Alex se mord les lèvres.
" Tu… tu ne me frappes pas ?"
William lui tapote l’épaule.
" Diana est la femme de ma vie, mais je ne l’empêcherai jamais de partir avec quelqu’un d’autre si elle partage ses sentiments… même si cet autre, c’est toi. Je serais triste, bien sûr, mais pas jaloux de toi. Je ne t’en voudrais pas — sauf si tu ne la rends pas heureuse.
— Tu… tu la laisserais sortir avec moi, si elle le voulait ?
— Alex… je la laisserais même coucher avec toi, alors…
— Je… oui, enfin, tu sais que le sexe, pour moi, ça ne veut rien dire… Après, je ne sais même pas si c’est vraiment de l’amour. Je ne m’imagine pas lui être fidèle ou vivre une vie de couple. Ça ne m’attire pas… et en même temps, j’ai envie d’être avec elle. Mais… elle m’a friendzoné, donc…
— Oh… dur. Elle t’a dit qu’elle t’aimait comme un frère, j’imagine ?
— C’est ça… mais tu es sûr que tu ne m’en veux pas ?
— Tu ne couches pas avec elle derrière mon dos, alors pourquoi je t’en voudrais ? Et puis tu as été honnête avec moi, j’apprécie ça. Allez, ne te prends pas trop la tête, cousin… Tu as eu peur, c’est normal que tu sois confus.
— Je crois que je vais prendre un peu de distance quelques jours, pour voir si ça passe…
— Comme tu veux, mais je pense que tu es encore sous le choc.
— Et puis je ne veux pas être entre vous quand elle va rentrer. Déjà qu’il y aura tes beaux-parents…
— Oh… oui. J’avais oublié ce détail…
— Je te laisse aller la rejoindre. Ah, la bleue est passée d’ailleurs, elle l’a encore dragué.
— Ah oui… décidément, j’ai beaucoup de concurrence…".
Ils se sourient, et le jeune lieutenant retourne près de sa compagne.
Il s’installe à la place d’Alexis.
Son cousin est-il vraiment amoureux ? Il ne le pense pas. Alex est surtout très sensible. Ils formeraient un joli couple, ceci dit… mais sûrement conflictuel : Alex est un dragueur, et Foxy est très fidèle.
Et en parlant de Foxy…
" Huum… William ?"
Sa compagne se frotte les yeux et essuie rapidement ses lèvres.
" Je t’ai bavé dessus ?
— Non, je ne crois pas. Bien dormi ?
— Moui… mais j’étais persuadée que tu étais parti et que c’était Alex à ta place…
— C’était le cas, mais je suis revenu.
— Ouf… je pensais que je perdais la tête."
Elle se blottit un peu plus dans ses bras et respire son parfum.
" J’en ai marre d’être ici. Je rentre quand ? Et j’ai faim…
— Bientôt, darling. Sois patiente.
— Et le flacon de CBD, c’est toi qui me l’as apporté ?
— Non, c’est Granny. L’infirmière n’était pas d’accord…
— Ça m’a fait du bien. C’est gentil à elle d’être passée me voir.
— Elle t’adore, tu le sais bien… et elle n’est pas la seule, apparemment. Tu as une admiratrice, d’après Alex.
— Ah oui… c’est vrai. Heureusement qu’il est arrivé.
— Quel héros, ce brigadier. Toujours prêt à secourir les jeunes filles en détresse.
— J’espère que je ne lui ai pas bavé dessus…
— Tu bavais beaucoup quand tu t’es évanouie. C’est un effet du cyanure.
— Beurk… et tu m’as vue comme ça…
— J’étais bien trop inquiet pour m’arrêter à ce détail.
— J’ai faim…
— Je sais, mais ton estomac est sensible. Tu veux de l’eau ?
— Pfff… au moins ma mère sera contente, je vais perdre du poids.
— Tu en as déjà perdu. Personnellement, tu pourras manger tout ce que tu veux quand tu en auras le droit, je m’en fiche. J’ai eu trop peur de te perdre pour t’interdire quoi que ce soit.
— Je pourrais avoir un corgi, alors ?"
Il rit.
" Non… tout sauf le corgi. C’est ridicule. Je préfère les bâtards.
— C’est hyper intelligent !
— Merlin ne serait pas d’accord. Et puis ça doit coûter très cher.
— C’est un de mes rêves, tu sais…
— Un jour, peut-être… Je ne suis pas contre les chiens, mais je ne me vois pas avec un corgi au bout d’une laisse. Je nous imaginais plutôt avec un labrador.
