Cover-2

2088 Words
— Ton père t’a appelée ? me demande Erwan au bout d’un certain moment. — Non pourquoi ? — Hier, au boulot, il m’a dit qu’il allait t’appeler pour te prévenir que tu feras le repas de Noël avec eux… Oh non, pitié. Tout, mais pas ça ! Les voir tous réunis, le sourire aux lèvres, joyeux… très peu pour moi. Je n’ai pas du tout envie de faire bonne figure devant cette famille qui n’a rien à voir avec moi, encore moins en me sentant la mauvaise graine de chez eux. — Tu crois qu’y a moyen que j’esquive ? — C’est mort, tu peux oublier direct. Il viendra te chercher. — Fait chier, j’ai pas envie d’y aller et encore moins si t’es pas là. Il me sourit doucement en haussant les épaules. Il n’a jamais rien dit sur le fait que mon père cache son existence, je ne sais même pas s’il le prend mal et je n’ose pas lui poser la question. Peut-être sa réponse qui me fait peur… — T’as appelé le docteur ? me demande-t-il pour changer de sujet. — Pourquoi ? — T’es malade… — Pff tu parles. Pour entendre que c’est la gastro et qu’il me refile son smecta, non merci. Ça va passer, dès demain ça ira mieux. Il ne m’a pas répondu, replongé dans l’émission il ne me calculé plus. Je le regarde en pensant que j’ai une chance pas possible d’être là. Qui peut se vanter à quatorze ans de vivre sous le même toit que son petit copain, sans ses parents, loin des règles de vie. On mange à l’heure qu’on veut, on se couche à l’heure qu’on veut et si Erwan pouvait lire dans mes pensées, il ajouterait très crument « on b***e quand on veut : ». Sur ce point, il est insatiable. Si moi je peux m’en passer plusieurs jours de suite, lui ce n’est pas son cas ! Tous les jours, matin, midi et soir… ce serait du non-stop si j’écoutais ses pulsions ! Bon déjà pour aujourd’hui, il peut oublier toutes tentatives de câlins, je ne suis pas en état ! C’est en fin de matinée, quand Erwan est parti en cuisine pour se préparer un déjeuner que mon portable a sonné affichant le nom de « papa ». — Allô ? — C’est papa, comment ça va ? J’ai le choix, lui dire que ça va et on passe à autre chose ou lui dire que j’ai choppé une gastro et on passe quand même à autre chose. Parce que clairement, je sais qu’il n’en a rien à faire que je sois malade, je ne suis pas à l’article de la mort. — Ça va et toi ? — Oui. Erwan t’a dit pour Noël ? — Oui ce matin… d’ailleurs je suis obligée de venir ? — Tu ne vas pas commencer Alana ? — Non, mais c’est que j’ai pas super envie de rester des heures à table… J’allais quand même pas lui dire que je ne supporte pas sa nouvelle famille trop parfaite ? Même si c’est quand même tentant ! — Je viendrais te chercher juste avant qu’on commence l’apéritif. — Mais, je pourrai rentrer dormir ici ? Je croise tout pour qu’il me dise oui, je ne supporterais pas de dormir dans mon cagibi ! — Je te ramènerais après le repas. Nous coupons rapidement la communication. Pas que je n’aime pas mon père, mais nous n’avons plus rien à nous dire depuis le décès de maman. Je sais qu’il en a souffert, mais lui, semble avoir tourné la page, moi toujours pas même si grâce à Erwan, je ressors la tête de l’eau… Nous passons le reste de la journée à glander dans le canapé. Enfin c’est Erwan qui reste dans le canapé, moi je jongle entre la position allongée et celle accroupie devant les toilettes à vomir le peu que j’ai dans le ventre. Le lendemain, je me sens fatiguée, mais affamée. Je vais beaucoup mieux ! J’évite quand même de manger trop lourd, mais rien ne repart. — Je t’avais dit que ça irait mieux. La gastro, ça dure une journée ! — Hum… — Qu’est-ce qui a ? — Rien… Clairement, il a quelque chose. Je le connais, d’habitude il me répond avec une phrase complète, là j’ai droit à un mot seulement. Je vais à côté de lui, devant la fenêtre, pour le prendre dans mes bras et lui demander ce qui le travail. Un long silence me répond avant qu’il n’ouvre la bouche. — À Noël, je vais être tout seul. Sympa… — Je sais, je suis désolée…j’ai demandé à mon père si j’étais obligée d’y aller, apparemment j’ai pas le choix. Mais je rentre juste après manger, j’ai pas envie de rester avec eux. — T’as pas dû être si convaincante que ça pour qu’il te dise que tu dois y aller. Sa remarque me fait mal. Il doute de ma