Diana se réveille en sueurs et en larmes. Depuis sa période de coma, les cauchemars étaient devenus fréquents.
Dans celui-ci, il existait un commissariat secret où le commandant, William et Alex officiaient dans l’ombre pour démanteler des crimes et des trafics de drogue. Le commissaire officiel n’était pas au courant — du moins, c’était ce qu’ils prétendaient — car selon eux, il avait lui-même commandité plusieurs meurtres.
Dans ce rêve, Diana avait été enlevée par lui, séquestrée pendant plusieurs jours dans une cave sans fenêtres. Et surtout, il voulait tuer William.
William… qui n’était plus dans le lit.
Le cœur battant, elle attrape son téléphone : deux heures trente. Il ne pouvait pas être déjà parti. Elle descend précipitamment l’escalier et le trouve sur le canapé, occupé à envoyer des messages. Elle renifle, puis vint se blottir contre lui en essuyant ses larmes. Il lui caresse doucement les cheveux.
" Un cauchemar ?
— Oui…"
Elle renifle de nouveau avant de reprendre, d’une traite :
" Le commissaire m’avait enlevée, enfermée dans une cave… il voulait te tuer. Il y avait un commissariat secret, des meurtres, de la drogue, de la prostitution… et vous vouliez l’arrêter !"
William reste figé quelques secondes. Elle ne pouvait pas savoir… Ses rêves étaient parfois étranges, parfois troublants de réalisme. Il s’éclaircit la voix.
" Hum… eh bien… sacré cauchemar. Tu regardes sûrement trop de séries policières.
— Il allait te tuer… alors j’ai pleuré, et je me suis réveillée.
— Tu m’as sauvé, alors."
Elle redresse la tête et se mord les lèvres. Il sourit en voyant ses cheveux en bataille. Elle était tellement mignonne… même en pleurs. La bretelle de sa chemise de nuit glisse le long de son bras, dévoilant un peu trop de peau. Quelques heures plus tôt, ils s’étaient déjà rapprochés. Elle s’était endormie peu après, mais lui n’avait pas trouvé le sommeil. Il échangeait encore des messages avec son cousin au sujet de Pauline et de son fils.
Il remet doucement la bretelle en place.
" C’est normal de faire des rêves étranges après un coma. Ne t’inquiète pas pour moi. Le commissaire et moi avons de bonnes relations et, malgré ses défauts, c’est quelqu’un d’intègre."
Ça lui faisait mal de dire ça, mais il refusait de l’angoisser davantage.
" Et puis… tu es trop mignonne avec tes cheveux en bataille. C’est sexy.
— Je n’aimais déjà pas beaucoup le commissaire… J’ai fait ce genre de rêves plusieurs fois pendant le coma, tu sais. Et parfois, Alex voulait me tuer aussi.
— Il tuerait plutôt son père. N’y pense plus, darling. Tu veux une infusion ?
— Bof… je vais plutôt prendre les gouttes. Mais surtout, j’aimerais que tu viennes dormir avec moi. Je n’aime pas dormir seule depuis… Pendant le coma, je me suis sentie tellement abandonnée que j’ai peur quand tu n’es pas là.
— Je viens. J’envoyais juste un message à Alex pour demain.
— D’accord… Il n’est pas sorti ?
— Non. Il essaie d’être sage depuis ton accident, pour ne pas t’inquiéter.
— Il est courageux. J’espère qu’il ne va pas rechuter.
— Il se contente d’une bière de temps en temps. En tout cas, je ne l’ai pas revu ivre."
Elle sourit, grimpe sur lui et l’embrasse avec passion. Il entrouvre les lèvres pour accueillir son b****r, caresse sa nuque et le haut de son dos. Sa bouche était avide d’amour, et il le lui rendait volontiers… mais il murmure :
" Je te rappelle qu’on n’a plus de capotes.
— Je me demandais… Alex a dormi ici. Il a oublié un sac. Peut-être qu’il y en a dedans ? Il en a toujours partout.
— Ça vaut le coup de vérifier. Installe-toi dans le lit pendant que je fouille.
— Hum… ça me plairait bien de rester ici.
— Oh… je vois. Comme tu préfères, darling. Ne bouge pas."
Il monte rapidement à l’étage.
Dans le sac oublié : gâteaux, chaussettes propres — heureusement — briquets, cigarettes… et bingo.
Il bénit intérieurement son cousin d’être un débauché notoire. Il le remercierait demain.