— J’aime bien aussi."
Les deux amoureux passent un moment à discuter.
Diana a vraiment hâte de rentrer. Elle ne se sent pas à l’aise ici ; elle aimerait être tranquille chez elle.
Elle regarde le SMS de son père :
« Regarde comme on a avancé avec Patrice. »
La jeune fille ouvre de grands yeux en voyant la photo.
" Oh… mon père et mon beau-père ont cassé l’ancienne douche… Tu leur as dit qu’on avait un problème ?
— Oui. Ton père m’a dit de ne pas m’en inquiéter. Et Alex s’est arrangé pour que son ami installe la nouvelle avant ton retour. Tu pourras faire ta convalescence sans stress.
— C’est vraiment adorable… mais ça me gêne. Je vais mieux maintenant… enfin, ce n’est pas si grave…
— Tu plaisantes ? Tu as failli mourir. Tu as eu énormément de chance. Tu n’as que quelques lésions à l’estomac, mais ça aurait pu toucher les poumons ou le foie. Tu as un bon ange gardien, Foxy. Le cyanure est l’un des poisons les plus violents, même à faible dose.
— Je n’en ai vraiment pas bu beaucoup. Deux gorgées à peine… je me suis contentée de tremper mes lèvres."
Il lui caresse doucement le visage et effleure ses lèvres du bout des doigts.
"u as les lèvres gercées, et tu te mords toujours l’intérieur de la bouche… Au final, tu as bu une dose qui aurait pu être largement mortelle. Si le commissaire ne t’avait pas soupçonnée et arrêtée…
— Mouais… Il fait du zèle parce que c’est la résidence où vit sa belle-mère, j’en suis sûre.
— Ah oui ?
— Oui. Elle vit au dernier étage, je le croise parfois quand j’y vais. Ça doit être une femme assez aisée. En général, les riches aiment vivre au-dessus des pauvres…
— Donc notre victime n’était pas riche, alors ?
— Oh non… pas du tout. Et j’ai des bénéficiaires qui vivent vers le milieu de l’immeuble, eux sont plutôt de la classe moyenne.
— C’est intéressant, d’un point de vue social… Je pensais que dans ce genre de résidence, tous les habitants étaient plus ou moins friqués.
— Oh… ils l’ont sûrement tous été à une époque."
William réfléchit. La piste du cambriolage ne tient donc pas la route.
Quant à celle d’un déséquilibré injectant du poison au hasard dans des centres commerciaux, elle n’a pour l’instant rien donné.
" Dis-moi… tu n’as rien remarqué d’anormal ces derniers temps ?
— Je ne sais pas… je ne crois pas. Mais tu sais, j’ai un peu de mal à me rappeler…
— Ce n’est pas grave, ce n’est pas très important."
Il l’aide à s’asseoir dans le fauteuil.
Le médecin frappe à la porte, porteur d’une bonne nouvelle : elle a désormais le droit de manger… mais uniquement du liquide. William est bien plus enthousiaste que la jeune femme, qui grimace.
" Ce n’est pas vraiment manger…
— Tu as entendu le docteur, darling. Sois patiente.
— Votre compagnon a raison. Si vous mangez du solide maintenant, vous risquez d’avoir des maux de ventre, et cela retarderait votre sortie.
— Je sors quand ?
— Si vous respectez bien les consignes… dans quelques jours.
— Bon… je n’ai pas le choix, de toute façon. Merci, docteur.
— Vous avez toujours mal à la tête ?
— Non… enfin, de temps en temps seulement."
Le médecin discute encore un instant, mais Diana ne l’écoute déjà plus vraiment.
Est-ce que Merlin va bien ? Il ne doit pas aimer qu’on détruise la salle de bain. Sans compter que sa mère doit sûrement le rationner en croquettes… Elle en a marre du bruit des infirmières, des autres patients.
Quand le médecin s’en va, elle soupire.
" Pfff… vivement que je rentre. Je m’ennuie ici… et il n’y a rien à la télé.
— Oh, ça me fait penser…"
William sort un livre de son sac.
" Je t’avais acheté ça avant ton malaise…"
Ses yeux s’illuminent aussitôt. Elle le lui arrache presque des mains et le serre contre elle.
" Je ne l’avais pas lu ! Tu t’es souvenu que je le cherchais ?
— Je n’en étais pas sûr…
— Merci ! Tu es un ange…
— Ne le lis pas trop vite.
