Chapitre 3

2366 Words
Chapitre 3 Stephen et Claire avaient convenu que la jeune femme emménagerait le samedi suivant. Le jeune homme fut surpris de voir que sa colocataire n'avait pas beaucoup de cartons. Seulement deux avec des livres, des albums photo puis deux ou trois valises remplies à ras bord de vêtements. Elle n'avait pas de bien matériel, à proprement parler. Malgré cela, elle semblait épanouie. — Qu'est-ce qui vous rend aussi joyeuse ? Stephen posa cette question sur un ton assez tendre. Il voulait mettre la jeune femme à l'aise. Il faut dire que le sourire de Claire s'étendait jusqu’aux oreilles. — Je suis contente tout simplement. Je suis loin de tout le monde, loin de tout. Et je suis ravie de la chance que vous m'offrez. Je tiens une nouvelle fois à vous remercier. Si je n'avais pas trouvé votre annonce à temps, je serais peut-être toujours recroquevillée au fond de mon lit, chez mes parents. — Mais cessez de me remercier ! la supplia Stephen, en se mettant à rire. Vous êtes une vraie bouffée d'air frais. C'est un réel plaisir de vous avoir entre ces murs. Rarement, Stephen ne s'était senti aussi proche d'une femme. La dernière fois, il avait lamentablement échoué. Il avait été incapable de retenir Mary. Cette femme avait représenté son avenir, son envie de fonder une famille. Mais, en quelques jours, tout s’était dégradé. Il avait trouvé une simple lettre sur le buffet de la salle à manger : « Stephen, J'espère que tu réussiras à me pardonner. Je me suis enfin mise d'accord avec moi-même. Je pars. La vie avec toi n'est pas facile. C'est même tout le contraire. Tu n'es presque jamais là. Je n'arrive pas à oublier que ma famille est au loin. Je sais que tu n'es pas la cause de ton absence, mais ton travail est beaucoup trop prenant. Il nous éloigne sans que l'on ne puisse rien y faire... Adieu » Mary était repartie en Irlande le soir même. Stephen avait décidé de ne pas la retenir et il avait tout quitté pour venir s’installer en France. Maintenant, avec Claire pour partager son logement, il savait qu’il allait reprendre goût à la vie. « The show must go on », était sa devise favorite. — Je ne peux m'empêcher de vous gratifier. J'ai comme l'impression d'être dans un rêve éveillé, lui confia la jeune femme. — Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas grave. Que diriez-vous si l’on finissait de ranger le peu de cartons que vous possédez ? — C’est gentil, mais je vais me débrouiller seule. Ce n’est pas à vous de faire ça ! — Vous êtes certaine ? Ça ne me dérange pas de vous aider à ranger vos petites culottes ! Le sourire de Stephen fut éloquent, au point que Claire décida de rentrer dans son jeu, à sa plus grande surprise. D’habitude, ce n’était pas son genre. — Monsieur, serait-il fétichiste ? — Je n’y peux rien. Les petites culottes sont mon péché mignon. Claire n'en revenait pas. Stephen lui faisait du rentre-dedans sans même sourciller. Ça paraissait tellement naturel pour lui. Elle s’était juré de ne pas s'attacher à un nouvel homme. Même si elle était remise de sa relation avec Pierre, elle voulait prendre son temps sans s’amouracher à la première occasion. Elle devait avouer que si le jeune homme continuait à lui faire de pareilles allusions, elle ne pourrait pas résister bien longtemps. Pire, elle ne répondrait plus de rien. Se sentant toute chose en sa présence, ça n’arrangerait pas les choses. Une heure plus tard, toutes les affaires de Claire furent rangées. Elle avait réussi à faire en sorte que sa chambre lui ressemblait : girly sans bling-bling. Elle savait qu’elle s’y sentirait bien. Alors que la jeune femme rêvassait, allongée sur son lit, son téléphone sonna, ce qui la fit sortir de sa torpeur. Il s’agissait d’un numéro masqué. D’ordinaire, elle n’aimait pas répondre, mais en cet instant précis, elle n’hésita pas une seconde. — Allô ? — Bonjour. Excusez-moi