Love you

4413 Words
William avait veillé sa belle. Trois nuits. Quatre jours. Attentif. En alerte. Scrutant. Observant, chaque respiration, chaque battement de coeur. Il lui avait humecté les lèvres pour éviter qu'elles ne sèchent. Caresser les cheveux. Embrasser chaque centimètres de peau libre. Entre le masque, les perfusions, la sonde.. Elle était presque invisible. Alex avait apporter une taie d'oreiller, sur laquelle Merlin avait dormit. Son coeur avait un peu reagit en sentant l'odeur famillere. Le medecin avait expliqué que dans un coma artificiel, le patient ne se reveille pas seule... mais qu'elle entendait et ressenter surement des choses. Son ami lui avait aussi apporter un sandwich, mais le jeune homme ne pouvait rien avaler. Son cousin était resté aussi. Puis, Il c'était proposé de rentrer chez la jeune fille, preparer de quoi dormir au cas ou ses parents débarqueraient. Voir son amie dans cet état, le rendait trop mal. Il mourrait d'envie de caresser ses cheveux lui aussi, mais n'osait pas la toucher de peur de la casser... elle était si pale, comme une de ses poupées en porcelaine que collectionne sa grand mere. Enfant, il en avait brisée une, sans faire expres. Il se souvenait encore du bruits et des morceaux eparpillés... William défait sa cravate . Toujours au chevet de sa belle. Il tourne la tête vers la porte et acceuille d'un signe de tête discret son supèrieur. Victor s’était figé près du lit. Il observait le visage immobile de la jeune femme, trop pâle, trop calme. Une respiration régulière, artificiellement rassurante. Il connaissait ce regard absent, cette frontière floue entre la vie et le reste. Trop de dossiers, trop de scènes similaires lui revinrent malgré lui. Elle n’était plus seulement une suspecte allongée sous ses yeux : elle devenait un poids inattendu sur sa conscience. Il détourne légèrement la tête, comme pour chasser cette pensée, mais une inquiétude sourde lui serrait la poitrine. Il n’aimait pas ça. Décidément, elle avait un don certain pour s’attirer des ennuis… Il n’avait pas prévu ce genre de complications. Tout cela allait ralentir l’enquête, déjà qu’il manquait cruellement d’hommes. Le commissaire soupire. " Lieutenant Blake, j’ai été compréhensif… mais je vous ordonne de revenir faire votre travail." Son officier ne l’entendait pas de cette oreille. " Je vous ai dit que je ne bougerai pas d’ici. — Je sais que vous êtes très affecté, mais vous n’êtes pas mariés. Vous ne pouvez pas manquer à votre devoir." William releve la tête, le regard dur. " Mon seul devoir est d’être auprès de ma compagne. Menacez-moi de me mettre à pied ou de me muter à la circulation, je m’en moque. Je ne bougerai pas d’ici. Si vous tenez absolument à ce que je travaille, vous n’avez qu’à m’apporter les dossiers." À cet instant, le brigadier-chef passe la tête par l’embrasure de la porte. " Je peux entrer ou je tombe mal ?" Un léger sourire du lieutenant lui indiqua qu’il valait mieux entrer. " Je voulais passer vous voir avant d’aller au poste… Comment elle va ? — Toujours pareil. Le docteur doit passer, il veut me parler des derniers résultats… — Hum… peut-être qu’ils seront encourageants." Alexis se penche et dépose un b****r sur le front de son amie. " Salut, Didi. Merlin va bien. Je lui ai acheté ses croquettes préférées…" Victor observait la scène en silence. Blake était d’ordinaire loyal, obéissant… mais aussi terriblement têtu. Bien sûr, il pourrait le mettre à pied ou le rétrograder. Mais à quoi bon ? Il n’en tirerait plus rien. Et surtout… Le commissaire pose à nouveau les yeux sur la jeune femme immobile. Il n’aimait pas l’admettre, mais la voir ainsi le touchait