sincérité ? Pourtant je veux vraiment rester avec lui ! — Tu sais que j’aime plus cette fête depuis ma mère, ne crois pas que je suis contente d’y aller. — Ben ouais, t’aurais encore ta mère t’en aurais rien à foutre de moi ! Houla, la journée commence mal. Je déteste parler de maman, il le sait et évite, en général, ce sujet. Sauf aujourd’hui. — N’importe quoi ! C’est pas parce que ma mère n’est plus là que je t’aime ! Ses yeux me lancent des éclairs quand il se tourne vers moi. Je ne détourne pas le regard pour autant, je veux qu’il comprenne que je ne lui mens pas, je l’aime, quelle que soit la situation. — Crois-moi… Il ne me répond pas et part dans notre chambre. Je suis blessée, j’ai envie de le rejoindre pour qu’il comprenne que je ne dis pas cela en l’air, mais je m’assois sur le canapé le temps qu’il se calme. Je préfère taire le fait qu’il m’a vexée, remettre de l’huile sur le feu n’est jamais bon je ne veux plus qu’on reparle de ça. Il lui aura fallu plus d’une heure pour qu’il daigne enfin sortir de la chambre. Je n’ose pas bouger du canapé, ne sachant comment réagir. Je le regarde discrètement aller dans la cuisine pour revenir dans le salon, une bière à la main. — On va manger chez ma mère tout à l’heure. — Oh heu…OK. Je ne savais pas qu’on devait y aller… — Tu vas profiter de ta famille à Noël, donc moi je veux profiter de la mienne. Si tu veux pas venir reste là, je m’en fous. Je crois qu’il n’est pas calmé. Les larmes me montent aux yeux, je me lève avant qu’il ne s’en aperçoive et vais dans notre chambre à mon tour pour me préparer. La soirée est calme, enfin pour moi. Erwan profite de ses frères et sa mère. Ils rient, chantent, boivent… je n’aime pas l’alcool et refuse chaque verre qu’ils me proposent. Je préfère aller fumer une cigarette dehors, prendre l’air et avoir un peu de calme, mais c’est Erwan qui les a dans sa poche. — Tu peux me donner les clopes s’il te plait ? je lui demande en me penchant vers lui. — Pourquoi faire ? — Je vais aller prendre l’air devant en allant en fumer une… — T’as qui qui t’attend dehors pour que tu veuilles sortir ? — Quoi ? Mais personne ! Je suis un peu fatiguée et j’aimerais prendre l’air ! — Tu vas voir un autre mec ? L’alcool lui monte à la tête c’est pas possible ! Je n’ai personne d’autre et jamais je n’ai laissé supposer que j’aimerais être avec un autre homme ! Je me réinstalle sur ma chaise sans rien dire. Mon beau-frère me tend son paquet pour que je puisse en prendre une que je refuse. Je n’ose pas sortir pour aller la fumer. Il insiste en allumant la sienne dans le salon. — Tu fumes dedans ? — Ouais t’inquiètes personne te dira rien. Je prends une cigarette dans son paquet qu’il tend toujours devant moi en le remerciant. Erwan me regarde rapidement avant de reporter son intention sur sa mère. C’est lui le premier à m’avoir fait goûter à cette drogue. Au début que nous étions ensemble, il ne voulait pas rester seul le temps de s’en griller une, je le suivais. Il m’a proposé de tester, la première fois j’ai refusé, mais quand il m’a fait remarquer qu’effectivement, j’étais trop jeune pour ça, je n’ai pas hésité à lui prendre des mains pour fumer à mon tour. À chaque fois qu’il sortait, j’allais avec lui et lui prenais sa fin de cigarette. Au début je pouvais m’en passer, je n’étais pas accro, maintenant ce n’est plus le cas. Les heures passent, il est presque minuit quand Erwan décide qu’il est l’heure de rentrer. Enfin ! Je n’en peux plus, je suis fatiguée, j’ai mal à la tête et voyant le taux d’alcoolémie qu’il a, la route à pied va être longue ! Nous arrivons presque une heure plus tard à l’appartement. Première fois que nous mettons autant de temps. Il se retenait à mes épaules, posant tout son poids sur moi ce qui nous a pas mal ralentis. Il part directement dans la chambre pour ce coucher. Je prends le temps de fermer la porte et les volets avant de le rejoindre. Peine perdue, il s’est endormi sans même enlever au moins ses chaussures, en travers de notre lit. Je referme la porte doucement derrière moi pour retourner au salon, je vais dormir dans le canapé. À son réveil vers midi le lendemain, il se plaint de mal de tête. — En même temps hier tu as pas mal bu… — Et alors ? — Alors