Mon Amazonie, Jack KEGUENNE

571 Words
Mon AmazonieCorinne Hoex J’ai une belle Amazonie. Passant, viendras-tu l’explorer ? Mon crocodile est aux aguets, Mais ma rivière est bonne fille. J’ai une sauvage Amazonie, Toute à celui qui la vaincra, Celui qui s’y hasardera. Les yeux des crocodiles brillent. J’ai une vaste Amazonie Que les atlas ne connaissent pas. Mes crocodiles font peu de cas Des noms de la topographie. J’ai une furieuse Amazonie. Passant, ce soir, rêveras-tu Des singes bondissants et nus Dont tu seras la fantaisie ? J’ai une aimable Amazonie. Mes singes sont hospitaliers. Ils feront de toi leur invité. Tu goûteras leurs pitreries. J’ai une charmante Amazonie. Mes petits singes parfumés Te dédieront leurs privautés, Leurs baisers, leurs tendres lubies. J’ai une charmeuse Amazonie. Sous les moiteurs des canopées Mes singes parfaitement dressés Travaillent dans la galanterie. J’ai une lascive Amazonie. Mes singes aux ongles assidus Te gratteront le cuir chevelu, Te convieront à leurs orgies. J’ai une exquise Amazonie. Mon ouistiti, mon tamarin, Mon sapajou, mon capucin Apprécient la camaraderie. J’ai une rieuse Amazonie. Mes saïmiris à longue queue, Mes douroucoulis aux grands yeux Te feront des taquineries. J’ai une gracieuse Amazonie. Mon singe hurleur, mon singe hibou, Mon alouate au pelage roux Sont friands de câlineries. J’ai une hautaine Amazonie Où mon perroquet silencieux Te fixe dans le blanc des yeux D’un froid regard qui te défie. J’ai une divine Amazonie Où s’affairent de grandes fourmis Qui vont en file contre l’oubli Et dont les pattes te titillent. J’ai une troublante Amazonie. Mon timide caméléon Sous le coup de ses émotions Te fera des polychromies. J’ai une très vieille Amazonie Aux grands iguanes épineux, Patriarches mystérieux. Leurs doigts griffus se recroquevillent. J’ai une fauve Amazonie. Mon doux jaguar capricieux Est d’un naturel généreux. Il viendra t’offrir ses chatteries. J’ai une grisante Amazonie. Mon tamanoir, mon fourmilier, De sa longue langue effilée Te fera des polissonneries. J’ai une espiègle Amazonie. Mon caïman facétieux Voudra te mordiller par jeu. Il est d’une gloutonnerie ! J’ai une patiente Amazonie Où mes araignées ténébreuses De leurs longs doigts lents de fileuses Tissent leurs blanches tapisseries. J’ai une puissante Amazonie. Ma grande mygale chasseuse A la morsure affectueuse. Tu seras sa confiserie. J’ai une méfiante Amazonie Où ma mygale aux mains velues Balance sa panse repue, Digérant avec jalousie. J’ai une inquiète Amazonie Où un serpent se tient blotti, Aiguisant son œil de rubis. Menaçante joaillerie. J’ai une frôleuse Amazonie. Mon anaconda amoureux Dans ses anneaux voluptueux T’embrassera avec frénésie. J’ai une vibrante Amazonie Où tournoient dans l’air parfumé Mes transparentes mouches dorées. La soie de leurs ailes scintille. J’ai une ardente Amazonie. Mes lucioles au vol capricieux Allument leurs élytres de feu, Te frôlent de leurs incendies. J’ai une fiévreuse Amazonie Toute brûlante de frissons De tremblements, d’excitations, D’énervements et de folies. J’ai une obscure Amazonie. Ma grande forêt ensorcelante Déplie ses fougères géantes Aux sombres racines enfouies. J’ai une rampante Amazonie Aux longs marais visqueux et noirs. Dans les reflets de leurs miroirs Se glissent de vertes anguilles. J’ai une vorace Amazonie Où mes piranhas carnassiers T’engageront à partager Leurs insatiables boulimies. J’ai une fluviale Amazonie. Mes bateaux aux coques rouillées Lourdement se laissent immerger, Descendent au fond de l’eau croupie. J’ai une tendre Amazonie Où mes marins aux mains calleuses Serrent, la nuit, de belles rêveuses, Des seins blancs de femmes endormies. J’ai une modeste Amazonie Pour ta mappemonde et ton atlas, Pour ton Larousse et ton Bordas. Une ravissante géographie. J’ai une immense Amazonie Où jamais je ne parviendrai. Mon grand crocodile immergé Surveille son hydrographie. J’ai une songeuse Amazonie. Mon lamantin aux yeux languides, Pénétré de pensées humides T’invite dans ses rêveries. J’ai une secrète Amazonie. Passant, viendras-tu t’y chauffer Ce soir quand dans l’hiver glacé Tu manqueras de compagnie ?
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