plus qu’il ne l’aurait cru. Il se force à garder son masque impassible, enfouissant cette inquiétude muette là où il rangeait d’habitude, ce qui n’avait pas sa place dans une enquête. " Bon… si le brigadier-chef vous apporte tout ce qu’il faut ici, vous serez capable de mener l’enquête ?" William releve les yeux. " Oui." On frappe doucement à la porte. Le médecin entre. " Bonjour. Je vois que vous êtes toujours là… J’ai les derniers résultats, et… je pense qu’ils vous concernent vous aussi. Je préfère vous en informer avant d’en parler à sa famille." William fronce les sourcils. "Il y a un problème ? C’est grave ? — Je préférerais vous en parler à l’écart." Les deux policiers quittent la chambre. Alexis en profite pour aller chercher un café, le cœur serré. Victor, lui, reste à distance, feignant une conversation téléphonique tout en tendant l’oreille. Dans le couloir, le médecin se racle la gorge. " Je suis désolé… mais l’embryon ne se développe plus." William sent le sol se dérober sous ses pieds. " L’embryon ?… Vous voulez dire que… elle était enceinte ? — Oui. Très récemment. Environ quatre semaines. — C’est impossible… Elle prend la pilule. Elle n’avait aucun symptôme. — À ce stade, c’est fréquent. Il n’y a parfois aucun signe évident. La fatigue, quelques nausées légères, des troubles alimentaires… cela peut passer inaperçu, surtout en période de stress. Lors de la prise de sang d’hier, nous avons détecté une hormone de grossesse. C’est la procédure, vous savez. Nous avons ensuite fait une échographie, mais il n’y avait pas d’activité cardiaque. J’ai préféré attendre confirmation avant de vous l’annoncer." William porte une main à son visage. " J’aurais dû le sentir… le deviner… — Elle-même ne le savait probablement pas. Son corps n’avait pas encore eu le temps de réagir pleinement. Pour éviter des complications, je vous recommande un curetage. Elle n’en souffrira pas et se remettra rapidement. Vous ne pourrez pas assister à l’intervention, mais je vous promets que vous a reverrez vite." William inspire profondément. " Je comprends… Faites ce qu’il faut." Il retourne dans la chambre. Se penchant vers Diana, il embrasse tendrement son front. " Sorry, Foxy… Ne t’inquiète pas. Ça va aller." Puis il quitte la pièce, le cœur en miettes. Victor fait mine de parler au téléphone. Alexis aperçut de loin l’air effondré de son cousin et le rejoignit à l’écart. " Qu’est-ce qui se passe ? — She was… elle était… — Elle était quoi ? — Pregnant. — Hein ?… Parle français. — Enceinte." Alexis blêmit. " Quoi ? Mais… elle prend la pilule, non ? — Oui… mais il suffit d’un oubli, ou d’un traitement qui la rend moins efficace… j’en sais rien. Elle était enceinte d’un mois. Et moi… je n’ai rien vu. Rien senti. — Granny non plus ? — Je ne pense pas. Elle n’y allait plus depuis quelques semaines. Elle remplaçait une collègue sur d’autres interventions… Elle était épuisée. — Sa boulimie, peut-être… Son corps réclamait plus, inconsciemment." William hoche la tête, la gorge nouée. "Comment je vais lui annoncer ça, quand elle se réveillera ?… Ils vont lui faire un curetage." Alexis l’attire contre lui sans un mot. William laisse enfin couler quelques larmes qu’il n’avait plus la force de retenir. " Tu devrais manger, boire un peu… Tu ne tiendras pas sinon. Et elle aura besoin de toi. — Tu as raison… Ses parents sont en route, apparemment. — Je vais retourner au poste. Je t’apporterai tout ce qu’il faut pour diriger l’enquête d’ici. Utilise tout ce que tu ressens, Will. Trouve celui qui est responsable de tout ça." Le commissaire les rejoint. " Le brigadier-chef a raison. D’ailleurs, nous avons de nouveaux éléments : les capsules de café et leur emballage ont été soigneusement nettoyés… à la javel." Victor marque une pause. " Quelqu’un a voulu effacer ses traces." Le lieutenant se force à écouter son supérieur, mais son esprit revenait sans cesse au bébé. Pour lui, il n’y avait jamais eu d’embryon. C’était déjà un enfant. Est-ce que Diana sentait ce qui venait de se passer ? Est-ce qu’elle le savait ? Est-ce qu’elle comptait lui dire ? Il hoche machinalement la tête quand Alexis lui annonce qu’il repartait au poste avec son père. Il suivit son conseil et se prépare un thé, qu’il trouve désespérément fade. Il appele sa grand-mère. Elle lui jure qu’elle n’était pas au courant — parfois, les dons se taisaient face à ceux qu’on aime. William reste dans la chambre, effondré dans le fauteuil, à attendre Diana. Il essaye de se raccrocher à l’enquête. Une vieille dame, du cyanure dans des capsules de café… un mode opératoire rare. Crime ciblé ou victime collatérale ? Avait-on voulu atteindre Diana aussi ? Il aurait besoin de son témoignage. Toujours elle. Encore elle. La fatigue eut raison de lui. Il somnolait quand la porte s’ouvrit. Une infirmière entra avec Diana, encore inconsciente, et rebrancha les perfusions. " Tout s’est bien passé. Pas de complications. — Vous savez… ce qui s’est passé pour la grossesse ?" demande-t-il, la voix basse. L’infirmière hésite. " Trop tôt pour l’affirmer. Elle a peut-être cessé avant l’intoxication. — D’accord… merci. — Vous devriez vous reposer. Elle est stable." Il hausse les épaules. Il reste. Quand l’infirmière sortit, William s’assit près d’elle. Sa main lui parut plus frêle encore. Il caresse doucement ses cheveux roux. " Je suis désolé… tu me manques tellement." Il s’occupe d’elle avec des gestes mécaniques, presque désespérés : shampoing sec, visage nettoyé avec précaution autour du masque. Prendre soin d’elle l’empêchait de penser. Ou du moins, il essayait. Alexis arrive avec des dossiers. " Comment elle va ? — Bien. — Je suis vraiment désolé, Will… — Ça va," répondit-il trop vite. "La seule chose qui compte, c’est qu’elle s’en sorte. — Ils vont la réveiller quand ? — Demain, si tout va bien." Alex pose les dossiers. " La famille de la victime ne porte pas plainte contre Diana. — Il faudrait vérifier s’il existe d’autres affaires similaires. — Tu penses à un tueur en série ? — Peut-être." Un silence. "Tu as mangé ? — Un thé. — Va chercher un café. Je reste avec elle." William hoche la tête. Il embrasse doucement Diana et quitte la chambre. Alex reste seul avec elle. Il lui remit une mèche derrière l’oreille, ajuste le masque, puis dépose un b****r sur son front. Elle était toujours aussi belle. Il se demande si elle savait, quelque part, ce qu’elle venait de perdre. William, dans le couloir, sentit les questions revenir en boucle. Travailler l’aiderait à tenir. Mais rien, pas même une enquête, ne suffirait à faire taire ce vide qui lui martelait la poitrine. Alexis se penchait pour déposer un nouveau b****r, chaste, sur le front de Diana quand une claque magistrale s’abattit sur sa nuque. " BAS LES PATTES DE MA FILLE ! Vous voulez la remettre enceinte ou quoi ?! — Aïe ! " s’étrangle Alexis. " Madame Roux ?! Mais enfin… y a méprise ! Vous me reconnaissez pas ? C’est pas William, moi ! — Ah… moui… peut-être…" marmonne la femme sans lâcher son regard assassin. La porte s’ouvre à cet instant. " Hello… Alex ? Willy n’est pas là ?" Granny venait d’entrer, sac à la main, l’air faussement détendu. " Madame Blake !" soupire Alexis, soulagé. " Madame Roux, la maman de Diana. Madame Blake, la grand-mère de William. Et… non, il est parti se chercher un café. Il n’a bu qu’un