de vous déranger ! Vous êtes bien Claire Ellistar ? — Oui, c'est bien moi ! Bonjour. Que puis-je pour vous ? — Je suis Stanislas Bouvier, le gérant de la librairie « Le libre air », qui se situe sur l'avenue Willy Brandt. Je me permets de vous contacter, car j'ai reçu votre lettre de motivation ainsi que votre CV, cette semaine. J'aurais voulu savoir s'il était possible que nous fixions un rendez-vous afin que nous nous rencontrions pour parler du poste ? — Oui bien sûr, je suis disponible quand vous le souhaitez. Intérieurement, Claire était euphorique, au bord de l'explosion de joie. Elle ne devait pas crier victoire trop vite, mais c’était plus fort qu’elle. La roue tournait plus vite que prévu, pour son plus grand bonheur. Stanislas Bouvier lui donna rendez-vous pour le lendemain matin, aux alentours de dix heures. Claire le remercia vivement. Il lui offrait la chance de travailler et de faire ce qu’elle aimait le plus. Elle entama une danse de la joie, puis reprit rapidement ses esprits. Instinctivement, elle pensa que si Stephen pénétrait dans la pièce et la voyait tournoyer ainsi, il la trouverait sûrement un peu folle. Si cet entretien d'embauche était positif, en l'espace de quelques semaines, elle aurait trouvé un appartement et un travail. C’était le meilleur moyen de faire un pied de nez à toutes les personnes qui n’avaient pas osé croire en elle. Décidément, tout s’annonçait bien. Elle en était convaincue. Le lendemain matin, le stress monta pour Claire. Elle avait mal dormi, pensant aux différentes questions que pourrait lui posait Stanislas Bouvier. Elle savait qu’elle ne pouvait pas laisser passer la chance qui s’offrait à elle. Elle voulait décrocher ce poste, coûte que coûte. En quelque sorte, il en allait de sa survie, mais aussi du fait que cela lui permettrait de rester vivre avec Stephen. Elle savait que sans travail, cela deviendrait problématique. Elle doutait que le jeune homme lui offre l'hospitalité sans aucune compensation. Afin de se rendre le plus présentable possible, Claire avait passé beaucoup de temps dans la salle de bains. Bien plus qu'elle n'en avait l'habitude. Elle avait choisi de beaux vêtements dans sa garde-robe : un pantalon à pans noirs et une chemise blanche assez élégante. Par dessus, elle portait une veste noire dans le style blazer. Ses cheveux étaient remontés en un chignon. Claire ne savait pas comment les coiffer. C’était l’option idéale pour l’entretien. La librairie se trouvait dans une rue assez passante. La plupart des piétons avaient la tête baissée vers leur smartphone et ne regardaient pas où ils mettaient les pieds. Il en était de même pour ceux qui se précipitaient sans regarder le monde qui les entourait. « Le libre air » était l'une des boutiques les plus réputées de la ville. Ouverte depuis deux ans, le propriétaire avait réussi à en faire un lieu de rencontre et de divertissement. En effet, de nombreux auteurs venaient y faire des séances de dédicaces, des conférences… En faisant quelques recherches sur internet, Claire avait appris que le gérant était quelqu’un d’assez jeune. Il avait vingt-cinq ans, soit seulement quatre de plus qu’elle. Il avait réussi, et ce malgré l’essor des livres électroniques : les e-books. Alors qu'elle faisait son entrée dans la librairie, la grandeur de l'établissement frappa Claire. Elle savait d’emblée qu’elle s’y plairait. Surtout pour y travailler. Tout ce que la jeune femme aimait dans une librairie se trouvait devant elle : un box avec les best-sellers du moment, au centre de la pièce. Sur la droite de Claire se trouvait un espace de lecture avec des fauteuils en cuir noir qui lui semblaient très confortables. Une odeur caractéristique de livres anciens aux pages jaunies était présente au sein de la librairie. Juste en face d'elle se trouvait en hauteur, également, une mezzanine. Afin de se présenter et