rien… je te dis juste que c’est pas étonnant que tu aies mal à la tête. — Vas-y laisse tomber ! En fait, le lit est plus assez bien pour toi ? — Ah si, mais c’est juste que tu t’es endormi de travers, je pouvais pas venir me coucher. — C’est vrai que c’est dur de me décaler ! Laisse tomber, t’es bien dans le canapé, restes-y ! Les larmes me montent aux yeux quand il part dans la salle de bain chercher une aspirine. Il lui arrive quoi en ce moment ? Il ne me parle jamais comme ça ! Chacun reste dans son coin, sans s’adresser un mot de toute la journée. Ce n’est que le soir au moment du repas qu’Erwan me rapporte une assiette et s’installe à côté de moi. — Je suis désolé. J’étais de mauvaise humeur et c’est toi qui as pris. — Laisse, j’ai pas envie d’en parler… Merci pour l’assiette, lui réponds-je en commençant mon repas. — C’est pas grand-chose, fallait bien que je commence à me faire pardonner. Je ne réponds pas et continue mon repas. Pas que je n’ai rien à lui dire, mais je n’ai pas envie de réveiller encore ses foudres. Je préfère me retenir d’ouvrir la bouche. — Dépêche-toi de manger, j’aimerais continuer à me faire pardonner, mais dans la chambre. — J’aurais bien aimé regarder le film qui passe ce soir… Je lui en veux encore de ce qu’il a dit et fait, je ne vais pas céder si facilement ! — On ira dans la chambre après le film ! Je suis désolé, j’aurais pas dû boire autant ni te parler comme ça. Je recommencerai plus… Chapitre 2 Je suis assise à table, avec ces gens que je ne considère pas comme des proches et encore moins comme ma famille. Ils rient, se sourient, plaisantent entre eux pendant que je ne rêve que d’une chose…rentrer auprès d’Erwan. Quand papa est venu me chercher tout à l’heure, Erwan lui a appris que j’avais était malade peu de temps avant, que si je ne mangeais rien il ne fallait pas s’en étonner. Je suis une grosse gourmande, mais clairement là, je n’ai pas du tout envie de manger. Je sors discrètement mon téléphone sous la table pour voir si Erwan ne m’aurait pas envoyé un message, il n’est pas là physiquement, mais grâce à cette merveille de la technologie, il peut rester près de moi. Rien… je me décale pour le remettre dans ma poche arrière quand Camille me remarque. — Alana, nous sommes à table. Merci de ne pas sortir ton téléphone. Je râle doucement : — Je le range, je ne le sors pas, en la regardant froidement. Va pas falloir qu’elle me cherche de trop elle. Je n’ai pas oublié qu’à cause d’elle, j’ai été obligée de partir loin de mon père. Je vis avec Erwan et j’en suis heureuse, mais je ne pensais pas être séparée de mon père si tôt. Enfin mon père… plutôt cet homme que je ne reconnais pas. Je le regarde manger et plaisanter avec son beau-père, je ne serais pas là, il ne s’en apercevrait même pas. Pas un mot, un regard, un sourire pour moi… Le repas est bon, mais je grignote, je veux partir vite d’ici. Je ne les supporte plus. Il n’y a que la bûche qui me donne envie, je n’ai jamais résisté au chocolat. — Je savais bien que le chocolat, ça passerait tout seul, plaisante papa en me regardant. Je lui souris avant de plonger ma cuillère dans l’assiette et déguster ce délice. Je vois Camille se lever de table pour aller à côté du sapin et nous demander de venir nous installer dans le salon. Je me dépêche de finir mon dessert avant d’aller m’asseoir dans le canapé. Je n’ai même pas fait de cadeaux, après tout, ils s’en fichent de moi, je ne vois pas pourquoi je devrais faire des efforts ! Mais je culpabilise quand même de ne pas avoir pensé à amener un petit quelque chose… La fille de Camille, Capucine, est remplie de cadeaux entre ses grands-parents, sa mère accompagnée de mon père, sa sœur… quand vient mon tour, je rêve à tout ce que je vais pouvoir faire avec mes cadeaux ! Un petit paquet emballé est tendu dans ma direction, je le prends doucement. Voyant la taille du paquet, ce doit être un nouveau portable. J’espère juste qu’ils ne m’ont pas pris le même que Capucine, pas que je ne serais pas contente d’avoir un nouveau portable, mais je n’aime pas trop ce modèle. Je déchire le papier, pressée de découvrir mon nouveau jouet ! Je lâche sur mes genoux ce qui m’a était offert.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD