La jeune femme souleva sa fille à bout de bras. Elle avait le visage entièrement peint aux couleurs du club de rugby — bleu et jaune — et portait un T-shirt de supporter beaucoup trop grand pour elle. Malgré tout, elle semblait en pleine forme, les mains pleines de pop-corn. Le groupe entendit la porte s’ouvrir et Alex éleve la voix :
"p****n, les gars !"
Les deux hommes se précipitèrent pour se planquer derrière le canapé, morts de rire. Le major poursuit :
" Je vous laisse cinq minutes et vous mettez déjà le bordel ! C’est pas sérieux… Et j’avais dit non pour les oiseaux !".
William passa la tête derrière le fauteuil et chuchota :
"Chuuut… c’est pas nous… c’est le chat !"
Simon se redresse aussitôt, très sérieux :
" On voulait faire une course ! Une course de pigeons !"
Merlin gratte à la vitre pour entrer et Guillaume lui ouvre. Diana écarquille les yeux, paniquée :
"Où est Liam… ?!"
Blake sursauta et souleva un coussin :
" Liam ?!"
Simon se leva péniblement :
"Déjà… il en reste un ! Sur deux ! J’sais plus comment elle s’appelle, l’autre…"
Alexis soupire :
" T’inquiète, Didi. Ils faisaient tellement de bruit qu'il n’arrivait pas à dormir. Je l’ai emmené au manoir, il est avec Khaïs. J’étais juste allé vérifier que tout se passait bien."
Jeff prit la fillette dans ses bras…
"Je vais la débarbouiller…"
William bascula du canapé :
" Non ! Pas la salle de bain !"
Sa compagne fronça les sourcils :
" Pourquoi ?!"
Le major secoua la tête, dépité :
" Ils ont fait une bataille de mousse à raser… Désolé, ma jolie. Ils ont un peu trop picolé. J’avais réussi à les calmer en les collant devant un dessin animé." Garrel s’affale sur le canapé :
" Hoooou… Alexis, il est pas content… Il va nous gronder…"
Sa demi-sœur s’approche, furieuse :
" Y a pas que lui qui va vous gronder ! b***e de gamins !"
Victor passa ses bras autour de sa fille par derrière :
"Tu veux que je les gronde, moi ?" Elle se dégage aussitôt, tandis que les trois hommes rient bêtement.
Blake tend une bière à son frère aîné :
" On regarde La p’tite sirène…"
Le capitaine reçeoit un coussin en plein visage. Simon était hilare :
"Tiens ! T’as le bonjour de Polochon !".
Le commissaire boit la biere cul sec et reprend le coussin qu’il lance sur son lieutenant :
« ça suffit ! Vous vous asseyez et vous restez tranquille ! Faut être sage ! Sinon le père noël il passera pas ! » le duo se vautre sur le canapé.. Guillaume soupire :
« on fait quoi..? ». Diana se masse les tempes :
« on reste calme.. » la voix de Simon se fait entendre :
« Hé ! Hé les gars… la grosse sorcière… on dirait ma sœur !"
Leurs éclats de rire furent de courte durée. La gifle que reçoit le lieutenant les calme net.
" Aïe… t’es méchante…
— Tu l’as pas volée, celle-là ! Je vous préviens : elle a fait l’aller, elle peut faire le retour !"
Elle leur montre sa main. Les trois baissent aussitôt la tête. Victor retira sa cravate, puis sa veste. Son fils l’arrête aussitôt :
"Tu fais quoi ?!
— J’ai chaud !
— Ouais ben bois de l’eau… te fous pas à poil.
— Ça va ! Je suis pas pudique…"
Diana le menace du regard :
"Personne ne se déshabille !"
Le comte se servit à boire en grimaçant
" c'est juste ma veste..." elle sourit en voyant sa fille redevenue normale dans les bras de Jeff :
« ma belette.. viens voir maman
- je lui ai brossé les dents.. que voulez-vous faire mademoiselle..?