— Je vais essayer de faire durer le plaisir…"
Elle lui lance un regard légèrement provocateur, comme elle sait si bien les faire, puis commence sa lecture en bâillant.
Quelques jours plus tard, Diana est de bonne humeur.
Elle sort dans quelques heures.
Ses parents ne resteront pas longtemps : son père repart dès le lendemain. Sa mère et Patrice resteront un peu plus, mais ils ont pris une chambre à l’auberge du village pour leur laisser de l’intimité. Elle espère simplement que sa mère n’a pas trouvé sa planque à sucreries…
Elle tient désormais debout sans difficulté. La fatigue est encore présente, mais l’idée de rentrer chez elle lui redonne de l’énergie. Les nausées persistent parfois, souvenirs de sa fausse couche. Elle n’en a pas reparlé à William. Le manque est là, même s’il reste abstrait… Elle chasse ces pensées. Après tout, ce n’était même pas vraiment un bébé. Elle ne savait même pas qu’il était là.
Elle a aussi hâte de revoir Alex.
Il n’est pas revenu la voir. William dit qu’il a beaucoup de travail, mais elle a l’impression qu’il lui cache quelque chose. A-t-il replongé dans ses travers ? Elle espère que non.
Elle range le livre offert par William ainsi que les quelques cadeaux reçus. Elle se demande quoi faire de toutes les fleurs : le commissaire, son père, Guillaume Bonnette, Granny… Peut-être en prendre une ou deux ? Pas trop non plus, Merlin aime un peu trop les fleurs lui aussi.
Elle est évidemment en arrêt pour des semaines, peut-être plus.
Elle doit se reposer pour reprendre rapidement, mais y arrivera-t-elle vraiment ? Elle regarde l’horloge avec impatience. Angel ne devrait plus tarder…
Mais c’est Victor qui entre, suivi d’Alex, qui lui adresse son clin d’œil habituel.
Elle sourit, puis fronce aussitôt les sourcils.
" Commissaire ? Vous venez encore m’arrêter ?"
Il ricane légèrement.
" Non… au contraire. J’ai fait analyser votre blouse. Effectivement, aucune trace de javel. En tout cas, aucune trace récente. Le procureur estime qu’il n’y a plus de raison de vous considérer comme suspecte.
— Je vous l’avais dit…
— Ne vous réjouissez pas trop vite. Vous êtes toujours la dernière personne à l’avoir vue en vie, et pour moi, c’est très suspect.
— Oui, ben… ça, je n’y peux rien. J’ai juste pas eu de chance.
— En attendant, vous êtes libre de rentrer chez vous. Mais vous restez à disposition de la police.
— Hum… je suis en arrêt, de toute façon…
— Oh, je suis sûr que ça ne vous empêchera pas de vous attirer des ennuis."
Alex sourit en coin en voyant le regard noir que lui lance son amie. Il prend beaucoup sur lui pour supporter la présence de Victor. Leur relation est toujours froide, voire glaciale, mais le manque d’effectifs les force souvent à travailler ensemble. Il préfère nettement la compagnie de son oncle, mais celui-ci est absent aujourd’hui.
Diana hausse les épaules.
" De toute façon, cette fois, je n’y suis pour rien. Je n’ai aucun lien avec Madame Lamagat, aucun secret partagé, et nous n’étions pas proches. N’importe qui aurait pu boire ce café. Et si j’avais voulu la tuer, pour une raison quelconque, je me serais contentée d’attendre qu’elle meure de vieillesse. Quel intérêt de tuer quelqu’un qui a déjà un pied dans la tombe ?"
Le commissaire semble interloqué.
" Pardon ?
— Il aurait fallu un mobile sérieux pour tuer une bénéficiaire atteinte d’Alzheimer. On ne tue pas une vieille dame déjà mourante sans raison. Pour protéger un secret ? elle perdait la mémoire... le secret aurait été bien gardé... Et si j’étais une psychopathe qui tue par plaisir, je choisirais des victimes plus jeunes et en bonne santé.
— Vous êtes… surprenante, mademoiselle…"
Il se tourne vers son fils.
" Où est Blake ?
— Je ne sais pas. Sûrement en intervention."
Diana fronce les sourcils.
" Il devait venir me chercher il y a cinq minutes…"
Victor semble soucieux.
" Brigadier-chef, vous allez la raccompagner et rester avec elle jusqu’à l’arrivée du lieutenant. Je vais le prévenir. Il est possible que ce ne soit pas Madame Lamagat qui ait été visée par le cyanure… mais vous."
