58Les gardes du Ghetto fermaient la grande porte qui donnait sur la fondamenta dei Ormesini quand ils virent arriver un retardataire. L’homme avançait courant et boitant, comme s’il traînait derrière lui sa jambe droite. Bossu et emmitouflé, il portait un bonnet jaune si grand qu’on aurait dit une capuche. Le Juif monta sur le pont au-dessus du rio di San Girolamo en agitant les mains. « Shalom Aleichem, dit-il au garde en haletant. — Oui, la paix soit avec toi aussi, marmonna Serravalle. Si tu restes dehors, tu vas sentir ta douleur, tu le sais, non ? — Mazel Tov ! Mazel Tov ! fit le Juif, qui avait le nez long et gibbeux, avec des rides qui ressemblaient à des crevasses, et une barbiche de chèvre. — Encore un qui ne connaît pas un mot de vénitien », soupira Serravalle en s’adressant