- déjà, supprimer toutes les bouteilles encore pleines d’alcool.. commissaire lachez ça ! Plus d'alcool pour vous ! ensuite.. je ne sais pas.. faites leur des cafés noir ». Le duo se met à chanter les chansons du dessin animé.. ils commençaient à chahuter, quand Catherine ouvre la porte, accompagnée de Carl, au grand soulagement de Diana.
" Mère !
— Je suis venue aussi vite que j’ai pu… Comment ont-ils fait pour se mettre dans un état pareil ?"
Son beau-fils soupire :
"J’en sais rien… Y avait pas tant de bières que ça. Ils ont dû attaquer le whisky pendant que j’étais occupé avec les petits.
— Ils décuveront après une bonne nuit de sommeil. Carl va rester avec eux, au cas où. Quant à toi, trésor… " Elle se tourna vers Diana :
" Vous allez venir au manoir. Ils rangeront leur bazar demain.
— Et Victor ? Il a bu à la réception… Il est un peu… éméché "
Une voix offusquée s’éleva du salon :
" Je suis complètement sobre" Son fils leva les yeux au ciel :
" Oui… c’est pour ça que tu voulais te foutre à poil ?
— Juste enlever ma veste ! Chérie ! Tu es là ?!
— Ne t’avise pas de m’enlacer ! Tu empestes l’alcool. Tu devrais avoir honte. Tu vas au manoir finir de retrouver tes esprits !
— J’ai bu parce que j’avais soif. Je fais ce que je veux. Et cette réception était ennuyeuse… ce pseudo-artiste était très médiocre
- Bien sûr…
— En plus, il veut que Diana soit sa muse…"
Simon marmonna, à peine audible :
" De toute façon, elle est moche et elle est méchante…."
Guillaume retint sa patronne :
"Monsieur ne pense pas ce qu’il dit…
— Je vais l’assommer !"
Catherine tend une tasse de café à son mari :
" Bois ça… Combien de verres as-tu avalés ?"
Il hausse les épaules. Diana grimaçe :
" Je ne sortirai plus avec vous si vous rentrez éméché. D’habitude, vous vous tenez mieux que ça…
— D’habitude, tu restes avec moi. Là, tu m’as laissé tout seul presque tout le temps.
— Parce que ça va être de ma faute ?? C’est vous qui êtes allé faire des trucs avec la fille !
- T’as plus dansé avec Charles qu’avec moi…
— Tsss…"
Elle secoua la tête :
" Vous êtes fatigant…"
Il sourit et avala son café, puis s’étira :
" Moi, au moins, je n’ai pas massacré ta maison… ni traité quelqu’un de mocheté.
— Encore heureux !
— Sache que je te trouve absolument sublime… et merveilleuse…
— Arrêtez-vous là… je sens que vous allez dire une bêtise…"
Catherine lui tendit sa veste :
" Allez… rentre avec Jeff. Fais-lui prendre une douche froide.
— Tu ne veux pas plutôt me la donner toi-même ? Jeff n’a pas assez de poitrine…"
Le garde du corps sourit.
" Je m’en occupe, madame…"
Il suivit sans discuter son homme de main, après avoir embrassé sa femme, sa fille et Alex sur la joue. Le major grimaça en s’essuyant :
" Beurk…"
Son amie se moque :
" T’es son fils, tu sais… t’as peur de choper quoi ? Son ego ou son mauvais caractère ?"
Catherine rit et embrasse sa fille adoptive :
" Carl ? Veille à ce qu’ils ne fassent plus de bêtises, ces deux-là. Lynx ne va pas tarder…" Elle désigna les deux policiers endormis, et Diana sourit :
"Je vais lui enlever la prothèse… Vous pouvez pousser la table basse ? S’il oublie qu’il n’a pas sa jambe et qu’il se lève, je ne voudrais pas qu’il se fasse mal.
— Bien sûr, mademoiselle…"
Elle applique de la crème sur sa cicatrice.