Elle grimace.
" Je passe de suspecte à victime de tentative de meurtre ? Vous changez souvent d’avis comme ça ?
— Avec un lieutenant à votre chevet jour et nuit, le tueur n’aurait pas pris le risque de finir le travail ici. Mais c’est une piste à explorer.
— Je n’ai pas d’ennemis… c’est ridicule.
— À part un admirateur obsédé par vos beaux yeux, récemment sorti de prison."
Elle pâlit. Il aime la voir vulnérable — et ça marche à chaque fois.
" Peu probable que ce soit lui… mais qui sait ? Peut-être d’autres admirateurs qui ne supportent pas de vous voir dans les bras d’un autre. Brigadier-chef, raccompagnez-la. Prenez la voiture. Je rentre à pied.
— À vos ordres, commissaire.
— À bientôt, mademoiselle. Profitez de votre arrêt pour vous reposer… vous avez l’air fatiguée."
Il tourne les talons. Elle grogne :
" Ouais…ben moi, au moins, c'est pas à cause de l'âge..."
Victor défroisse sa veste, amusé par son insolence.
Il quitte l’hôpital et se dirige vers un petit bar miteux à proximité, où l’attend un homme aux cheveux bouclés.
Celui-ci tente de dissimuler, du bout du pied, le bracelet électronique attaché à sa cheville.
Le bar sentait le tabac froid et l’alcool bon marché. Un de ces endroits où l’on ne pose pas de questions et où les regards glissent sans s’attarder. Victor pousse la porte sans hésiter. Il connaissait l’endroit. Il savait surtout qui il venait y trouver.
Bastien était installé au fond, dos au mur. Une habitude qu’il n’avait pas perdue. Cheveux bouclés en bataille, traits tirés, regard méfiant. Son verre de bière était intact. Il n’avait pas bu.
Quand il aperçut Victor, sa mâchoire se crispe imperceptiblement.
" Commissaire, " lance-t-il d’une voix neutre.
Victor s’assoit face à lui sans commander. Il le détaille un instant, lentement. Le bracelet électronique brillait faiblement sous la table, trahi par un mouvement nerveux du pied.
" Sorti depuis combien de temps ? " demande-t-il enfin.
" Trois semaines.
— Et déjà dans un bar miteux. J’aurais espéré mieux."
Bastien hausse les épaules.
" C’est autorisé. J’ai le droit de sortir jusqu’à vingt-deux heures. Et j’avais besoin de… bruit."
Victor esquisse un sourire sans chaleur.
" Tu as surtout besoin d’argent. Et d’un but."
Le regard de Bastien se durcit.
" Si vous êtes là pour me faire la morale, je peux partir.
— Non. Si j’étais là pour ça, tu serais déjà menotté."
Un silence s’installe. Victor pose enfin ses coudes sur la table.
" Je vais être direct. J’emploie parfois des gens comme toi."
Bastien fronce les sourcils.
" Des anciens taulards ?
— Des criminels qui veulent se racheter, " corrige Victor.
"Ou au moins survivre sans replonger. Vous êtes souvent plus loyaux que les citoyens modèles. Vous savez ce que coûte une erreur."
Bastien serre les dents.
" Et vous me voulez pour quoi ? Faire peur ? Casser des jambes ?
— Rien d’aussi grossier. De la discrétion. De l’observation. Des services que je ne peux pas confier à mes hommes sans laisser de traces.
— Et pourquoi moi ?"
Victor le fixe droit dans les yeux.
" Parce que tu sais obéir. Parce que tu n’as plus rien à perdre. Et parce que si tu me trahis, ton bracelet ne sera pas ton seul problème."
Bastien baisse les yeux un instant, puis ricane.
" Vous êtes honnête au moins.
— Toujours. Parlons conditions."
Il leve un doigt.
" Première règle : tu n’approches jamais Diana Roux."
Le nom eut l’effet d’une gifle. Bastien se fige.
" Je… je ne…
— Je sais ce que tu ressens, " coupe Victor.
" Justement. Tu te tiens éloignée. Pas de messages, pas de filature, pas de tentatives pathétiques. Si j’apprends le contraire, je te renvoie directement là d’où tu viens."
Il leve un deuxième doigt.
" Deuxième règle : tu ne dis à personne que tu travailles pour moi. Tu es seul. Officiellement, tu n’es rien pour moi. Je ne te connais pas.
— Et si je me fais choper ?
