soir. Même si beaucoup étaient déjà parties, il en reste un sacré paquet, et ceux que nous contactons nous indiquent encore d’autres noms.
— L’affaire ne vous revient pas, cette fois ?
— Non, comme prévu, c’est la Police Judiciaire de Brest qui la récupère, mais le procureur a gentiment proposé que ce soit notre brigade qui se charge des auditions de témoins, étant plus proche pour la majorité d’entre eux.
Il sort une photo et la montre à ses hôtes.
— Voilà l’homme… Je crois que vous ne l’avez pas vu hier soir, du moins une fois le corps découvert. Vous le reconnaissez ?
Michel jette un rapide coup d’œil.
— Inconnu ! Il y avait tellement de monde, et moi, je mate surtout les jolies filles…
La bourrade du coude de Chantelle dans ses côtes le pousse à compléter diligemment :
— …donc, je n’avais d’yeux que pour ma chérie, assise en face de moi !
Petit jeu entre les amants, le gendarme n’est pas dupe et sourit de concert. Chantelle précise qu’elle n’a qu’aperçu l’homme pendant une pause, en se retournant pour regarder la salle. Dumontoir continue :
— Ce qui est étonnant, c’est que la victime venait de Plounévez-Lochrist pour un loto, alors qu’il y en avait deux autres organisés, à Plabennec et à Landerneau, sensiblement à même distance…
— En effet, Serge nous a parlé de la concurrence, et des lots bien plus intéressants dans la cité de la lune.
Chantelle précise alors que certains amateurs de loto font des kilomètres pour suivre un animateur qu’ils apprécient.
— Hier, c’était Margot. Lui as-tu demandé si elle le connaissait ?
— Non, pas encore, elle fait partie des personnes restant à interroger. Mais je ne manquerai pas de lui poser la question lorsqu’elle témoignera à la gendarmerie.
— Je crois que…
Chantelle attrape le journal abandonné sur la table basse et le consulte rapidement.
— Il me semblait bien avoir vu cela : Margot anime un autre loto cet après-midi, à Plouédern.
Michel confirme :
— Oui, hier soir, avant le dernier tirage, elle a donné les dates de ses prestations à venir, j’avais oublié.
— En y allant, je suis persuadée que tu trouveras des personnes présentes à Saint-Thégonnec, parties avant la découverte du corps…
Dumontoir réfléchit un moment : ces deux-là sont très observateurs, surtout la charmante sorcerez aux yeux si impressionnants.
— Pourquoi ne m’accompagneriez-vous pas à ce loto ? J’informe Landerneau de la manœuvre afin d’obtenir un appui logistique et je ferai une annonce au micro, pour que les joueurs de la veille qui ne se sont pas déclarés, le fassent. Et vous, si vous remarquez des personnes qui tentent de se défiler, vous me prévenez. OK ?
Chantelle n’hésite pas.
— Oui, pourquoi pas… Le temps n’est pas favorable au jardinage et mon stock d’herbes sauvages est suffisant.
Heureux de cette réponse, Dumontoir s’écarte afin d’appeler ses collègues landernéens et solliciter leur aide pour l’opération à venir.
* * *
Le trio arrive à la salle Steredernn de Plouédern, pendant la seconde pause du jeu. Après avoir enfilé son blouson de service et la casquette marquée « Gendarmerie », Alain se rend directement à l’estrade où Margot discute avec une femme qui s’écarte pour laisser sa place à l’officier.
— Bonjour Lieutenant. J’ai longtemps hésité à animer cet après-midi, suite à ce qui s’est passé, mais, n’ayant trouvé personne pour me remplacer, Bénédicte m’a convaincue. Vous n’allez pas interrompre mon loto, j’espère ?
Dumontoir la rassure en lui expliquant la raison de sa venue :
— Je sollicite juste l’autorisation d’utiliser votre micro en début de troisième partie, afin de demander aux personnes présentes hier soir et qui n’auraient pas décliné leur identité de bien vouloir le faire aujourd’hui.
La femme qui discutait avec Margot intervient :
— Je suis Bénédicte Gallois, présidente du club de football “L’Étoile Saint-Edern” et, de ce fait, organisatrice du loto. Si vous le désirez, je peux faire apporter une table dans le hall pour installer les gendarmes qui relèveront les noms…
— Merci Madame, cela serait parfait.
La responsable les quitte alors pour s’occuper de la mise en place. Margot consulte sa montre.
— Encore cinq minutes et l’on repart. Je ferai, comme d’habitude, un appel au micro pour que tout le monde s’assoie, puis je vous annoncerai et vous-prendrez la parole afin d’exprimer votre demande.
Profitant de la pause, les gens circulent : discussion avec une connaissance, passage par la buvette pour acheter une part de gâteau “fait maison” par la famille de l’un des joueurs de foot, ou petit tour aux toilettes, fort fréquentées pendant cet intermède.