Angy se mit soudain à crier, et sa mère reconnut aussitôt son cri.
" ton doudou ? Ho.." elle regarde autour d'elle et le voit.. William le tenait contre lui :
" je vais faire une photo avant.. pour prévenir Lisa que Simon dort ici.." elle decroche son compagnon de la peluche et l'a tend à sa fille :
"Tiens, ton Mister Fox…"
La petite crie de plaisir et couvre la peluche de baisers. Autrefois, c’était un renard. Désormais, c’était plutôt un ancien renard, passé sous un camion… plusieurs fois, puis oublié au soleil en plein cagnard, avant d’être vaguement séché par le vent.
Elle essayait parfois de le laver, mais Angelina n’était pas d’accord. Absolument pas. Mister Fox disparaissait alors mystérieusement, caché dans les endroits les plus improbables : le compost, le linge sale, sous le canapé… Tout sauf la machine à laver.
Mister Fox sentait donc la victoire, l’enfance… et vaguement le potager.
Elle confie les deux hommes aux bons soins de Carl :
" et vous leur dites de ranger tout ce B-O-R-D-E-L, s'ils se reveillent.. Lynx viens bientôt.. faites comme chez vous..". Alexis attrape les pigeons et les remet en cage, avant de suivre Catherine et son amie, qui libère Guillaume aussitôt arrivé au manoir. Le major et Diana renvoit Khaïs, et passe un long moment à endormir Angy.. quand elle ferme enfin les yeux, les deux adultes s'allongent sur le lit, laissant les deux petits sur les matelas au sol.. la jeune femme chuchote :
" à partir de quand ça a dégénéré ?
- bonne question.. s'était bien ta soirée..?
- moui.. j'ai dansé avec Charly..
- cool..
- en vrai.. pourquoi t'es pas venu..? C'est à cause de lui..?
- t'inquiète pas...
- t'as l'air triste.. j'aime pas ça.. si mon frère fait mal à ton petit coeur, je le tape..
- t'es mignonne.. je sais pas ce qu'il a.. il ne me parle pas.. on passe des bons moments ensemble pourtant.. c'est cool.. il dit qu'il m'aime, qu'il veut qu'on vive ensemble.. il est même jaloux.. mais..
- mais ?
- mais il veut pas qu'on couche ensemble.. enfin.. on fait parfois des trucs.. mais.. il veut pas qu'on soient trop intimes.. et je ne sais pas pourquoi.. moi je peux pas.. j'aime trop le sexe.. et pour moi, dans une relation, c'est important.. surtout si je dois être fidele..
- mais.. il ne t'as vraiment pas dit pourquoi ? Parce que c'est bizarre.. il aime coucher avec Cathe..
- oui.. enfin.. t'inquiète pas ma jolie.. et toi..? Avec Will..?
- c'est.. parfait... enfin.. sauf quand il saccage la maison avec Simon..
- il a retrouvé une libido normal ?
- oui, même plus que normal.. tu as un sourire satisfait..?
- tu lui diras pas..?
- hum.. mouai..?
- à la soirée de notre père.. pour son titre de comte.. j'ai mis des stimulants dans ses boissons..
- serieux ?!
- il était mal de ne pas pouvoir bander... il avait juste besoin d'un coup de pouce
- tu as bien fait.." elle sourit et se blottit contre lui :
" ça faisait longtemps quon n'avait pas été tout les deux..
- grave.." il l'embrasse sur le front :
" je t'adore tu sais...
- moi aussi..
- ça va ton asso ? Avec Guillaume et Lynx..?
- oui.. ils sont plutôt doués.." elle baille :
" j'avais oublié à quel point tu étais confortable.." Alexis sourit.. il carresse doucement ses cheveux et rabat la couverture sur eux.. :
" bonne nuit Didi.." un petit gémissements lui repond, elle était déjà endormie..
Le lendemain, après son travail habituel, crêche, école.. et sermonner William qui avait très mal au crâne.. Diana se rend au cabinet de son demi-frère. Charles la fit entrer, surpris :
" On avait rendez-vous ?
— Non… mais faut qu’on parle.
— Il y a un problème ?
— Assieds-toi." Il obéit, un peu décontenancé. Elle entre aussitôt dans le vif du sujet :
" Pourquoi tu veux pas coucher avec Alex ?"
Il reste silencieux un moment, clairement pris de court. Puis il se leve, mal à l’aise :
" Roussy… je ne vais pas parler de ça avec toi. C’est lui qui t’envoie ?
- Non. Tu sais… je serais une très mauvaise tu-sais-quoi si je ne remarquais pas que mon meilleur ami n’a pas le moral. Alors je repose la question : pourquoi tu veux pas coucher avec lui ?
— Je t’ai dit que je ne parlerais pas de ça avec toi ! Tu es ma petite sœur !
— J’ai fait un enfant, je te rappelle. Techniquement, je m’y connais mieux que toi…"
Elle se leva à son tour et pointa un doigt accusateur vers lui :
" Crache le morceau, Charles ! J’ai pas toute la journée ! Alex est autant mon frère que toi, et je n’aime pas le voir souffrir ! Tu l’aimes pas ?! Tu te sers de lui ?!"
Il soupira longuement et s’adossa à son bureau…
"Bien sûr que je l’aime…
— Alors pourquoi tu couches pas avec lui ?! Alors que tu couches avec des femmes ?! T’assumes pas ?!
— Bien sûr que si. Je suis prêt à vivre avec lui…
— Alors quoi ?!
— C’est compliqué…" Il se rassit. Diana s’installe à côté de lui.
" Ce sera toujours compliqué tant que tu le gardes pour toi…"
Il lui pinça doucement la joue :
"Depuis quand t’es aussi adulte, toi… ?
— Change pas de sujet." Il se sert un verre et soupire, fatigué :
" Je l’aime… Je suis amoureux, vraiment. Mais je ne veux pas coucher avec lui. Je ne suis pas gay.
— Lui non plus.
— C’est pas pareil…
— Il te fait pas d’effet ?
— Si…"
Il marque une pause, cherchant ses mots.
" Mais j’aime pas coucher avec un homme. C’est tout."
Diana le regarda, moins offensive.
" T’as peur… ? Alex, c’est l’homme le plus gentil et le plus respectueux. Je sais, j’ai déjà couché avec…
— C’est pas ça."
Il baissa les yeux, presque honteux :
"J’aime juste pas vraiment coucher.
- menteur.. je sais que tu aimes bien.. et puis, tu couches avec des femmes.. si t'es pas gay.. pourquoi t'es avec Alex..?
- parceque je l'aime.. je ne me l'explique pas..
- y'a autre chose
- t'es chiante tu sais..
- c'est de famille.. allez.. ça te fera du bien..". Il pousse un très long soupire..:
" promet moi de ne rien dire.. vraiment..
- hum..".
Un moment plus tard, elle retourne au commissariat pour travailler sur les dossiers de Victor. Elle entre sans frapper et le fixe, les sourcils froncés.
Il sourit aussitôt :
" Bonjour, mon ange… un problème ?" Elle marmonne, sèche :
"Nan… aucun." Elle s’installe au bureau et se met à travailler, tout en lui lançant régulièrement, dès qu’il ne regardait pas, des regards noirs parfaitement assumés.
Le commissaire finit par sentir ces reproches muets lui brûler la nuque :
" Mon ange… tu as un souci avec moi ? C’est à propos d’hier ?
— Non. J’ai aucun problème.".
il l'a voit serrer sa balle anti stresse.. et elle se remet au travail.. tout en continuant ses regards.. quand ses heures sont terminées, elle range ses affaires en montrant qu'elle est fâché.. à grand bruit.. et sans va, apres lui avoir jetté une derniere oeillade assassine.. le comte se demande bien qu'elle mouche pique sa protégée.. ça ne pouvait pas être ses.. soucis féminin.. quoique.. ça aussi, elle le ressentait plus fort.. il chasse la mauvaise humeur de sa fille de son esprit.. et se concentre sur la lecture des rapports d'enquêtes..