— Alors tu assumes. Et je n’existe pas."
Bastien inspire profondément.
" Et si j’accepte… je gagne quoi ?"
Victor se penche légèrement vers lui.
" De l’argent. Une protection officieuse. Et peut-être… une vraie seconde chance. Je peux appuyer ton dossier, accélérer certaines choses. Mais seulement si tu restes à ta place."
Un long silence. Bastien fixe son verre, puis releve les yeux.
" Vous jouez avec des vies, commissaire."
Victor sourit enfin. Un sourire bref, dangereux.
" C’est mon métier."
Bastien hoche lentement la tête.
" D’accord. J’accepte.
— Bien."
Victor se leve, lisse sa veste.
" Tu recevras des instructions. En attendant, reste invisible. Et souviens-toi : Diana Roux est hors de portée."
Il tourne les talons sans attendre de réponse.
Bastien reste seul, le regard perdu, le poids du bracelet électronique soudain plus lourd que jamais.
Il venait de sortir de prison.
Et pourtant, il venait d’y remettre un pied.
Ses pensées divaguent vers la femme qui l'obséde..
Alex fait bonne figure. Il est heureux de la revoir, même s’il aurait préféré garder encore un peu de distance.
" Alors ? Contente de rentrer ?
— Oui… mais j’espère qu’il ne va pas accaparer William trop longtemps.
— Tu veux que j’essaie de l’appeler ?
— Non, ça ira. S’il est en retard, c’est qu’il a une bonne raison. J’espère juste que toi, tu n’avais rien de prévu… apparemment, tu assures ma protection.
— Tant que je suis là, personne ne te touchera. Qui sait ? Ça finira peut-être comme pour William et toi…
— C’est-à-dire ?
— Je te protégerai jusque dans ton lit, et tu réaliseras que je suis l’homme de ta vie.
— Imbécile."
Son rougissement le fait sourire. Il plaisante, bien sûr… mais ces quelques jours loin d’elle lui ont pesé plus qu’il ne veut l’admettre. Amitié ou autre chose ? Il n’en est pas sûr. Il lui tend le bras pour l’aider à marcher et l’accompagne jusqu’à la voiture.
" Tu as eu beaucoup de travail cette semaine ?
— Un peu. Et je voulais te laisser te reposer.
— Tu ne me déranges jamais. J’aime bien te voir.
— C’est réciproque, ma jolie."
Il pose brièvement la main sur sa cuisse, puis la retire aussitôt. Elle somnole pendant le trajet. Elle a repris des couleurs, même si elle a maigri. Il se gare devant chez elle. Sa mère les attend.
" Comment ça se fait que ce soit vous qui la rameniez ?
— William est sur une nouvelle piste concernant l’empoisonnement. Il voulait avancer vite.
— Hum… il a le sens des priorités…
— Maman… il fait juste son travail.
— Lieutenant ou pas, il a déjà des responsabilités de capitaine.
— Merlin est là ?"
Le chat déboule aussitôt, reconnaissant les voix. Il se frotte à ses jambes, rassuré.
" J'en étais sur ! je le savais que mon humaine préférée allait revenir !! Chantale m'a affamé !! .
Elle s’accroupit avec difficulté.
" Tu m’as manqué, mon amour…"
La mère sourit, surprise.
" On ne l’a presque pas vu de la journée. Il a dû entendre ta voix. Donne ton sac, j’ai tout rangé.
— Ce n’était pas la peine…
— Si, si."
Alex se mord la lèvre pour ne pas rire. Il aide Diana à monter, lui prépare un chocolat chaud pendant que sa mère lance une machine. Il l’embrasse sur le front, puis sort vérifier le verger.
Diana découvre sa nouvelle salle de bain avec étonnement, puis s’affale sur le canapé. La tasse chaude lui réchauffe les mains. Merlin s’installe contre elle en ronronnant. Tout a été refait comme elle le voulait. Elle ne comprend pas pourquoi on en fait autant… elle va mieux.
Alex revient.
" Tu as tes premières cerises, Didi."
Il lui tend deux fruits rouges. Elle sourit.
" J’espère que les merles ne vont pas tout manger.
— Si tu les cueilles à temps, tu en auras plein. Tu voudras de l’aide ?
— J’aurais peur que tu tombes de l’arbre.
— T’es mignonne."
La mère observe la scène, un sourcil levé, quand il embrasse Diana sur la joue.
Quelque chose se joue, là… même si sa fille ne semble pas s’en rendre compte.