thé et n’a presque pas dormi." La mère de Diana croise les bras, affichant exactement la même moue contrariée que sa fille dans ses mauvais jours. " Il a de quoi être fatigué ! Je lui avais dit de ne pas s’enticher d’un homme plus âgé ! Forcément, il n’a pas pu s’empêcher de la mettre enceinte ! Et comme si ça ne suffisait pas… voilà maintenant qu’elle se retrouve empoisonnée au cyanure !" Alexis battit prudemment en retraite vers la porte, laissant les deux femmes face à face. Granny, imperturbable, s’approche du lit. " Vous savez… j’aime énormément votre fille. Elle est mon aide à domicile, et la compagne de mon petit-fils. Ils s’aiment, tous les deux. — Ce n’est pas la première fois qu’elle tombe amoureuse d’un homme plus vieux," réplique la mère. "En attendant, ce n’est pas lui qui est dans le coma." Elle se penche vers Diana, lui caresse brièvement la joue. Une larme roule, vite essuyée. Granny observe la scène avec douceur. " Leurs cerveaux atypiques ne sont pas toujours faciles à comprendre, n’est-ce pas ? Willy a donné bien du fil à retordre à sa mère, adolescent… on a même évoqué l’autisme pour lui aussi. Mais laissez-lui une chance. C’est un bon garçon. Sérieux. Sincère. Et très amoureux. Il n’a pas quitté cette chambre depuis des jours, quitte à se faire mettre à pied. — Elle a déjà essayé de se tuer… " murmure la mère, la voix brisée. La porte s’ouvre de nouveau. Le beau-père de Diana entre, tenant William par les épaules. " Regardez qui j’ai trouvé. Errant comme un fantôme. Allez, assieds-toi, mon grand. Ça va aller… Elle est solide, notre Diana." Il leve les yeux vers Granny. " Bonjour, madame ? — Blake. Je suis sa grand-mère. Et Diana est aussi mon aide à domicile." Alexis, resté en retrait, observe la scène. Le visage immobile de Diana, la colère maladroite de sa mère, l’inquiétude muette de William. Il sentit quelque chose d’étrange lui serrer la poitrine. Ce n’était pas de la jalousie. Pas vraiment. Plutôt une peur diffuse, irrationnelle, de la perdre… elle aussi. Il détourne les yeux, troublé. .William se sentit immédiatement mal à l’aise. La mère de Diana le toisait sans détour. Les yeux rougis — elle avait pleuré, c’était évident — mais son regard restait dur, accusateur. L’expression abattue du lieutenant lui ôta un peu l’envie de lui hurler dessus… un peu seulement. Il n’avait pas l’air méchant, c’était vrai. Même plutôt stable, sérieux, posé. Mais sa fille avait avalé du cyanure. Lieutenant de police. Un métier dangereux. Trop dangereux pour une fille comme Diana. Elle n’avait pas les épaules pour ça. " Vous auriez pu éviter de la mettre enceinte, " lâche-t-elle sèchement. William baisse les yeux, incapable de répondre. Patrice pose une main ferme sur l’épaule de son presque gendre. " Oh, allons… Diana n’est plus une enfant. C’est une femme. Elle n’allait pas rester vierge éternellement. Elle prenait la pilule, ils avaient fait tous les tests… C’est la faute à pas de chance. Ces trucs-là ne sont jamais fiables à cent pour cent." Granny acquiesce lentement. " Dis-moi, mon garçon… Diana mange du pamplemousse ?" William releve la tête, surpris. "Oui… enfin, elle a eu une période où elle en mangeait beaucoup. Puis c’est passé. Elle fonctionne par phases… — Voilà," dit Granny doucement. "Le pamplemousse peut annuler les effets de la pilule. Beaucoup de grossesses arrivent comme ça. J’aurais dû la prévenir… mais je pensais qu’elle n’aimait pas ça." William serre la main de Diana dans la sienne et y dépose un b****r. Les larmes lui montèrent aux yeux, incontrôlables. Leur enfant. Leur enfant qui ne grandirait jamais. Il aurait voulu la serrer contre lui, sentir qu’elle respirait