de notifier sa présence, Claire se dirigea vers la caisse où se trouvait une employée, visiblement la seule dans l'établissement alors que de nombreux clients déambulaient dans la librairie. — Bonjour. Désolée de vous déranger. Je recherche Monsieur Bouvier, demanda Claire. — Qui le demande ? rétorqua sèchement la vendeuse. — Claire Ellistar ! Je suis là pour un entretien. — Oh, c'est vous la nouvelle vendeuse. Enchantée ! Je suis Chloé Marin. Désolée de vous avoir parlé sèchement. Mais, comme vous le voyez, je suis débordée. Si Stanislas ne prend pas une nouvelle vendeuse, je ne survivrai pas. — Ce n'est pas grave. Ne vous inquiétez pas. Je peux voir Monsieur Bouvier ? Il m'attendait pour dix heures. — Je suis désolée, mais il n'est pas là pour le moment. Il a dû partir pour une affaire urgente. Il ne devrait plus tarder, normalement. Vous n'avez qu'à visiter les lieux pour vous imprégner de l'ambiance et du travail à faire. Je vous préviendrai de son arrivée. — Parfait ! Merci. Tout naturellement, Claire se dirigea vers les livres qui l'intéressaient actuellement. Elle aimait approcher tous les styles de lecture en général, mais elle avait beaucoup de mal avec les b****s dessinées et les mangas. Elle en avait, tout de même, lu quelques-uns quand elle était plus jeune. En parcourant les rayons, elle remarqua que tout était classé selon les catégories de romans : les polars et les thrillers, les romans érotiques et ceux de New Romance, enfin les fantasys et les dystopies. Elle avait également vu des livres sur le style steampunk. Elle n’en avait vu que très rarement, même si les auteurs de ce genre étaient de plus en plus appréciés. Claire fut appelée par Chloé au bout d’une trentaine de minutes. Elle n’avait pas vu le temps passer. Stanislas Bouvier venait d’arriver et ce dernier l'attendait appuyé au comptoir de caisse. Après l’avoir dûment accueillie, le gérant emmena Claire dans son bureau qui se trouvait sur la mezzanine. Pour y accéder, ils devaient emprunter l’escalier, qui était d’une grande beauté. Le garde-corps de la mezzanine était en verre et en bois pour l’habillage. Il en était de même pour la rampe de l’escalier. D’en haut, Claire avait une vue imprenable sur l’ensemble des rayons. Le bureau était une très belle pièce, dans l’esprit de la librairie : zen, convivial, harmonieux. — Je suis vraiment enchanté de vous rencontrer, Mademoiselle Ellistar, commença le gérant. — Moi de même, Monsieur Bouvier ! lui répondit furtivement Claire, bien trop stressée pour répliquer autre chose. — Ne restons pas debout. Asseyez-vous, je vous en prie. Je ne vais pas tourner autour du pot. Le fait que vous ayez une formation littéraire est un véritable atout et c’est le plus important, à mes yeux. Il me faut quelqu'un de compétent et qui s’y connaisse. Mais, ce qui m'embête est que vous n'ayez pas de réelle expérience. Je ne vais pas vous cacher que j'ai reçu énormément de candidatures. Votre CV et votre lettre de motivation sont sortis du lot. Je dois l'avouer. Tout le monde n'a pas réussi avec brio un DUT métiers du livre. Afin d’être sûr de faire le bon choix, Je vais vous poser une première question. — Je vous écoute ! — Si vous deviez travailler ici, quelles seraient les qualités que vous emploieriez pour inciter les clients à acheter un ouvrage plutôt qu'un autre selon leurs demandes ? — Avant de vous répondre, je tiens à vous remercier de la considération que vous avez portée à ma candidature. Place à ma réponse, maintenant. Selon ce que le client souhaite, je le dirigerais soit vers un auteur classique ou alors vers un auteur contemporain. Je me baserais également sur le style de lecture du client. Bien évidemment, il peut essayer de lire un autre style pour ne pas se cantonner au même genre, mais il faut qu'il aime changer ses habitudes. Les qualités principales à employer pour moi seraient : le contact, les connaissances littéraires et l'esprit commercial, ce qui est assez important pour faire tourner une librairie ou une boutique en général. — Pourquoi choisir ces qualités plutôt que d'autres ? Pourquoi pas le dynamisme ou la disponibilité par exemple ? — Pour moi, ce ne sont pas des qualités. Ce serait plutôt des attributs innés chez moi. Enfin, je ne veux pas être prétentieuse. Mais pour tout vous avouer, j'ai tellement rêvé de faire ce métier que je donnerais tout pour réussir. — C'est tout à votre honneur, Claire. Vous permettez que je vous appelle par votre prénom ? Claire ne pouvait qu’approuver. — Une dernière question : Quel est votre livre préféré et pourquoi il vous plaît tant ? — C'est une question assez complexe. J'aime beaucoup de livres avec des histoires tout aussi diverses les unes que les autres. Mais, mon auteur préféré est Honoré de Balzac. Il a écrit de très bons romans dont « Le père Goriot ». Ce qui m'a plu dans cette histoire est le décalage des personnages. Les filles de Jean-Joachim Goriot sont assez riches tandis que la pauvreté règne dans la pension Vauquer où leur père vit avec Eugène de Rastignac et Victorine Taillefer, jeune fille qui fut abandonnée par son père. L'unique lueur d'espoir dans ce roman est l'ambition de Rastignac. Il veut réussir dans une société dictée par la haine et le mensonge. La dernière phrase du roman énoncé par le jeune homme est assez significative surtout quand il dit « À nous deux maintenant ». Claire éprouvait une certaine fierté de pouvoir parler de ce roman qu'elle aimait tant. Elle ne pouvait discuter de ce livre avec personne dans son entourage. Ses parents ne comprenaient pas vraiment sa passion pour les livres. Stanislas Bouvier avait rapidement compris qu’il avait tiré le gros lot avec Claire. Depuis quelques mois, il envisageait de créer un cercle de lecteurs. Cela consisterait à mettre en place une réduction sur un livre chaque mois. Seules les personnes l’achetant pourraient participer à une assemblée où ils discuteraient du roman. Il ne savait pas à qui en donner la responsabilité. Maintenant, il avait trouvé. Il voulait que ce soit Claire qui le dirige dès qu'elle aurait fait ses preuves au sein de la librairie. Il lui annonça le projet qu’elle trouva très intéressant. Claire fut donc embauchée à temps complet et à durée indéterminée. C'était une grande surprise. Il était vrai que la boutique fonctionnait de mieux en mieux avec des ventes de plus en plus conséquentes chaque jour. Stanislas Bouvier savait qu'avec une telle vendeuse, le succès serait garanti. Elle s'y connaissait en livres et surtout en auteurs classiques. C'était un véritable atout. Claire commença le jour même sur la demande de Stanislas. Chloé avait besoin d’aide et fut ravie de la décision de son patron. Ce n’était pas facile pour elle de jongler entre les conseils et les encaissements. Pour commencer, Claire serait à la caisse, après une formation rapide donnée par Stanislas en personne. Il fallait qu'elle s'y habitue rapidement. Chloé lui promit que le lendemain, elle s'occuperait du conseil ainsi que du rangement. *** Depuis quelques jours, l’homme surveillait les lieux. Il avait appris dans la presse que le parking serait en travaux pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines. C’était donc, assurément, le bon lieu pour les affaires qu’il devait finir. Après avoir coupé le moteur de la voiture, il prit soin d'effacer les différentes empreintes qui subsistaient à l'intérieur du véhicule. Ainsi, il essuya le volant, l’habitacle et les sièges. Ensuite, il se dirigea vers le coffre et attrapa le sac de sport qui se trouvait à l'intérieur. C'était bien plus lourd que ça n'y paraissait. Il choisit le bon l’emplacement et vida le sac. Il disparut aussi vite qu'il était arrivé sur place.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD