Clef

4392 Words
Quelques temps plus tard, Diana avait suivi les conseils de son père adoptif. Elle avait cessé de financer et d’organiser toutes les activités pour l’école de Liam. Le voyage scolaire des grands avait été supprimé : elle avait annulé le domaine en Bourgogne qu’elle avait gracieusement mis à disposition pour loger les enfants. Les autres mères et les enseignantes avaient tenté de s’excuser pour la faire changer d’avis, mais le mal était fait. Elle avait envoyé aux mères qui l’avaient tourmentée un exemplaire de son témoignage, qu’elle n’avait pas encore osé publier, et depuis, elle les évitait. Le regard froid de Guillaume les tenait à distance. Charles avait sévèrement repris la mère de Jules : les virements seraient désormais faits sur un compte bloqué jusqu’à la majorité du petit, excepté une petite somme pour la vie courante. Elle se sentait beaucoup mieux. Même si elle était navrée pour les enfants. Son garde du corps la tira de ses pensées. " Mademoiselle… on est arrivés. — Parfait." Elle descendit de la voiture. " Allons voir ton père… ensuite, je tenterai de tirer les vers du nez de la mamie d’Alex." Il lui tendit son bras, qu’elle prit en souriant. "Je vais saluer la directrice." Elle laissa son employé aller voir son père et se dirigea vers le bureau. La secrétaire l’accueillit : "La directrice reçoit déjà quelqu’un… Vous voulez un café ? Un thé ? — Un thé, s’il vous plaît." Elle s’assit, puis se releva presque aussitôt dès que la dame partit chercher sa boisson. Elle allait pouvoir fouiller dans les papiers de la secrétaire. C’était le moment. Elle s’approcha du bureau, mais une voix l’arrêta. "Bonjour, mademoiselle." Elle sursauta en se retournant. "Jeff ?! — Monsieur sera content de vous voir. — Heu… il… il est là ? C’est lui le rendez-vous ? — Oui. Il vient régler les derniers détails pour la grand-mère de monsieur Alexis. — Je vois… — Vous devriez vous asseoir. Il en a pour un petit moment. — Eh bien… dans ce cas, je vais en profiter pour aller voir le père de Guillaume. — Vous n’attendez pas votre thé… ?" Elle rougit. Son ex-amant était agaçant. Elle sourit. " Oh… si, c’est vrai." L’homme de main de Victor lui rendit son sourire — bien trop chaleureux, bien trop moqueur. Il était aussi intelligent et perspicace que son patron, peut-être même plus. Elle devait être très méfiante avec lui : il n’hésiterait pas une seconde à la balancer au commissaire. Elle remercia la secrétaire pour son thé et engagea la conversation. "Comment vont vos filles ? — Elles ont très hâte d’être en vacances. — Et vous ? Votre patron va vous en donner ? — Peut-être… ça dépend. — De quoi ? — De si sa fille fait des bêtises." Elle mordit sa lèvre. "Dans ce cas… je vais essayer de rester bien sage. — Croyez-moi, je serais ravi de vous punir… mais je préférerais partir en vacances. — Je ne fais plus de bêtises. Vous devriez le savoir, vu qu’apparemment, vous me surveillez." Il ne répondit pas. Victor sortit du bureau. "Diana ? — Père. — Que fais-tu ici ? — Je suis venue avec Guillaume voir son père. Je voulais saluer madame la directrice." Anne-Charlotte esquissa son sourire crispé. "Votre fille est si charmante… — Oui, en effet. On se revoit tout à l’heure, mon ange ? — Bien sûr." Il l’embrassa sur la joue et partit, suivi par Jeff, qui s’arrêta à sa hauteur et lui murmura : " Il n’y a pas que moi qui vous surveille. Levez un peu plus souvent les yeux au ciel, mademoiselle. Ça vous