80La piazza San Marco était envahie de lumière. Un soleil impitoyable, féroce. Les gens marchaient, haletant sous la chaleur, à l’ombre des arcades des Paratie Nuove qu’on venait de reconstruire. L’été s’était abattu sur Venise comme une maladie. L’air était irrespirable, le ciel gris pâle était bas, d’une luminescence indéfinissable, surnaturelle. Les petits canaux étaient déjà à sec. La boue emprisonnait les poissons-chats, et là où elle était sèche, on voyait les traces laissées par les rats. L’eau immobile sentait plus que jamais la pourriture. Les excréments, liquides et solides, humains et animaux, fermentaient vite, courtisés par des volées de mouches. Les cadavres de pigeons, de rongeurs, de mouettes, de chats et même de chevaux se décomposaient rapidement, laissant voir à ciel ou