Plus tard dans la soirée, au moment de partir.. il reçoit des messages de sa protégée.. des émoticônes au regard accusateur.. il repond :
" Mais qu'est ce que j'ai fait encore !!? Je ne t'ai pas surveillé de la journée !!" Pas de reponses.. il se souvient qu'elle avait parlé d'aller voir Charles ce matin.. il monte dans sa voiture et se rend au bureau de son ami.. il travaillait toujours tard.. sa secretaire était déjà partit. Il tape le code qu'il connaît par cœur et frappe à la porte de son confident, qui semble géner :
" Victor ?
- Charly..
- tu devais passer ? Je suis occupé.. sert toi un verre.. tu connais le chemin..
- j'en ai pas pour longtemps.. as tu vu Diana ce matin..?
- oui..
- comment elle allait..?
- bien.. on a discuté, pourquoi..?
- parce qu'elle me fait la gueule !! Elle m'a regardé pendant trois heures avec un regard plein de jugement ! Et elle me harcele de message avec des emoticones en colère ! Elle ne me dit rien !" L'avocat reste surpris.. et finit par soupirer :
"C’est rien… c’est de ma faute. Sers-moi un verre, je vais t’expliquer…
— Tu lui as dit quoi sur moi ?!
— Elle voulait savoir pourquoi je ne voulais pas coucher avec Alexis…
— Recommence sans le prénom de mon fils, s’il te plaît.
- Bref… pourquoi, même si je l’aime, je couche avec des femmes et pas avec lui.
— Et en quoi ça me concerne ?
— Fait chier…"
Il secoua la tête.
" Quand j’étais plus jeune… et plus enrobé… j’ai eu le cœur brisé par un garçon dont j’étais amoureux.
- Charles…
— Je lui ai avoué mes sentiments. On s’est embrassés… et j’y ai cru. Il était gentil. Il me défendait tout le temps..Il m’a invité chez lui un soir… J’ai espéré qu’on aille plus loin. Et c’est arrivé… enfin, on a commencé."
Il marqua une pause.
" Puis il s’est arrêté. Il m’a dit qu’il avait voulu essayer, mais qu’il valait mieux s’arrêter là…" Victor baisse la tête :
" J’avais… presque oublié cette histoire…
— Quelques jours plus tard, je l’ai entendu dire à son demi-frère que ça le dégoûtait. Qu’il n’aurait jamais dû essayer… surtout pas avec moi. Qu’il n’était pas gay, qu’il l’avait compris avant de faire une connerie. Et qu’il ne m’aimait pas.
Le commissaire soupire :
"Oh, Charly… bon sang…"
Il se passe la main sur le visage et fait quelques pas :
" C’est pas vrai… Tu as dit à Diana que je t’avais brisé le cœur ? Pas étonnant qu’elle m’en veuille…
- Je t’en ai voulu, tu sais. Longtemps. Mais je t’aimais trop pour te le faire payer. Et au fond… je t’en veux encore."
Il inspire profondément :
" Si je couche pas avec lui, c’est parce que j’ai peur. Peur qu’il soit comme toi. Peur de le dégoûter… et qu’il se rende compte qu’il fait une erreur avec moi."
L’avocat se détourna, soudain très triste. Le commissaire le retint :
" Attends… !"
il prend son ami par les épaules, et lui sourit tendrement :
"Attends… s’il te plaît. C’est pas ce que tu crois. C’est pas toi qui me dégoûtais, c’était moi… mon comportement."
Il marque une pause :
" J’avais envie d’essayer avec quelqu’un de dévoué, qui se laisserait faire, et qui n’irait rien répéter. Et puis… je t’aimais beaucoup, Charles. Comme ami."