sera utile. Elle se demanda le sens de son message." La directrice l’invita à entrer. " Venez, ma chère." Elle sourit et leva les yeux au ciel dès qu’elle eut le dos tourné, marmonnant : "Oh… Jeff… je vous aime…" La caméra était placée pile dans l’axe de la secrétaire. Si elle avait fouiné, sa carrière de détective aurait vite pris fin. Victor alluma une cigarette en questionnant son bras droit. "Rien de suspect concernant mon petit ange ? — Non, monsieur. Votre ange venait juste saluer la directrice. — Je commence à croire que je suis vraiment parano. — Vous êtes seulement un peu trop inquiet. — Elle ne va pas bien… la situation à l’école lui a fait beaucoup de peine. — Apprendre à gérer une notoriété qu’on n’a pas souhaitée peut être difficile. Les gens vont être curieux encore un moment, mais ça leur passera. — Je déteste la voir pleurer. — Je sais, monsieur… mais elle ne pleure pas toujours, vous savez." Le comte sourit et écrasa sa cigarette. " Partons. La grand-mère d’Alexis ne me parlera pas. — Au moins, elle prend son rôle de démente très à cœur." En effet, la mamie du major le tenait pour responsable de l’alcoolisme de sa fille. À l’intérieur, Diana et son garde du corps discutent avec l’ancien gendarme. "Pour l’instant, tout a l’air normal… La grand-mère de ton ami fait comme si elle était un peu démente. Il y a des caméras partout. — Oui… j’ai failli me faire avoir. Si Jeff ne m’avait pas renseignée… Méfie-toi de lui, Guillaume, il est vraiment très fort. J’ai l’impression qu’il peut lire dans ma tête rien qu’en me regardant !" Monsieur Bonnet acquiesce. "Ce n’est pas le bras droit du commissaire pour rien. J’ai connu des chiens de garde moins fidèles que lui. — Oui… il est incorruptible. — J’ai discuté un peu avec quelques personnes. Elles semblent aimables, mais… sur la réserve. — Et le personnel ? — Beaucoup d’étrangères. Apparemment, c’est par charité… Ils emploient des personnes précaires, qu’ils payent sûrement moins cher. — Hum… et moins regardantes sur les contrats. — Il y a un notaire qui passe tous les jeudis pour discuter de nos testaments. Il se propose de nous aider à les rédiger. — Bizarre… Peut-être que l’ami de Victor pourra me dire si le testament de son père a été modifié. — Je sens qu’un truc ne va pas ici. Fais bien attention, Diana. Cette histoire ne me dit rien qui vaille. — Ne vous inquiétez pas. J’ai un très bon garde du corps. Vous aussi, faites attention. Ne prenez aucun risque, même si être le sauveur d’un ancien préfet vous protège. Je vous laisse en famille, je vais voir la mamie d’Alex." Guillaume la regarde partir. Son père sourit. " Ça te réussit de travailler pour Diana. Tu sembles plus épanoui qu’avant. — Mouais… pour l’instant, elle ne fait rien de dangereux, donc ça va. — Tu as rencontré quelqu’un ? — Non… rien de sérieux." Diana s’approche de son ancienne bénéficiaire. "Bonjour, madame Lours… comment ça va ? — Oh, ma petite Diana ! Quelle bonne surprise ! — Je suis venue avec mon garde du corps voir son père. Je me suis dit que j’allais venir vous dire bonjour. — Tu as bien fait. Le père de mon petit poussin est passé… je l’ai ignoré. — Oh… Victor ? Oui, je comprends. Dites… vous êtes sûre que ça va ici ? — Ça me fait une distraction. Comment vont tes petits ? Alex me montre souvent des photos, il les adore. — Oui, c’est un super tonton. — Il m’a présenté son ami… très beau garçon. Aussi beau que sa petite sœur. — C’est vrai ? Il vous a