vraiment. " De toute façon… le bébé n’a pas survécu. Cyanure ou autre chose…" murmura-t-il. "Et… elle n’en voulait pas tout de suite. Peut-être que… c’est mieux ainsi." La mère de Diana remonte brusquement la couverture sur sa fille, un geste trop sec pour être tendre. " Ça vous servira de leçon à tous les deux. Je l’avais prévenue." William releve brusquement la tête. Son regard, d’ordinaire calme, se fit dur. " Nous n’avons pas besoin de leçons. Cet enfant perdu est un déchirement pour moi. Mais pour l’instant, la seule chose qui compte, c’est qu’elle se réveille. Je l’aime. On vit ensemble. On s’aime. Et oui, on couche ensemble." Un silence pesant s’abat sur la pièce. Patrice se racle la gorge. " Je suis d’accord avec lui. Diana est heureuse depuis qu’elle est avec William. Arrête de la voir comme l’adolescente introvertie, timide et effrayée qu’elle était. Elle a grandi. Et ils n’ont pas non plus vingt ans d’écart." Granny sourit doucement. " L’amour ne se commande pas. Votre fille a déjà sauvé la vie de mon petit-fils il y a quelques mois. Et hier encore, s’il ne l’avait pas emmenée immédiatement aux urgences, elle ne serait peut-être plus de ce monde. — C’est Alex qui a eu le réflexe," admit William d’une voix brisée. " Moi… je n’arrivais plus à réfléchir. J’ai cru la perdre. — Décidément, ce hooligan est plein de ressources," marmonne Granny. Comme s’il avait été invoqué, Alexis entre à ce moment-là. " Vous en doutiez ? — En te voyant incapable de différencier du thé et de la tisane, oui. Ça m’est arrivé. — Ah… oui… j’avais oublié cette histoire. Mais pour ma défense, ça sentait pareil." Il se tourna vers William. " Le commissaire demande si tu as du nouveau. — En à peine une heure ?" répondit William, las. "Dis-lui que je fais au mieux." Granny tendit une bouteille d’eau à son petit-fils, sans un mot. La mère de Diana, elle, détourne le regard. Sous sa sévérité, sa colère, ses reproches… l’inquiétude continuait de battre, sourde et incontrôlable. " Tient my boy... boit... et c'est pas negociable..." Il soupire, mais boit quelques gorgées... Alexis et Granny repartirent ensemble : l’un devait retourner au poste, l’autre refusait de s’imposer davantage. William se replonge aussitôt dans ses dossiers, sans jamais lâcher la main de sa douce. Comme s’il avait peur qu’en la lâchant, elle lui échappe. Pendant ce temps, la mère de Diana harcelait littéralement le personnel médical, enchaînant les questions, cherchant la moindre faille. " Elle se réveillera sans séquelles, hein ? Vous en êtes sûr ? Pas de troubles cognitifs ? Pas de changements de comportement ?" William, lui, tentait de se raccrocher à l’enquête. Pas de dettes. Une vie apparemment tranquille. Un cambriolage ? Peu probable. Un voleur serait venu de nuit, aurait fouillé, peut-être ligoté la victime. Alors pourquoi le poison ? Visait-on quelqu’un d’autre ? Il envoya un message au brigadier-chef : fouiller la vie des enfants et petits-enfants majeurs. Dès qu’il serait certain que Foxy serait hors de danger, il irait lui-même interroger le voisinage. Trop de zones d’ombre. Trop de questions sans réponses. Entrer dans la résidence était facile. Diana se plaignait souvent de la sécurité défaillante : il suffisait de sonner chez n’importe qui, se faire passer pour une infirmière, une aide à domicile, un kiné inquiet. Mais comment le cyanure avait-il été introduit ? Un psychopathe dans un supermarché, ouvrant des boîtes de café au hasard ? Peu crédible… mais plus rien ne l’étonnait vraiment. Il gardait toujours un œil sur Diana. Son esprit tournait à plein régime — l’avantage de son HPI, se disait-il amèrement : penser à tout, tout