" Vous allez rester longtemps ?"
Alex affiche son plus beau sourire.
" Jusqu’à ce que William rentre. C’est un ordre du commissaire. Il veut se racheter de t’avoir accusée à tort.
— Hum… il en met du temps… Bon, je vais préparer le repas."
Alex s’entend tout de suite avec le père et le beau-père de Diana, qui le trouvent très sympathique. Elle ne peut pas leur donner tort… même si elle préférerait être avec William.
Ils débarrassent quand Merlin dresse soudain les oreilles.
William arrive, des fleurs à la main. Diana se jette dans ses bras.
" Enfin… tu m’as manqué.
— Toi aussi, darling. Désolé, j’allais arriver quand le commissaire m’a prévenu que tu partais avec Alex."
Elle sent la manœuvre derrière cette phrase, mais n’insiste pas.
Alex prend congé après lui avoir expliqué l’inquiétude de Victor. Les parents partent à leur tour, rassurés. Sa mère glisse avant de fermer la porte :
" Il y a une assiette pour vous au frigo."
Ils soupirent ensemble, enfin seuls.
William fait réchauffer son plat.
" Si ça se trouve, elle a mis quelque chose dedans…
— Elle en serait capable."
Il s’excuse encore de son retard. Elle le rassure. Le commissaire pense maintenant qu’elle était peut-être la véritable cible. William insiste : elle doit se reposer.
" Tu crois qu’ils vont m’envoyer un policier demain ?
— Probablement. Sinon… Alex peut passer.
— Il était bizarre aujourd’hui…"
William hésite, puis soupire.
" Il est un peu perturbé. Il pense qu’il a peut-être des sentiments pour toi.
— Oh…
— Il ne sait pas vraiment ce que c’est, l’amour. Il a eu peur de te perdre.
— Dans ce cas, qu’il ne vienne que s’il en a envie."
William acquiesce, répond à un message. Diana le sent distant.
" Ça ne te dérange pas ?
— Non. Tu es libre. Je ne te retiendrai jamais.
— Il faudrait déjà que je veuille te quitter."
Elle se serre contre lui. Il comprend aussitôt : elle a besoin de réconfort.
" Tu veux regarder une série ? Ou je te fais un chocolat ?
— Mange d’abord. Je vais lire un peu au lit."
Plus tard, Diana écrit à Alex.
Il est avec une fille.
Elle sourit : "si tu étais amoureux, tu ne serais pas avec une autre".
Il lui répond :
" Will t'as dit..?
- j'ai insisté
- peut être que je suis tellement amoureux, que j'oublie mon amour impossible dans les bras d'autres filles..
- Je comprend que tu sois amoureux de moi, tu sais, je suis géniale..
- et si modeste..
- ne l'a fait pas attendre imbécile !".
- j'espère ne pas me tromper de prénom..".
Dans la soirée, elle se lève pour fermer les volets. En ouvrant la fenêtre, elle entend William au téléphone.
"… demain peut-être… une affaire délicate… pour l’enfant aussi… on doit être discrets…
Elle s’agrippe au rebord.
" je cherche un studio…"
Le vertige la saisit.
Ses jambes fléchissent. Le monde tangue.
Ses jambes finissent par lâcher. Vraiment. Elle se sent basculer. Et s'écroule sur le rebord de la fenêtre.
William raccroche, une intuition fulgurante. Il monte en courant et la rattrape de justesse.
" Diana ! Tu as failli passer par la fenêtre !"
Il la fait asseoir, paniqué, puis s’excuse aussitôt. Elle pleure, confuse.
" C’est sûrement la fatigue. Je vais appeler le SAMU.
— Non…
— Juste pour me rassurer."
Il lui fait boire de l’eau sucrée, la garde contre lui, lui masse les épaules.
Elle évite son regard. Dans sa tête, les mots tournent en boucle : l’enfant, le studio, discrets.
"— Promets-moi d’être prudente demain.
— Mes parents seront là…
— Je t’aime. Quelque chose t’inquiète ?
— Non… je dois être fatiguée."
Il l’embrasse dans la nuque. Elle finit par se détendre et s’endort contre lui. Il la couche doucement, va fermer la maison, puis la rejoint.
Elle se blottit contre lui, caresse sa barbe.
" Je t’aime tellement…
— Moi aussi. J’espère qu’un jour tu accepteras d’être madame Blake.
— Il y a déjà une madame Blake… mais j’y penserai."
Il sourit et ferme les yeux.