De son côté, Diana avait brièvement ouvert le téléphone de William, juste pour se rassurer. Elle n’avait vu que les messages d’Alexis. Honteuse d’avoir douté, elle l’avait aussitôt reposé. Elle n’allait pas gâcher ce moment.
William redescend, satisfait.
" Tu avais raison… il en restait quelques-unes."
Il retire son tee-shirt, laissant Diana admirer son physique parfait. La suite fut à la hauteur de leur besoin de se retrouver, intense et complice. Ils finirent sur le canapé, essoufflés mais comblés.
" Ça va, Foxy ? Pas trop fatiguée ?
— Non… juste un peu essoufflée. C’était… waouh. Tu ne m’avais jamais fait ça avec ta langue.
— J’avais envie d’innover. Content que ça t’ait plu. J’espère que tu passeras une bonne nuit.
— Oh oui…"
Ils montèrent se coucher. William embrasse ses cheveux.
" Ça ira demain ? Tu ne seras pas seule longtemps. Je rentrerai tôt. Et le commissaire viendra t’interroger dans la journée, sûrement avec Alexis.
— Oui… le jour, ça va. C’est la nuit que je me sens… bizarre."
Elle se blottit contre lui, rassurée par sa présence, par ses bras, et même par l’arme rangée dans le tiroir de la table de nuit. Autrefois, elle détestait les armes. Depuis que Victor lui avait annoncé que Bastien était sorti de prison, elles la rassuraient presque. William lui avait aussi acheté plusieurs sprays au poivre, disséminés dans l’appartement. Alex avait promis de lui apprendre quelques techniques d’autodéfense dès qu’elle irait mieux.
Apaisée par son lieutenant qui lui caressait doucement le dos, elle finit par s’endormir.
Elle sentit un b****r sur sa joue… puis le lit bouger.
William se leve très tôt ce matin-là. Il quitte la maison sans bruit et, contrairement à ses habitudes, ne se rend pas immédiatement au commissariat. Sur la route menant à la ville, il bifurque et prend un chemin de traverse qui conduisait à une ferme isolée.
Il se gare dans la cour, descend de voiture et se dirige vers un bâtiment annexe. À l’intérieur, le commandant Daniel et Alex étaient déjà là.
" Salut. Du nouveau ?" demande William.
Alex lui tend une tasse de café encore fumante.
" Papa traîne avec un type fiché pour violences aggravées sur autrui… Et j’ai retrouvé une ou deux de « ses nièces ». L’une d’elles n’a que dix-sept ans. Elle a un téléphone hors de prix. Beaucoup trop cher pour que ce soit un cadeau de ses parents."
William serre la mâchoire.
" J’en étais sûr… Et sur le type qui ressemblait à Bastien, notre ex collegue ?"
Daniel soupire, visiblement mal à l’aise.
"Suicide. Il ne voulait pas être muté à l'autre bout du monde. Rien de concluant. Enfin… il y a un détail étrange. Mon frère a supervisé l’autopsie. D’habitude, ce genre de procédure, ce n’est pas vraiment son domaine."
William fronce les sourcils.
" Hum… De toute façon, je ne comprends pas ce qu’il cherche avec moi. J’ai l’impression qu’il veut me séparer d’Alex.
— Vous êtes deux excellents éléments. Il pourrait avoir besoin de vous. "
Alex acquiesce, tendu.
" Il a déjà commencé. Depuis que Will était au chevet de Diana, il m’embarque partout avec lui. Il insiste pour que je vienne chez lui, dans sa baraque de bourgeois… Et puis il tourne autour de Diana. Je me demande s’il veut juste la mettre dans son lit ou s’il veut s’en servir pour nous séparer, Will et moi.
—Victor aime les jolies femmes, mais.. je crois qu'avec Diana c'est différent ," répondit Daniel.
" Mais j’ai confiance en ta compagne, lieutenant. Elle ne se laissera pas manipuler.
— Elle ne l’aime pas trop, " confirme William.
Un silence s’installe. Daniel évitait leurs regards. William le remarque. Il connaissait trop bien son supérieur pour ne pas sentir qu’il retenait quelque chose.
" Qu’est-ce qu’il y a, commandant ?" demande-t-il enfin.
"Vous avez l’air… gêné."
Daniel pose sa tasse, inspire profondément, puis se leve pour attraper une chemise cartonnée qu’il avait laissée sur une table.
