Le lendemain matin, tout semblait flou. La lueur du soleil à travers les rideaux n'apportait aucune chaleur, aucun réconfort. L’air était lourd, comme si chaque souffle que je prenais était un poids supplémentaire sur ma poitrine. Je n'avais pas dormi. Les événements de la veille, la rencontre avec Rahim, l'illusion d’une opportunité qui m’échappait, se bousculaient dans mon esprit. Il m’avait manipulée, oui. Il m’avait offert une signature, une promesse. Mais à quel prix ? Comment ai-je pu me laisser aller à ce point ?
Je voulais croire que ce n'était qu’un malentendu, que peut-être il m’avait fait ce geste par quelque forme de respect pour ma détermination. Mais je savais, au fond de moi, qu'il n’y avait aucune pureté dans ses intentions. Rahim n’était pas ce prince charmant que j'avais voulu imaginer.
Alors que je me préparais pour la journée, je repensais à la conversation de la veille. Il m’avait dit qu’il allait signer le contrat, que l’affaire était dans la poche, et que c’était la seule chose qui comptait. Mais au fond, ce n’était pas la signature du contrat qui me préoccupait. C'était ce qu'il avait dit, ce qu'il avait insinué, ce qu'il avait fait. Il m’avait fait me sentir petite, insignifiante, comme si je n’étais qu’un pion dans un jeu de pouvoir qu’il contrôlait totalement.
Je me dirigeai vers la cuisine, le bruit des pas me semblant lourd, presque écrasant. Mon père était assis à la table, le regard fatigué, comme si chaque jour le vieillissait un peu plus. Maman était toujours à l’hôpital, en soins intensifs. Le médecin m’avait dit que les progrès étaient lents, mais il y avait des progrès. C’était un petit miracle. Et pourtant, je n’arrivais pas à me réjouir pleinement de cette victoire. Pas alors que mon cœur était aussi lourd.
« Tu sembles préoccupée, Ndella, » dit mon père en levant les yeux de son café.
Je lui offris un sourire forcé, essayant de cacher mon tourment. Il savait que quelque chose n’allait pas. Il connaissait mon esprit trop bien.
« C’est juste la pression du travail, papa. Ça va passer. »
Mais il n’était pas dupe. Il me fixait avec une intensité tranquille, cette sagesse calme d’un homme qui avait vu la vie dans toute sa complexité. Je savais qu’il ressentait ma douleur, qu’il percevait la difficulté que j’avais à concilier mes rêves et la réalité.
« Tu sais, Ndella, parfois il faut accepter les compromis pour avancer, » dit-il, comme s’il parlait à lui-même. « Mais il ne faut jamais oublier qui tu es. »
Ses mots résonnèrent dans mon esprit. Rahim ne me respectait pas. Il ne m’avait pas vue comme une personne, mais comme un instrument, une porte vers ses propres intérêts. Et moi, j'avais agi par désespoir. Par l’illusion que peut-être je pourrais changer le cours des choses, que je pourrais sauver ma famille.
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Le téléphone vibra sur la table, brisant le silence de ma réflexion. C’était un message de Rahim.
**Rahim Aidara** : *« Le contrat est prêt. Mais avant de finaliser quoi que ce soit, je voudrais te voir. J’ai des questions, et il faut qu’on discute. Viens à la villa d’Almadie à 14h00. »*
Je m’arrêtais un instant. Pourquoi cette insistance ? Ce message me paraissait comme un nouvel appel, un piège invisible tendu sous une promesse de "discuter". J’avais envie de lui répondre, de lui dire que j’étais fatiguée de tout ça, que je n'avais pas besoin de ses manipulations, de ses jeux de pouvoir.
Mais la vérité était que je n'avais pas d'autre choix. Je devais y aller. Pour ma mère. Pour ma famille.
Je pris une grande inspiration, me levant de la table, et m’apprêtai à sortir. Le visage de mon père était toujours gravé dans mon esprit. Il avait raison, je ne devais jamais oublier qui j’étais. Et pourtant, en ce moment précis, je ne savais plus vraiment qui j’étais.
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14h00. La villa d’Almadie était magnifique. Une propriété imposante, à l’image de son propriétaire. Je me garai devant la grande porte, l’adrénaline montant en moi. J'étais nerveuse, mais déterminée. Je savais que ce rendez-vous allait décider de ma vie.
Rahim m’attendait dans le hall d’entrée, vêtu d’un costume impeccable, une fois de plus ce sourire narquois plaqué sur ses lèvres. Il avait l’air tout droit sorti d’un magazine de mode, et pourtant, quelque chose en lui me dérangeait profondément. Il m’observa un instant, un regard presque calculateur, avant de se lever pour me saluer.
« Bonjour, Ndella. » Sa voix, basse et mielleuse, avait un pouvoir de séduction presque insupportable.
Je me forçai à sourire, mais mon cœur battait la chamade.
« Bonjour, Rahim. »
Il m’indiqua un canapé, et nous nous assîmes en face l’un de l’autre. Il m’observa en silence pendant un moment, ses yeux perçant, comme s’il cherchait quelque chose en moi. Il avait toujours cette attitude, comme s'il savait tout avant même de le dire.
« Je suppose que tu veux des réponses, » commença-t-il enfin. « Le contrat est là. Tout est prêt. Mais je ne vais pas signer tant que tu ne m’as pas prouvé que tu es capable de tenir ta promesse. »
Je le regardai dans les yeux. Il ne comprenait pas. Peut-être qu’il ne voulait même pas comprendre. Mais je savais, au fond, que je devais trouver un moyen de me libérer de son emprise.
Je restai silencieuse, espérant que le temps et la situation me donneraient une issue.
Rahim attendit encore un instant avant de reprendre.
« J’ai besoin de savoir ce que tu es prête à faire pour ce contrat. » Sa voix était plus grave, plus insidieuse.
Il ne comprenait vraiment rien. Ce que je voulais n’avait rien à voir avec un contrat, une signature, ou une simple transaction. Mais au fond, je savais que tout cela faisait déjà partie du jeu, et que je n'avais plus de choix.