le temps. Sa belle-mère entre brusquement dans la chambre. " Ils vont la réveiller dans quelques heures. Tout est bon. Mais elle restera ici plusieurs jours. — Of course… je m’y attendais. — Pas question de la faire rentrer avant," reprit-elle sèchement. "Je la connais. Elle va réclamer son chat, bouder, être exécrable parce qu’elle n’aura pas ses habitudes. Il faudra être ferme. — Je le serai, si c’est nécessaire. — J’espère bien." William se tut. Il savait que son âge jouait contre lui. Il s’attendait à devoir affronter le père… mais contre toute attente, celui-ci l’avait accueilli sans réserve. La mère, en revanche… Elle ne voyait pas Diana comme une femme. Elle voyait encore un bébé fragile. Et comment lui en vouloir ? William savait — même si personne ne le disait — qu’elle avait déjà perdu une fille. Ce qu'il ne savait pas... C'était que bien avant Diana, bien avant ses trois autres soeurs, elle avait dû abandonner un enfant à la naissance. Des blessures anciennes, jamais refermées. Elle ne pouvait pas se permettre d’en perdre un autre. Alexis revint un peu plus tard avec quelques avancées. " Rien d’étrange du côté de la famille… mais il y a eu des retraits importants. Trois, quatre, cinq cents euros. Pas des sommes énormes, mais inhabituelles pour quelqu’un de son âge. Je ne sais pas encore à qui allait l’argent, ni même si c’est elle qui retirait. Jordan creuse, et la petite nouvelle s’occupe des caméras de la banque. — Bien vu. Il faudrait aussi vérifier les caméras de la grande surface où elle achetait son café. — On y a pensé. Plus rien ne m’étonne. — Elle va être réveillée dans quelques heures… elle saura peut-être nous éclairer. — Oh, chouette, "souffle Alexis avec un sourire sincère. " J’ai hâte qu’elle se réveille." Ils échangèrent un regard complice. Alexis embrasse William sur la joue avant de partir. Des aides-soignantes entrèrent pour retirer quelques tuyaux devenus inutiles. La mère de Diana avait insisté : sa fille ne supportait ni les sondes ni les drains — elle serait capable de les arracher dans un accès de panique ou de colère. William, lui, veillait à autre chose. Il voulait qu’elle se réveille entourée d’odeurs familières. Alexis avait réussi à trouver du lilas, sa fleur préférée. Il l’avait disposé près du lit. Le médecin ne tente même pas de les faire sortir. Il comprenait. William serre un peu plus la main de Diana. " Reviens, Foxy… " murmure-t-il. Et dans le regard dur de sa belle-mère, derrière la sévérité et la méfiance, il devinait la même prière silencieuse. Le médecin poursuivit, d’un ton posé : " Elle ne se réveillera peut-être pas immédiatement. Elle pourra être confuse. Il faudra la laisser se reposer… pas de disputes, ni de conversations trop complexes." William et la mère de Diana hochèrent la tête, échangeant un regard froid. Ils feraient un effort. Quelques heures. Peut-être. Les minutes s’étiraient, interminables. Pourquoi mettait-elle autant de temps à se réveiller ? Se souviendrait-elle de ce qui s’était passé ? Du bébé ? Elle donnait parfois de légers signes d’éveil, sans vraiment émerger. À l’appel de son mari, la mère de Diana sortit de la chambre. William en profite pour porter la main de Foxy à ses lèvres. " Allez… Foxy… please… ouvre les yeux…" Dans l’obscurité où elle errait depuis un temps indéfini, Diana luttait. Elle sentait qu’on voulait l’arracher à sa sœur. Jenny. Elles s’étaient enfin retrouvées. Au début, Diana l’avait à peine reconnue. Elle était comme la dernière fois… Elle avait pleuré. Pensé que c’était un rêve. Elle se souvenait de médecins, d’infirmières, de cette étrange sensation de flotter au-dessus d’elle-même. Puis une