" Voilà le problème, " dit-il en la leur tendant.
"Je ne dis pas que Victor est clean. Loin de là. Mais… il n’est peut-être pas aussi pourri que ce que l’on croit."
Alex parcourt les documents, incrédule.
" C’est quoi, ça ?
— Des témoignages. Officiels, recoupés. Pas tous exploitables juridiquement, mais troublants."
William s’approche. Une déposition attire immédiatement son attention : celle d’une jeune fille. Elle expliquait clairement que le commissaire l’avait sortie d’un réseau de prostitution, qu’il l’avait protégée, éloignée de ses agresseurs.
" C’est impossible…," murmure Alex.
" Il fait exactement l’inverse de ce qu’on lui reproche.
— Justement, " répondit Daniel.
" Il y a peut-être plusieurs niveaux. Une façade, et quelque chose en dessous. On ne peut pas se contenter de ce qu’on voit. Il faut gratter sous la surface."
William releve la tête, méfiant.
" Et pourquoi nous montrer ça maintenant ? Quel est votre but, commandant ?"
Daniel hésite.
Son regard se perd un instant, puis il se reprit.
" Parce qu’il y a un homme dans l’ombre. Quelqu’un qui tire certaines ficelles. Je ne peux pas encore vous dire qui il est… mais Victor.. Peut être qu'il cherche à abattre le marionnetiste..."
Il se tut, incapable d’aller plus loin. Il ne pouvait pas leur dire que cet homme mystérieux était leur propre père. Pas encore.
Alex referme la chemise, toujours sous le choc.
" J’ai du mal à y croire… Se serait... un double jeux ? mais je suppose qu’on n’a pas le choix. Il faut vérifier."
William hoche lentement la tête, partagé entre le doute et l’intuition que tout ce qu’il croyait savoir était en train de s’effondrer.
" Très bien, " dit-il enfin.
" On gratte. Mais quoi qu’on découvre… il faudra être prêts. Si il joue vraiment double jeux, il est très fort."
Les trois hommes échangent un regard grave avant de reprendre leur enquête secrète. Peu après, ils quittèrent la ferme séparément pour rejoindre le commissariat.
Ce lieu isolé restait leur quartier général idéal : loin de la ville, à l’abri des oreilles indiscrètes.
Diana se leve sans savoir à quelle heure le commissaire allait débarquer. Elle s’habille soigneusement, choisissant une robe ni trop courte ni trop voyante, mais qu’elle adorait pour sa matière douce et confortable.
Encore ensommeillée, elle descend se coiffer, se prépare un chocolat chaud, un verre de jus d’orange et deux tranches de brioche. Elle bâille : impossible de se rendormir après le départ de William.
Le temps était magnifique. Idéal pour s’occuper du terrain… mais elle s’était promis de rester tranquille. Elle allume la télévision et lance un documentaire d’histoire.
William était un ange. Il s’occupait de tout, avait même fait les poussières. Rien à voir avec la plupart de ses ex, qui l’avaient prise pour une boniche. Angel, lui, était différent. Élevé par des femmes fortes, il détestait le patriarcat.
Elle s’endort avant la fin du documentaire. Séquelles indésirables du cyanure...
Un claquement de volet la réveille en sursaut.
Le cœur battant, elle se maudit d’être aussi peureuse. En allant le remettre en place, elle découvre un bouquet de roses posé là.
L’angoisse la saisit aussitôt.
De vieux souvenirs remontent brutalement. Elle appelle son chat et s’enferme à double tour.
Elle envoit un message à William pour lui expliquer. Il la rassure, lui disant qu’Alex arriverait bientôt avec le commissaire. Étrangement, cette précision ne la calme pas vraiment.
À sa demande, elle vérifie le bouquet : aucun mot. William insiste pour qu’elle ne s’inquiète pas. Ça pouvait venir de n’importe qui, et si Bastien était impliqué, il n’aurait de toute façon pas pu les livrer lui-même avec son bracelet électronique.
Elle lui fit confiance. Montant dans sa chambre, elle enfile son casque antibruit, s’allonge et attrape un livre sur sa table de nuit.
La lecture l’absorbe aussitôt. Le temps se dilue, comme suspendu entre deux réalités.
À l’autre bout de la ville, Alex avait demandé au commissaire d’avancer leur visite chez Diana à cause du bouquet. Victor avait froncé les sourcils, mais accepté. D’un signe de tête, il invite son fils à le suivre.