Il baisse la voix :
" T’étais collant, timide, mais tu m’acceptais comme j’étais. Et ça comptait. J’ai eu l’impression de t’utiliser… ça m’a mis tellement mal à l’aise que j’ai préféré m’arrêter. Aller plus loin aurait été une erreur.
J’ai dit à Gregory que j’aurais pas dû essayer avec toi, c’est vrai. Mais pas parce que t’étais un mauvais coup. Ni parce que j’avais pas envie de toi. Ni parce que je ne t’aimais pas." Il inspire :
"J’avais l’impression d’avoir cassé quelque chose entre nous. J’ai eu peur de te perdre… comme ami " Sa voix tremble légèrement :
" Quand tu t’es éloigné, j’ai passé trois mois à regretter de t’avoir donné un faux espoir. Et quand tu es revenu… j’avais tellement honte que je n’ai pas osé t’en reparler."
Il esquisse un sourire triste :
" J’ai vu que tu voulais encore être mon ami. Ça m’a suffi."
Il pose son front contre celui de l’avocat :
" Je suis pas gay. Ni bi. Mais je t’aime, Charly."
Il inspire, la voix serrée :
" Depuis le jour où je t’ai vu pleurer derrière cet arbre, dans la cour de l’école… parce qu’un petit con t’avait traité de “gros”. Ce jour-là, je m’étais promis de toujours te protéger." Il essuie vite une larme :
" Et ce soir-là, j’ai eu l’impression de trahir cette promesse. Je savais que je n’étais pas gay… et je ne voulais pas te briser le cœur. Tu m'as jamais degoutté Charles ! Tu m'entends ?! Je m'en foutais de ton poids.. de ta couleur de cheveux.. je t'ai toujours aimé.. comme un frere.. tu as toujours fait partit de ma vie.. même quand t'es partis.." les deux hommes s'enlacent.. les larmes aux yeux.. les deux amis se laissent aller à laisser couler leurs larmes.. Victor s'excuse de nouveau :
" pourquoi tu ne m'as jamais parlé bordel ?!
- parceque je t'en voulais.. et j'avais honte.. je t'aimais Victor.. avec le temps j'ai apprit à t'aimer autrement.. mais à l'époque.. j'ai eu peur de te perdre moi aussi.. je ne voulais pas que tu me rejettes... j'aurais pas supporter.." ils se sourient..
Le silence qui suivit était beau. Après des décennies de non-dits, de fierté mal placée et de pudeur, ils s’enlacèrent de nouveau, comme quand ils étaient enfants.
Quand Charles se faisait tabasser par les plus grands, Victor venait à son aide, parfois seul contre trois, et finissait toujours par le serrer contre lui en murmurant que c’était fini.
Il refait le même geste, passe la main dans ses anciens cheveux roux devenus blonds avec le temps, et lui glisse à l’oreille :
:
" c'est finit Charly...", l'avocat sourit..:
" merci..". Ils restent enlaçés, profitant de ce moment préçieux, ou leurs amitiées se scellées de nouveau.. ils entendent soudainement un bruit... Le commissaire fronçe les sourçils.. et chuchotte :
" t'entends ?!" L'avocat tend l'oreille.. un leger bruit de reniflement s'échappe de derriere la porte... Charles brise doucement l'étreinte et essuit ses larmes avant de se servir un verre :
" tu veux un remontant..? Apres ces émotions...?
- volontier.." les deux hommes approchent de la porte.. à pas de loup.. et ils l'ouvre d'un coup, surprenant Diana.. des larmes pleins les yeux, et un air coupable... son demi frere jure :
"Merde, Roussy… qu’est-ce que tu fous ici ?!"
Elle sanglote :
— Je… je voulais te convaincre de l’envoyer se faire foutre ! Pour t’avoir brisé le cœur ! Mais… c’est… c’est tellement…"
Elle renifle, s’essuie les joues :
" En fait… il… c’est pas un enfoiré…"
Elle fond en larmes et se jette contre eux :
"C’est trop beau ! La plus belle déclaration que j’ai jamais entendue !!"
Le commissaire grimaçe :
"Je te préviens… si ça sort d’ici, j’achète un dinosaure grandeur nature et je le plante devant ta maison.
— Je dirai riiien !!".
Charles l’embrasse sur la joue :
" Tu avais raison… j’aurais dû en parler plus tôt.
— Tellement ! Tu aurais pu lui en vouloir pendant des années et préparer une vengeance terrible… tout ça à cause d’un malentendu !"
Son demi-frère hausse les épaules, faussement détaché :
"Oh, tu sais… je couche avec sa femme et je sors avec son fils. On peut dire que j’ai eu ma revanche.
Victor sourit, attendri :
"Tu aurais aussi pu dire que notre amitié comptait bien plus qu’un malentendu… histoire de prolonger ce beau moment."
Diana s’essuie les yeux, la voix encore tremblante mais malicieuse :
" Franchement… vous étiez magnifiques ensemble. Et si vous vous aimez encore, c’est peut-être maintenant qu’il faut vous l’avouer… avant que quelqu’un d’autre n’entre en pleurant dans la pièce."
Le comte soupire..:
" évidemment que je l'aime, comme mon frère... parfois.. certains heteros se rendent compte qu'ils ne le sont pas en tombant amoureux.. pour moi, ça a été l'inverse.. je suis tombé amoureux... mais je me suis rendu compte que je n'étais pas fait pour être avec un homme.. peu importait mes sentiments, je sentait que je n'étais ni bi.. ni gay.. j'aimais Charles.. mais j'ai confondu, amour et amitié.. parcequ'il était l'inverse de ce que je connaissais.. gentil, sincere.. sensible.. ça bouleversait les codes masculins auxquels j'était habitué... si j'avais été bi.. ou gay, je n'aurais pas eu honte de le dire et d'assumer.. je n'aurais pas eu honte de toi.. j'ai mis longtemps à accepter que j'étais juste un ennuyant et classique hétéro.. que je ne vibrais pas devant un corps masculin, aussi attirant soit il.. honnêtement.. j'aimais l'idée que toi, Cathe et moi.. on formait une sorte de trouple.. que tu sois, le confident de nous deux... mais... peut être qu'il faut qu'on trouve.. une nouvelle synergie.. maintenant que tu es amoureux d'Alexis..
- je sais.. j'avais peur.. d'être amoureux, non pas de ton fils, mais d'une version de toi moins hétéro.. mais, maintenant.. je l'aime pour ce qu'il est.. qu'il sois ton fils, n'est qu'un détail.. mais... je ne sais pas ce que je suis.. je l'aime, j'ai souvent été attiré par des hommes.. mais je n'aime pas coucher avec.. je n'ai jamais trouvé une femme vraiment désirable, mais j'aime coucher avec Cathe.. parcequ'on a un lien particulier.. Alex, lui.. il aime le sexe.."
Diana sourit :
" peut être que tu as besoin de trouver ton lien particulier avec lui.. " son pere adoptif acquiesce :
" parle lui.. il comprendra.. je vois parfois comment il te regarde..
- vous voyez ce genre de chose vous ?
- je suis plus attentif au bien être de mon fils qu'il ne le pense..." elle regarde Victor, avec un air beaucoup trop mielleux et larmoyant à son goût, le commissaire grimace :
" quoi..?
- vous êtes tellement... sensible en fait.. j'en suis.. bouleversée.." elle refond en larmes et il soupire, dépité..:
" ce n'est pas la premiere fois que je le montre..
- pas autant ! La.. c'est.. c'est tellement profond !
- si tu allais m'attendre dans ma voiture..? J'imagine que tu as renvoyé ton garde du corps, et que tu es venu seule.. je vais te ramener.." elle acquiesce et embrasse son frere en pleurant :
" je suis sur que tu seras très heureux avec Alex...". Une fois seuls.. Les deux hommes se sourient.. et Victor finit par embrasser son ami sur le front, malgré qu'il soit légèrement plus grand que lui :
" je t'aimes toujours.. mon frère.. mais, évite de briser le coeur de mon fils.. vous meritez tout les deux d'être heureux..
