Chapitre 6

1002 Words
Le rythme effréné de la ville semblait lointain, comme si un voile invisible l’empêchait de voir les choses clairement. Chaque décision, chaque geste devenait un défi, un test qui la poussait à s’interroger sur la direction de sa vie. La mosquée de la Medina, grande et majestueuse, se dressait devant elle. Depuis toute petite, Ndella venait ici pour trouver du réconfort. La prière, la communion avec Allah, avaient toujours été des moments d’apaisement dans un monde souvent trop bruyant et exigeant. Mais aujourd’hui, elle n’était pas ici uniquement pour prier. Elle avait besoin de réponses. Elle avait besoin de se retrouver. Elle entra dans la mosquée, saluant d'un signe de tête les quelques fidèles présents, et s’assit sur un tapis au fond, loin des regards curieux. C’était là, dans la solitude de cet endroit sacré, que Ndella espérait trouver la force de poursuivre son chemin. Elle se leva, se dirigea vers la petite niche pour faire ses ablutions et se recueillit quelques instants avant de débuter sa prière. "Ya Allah, guide-moi dans mes choix, donne-moi la force de rester fidèle à mes principes et à ma foi. Je ne sais plus quoi faire, mais je me remets à Toi." Elle pria longuement, comme si chaque mot prononcé dans sa langue natale, le wolof, portait une vérité profonde, un appel à la miséricorde d'Allah. Après avoir terminé, elle se redressa, les yeux remplis de larmes contenues. Elle n’était pas seule. Elle n’avait jamais été seule, malgré la distance entre elle et les autres. Allah veillait sur elle, et avec sa bénédiction, elle trouverait la voie. Lorsque Ndella sortit de la mosquée, un sentiment de calme l'envahit. Elle se sentait prête à affronter la journée, même si l'incertitude planait encore sur son avenir. Elle passa par le marché de Sandaga, où les couleurs vibrantes des tissus et l’odeur des épices remplissaient l’air. Mais ses pensées restaient fixées sur une question : comment allait-elle jongler avec sa foi, ses principes et cette nouvelle opportunité de travail qui semblait l’éloigner de ce qu’elle avait toujours cru être juste ? Ndella sentit son téléphone vibrer dans son sac. C’était un message de sa meilleure amie, Aissatou, qui, elle, avait toujours été là pour la soutenir, lui donner des conseils, et parfois la pousser dans des directions qu'elle n’aurait jamais envisagées seule. Aissatou était une femme moderne, ambitieuse, mais respectueuse de ses racines. Elles se comprenaient, malgré leurs différences de caractère et de vision. Le message disait : "Je sens que quelque chose ne va pas. On se retrouve ce soir chez toi, je t’apporte des gâteaux et du thé. Tu as besoin de parler." Ndella sourit légèrement en lisant ces mots. Aissatou savait toujours quand quelque chose n’allait pas, même à distance. Elle était comme une bouffée d'air frais, un point d'ancrage dans un monde qui semblait parfois trop compliqué. En arrivant chez elle, Ndella s'assit sur son canapé, les mains crispées sur ses genoux. Elle savait que ce soir, Aissatou serait là pour lui rappeler qui elle était vraiment et pourquoi elle ne devait jamais abandonner ses rêves. Mais cette fois, quelque chose était différent. La pression sur ses épaules était plus forte, et la promesse qu’elle avait faite à ce mystérieux homme, Djibril Tall, lui pesait sur le cœur. Lorsque la porte se tint ouverte, Aissatou entra, un sourire rayonnant aux lèvres. Elle avait toujours cette énergie qui faisait du bien. Elle déposa un panier de fruits et une boîte de pâtisseries sur la table. – Eh bien, ça va mieux maintenant, Ndella ? Tu sembles… préoccupée. Je te connais bien, et je sens que quelque chose te trouble. Dis-moi tout. Aissatou s'assit en face de Ndella, son regard plein de bienveillance mais aussi d'une certaine dureté. Elle savait que parfois, il fallait être directe pour faire face aux réalités de la vie. – C’est compliqué, Aissatou. Très compliqué. J’ai signé un contrat, mais le prix à payer… je ne sais pas si je suis prête à le payer. Le travail, la mission, ce que l’on me demande de faire… tout cela me fait peur. Je suis coincée entre mes rêves et la réalité. Aissatou la regarda sans détour, scrutant chaque mot et chaque geste de son amie. Elle savait que Ndella avait un fort caractère, mais elle voyait aussi la fragilité cachée derrière cette façade. Elle s’approcha d’elle et prit ses mains dans les siennes. – Écoute-moi bien, Ndella. Nous vivons dans un monde où la tentation est partout. La vie ne nous offre pas toujours ce que nous voulons, mais elle nous offre des opportunités. Ce travail, tu l’as accepté pour une raison, non ? Tu veux sauver ta mère, t'assurer qu’elle aura les soins dont elle a besoin. Mais la question est : jusqu'où es-tu prête à aller pour ça ? Ndella se mordilla la lèvre inférieure, perdue dans ses pensées. Elle ne voulait pas avouer qu’elle était prête à tout, mais au fond, elle savait que c’était vrai. Si elle devait sacrifier une partie d’elle-même pour aider sa mère, elle le ferait, même si cela signifiait s’éloigner de ses principes. Aissatou insista. – Le plus important, c’est que tu n’oublies pas qui tu es. Peu importe ce que tu fais, fais-le avec la tête haute, avec dignité. Si tu choisis ce chemin, assure-toi que cela ne te détruira pas de l’intérieur. Parce que, crois-moi, l’argent et la réussite ne valent rien si tu te perds en chemin. Ne laisse personne te dire que tu dois te vendre pour réussir. Les mots d'Aissatou étaient à la fois réconfortants et redoutables. Ndella comprenait bien que sa meilleure amie lui offrait une bouée de sauvetage, mais qu’elle devait aussi affronter ses propres démons. La question était désormais simple : **comment allait-elle se comporter face à cette situation ?** Après tout, la vraie bataille ne résidait pas dans le travail ou l’argent, mais dans le respect de soi-même, dans la manière dont on choisit de se définir face aux autres et face à la vie.
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