Alex conduisait vite. Trop vite. Victor le questionne, un peu trop.
" Dis-moi… tu es juste ami avec Diana ?
— Oui.
— Je vous vois souvent très proches. William n’est pas jaloux ?
— On n’est plus au Moyen Âge. Les hommes et les femmes peuvent se prendre dans les bras.
— Tu ne fais pas que ça.
— Will sait où il met les pieds. Tout est clair entre nous.
— Ce serait dommage de gâcher votre amitié pour une femme, aussi jolie soit-elle.
— Tes conseils de daron arrivent avec quinze ans de retard, mais merci.
— J’ai plus d’expérience que toi. Ta copine est le genre de femme pour qui on ferait n’importe quoi.
— Je ferais n’importe quoi pour Diana parce que c’est mon amie. Pas parce qu’elle est canon.
— Et elle te voit comment ?
— Comme un frère. Pourquoi ça t’intéresse tant ?
— Parce que je m’intéresse à toi. Tu n’as jamais voulu te poser ?
— L’amour, ce n’est pas pour moi. Je finirais par aller voir ailleurs. Autant ne pas faire souffrir une fille bien."
Victor ne répond pas. Mais son silence en disait long.
Alex détestait ce genre d’interrogatoires. Tout sonnait faux. Heureusement, ils arrivèrent enfin devant la maison de Diana.
Tout semblait calme. Ils frappent. Aucune réponse.
" Elle n’est pas au rez-de-chaussée, " constate Alex en regardant par la fenêtre.
" Elle doit être à l’étage."
Victor tente la poignée.
" C’est fermé.
— William m’a dit qu’elle était là. Elle a dû s’enfermer et monter se reposer. J’ai les clés."
Ils entrent. Victor observe aussitôt les lieux : des plantes vertes un peu partout, des livres débordant des étagères, des photos, une décoration campagne chic aux tons clairs. Une gamelle marquée Merlin trônait près de la table, où le chat, imperturbable, les fixait.
Un désorde organisé. Des papiers en tas, de la vaisselle déparaillée, des vétements pliés rapidement, qui attendaient d'être rangés.
Alex appele Diana, sans succès, puis caresse le félin.
" Elle est où, ta maîtresse ?"
Le chat bâille et leve vaguement la tête vers l’escalier.
" Merci, boule de poils."
Alex monte. Victor reste un instant en bas, continuant d’observer, avant de le rejoindre, intrigué par le silence.
Alex s’était arrêté devant une porte entrouverte. À l’intérieur, Diana dormait, un livre posé contre elle, un casque antibruit sur les oreilles. Sa robe était légèrement remontée, détail qui arrache à Alex un sourire amusé.
Victor arrive derrière lui… et se fige.
Ce n’était pas la peau découverte qu’il voyait.
C’était l’ensemble. La sérénité. L’innocence presque irréelle de la jeune femme endormie.
Elle lui donne l’étrange impression de regarder quelque chose de trop pur, de trop intime.
Un ange, pense-t-il malgré lui — et cette pensée le mit profondément mal à l’aise.
" Ça suffit, " lance-t-il sèchement.
"Réveille-la."
Alex se tourne vers lui, surpris par le ton.
" ok...
— Je vous attends en bas."
Victor tourne les talons sans un regard de plus. Alex, moins troublé mais soudain plus sérieux, s’approche doucement du lit pour réveiller son amie.
«— C’est la police, madame !"
Diana sursaute, puis sourit en reconnaissant la voix.
" Alexis…
— On dit brigadier-chef, mais je te pardonne.
— Comment tu es entré ?
— J’ai tes clés, tu te souviens ?
— Ah oui… c’est vrai…"
Il la détaille d’un air faussement innocent.
" Le commissaire t’attend en bas."
Puis, à voix plus basse :
" Elle est nouvelle, ta culotte ? J’aime bien.
— Hé ! Espèce d’obsédé ! Je l’ai depuis longtemps, figure-toi. Tu devrais avoir honte de mater en plein service !"
Elle lui donne une petite claque avant de descendre.
" Bonjour, commissaire.
— Bonjour, mademoiselle. J’espère que vous êtes bien reposée, car j’ai quelques questions.
— J’imagine… Je suis suspecte ou victime aujourd’hui ?"
Son ton défiant arrache un sourire à Victor.
" Vous le saurez quand j’en aurai terminé."
Elle leve les yeux au ciel et s’installe face à lui, à côté d’Alex. Bras croisés sur la table, elle attend. Victor sort son carnet.
" Vous avez indiqué au lieutenant Blake que vous remplaciez la victime, c’est exact ?
— Oui.
— Depuis quand, précisément ?
— Je ne sais plus. Voyez avec mon agence. En tout cas, je n’étais même pas notée sur ses plannings.
— Je vérifierai. Savez-vous pourquoi vous la remplaciez ?
— Non. On m’a parlé d’un arrêt, rien de plus.
— Qui pouvait entrer chez elle ?
— Comme chez beaucoup de personnes âgées : la famille, les aides à domicile, les infirmières, les porteurs de repas.
— Il fallait quand même une clé.
— Pas forcément. Avec un interphone, on entre partout. Il suffit d’un prétexte. Les gens, surtout les personnes âgées, font confiance."
Victor note, impassible.
" Et vous vous étonnez que je vous trouve suspecte… Qui faisait ses courses ?
— Sa fille, en général. Parfois moi, s’il manquait quelque chose.
— Ses relations familiales ?
— Plutôt bonnes.
— Des amies dans la résidence ?
— Je ne sais pas.
— Aviez-vous accès à son courrier ?
— Non. Et elle n’était pas riche, de toute façon.
— En effet…
— Le concierge en saurait peut-être plus que moi.
— Le lieutenant Blake ira le voir. Malgré tout, possédait-elle des objets de valeur ?
— Non.
— Elle souffrait d’Alzheimer ?
— Oui. Mais elle restait assez autonome.
— Hum… Vous qui aimez fouiner, vous n’avez vraiment rien remarqué ?
— Pas cette fois."
Elle le fixe droit dans les yeux.
Son regard noisette s’assombrit, presque noir.
Victor soutint le sien sans ciller. L’échange venait clairement de changer de ton.
« Et votre collègue ? " reprit Victor.
"Quelqu’un aurait pu lui en vouloir ?
— Je ne la connaissais pas vraiment. Et je ne vois pas pourquoi… aide à domicile, ce n’est pas exactement un métier où l’on se fait beaucoup d’ennemis. Contrairement à commissaire, par exemple.
— Vous cherchez à me faire passer un message ?
— Vous vous sentez visé ? "
Il sourit. Un jour, il ferait cesser cette impertinence..
" Vous n’avez vraiment rien remarqué de suspect le jour du décès ?
— Je vous l’ai déjà dit… je ne m’en souviens pas.
— Il faudra travailler votre mémoire, jeune fille. Ça pourrait nous aider.
— Ce n’est pas en me harcelant de questions que ça va revenir.
— Si un détail vous revient, contactez-nous immédiatement."
Elle hausse les épaules. Victor referme son carnet. L’interrogatoire était terminé. Il n’avait plus de questions… et le léger décolleté de la jeune femme le troublait plus qu’il ne l’aurait voulu.
Il observe, avec une pointe de jalousie, son fils prendre Diana dans ses bras. Alex l’embrasse sur la joue. Elle lui murmure :
" Tu veux venir ce soir ?
— Je ne sais pas… ça dépend de ce que tu proposes. Envoie-moi un message."
Elle leve les yeux au ciel et le laisse partir.
Elle avait envie de sortir, de penser à autre chose. Ça faisait longtemps qu’elle n’était pas allée au cinéma. Peut-être que William accepterait.
" Cinéma ce soir ?
— Je vais finir plus tard que prévu, désolé darling. Pourquoi tu ne demandes pas à Alex ?
— J’aurais bien aimé qu’on y aille tous les trois.
— Je m’en doute, mais une soirée entre amis vous fera du bien.
— Je vais lui demander. Travaille bien, je t’aime.
— Moi aussi, Foxy. À tout à l’heure."
Un peu déçue, elle écrivit à Alex. Sa réponse fut rapide.
" Ok, mais pas un de tes films à l’eau de rose.
— Toi tu veux un truc bien viril, je parie ?
— Je choisis le film, tu choisis le repas ?
— Deal. Tu passes me prendre ?
— Par devant ou par derrière ?
— Par devant… j’ai qu’une entrée."
Il rit. Elle mit quelques secondes à comprendre, puis rougit.
" Imbécile.
— Tu me fais rire. Je passe à 19 h, on mange après ?
— Ça me va. À tout à l’heure."