piqûre. Et le noir. Le froid. La peur. Des cauchemars. Alex voulait la tuer. William était mort… ou avec une autre. Puis une lumière. Une voix familière. Jenny lui avait demandé de dire à leur famille qu’elle les aimait. La voix changea. Plus grave. Plus chaude. Une main serrait la sienne. Une odeur boisée, musquée… et du lilas. Pas tout à fait comme dans son jardin. Une autre odeur encore… Merlin. Elle essaye d’ouvrir les yeux. " William… ?" Le cœur du lieutenant s’arrête une fraction de seconde "Darling ?! Darling, tu m’entends ?!" La lumière l’aveuglait. Une main caressait sa joue. Elle connaissait ce geste. Une larme glisse sur la peau de William. " Tiens…" murmura-t-il en lui mettant ses lunettes. "Ils ont enlevé tes lentilles." Le monde devint net. Les yeux bleus. Les cheveux blonds en bataille. Les cernes. La pâleur. " Je ne suis pas à la maison… William ? Je suis où ? Tu as pleuré ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? — Oh, chérie…" Il couvre son visage de baisers. " Tu es à l’hôpital. Tu as bu du cyanure. J’ai failli te perdre… On t’a plongée dans un coma artificiel quelques jours. Comment tu te sens ? — J’ai un peu mal à la tête… mais… il s’est passé quoi ? J’ai l’impression qu’il me manque quelque chose…" Il n’eut pas le temps de répondre. La porte s’ouvre violemment. " ÉVIDEMMENT, TU ES TOUJOURS EN RETARD ! — OH ÇA VA ! C’EST PAS DE MA FAUTE SI C’EST UN JOUR FÉRIÉ ! J’AI EU DES BOUCHONS ! — DIS QUE C’EST LA FAUTE DE TA FILLE SI ELLE EST DANS LE COMA UN JOUR FÉRIÉ AUSSI ! — JE SUIS LÀ MAINTENANT, C’EST BON ! — TOUJOURS APRÈS LA BATAILLE ! — TU M’ENM—" Il s’interrompt net. " Oh… ma poulette ! Tu es réveillée !" Diana cligne des yeux, dépassée. Son père attrape William et l’écrase dans ses bras. " William ! Dans mes bras !" Sa mère, elle, lance un regard glacial aux deux hommes avant de caresser les cheveux de Diana. " Ma chérie… pourquoi tu as avalé ça ? Tu as voulu te suicider encore ? Il t’a trompée, c’est ça ? — Hein ? Mais… non… je… je sais pas… — Je ne l’ai pas trompée !" s’indigne William. "Je l’aime ! — Oh, te justifie pas, mon grand, " répond le père. "Elle est têtue… je me demande comment j’ai pu la supporter trente ans ! — Et moi donc ! Même quand ta fille est à l’hôpital, tu es en retard ! — J’AI EU DES BOUCHONS !" Il embrasse Diana sur le front… tout en continuant de se disputer avec son ex-femme. Elle lance un regard désespéré à William. " Tu as fait venir mes parents… ? — Tu étais vraiment mal… j’ai pas eu le choix…" Elle appuya frénétiquement sur la sonnette. " Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as mal ? Arrête, elles vont venir ! — Oooooh… remettez-moi dans le coma… pitié…" William sourit. Il lui retire doucement la sonnette et l’embrasse sans se soucier du concert parental derrière lui. Diana lui rend le b****r, brièvement, déjà épuisée. Un infirmier entre, furieux. " C’EST UN HÔPITAL ICI ! DISPUTEZ-VOUS EN SILENCE ! Bon… elle a appelé ? — J’ai un peu mal à la tête… — Pas étonnant avec tout ce boucan." Il procéde aux vérifications. "Vous savez quel jour on est ? — Heu… non. — L’année ? — 2022 ? — Nom du jeune homme ? — William… Black… euh… Blake. — Parfait. Reposez-vous. Dans le calme !" Il lance un regard assassin aux parents. Patrice propose un café à tout le monde. " William doit avoir des choses à lui dire." Une fois seuls, Diana murmure : " Tu veux me quitter ? — Non. Jamais. J’ai eu trop peur." Elle sourit faiblement, puis sombre de nouveau. Dans le silence enfin revenu, elle crut entendre une voix : "I love you…" Et pour la première fois depuis longtemps, elle dormit en paix.
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