présenté Charles ? — Cet idiot a toujours eu peur de ma réaction, alors que j’ai toujours dit que, peu importe qui il aime, tant qu’il est heureux… — Alexis est vraiment… formidable. S’il n’était pas aussi libre, je crois que je serais tombée follement amoureuse de lui. — Il tient de son grand-père…" Quand Diana rentre au manoir, elle file avec Guillaume dans son nouveau bureau, vite rejoints par Khaïs. "Salut… j’ai du neuf pour “Eddy”. — Dis-nous. — Pour Philippine, c’est bien ton frère qui lui a fait le prélèvement. Mais pour lui, c’est sa mère qui a porté l’échantillon au laboratoire. Donc rien ne prouve que c’est bien le prélèvement de son fils qu’elle a apporté. — Oui… donc à partir de là, tout est possible… mince, ça craint. Bon, pour la maison de retraite, il faut que j’obtienne le nouveau dossier d’Albert. Vu que Victor reprend l’enquête, quand il ramène du travail ici, il met les dossiers dans son bureau, dans un coffre. Il me faut la clé… et le code. Je dois réfléchir à un plan…" Guillaume s’assoit dans le fauteuil. "Pour la clé, j’ai de quoi faire des doubles. — C’est vrai ?! Ça va être utile… Je vais l’approcher. Bon travail, les garçons. Je vais devoir reprendre ma couverture d’assistante de vie pour la drogue, mais on en parlera demain. Reposez-vous. Je vais rejoindre ma mère pour la questionner, moi aussi, sur Edmond." Elle les embrasse tous les deux sur la joue. Ils partent ensemble. Diana entre dans la chambre de sa mère adoptive. " Whoua… vous êtes splendide…" La comtesse essayait une nouvelle robe, offerte par une maison de couture. " Merci, trésor. Viens m’embrasser." Elle lui tend les bras, et Diana obéit. "Comment tu te sens aujourd’hui ? — Plutôt bien… mais je m’en veux encore pour les enfants. — Je me suis arrangée pour qu’ils puissent avoir un gîte. Ce sera moins confortable, mais ils auront quand même un joli voyage. Les parents seront plus déçus qu’eux. Victor avait raison, tu devais frapper un grand coup. Tu as été vraiment très gentille. Et Liam ? Comment il va ? — Beaucoup mieux. Plus personne ne l’embête… mais Tom ne sera pas toujours là. — Il apprendra à se défendre plus tard." Elle lui caresse la joue avec tendresse. "Tu es une excellente mère. C’est tout ce qu’il retiendra. — J’ai tellement envie de me rattraper… — Je comprends, mon ange. C’est normal. — Et vous ? Ça va ? — Très bien. Je suis en pleine forme. Je prépare un mariage…" Diana sourit. "Merci… mais ménagez-vous quand même. — Je ne suis plus mourante, trésor. Ne t’inquiète pas pour moi." Elle l’embrasse sur le front. Diana s’assoit sur le lit. "Dites… je peux venir avec vous demain ? Pour la soirée chez votre sœur ? — Bien sûr. Mais… tu es sûre de le vouloir ? — Oui. J’ai bien envie de me changer les idées. Je ne connais pas vraiment votre sœur, en fait. — Dans le fond, elle t’aime bien. C’est juste qu’elle a grandi en étant poussée par notre mère à être la meilleure, la plus belle, la plus parfaite. Moi, j’étais une petite fille ronde et boutonneuse, très timide. Quand j’ai changé à l’adolescence, notre mère était verte de jalousie… et ma sœur a suivi. Victor n’était pas plus riche que son mari quand nous nous sommes mariés, mais le sien est un joueur malchanceux, alors que Victor est un homme d’affaires avisé. — Moui… ça, je ne peux pas dire le contraire. — Et puis, elle n’a jamais vraiment aimé son mari, alors que Victor et moi… pourtant, elle a essayé de le séduire plus d’une fois. — Vous êtes bien plus belle et intelligente…" une voie la fait sursauter : " et bien mieux f****e. C’était une fille tellement frigide… — Chéri… déjà rentré ? — J’avais un peu de travail ici. Comment vont mes deux femmes préférées ?" Diana grimace. " Vous êtes en retard… — C’est toi qui es trop en avance, mon ange…" Il l’embrasse sur la joue. Elle soupire. " Être à l’heure, c’est déjà être en retard. Je vous attends dans mon bureau." Une fois seuls, le commissaire embrasse sa femme. "Cette robe te va à merveille. — Tu n’es pas objectif. — C’est vrai… de toute façon, je te préfère sans vêtements. De quoi parliez-vous ? — De ma sœur. Elle m’accompagne demain. — Tu ne trouves pas ça étrange ? — Je m’en moque. J’aime quand elle est avec moi, ça me suffit. Depuis le temps que je rêve de sortir avec ma fille comme n’importe quelle mère… — Évidemment… personne ne semble s’inquiéter. — Sauf toi. — J’ai invité Simon ce soir. Il a été très pris ces derniers temps, il lui manques. — Tu as très bien fait… Lisa sera là ? — Non, elle a un rhume. — Va rejoindre Diana, elle va attendre." Le comte part à regret. Sa femme allait sûrement enlever sa robe, et il ne pourrait pas en profiter. Il rejoint sa fille dans le bureau attenant au sien. "Alors… qu’ai-je à faire ? — Contacter les noms qui sont sur cette liste. Et votre arnaqueur, là ? — Oui ? — Il me renvoie des messages. Quand est-ce que vous le coincez ? — Très bientôt. — Il faut aussi vous occuper du recrutement d’un nouveau directeur pour l’Hôtel du Nord. L’actuel va prendre sa retraite. Je vous ai préparé un dossier avec les premières candidatures. L’un d’eux se démarque, j’ai mis un post-it. — Parfait." Il observe sa moue boudeuse, ses yeux noisette, en souriant légèrement. C’est vrai que s’il avait eu une fille naturellement avec Catherine… elle aurait pu lui ressembler. "Quoi ? Arrêtez de me regarder ! Allez ! Au travail ! Ouste !" Elle le chasse d’un geste de la main. " À vos ordres, mademoiselle…" Il s’installe dans son bureau, lit attentivement les CV. Celui recommandé par Diana est effectivement excellent. Il lui envoie un mail pour convenir d’un rendez-vous, en s’appuyant sur l’agenda transmis par son assistante. Il a presque fini lorsque sa protégée entre sans frapper. Il n’y prête pas attention : Diana, Jeff et Catherine sont les seuls à pouvoir entrer ainsi. Par chance, certains recoins ont échappé à son regard de fouine. Elle se penche par-dessus son épaule. " Je vous préviens, je ne ferai pas l’entretien toute seule. — Je serai là. — C’est vous qui avez le dossier sur les chambres d’hôtes en Bourgogne ? Je ne le trouve pas. — Peut-être… regarde sur l’étagère derrière." Elle l’embrasse sur la joue. "Je ne comptais pas vous demander la permission. — Oui, je m’en doute, mon ange…" Diana fredonne en cherchant le dossier, puis finit par trouver ce qu’elle cherche. Victor n’était pas du genre à noter bêtement ses codes, mais à les dissimuler habilement. Et elle venait d’en découvrir un. Maintenant, il lui fallait la clé. " Tu trouves, mon ange ? — Non… — Tu es sûre que tu ne l’as pas ?" Elle soupire. "En fait, je n’en sais rien… J’ai l’impression d’oublier beaucoup de choses en ce moment. Ce n’est pas ma bonne période. — Je vois… tu as mal ? — Un peu…" Elle s’assoit dans un fauteuil, envoie un message à Charles, puis fait la moue. " Je suis surtout fatiguée… Je peux fermer les yeux cinq minutes ? — Bien sûr. — Vous me réveillez dans dix minutes ? — Dès que j’ai fini." Comme elle l’avait prévu, Victor ne la réveille pas. Bien au contraire. Elle l’entend se lever, sent sa veste se poser sur elle. Vingt minutes plus tard, Jeff entre. " Maître Verniers veut vous voir." La voix de l’avocat retentit. " Et c’est urgent ! — Il peut entrer. Merci… Bonsoir, Charly. — Bonsoir, Victor. Tu as du temps à m’accorder ? — Parle moins fort. — Oh…" Il sourit tendrement. "Je n’avais pas vu Roussy… C’est au sujet d’Albert. — Chut ! — Elle dort… elle n’entendra rien. — Allons dans le couloir." Ils sortent. Victor fait signe à Jeff d’écouter. " Tu as du nouveau ? — Comme tu le sais, je ne peux pas te dire si l’agence te devance, mais j’ai appris par un ami qu’un notaire passait régulièrement pour proposer ses services. — Du genre ? — Aider pour les testaments. Albert t’a-t-il transmis celui de son père ? — Pas encore…" Un bruit sourd, suivi d’un cri étouffé, les interrompt. Ils se précipitent dans le bureau. Victor s’apprête à hurler, persuadé que Diana fouinait… Mais Charles se précipite vers sa demi-sœur, qui gémit, les larmes aux yeux. " J’ai… j’ai fait un rêve bizarre… J’ai voulu me lever, mais je me suis emmêlée les pieds… et je suis tombée… — Tu t’es fait mal, Roussy ? — Je ne sais pas…" Elle essuie une larme, puis adresse un regard de chien battu à son père adoptif. " J’ai fait tomber le livre qui coûte cher en voulant me rattraper…" Il le ramasse. " Ce n’est qu’un livre, trésor. — Ce n’est pas juste un livre ! J’aurais pu l’abîmer ! — Il n’a rien… De quoi as-tu rêvé ? — De rien… c’était stupide…" Elle grimace en piétinant. " J’ai un peu mal à la main. — Jeff va regarder. Va l’examiner dans son bureau." Dès qu’ils passent la porte, Victor vérifie discrètement l’ancien livre. La clé est toujours là. Charles fronce les sourcils. " Qu’est-ce que tu fabriques ? — Merde… elle est là. — Qui ? — Ma clé. Celle du coffre où je range les dossiers des affaires en cours. Celui d’Albert est dedans. — Oh non… — J’ai cru qu’elle faisait semblant de dormir. — Mais la clé est là… et personne ne sait qu’elle est cachée ici. Je vais quand même changer de cachette. Ferme les yeux. — Sérieusement ?" Dans la pièce voisine, Jeff examine le poignet de Diana. " Vous avez mal ? — Je ne sais pas… — Vous avez eu de la chance de ne pas tomber sur la table basse. Vous deviez être très fatiguée pour vous endormir si vite. — J’ai des enfants… vous devez savoir ce que c’est. Les cauchemars, les dents, les coliques… Et je suis indisposée. Alors je dors mal, à cause de rêves stupides. — Vous rêvez d’eux ?" Elle mord sa lèvre. " Des fois… — Et tout à l’heure ? — J’ai rêvé que j’avais oublié Liam… que j’étais en retard. Vous me soupçonnez, n’est-ce pas ?" Il sourit. "je sais que mademoiselle est du genre maladroite." Ils se fixent un instant. Diana se demande si elle doit détourner son attention. L’embrasser ? Trop évident. Il trouverait ça suspect. Elle se contente de bouder. "Je sais que j’ai fait des choses stupides… mais là, ce n’était pas ce genre de stupidité. Je suis juste fatiguée. Je ne fais jamais de sieste à cette heure-ci. — Avez-vous consulté ? — J’ai eu tout un tas d’examens. C’est normal, dans mon cas… Je vis mal cette période." Victor et Charles reviennent. " Roussy, tu n’as rien ? — Non. — Parfait. Parce que je dois y aller. — Oh… tu ne restes pas ? — Non. Je devais juste parler à Victor. Je vois Alexis ce soir." Il l’embrasse et s’en va, pressé. Diana soupire, les larmes aux yeux. " Je suis triste… et je ne sais même pas pourquoi. Enfin si… je sais." Victor lui sourit doucement. " J’ai de quoi te remonter le moral. Viens… ". Elle le suis jusqu'au salon, où ses enfants crient de joie.. et elle comprend pourquoi..: " Simon ?! Elle lui saute dans les bras. — Salut, chaton. — Tu m’as manqué !! Le commissaire chuchote à son garde du corps : — Elle n’a pas pris la clé… Tu en penses quoi ? — Qu’elle est maladroite, monsieur. Et un peu à fleur de peau… sûrement à cause de son indisposition. — Ou à cause de leurs morts… — Elle m’a dit rêver d’eux parfois, mais ça n’a pas l’air d’être le problème. Je crois qu’elle se met beaucoup de pression pour son association. — Hum… j’ai changé la cachette, au cas où… Il le regarde quelques secondes. — Jeff… je sais qu’elle a de jolis yeux… — Les vôtres sont plus beaux, monsieur. Le comte sourit. Jeff ne prendrait jamais le risque de couvrir Diana… enfin… peut-être une ou deux fois. Il chasse ses pensées. Sa protégée a retrouvé le sourire. " Tu n’es jamais là quand je passe au poste ! — J’étais sur des interpellations… et puis la morveuse m’avait refilé sa grippe. — Tu pouvais au moins répondre à mes messages ! — Je pensais que William te donnait de mes nouvelles." Il la serre dans ses bras et la chatouille. " T’inquiète pas, chaton. Tu vas l’avoir, ta dose quotidienne de taquineries." Elle rit et crie à la fois. La soirée se passe à merveille. Le lieutenant tente d’apprendre quelques bêtises à Liam, mais le garçon sermonne son oncle. Plus tard, Catherine lit une histoire à son petit-fils pendant que Victor joue aux échecs avec William et Angelina, qui aimerait beaucoup grignoter les pièces. Diana en profite pour interroger son demi-frère, blotti contre elle sur le canapé. " Dis… c’est vrai qu’il y a un type soupçonné de trafic de drogue ? Lisa m’a dit qu’un de ses bénéficiaires était suspecté. — Pourquoi elle t’en a parlé ? — Elle voulait savoir si j’avais déjà eu ce genre de cas. — Et ? — Non. Mes bénéficiaires étaient tous blancs comme neige… Alors, c’est vrai ou pas ? — L’enquête est en cours. — T’es pas drôle. Tu ne me parles jamais de tes enquêtes… avant, tu le faisais. — C’était avant que tu décides de te concentrer sur ton asso. Et tu sais bien que Will et ton père ne veulent plus que tu te mêles des affaires. — Oui, mais c’est juste par curiosité… J’aimais bien quand tu me racontais. — C’est plutôt moi qui vais t’interroger. T’es sûre que tu ne connaissais pas ce gars-là ? — Non, il n’était pas encore là quand je travaillais. Il paraît qu’il n’est pas mal… — Mouais… et tu connais une ex-collègue ? Marie ? — De nom. Je ne l’ai jamais rencontrée, comme beaucoup d’autres. Pourquoi ? — Son nom ressort plusieurs fois dans des affaires avec des personnes âgées. Le chef pourrait trouver ça louche. — Parce qu’il pourrait croire qu’elle est impliquée ? — Exactement. — Ce ne serait pas la première qu’il accuse à tort… — Il t’avait passé les menottes. — Et j’ai failli mourir, d’ailleurs. — S’il ne l’avait pas fait, tu serais morte. Tu aurais convulsé dans ta voiture. — Oui enfin… il ne m’a pas sauvée la vie non plus, faut pas exagérer. — Un peu quand même…" Le commissaire se lève. Match nul. Malgré les tentatives de distraction d’Angelina, son demi-frère a été assez malin pour ne pas se laisser piéger. Il s’approche du lieutenant. "Je peux te parler ? D’une affaire… ce ne sera pas long." Diana grimace. " Oh non… j’étais bien, moi… — Moi, je commençais à avoir des fourmis dans la jambe. Pousse-toi, chaton." Il se lève pour suivre le commissaire. Diana fronce les sourcils, intriguée. William l’enlace avant qu’elle ne passe la porte. " Darling… comme par hasard, il emmène Simon parler d’une affaire, sans son capitaine. — Oh… — Viens plutôt coucher les enfants avec moi. Ça te fera un alibi." Dans le bureau, Victor colle l’oreille à la porte. Simon se sert un verre. "Bon… vous voulez me parler de quoi ? — Chut… j’essaie de voir si ta sœur va venir espionner ! — Oh merde… toujours parano ? Ne me dites pas que je suis là juste pour ça… — Je suis sûr qu’elle va venir écouter ! Elle fouine encore, j’en suis sûr !" Garrel soupire et s’assoit. Victor parle volontairement à voix haute. " Je veux te parler du meurtre. Celui du père de mon ami. — Je ne suis pas sourd, hein…" Victor se baisse pour regarder par le judas. Au même moment, le couple monte l’escalier, les enfants endormis dans les bras. Angelina laisse tomber son doudou. " Oups… attends, Will…" Dans le judas, Victor ne voit pas Angelina, seulement Diana qui approche. " Je le savais ! "murmure-t-il. Il ouvre brusquement la porte. " JE T’Y PRENDS, FOUINEUSE !!" Diana sursaute. Angelina se réveille en pleurant. " Mais ça va pas ?! Qu’est-ce qui vous prend de hurler comme ça ?! C’est rien, Angy…" William secoue la tête. " C’est malin… on allait pouvoir profiter. Pour une fois qu’elle s’endort tôt…" Derrière Victor, Simon rit. " Celui qui réveille, c’est celui qui rendort, chef." Diana acquiesce. "Vous mériteriez que je vous la laisse ! Heureusement que Liam dort encore !" Victor baisse la tête. "Je suis désolé… j’ai cru que tu venais nous espionner." Elle le fusille du regard. " Viens, chérie. Laissons papy avec sa paranoïa !" Dans la chambre, Angelina se rendort rapidement. Diana embrasse son compagnon. "Merci. — Je t’en prie. — Je dois vraiment être plus méfiante… la caméra avec Jeff, le livre qui me tombe sur le pied… je ne pensais pas qu’il était si lourd. — Une chance qu’il t’adore. — Mouais… mais la prochaine fois, je suis sûre qu’il balancera. J’ai eu le bénéfice du doute parce que j’ai pleuré. — C’est normal de faire des gaffes au début. Tu apprendras sur le terrain. — Sur le terrain, il y a Victor… c’est stressant. Même si ça me provoque une certaine… jouissance de le mener en bateau. — Tu m’étonnes… et cette jouissance, c’est plus ou moins qu’avec moi ? — Ça dépend…" Elle sourit, mordille ses lèvres, puis ressort. Elle frappe au bureau de Victor. " Je suis désolé… — Mouais. Écoutez, commissaire. Je sais que c’est très dur pour vous d’imaginer que je veuille désormais me concentrer sur ma petite association bobo-écolo-gauchiste… mais il va falloir vous y faire. Je ne vous espionne pas. Et je ne fouine pas. Alors arrêtez de me harceler. Sinon, j’en parle à mon avocat. — Message reçu, mon ange. — Vous pouvez me rendre mon frère maintenant ? J’ai besoin qu’il me papouille les cheveux. — Dans cinq minutes, promis. Simon dort ici, de toute façon. — Ouais. Pas question de retomber malade. Lisa garde ses microbes." Plus tard, Simon s’assoit entre William et Diana sur le canapé. "Pousse-toi, cap’taine. — Je vais me coucher. Je vous laisse entre frère et sœur. — Oh, quel dommage… j’aurais tellement adoré qu’on se fasse des câlins, toi et moi." William l’embrasse sur la joue. " Beurk… dégoûtant !"
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