Elle prend le temps de se doucher, enfile un jean et une chemise légère, puis attend avec un thé et un livre.
Alex arrive à l’heure, fraîchement douché, en treillis et sweat.
" Prête, Didi ?
— Oui. T’es pile à l’heure.
— Je suis parfait, voilà tout.
— N’exagère pas."
Il la prend par le cou et ils partirent pour le cinéma.
" Je suis surprise que tu aies pu venir," dit-elle.
"Ton père ne t’a pas collé du boulot de dernière minute ?
— Non. Mais à William, oui. D’ailleurs, tu sais qu’il m’a conseillé de me méfier de toi ?
— Quoi ? Pourquoi ?
— Parce que tu serais le genre de femme pour qui on ferait n’importe quoi.
— Pff… vieille école. Comme si c’était mon soi-disant corps de rêve qui vous poussait à faire n’importe quoi.
— Avoue que, même sans toi, on est déjà pas mal doués pour ça.
— Là-dessus… je ne peux pas dire le contraire."
Ils arrivèrent en ville et se garèrent non loin du cinéma.
Bras dessus, bras dessous, ils entrèrent et choisirent leur film. En attendant que l’ouvreur leur indique l’entrée en salle, Diana balaya les lieux du regard. Elle n’avait aucune envie de tomber sur un bénéficiaire.
Soudain, elle se laisse tomber sur la banquette devant Alex, presque en boule.
" Ouh là, ma jolie… t’es sûre que tu veux me faire ça ici ? Y a des gosses…"
Voyant qu’elle ne riait pas, il s’inquiéte aussitôt.
" Ça va ?
— Il est là… Reste devant moi.
— Qui ?
— Bastien.
— T’es sûre ?
— Oui. Il est sorti de prison."
Alex inspire lentement.
" Je sais. Calme-toi. Tu veux que j’aille lui dire de partir ? Il n’a pas le droit de s’approcher de toi.
— Mais tu n’es pas en service…
— J’ai toujours ma plaque. On peut aussi s’en aller.
— Non. Tu as payé, et je ne veux pas m’empêcher de vivre. Tu es avec moi… Dis, il m’a vue ?
— Je ne pense pas. Tiens, mets mon sweat. Ça cachera tes cheveux… vu que c’est surtout ça qui l’obsède."
Il ôte son haut et le lui tend. Elle l’enfile rapidement, puis se leve pour se blottir contre lui.
Sans Alex, elle serait déjà partie en courant. Pourquoi William n’était-il pas là ?
Alex capte alors le regard de Bastien. Il sort discrètement sa plaque et la montre. Bastien mit quelques secondes à comprendre pourquoi ce flic le fixait… puis il remarque la silhouette serrée contre lui.
On l’avait prévenu : il devait se tenir à distance de Diana, ne pas chercher le contact, surtout pas.
Il n’était pas là pour elle. Il était venu au cinéma par hasard, pour tuer le temps.
Victor avait été clair : ne t’approche pas d’elle.
Mais la voir ainsi, belle, réelle… ça le rendait fou.
Il baisse les yeux et recule légèrement. Il voulait montrer qu’il était inoffensif. Pour le policier surtout. Qu’elle passe pour parano. Cet après-midi, il avait déposé un bouquet devant sa porte. Son bracelet avait été enlevé pour une heure, pour un rendez vous médical hors périmetre... il en avait profité.
Il l’avait vue à travers la vitre, endormie sur le canapé. Il avait dû se faire violence pour ne pas entrer. Le bruit des voisins derriere la haie l'avait poussé à partir. Trop dangereux.
Est-ce qu’elle était toujours avec Blake ?
Ils semblaient proches.
Trop proches.
Il les observe de temps en temps, les mains du policier sur ses hanches, les joues qu’ils se frôlaient sans s’embrasser vraiment. Pas un couple, sans doute… mais ça n’atténuait pas sa jalousie.
Ni sa colère. Elle avait porté plainte contre lui. Elle lui avait tout pris.
Quand ils entrèrent dans la salle, Bastien hésite. Ce n’était pas le même film que le sien. Puis il constate que personne ne faisait attention à lui. Il les suit et s’installe loin, dans l’ombre. Assez loin pour ne pas attirer l’attention. Assez près pour être là.
Sa simple présence suffirait à la mettre mal à l’aise.
Diana soupire. Il était toujours là. Elle se serre davantage contre Alex. Elle savait qu’il ne le laisserait pas approcher. Alex l’embrasse doucement sur les cheveux.