- je t'aimes aussi.. je me suis souvent demandé si je n'était pas maso, de rester prés de toi.. mais je ne regrette pas... ce n'est pas de tout repos d'être ton ami..
- je sais.. mais, tu n'es pas un tendre non plus.. "Maître"...". Ils se separent en silence.. le commissaire rejoint sa protégée dans sa voiture, et Charles reste dans son bureau.. silencieux.. il allait s'asseoir quand la porte de son entrée de secours s'ouvre.. l'avocat palit.. mais son visiteur imprévus sourit légèrement..:
" J'étais sûr que Didi allait pleurer...
- tu es là depuis...?
- depuis le debut.. elle voulait qu'on parle.. on a vu entrer Victor, du coup elle m'a poussé ici et elle est allée de l'autre côté pour mieux entendre..".
Dans la voiture, la jeune femme n'arrivait pas à s'arrêter de pleurer.. faisant soupirer son pere adoptif..:
" c'était censé être un moment intime mon ange... pourquoi es tu restée..?
- parceque.. parceque Charles m'avait dit que vous lui aviez fait beaucoup de mal ! Alors... j'ai voulut écouter votre version.. vous êtes fachés..?
- non.. je ne suis pas fâché.. je ne voulais juste pas que se soit partager.. même si s'était avec toi.. je n'aime pas exposer autant mes sentiments..
- mais c'est ça qui est puissant..
- arrête de me regarder comme ça.. j'ai juste ouvert mon coeur à mon ami.. je n'ai pas sauvé un chaton des flammes...
- pardon ! Je suis trop sensible ! J'arrive pas à m'arrêter de pleurer !" Il se gare sur le côté, et soupire :
" allez.. viens me faire un calin..". Elle ne se fait pas prier, et arrive à se calmer.. Victor la sermonne doucement :
" la prochaine fois, viens me parler au lieu de me faire la tête et d'écouterr aux portes..
- je voulais pas écouter.. quand je vous ai vu entrer, j'ai eu envie de venir vous engueuler pour lui avoir fait du mal !
- tu es comme lui.. tu ne cherches pas à comprendre.. tu te contentes de ce que tu vois, ou entend.. en prenant ça pour argent comptant.. tu préfères garder ce que tu ressent pour toi, sans oser venir parler..
- je sais.. j'ai trop l'habitude que vous soyez un connard... c'est de votre faute aussi.. si vous ne vous cachiez pas toujours derriere votre carapace, je ne vous penserez pas capable d'être un enfoiré..
- je pensais t'avoir prouvé suffisamment de fois que je n'en était pas un..
- moui... mais bon.. vous n'êtes pas un enfant de chœur non plus...
- certe...
- je ne dirais à personne que vous avez pleuré... et que vous aviez eu des doutes sur votre orientation sexuelle.. promis.. vous derez toujours un connard d'homme cis hétéro et machiste..
- tu as interet.. je ne plaisantais pas pour le dinosaure..." elle gemit de peur... les dinosaures étaient sa phobie.. irrationnelle.. elle en faisait des cauchemars et refusait que ses enfants en aient en jouets.. à la place, ils avaient des dragons..:
" vous seriez vraiment cruel ! Je pourrais en mourir de peur !
- je viendrais fleurir ta tombe tout les jours...
- vous m'angoisser ! J'ai compris ! Je n'ecouterais plus vos discussions intimes..! De toute façon, vous n'en avez pas tout les quatres matins ! " elle se dégage, en affichant une moue boudeuse..:
" de toute façon.. vous ne me faites plus aussi peur maintenant.. je connais votre coeur... votre fragilité c'est votre point faible.." il ne dit rien.. et regarde la grande ligne droite qui s'entend devant eux.. déserte.. il demarre..