Après avoir donné ses ordres aux gendarmes chargés de récupérer les identités, Alain remonte sur l’estrade et observe du coin de l’œil Michel et Chantelle, debout à côté de la porte de sortie, scrutant discrètement les tables à la recherche de visages repérés la veille au soir. Pour ne pas éveiller les soupçons, Dumontoir s’est tenu à l’écart du couple, préférant éviter de signaler ses liens d’amitié avec ces deux-là.
Enfin, Margot sonne le rappel, et chacun regagne sa place. L’officier reste en arrière, attendant qu’elle fasse l’annonce prévue :
— Bien, avant de commencer la dernière manche, je dois laisser la parole au lieutenant Dumontoir, de la brigade de Landivisiau, qui a une requête importante à formuler.
Alain remercie l’animatrice et s’avance sur le devant de la scène, micro en main :
— Bonjour à tous, et excusez-moi de retarder la reprise de la partie, cela ne durera pas longtemps. Je suppose qu’ici, beaucoup sont déjà au courant : hier soir, lors du loto qui se déroulait à Saint-Thégonnec, un homicide a été commis. Notre équipe est rapidement intervenue et nous avons relevé les noms d’un grand nombre des personnes présentes, mais certains étaient partis et n’ont ainsi pas pu être répertoriés. Donc si vous participiez à ce loto et que vous n’avez pas laissé votre identité, un gendarme vous attendra dans le hall, en fin de partie.
Dans la salle, diverses réactions, allant de l’étonnement à la frayeur, pour ceux qui n’étaient pas encore prévenus. Gouailleur, un homme demande à haute voix :
— Et en échange, vous ferez sauter mes PV ? Parce que j’en ai marre d’être sans arrêt flashé à la sortie de La Roche-Maurice, c’est con de foutre la limitation à 70 à cet endroit !
Quelques rires autour des tables, mais Dumontoir ne se laisse pas démonter, habitué à ce genre de réflexions, et répond d’un ton nettement plus froid :
— Ce que je vous demande aujourd’hui n’est qu’un acte de civisme. Nous avons absolument besoin de tous les témoignages possibles, le moindre détail relevé peut être très important pour l’enquête, et votre aide est primordiale ! Ceci n’est qu’une question de bon sens, tout comme le respect des limitations de vitesse. Le gendarme Louvion, de la brigade de Landerneau, vous attendra donc dans le hall en fin de partie. Merci à tous.
Margot reprend le micro et commence à touiller les boules dans son petit sac en tissu…
Pendant la dernière manche, le lieutenant rejoint discrètement ses amis, restés à côté de la porte d’entrée.
Ils s’isolent à l’extérieur afin de discuter sans gêner le déroulement du jeu.
— Alors, vous en avez repéré ?
Chantelle répond la première : elle a retrouvé quelques têtes. Moins observateur, Michel n’est pas aussi affirmatif :
— Le gars avec ses PV, il me semble qu’il était présent. J’ai également reconnu une femme venue faire signer son livre, mais celle-ci était toujours là quand tes hommes ont relevé les noms, donc ça ne compte pas…
Chantelle confirme pour le premier :
— Pour le zozo aux PV, tu as vu juste : il a même gagné une magnifique friteuse. Peut-être va-t-il la revendre sur “Leboncoin” afin de pouvoir régler les faramineuses amendes qu’il a récoltées en conduisant trop vite…
Dans la salle, un « Oui ! » poussé haut et fort précède l’habituel concert de « Oh ! » déçus. Encore un lot d’attribué. Resté songeur, Michel retrouve enfin la mémoire :
— Marinette ! La femme qui a fait dédicacer son bouquin se prénommait Marinette. Pas courant… Mais bon, je pense que ça ne te servira pas à grand-chose, étant donné qu’elle a déjà signalé sa présence.
Le lieutenant prend une copie de la liste, posée à côté du gendarme chargé de récolter les nouvelles identités, et trouve rapidement.
— En effet, il y a une Marinette Le Gwenn.
Sortant de la salle, deux hommes viennent demander l’autorisation de ranger les grilles de lotos éparpillées sur des tables dans le hall ; celles-ci n’ont pas été choisies aujourd’hui.
— Ça sera déjà ça de moins à faire : il y a toujours beaucoup de boulot à récupérer les cartes, nettoyer le sol, regrouper les chaises, démonter le mobilier, ramasser toutes les cochonneries abandonnées par les quidams.
Après accord du lieutenant, ils vont chercher de grandes caisses de plastique dans lesquelles ils alignent des piles de cartons.