" Détends-toi, ma jolie. Je le surveille. Profite du film."
Elle sourit faiblement. Heureusement qu’il était là.
Peu à peu, elle réussit à se laisser porter. Le film était plutôt bien, pour un « truc de mecs ». Alex passa son bras autour de ses épaules. D’ordinaire, il aurait plaisanté, mais son attention restait focalisée ailleurs. Pourquoi Bastien était-il là ? Trop grosse coïncidence.
Il envoit un message rapide au commandant et à William, sans quitter l’agresseur des yeux.
Quand le film se termine enfin, il ressent presque un soulagement. Il se penche vers Diana.
" On ne sort pas par le couloir. Trop sombre. On repasse par l’entrée."
Elle hocha la tête, reconnaissante.
Ce soir-là, plus que jamais, elle comprit à quel point la peur pouvait s’accrocher longtemps…
Ils filent jusqu’à la voiture.
Une fois les portières claquées, Diana laisse échapper un long soupir.
" Bon… j’ai peut-être paniqué pour rien. Il ne me regardait même pas tant que ça.
— Hum… non. Tu as bien fait," répond Alex en démarrant.
" C’est étrange qu’il soit au même endroit, à la même heure. Reste prudente… On mange où, ma jolie ?
— Je ne sais pas.
— J’en étais sûr. Fast-food ou resto en tête-à-tête ?
— On peut faire un fast-food… en tête-à-tête à la maison ? William rentrera peut-être avant minuit.
— J’espère, sinon il faudra que tu te trouves un autre prince charmant.
— Je prendrai Merlin. Avec un b****r, il se transformera peut-être en beau gosse."
Alex sourit et passe au drive. À peine repartis, Diana râle :
" Ne roule pas si vite, je vais tout renverser !
— Je suis à la vitesse autorisée.
— Mouais… Alex ! Ne fais pas exprès de dévier, tu sais que je déteste ça !
— C’est justement pour ça que je le fais.
— T’es qu’un chauffard !
— Ferme les yeux, tu verras moins le danger."
Elle gémit doucement, comme un chaton contrarié. Il éclate de rire, mais ralentit quand même.
Ils se garent sur le terrain.
Merlin les attendait déjà, fidèle au poste. Diana installe le repas sur la table basse pendant qu’Alex s’affalait sur le canapé en s’étirant.
" J’ai faim… Tu finiras tes frites ?
— J’ai pris une salade.
— Quoi ?! Mais t’es toute maigrichonne, tu dois te remplumer !
— J’ai regardé : c’est aussi calorique qu’un burger. Et j’ai pris une glace.
— Tu comptes la finir ?
— Morfale…"
Ils mangent en discutant de tout et de rien. Diana laisse Alex donner discrètement quelques miettes à Merlin, pourtant censé être au régime.
Elle savourait sa glace comme si c’était la meilleure chose au monde, yeux fermés, sourire aux lèvres. Alex la regardait, amusé, attendri. Il tente d’approcher sa cuillère.
" Bas les pattes ! Finis la tienne.
— Fais-moi goûter, je te laisse goûter la mienne en échange.
— Une cuillère. Pas plus."
Elle lui tend un peu de sa glace.
Elle ne voit pas l’éclat malicieux passer dans ses yeux. Il plonge à son tour sa cuillère.
" Ferme les yeux. Tu devras deviner le parfum."
Elle obéit sans méfiance… et sent soudain quelque chose sur sa joue.
" Alex ! T’es qu’un gamin ! Gaspiller de la chantilly !
— Ta tête quand je te l’ai étalée…"
Elle s’essuit en le fusillant du regard, puis remarque une trace blanche au coin de ses lèvres.
Elle s’approche et, avec douceur, efface la crème du bout du pouce. Alex attrape sa main avant qu’elle ne se retire.
Leurs regards se croisent. Un peu trop longtemps.
Alex se perd dans ses yeux noisette. Diana sent son cœur accélérer, sans comprendre pourquoi.
Le monde semble ralentir, comme suspendu entre un rire étouffé et quelque chose de plus fragile… de plus vrai..
Le jeune homme s'empresse de blaguer. Sinon, il allait l'embrasser. Voir plus. Il ne resisterais pas.
Il lui lêche soudain la joue :
" T'as de la chantilly là
- BEURK !! Alex ! Espèce de vieille limace baveuse ! t'es dégoutant !".