Dernier « Oui ! », accompagné par la chorale des « Oh ! », le loto se termine et les joueurs plient bagage. Bientôt, la porte s’ouvre et le flot des participants s’écoule. Quelques-uns s’arrêtent à la table du gendarme Louvion pour laisser leurs coordonnées.
Arrive Marinette qui hésite, n’ayant vraisemblablement pas compris s’il lui fallait à nouveau passer par là ou pas. Michel vient alors la saluer et lui explique qu’étant déjà inscrite, elle peut partir. L’homme aux PV apparaît et se dirige directement vers la sortie. Alain l’intercepte.
— Dites-moi, il me semble que vous étiez présent hier soir…
Regard dédaigneux :
— Certainement pas ! Vous n’en avez aucune preuve ! Foutez-moi la paix, sinon…
Devant une telle agressivité, Dumontoir préfère s’écarter : inutile de déclencher un esclandre en ce lieu. Le râleur rejoint son véhicule sur le parking, suivi par Michel qui revient rapidement.
— Ford Mondéo, bleu électrique…
Dumontoir note l’immatriculation donnée par son ami dans son carnet et prend son portable pour communiquer ces informations à ses collègues, prêts à intervenir un peu plus loin. Mais un autre gendarme arrive déjà, tenant un homme par le bras.
— Lieutenant, celui-ci essayait de se défiler par une sortie de secours…
Dumontoir jette un regard à Chantelle qui acquiesce discrètement de la tête.
— Eh bien, Monsieur, il me semble que vous étiez à Saint-Thégonnec hier soir…
Air gêné du contrevenant : celui-ci n’est pas méchant. Il se met dans la courte file d’attente qui s’allonge devant le scripteur chargé de recopier les identités et adresses. De ses poches, Dumontoir voit dépasser quelques cartons de loto. Margot s’approchant pour récupérer ses caisses de rangement, le lieutenant l’interroge :
— Est-il normal que des joueurs emportent des cartes avec eux ?
— Normal, non, mais courant, oui. Presque tout le monde a des numéros fétiches, qu’il aime avoir regroupés dans une seule grille, mais elle est souvent difficile à retrouver parmi les autres, quand elle n’a pas déjà été prise par un concurrent. Lorsque certains découvrent la carte de leurs rêves, ils la gardent, et la ressortiront pour un prochain loto que j’animerai. Pas mal de mes cartons traînent dans la nature à cause de ces comportements, les joueurs n’imaginent pas ce que cela peut coûter. Excusez-moi, mais j’ai encore à faire, ma journée est loin d’être terminée…
Margot montre les caisses aux trois jeunes filles venues donner la main, indiquant comment elles doivent être remplies. Ravies d’apporter leur aide, les demoiselles attrapent les boîtes et repartent en courant vers la salle pour récolter les piles de cartes posées en bout de table.
Dumontoir remarque alors le signal de Chantelle : une femme qui sort, rapidement, sans passer par la case “gendarme”. Le lieutenant l’intercepte.
— Oh ! Excusez-moi, mais je suis très pressée : mon mari m’attend et, si je suis en retard…
La fuyarde semble en effet effrayée. Voyant cela, Margot interrompt son activité pour venir à son secours.
— Lieutenant, Édith est une bonne et fidèle amie, et il faut absolument qu’elle soit à l’heure chez elle. Si vous le voulez bien, je vous communiquerai ses coordonnées plus tard et vous expliquerai cela…
Devant cette demande insistante, Dumontoir laisse partir la femme, faisant un petit signe à Michel qui, une nouvelle fois, la suit discrètement. Lorsqu’il revient, Dumontoir est au téléphone. Après lui avoir indiqué l’immatriculation du véhicule de la fuyarde, Alain lui expose les faits :
— Les collègues ont donc intercepté le zozo de tout à l’heure : contrôle positif, alcoolémie trop élevée. Lorsqu’il m’a invectivé, j’ai senti son haleine. Je ne sais pas combien de bières il a pu avaler dans l’après-midi, mais il empestait. Je n’ai pourtant pas remarqué qu’ils vendaient de l’alcool à la buvette…
Chantelle confirme :
— En général, les joueurs sont sobres, il faut garder les idées claires pour poser les jetons dans les bonnes cases… Mais ton gars est du genre à avoir apporté son propre pack de canettes. Crois-tu qu’il sera utile de l’interroger pour hier soir ? Même s’il a vu quelque chose, cet énergumène se fera un plaisir de le cacher afin de vous emmerder…
— Oui, pas vraiment le type de personne à qui l’on peut demander un peu de civilité. Par sa bêtise, il se retrouvera sans permis et considérera que c’est entièrement de notre faute…
La salle est vide. Avec l’aide des membres du club de “L’Étoile de Saint-Edern”, le large coffre de la voiture de Margot est rempli des bacs chargés de cartons. Débarrassée de ses obligations, l’animatrice revient vers le lieutenant.
— Excusez-moi pour tout à l’heure, si j’ai été un peu brusque, mais le rangement de mon matériel est assez pénible, surtout avec ma patte folle. Mais, heureusement, il y a toujours de bonnes âmes pour me soutenir.
Dumontoir avait en effet remarqué la canne que la femme tient de la main gauche.
Il ne juge toutefois pas utile d’en demander la raison.
— Vous êtes tout excusée, je comprends bien, et nous nous sommes invités assez cavalièrement à votre loto, sans vous avoir prévenue…
— Ce n’était pas « mon » loto, mais celui de L’Étoile de Saint-Edern. Je n’en suis que l’animatrice. Tenez, voici les coordonnées de mon amie Édith. Si elle était aussi pressée de partir, c’est à cause de son mari qui peut se montrer un peu brutal si elle a du retard. Enfin, vous comprenez. Mais inutile de lui demander de porter plainte : avec ma b***e, nous avons plusieurs fois essayé de l’en persuader, mais rien à faire. C’est, je le crois, souvent le cas chez les femmes battues.
— Une « b***e » ? Vous m’inquiétez, rien d’illégal au moins ?
— Non, pas d’inquiétude, juste un groupe d’amies ; j’ai l’habitude de leur réserver quatre places à proximité de l’estrade à chaque loto, et nous nous retrouvons tous les mercredis soir chez moi pour faire une partie de cartes, belote ou tarot selon le nombre de participantes, et nous ne jouons rien d’autre que la corvée de vaisselle, une bonne occasion pour toutes de se changer les idées.
Repensant à l’hurluberlu qui essayait de partir par une porte de secours, Alain se retourne pour attraper quelques cartons posés sur une table.
— À propos, voici ce que l’on a pu sauver… Je suppose que c’est l’unique raison qui a poussé cet homme à éviter de passer par le hall…
— Je connais ce gars de vue, il est souvent présent aux lotos que j’anime, principalement le dimanche. Tenez, regardez ici !
Margot montre un petit signe cabalistique, gravé au dos du carton :
— Certains joueurs utilisent des procédés étranges avec les cartes, espérant ainsi remporter le gros lot. Je reconnais ce poinçon, je l’ai déjà repéré. On m’a raconté qu’un envoûteur prétend rendre certaines grilles gagnantes en la marquant d’un sceau, ceci en échange d’argent, bien sûr. Mais, pour cela, les gogos doivent lui apporter mes cartons, et donc les garder en fin de loto. Croyez-vous qu’il me soit utile de porter plainte ?
La moue dubitative de Dumontoir convainc l’animatrice de la superfluité d’une telle démarche.
Après avoir remercié ses collègues landernéens de leur collaboration, Alain récupère la liste et rejoint sa voiture personnelle où Chantelle et Michel attendaient leur chauffeur.
— Alors, la pêche a été bonne ?
— Oui, une vingtaine de nouveaux noms, autant de travail en plus pour nous…
— Et la police brestoise ? L’enquêteur n’est pas encore sur le terrain ?
— Hier soir, le procureur m’a parlé d’un certain Frangin qui devait se voir affecter l’affaire. Je n’ai toujours pas eu de nouvelle. Pourtant, il devra prendre contact avec moi.
Restée pensive à l’arrière du véhicule, Chantelle est sortie de ses rêveries par une question du lieutenant :
— L’animatrice m’a raconté qu’un charlatan prétend pouvoir envoûter les cartes afin de les rendre gagnantes. Personne ne t’a jamais réclamé ce type de service ?
— Monsieur le gendarme, comme les médecins, je suis tenue au secret professionnel envers mes patients… mais oui, en effet, j’ai eu ce genre de requête. Certains croient qu’il suffit de quelques incantations magiques et d’une pincée de poudre de perlimpinpin pour que le 43 sorte plus souvent. Difficile de les persuader, beaucoup trop restent convaincus que l’on peut changer le sort, et cela depuis la nuit des temps, ce qui fait le bonheur de tant de marabouts…
— Pourtant, tu es capable de présager l’avenir par tes dons de voyance. Ne peux-tu prévoir les numéros qui vont être tirés ?
— Si c’était le cas, je serais maintenant multimillionnaire après avoir gagné la cagnotte au Loto national. Non, mes facultés de divination ne m’offrent qu’une vision globale du futur, quelques sensations, pas toujours simples à interpréter. Par exemple, je peux te dire que, dès demain, tu auras la visite de l’officier brestois chargé de l’affaire mais que, contrairement à ce qu’a prétendu le procureur, il ne s’agit pas du capitaine Frangin, mais d’un fringant trentenaire, actuellement fort occupé avec un charmant médium aux longs cheveux bouclés…