Deux jours plus tard, Diana soupire, aux prises avec une petite fille qui refuse obstinément de manger. La reprise n’était décidément pas simple. Du haut de ses deux ans, la fillette l’avait un peu « oubliée » pendant son arrêt, et il fallait maintenant tout reprendre à zéro, la réapprivoiser… avec douceur et patience.
Diana détourne l’attention de Julia du repas. Elle mélange la purée de betterave à un peu de yaourt : la couleur rose est plus attirante, l’odeur moins forte. La stratégie fonctionne. Julia finit par ouvrir la bouche et manger sans protester.
Une fois la petite couchée pour la sieste, Diana s’assoit enfin dans le canapé. William l’avait interrogée, avant-hier soir, sur la présence d’Alex. Il trouvait ça étrange. Elle avait tenu son alibi, et il avait fini par lâcher l’affaire.
Le lieutenant avait ensuite répondu à un appel. Encore un. Cette fois, elle s’était forcée à ne pas écouter, même machinalement. L’appel avait duré plus d’une heure. Résignée, elle avait regardé seule un épisode de leur série. Elle était montée se coucher peu après, avec ce sentiment désagréable de ne pas vraiment profiter de son compagnon.
Il avait été très présent ces derniers temps, presque trop… et pourtant, par moments, il semblait ailleurs. Diana essayait de ne pas se sentir déçue.
Elle jette un œil à l’écran du babyphone : Julia dort profondément.
Elle prend enfin le temps de lire le message de William.
« Hello Foxy, tu as bien pris tes vitamines ce matin ? Pense à boire aussi. On déjeune ensemble ce midi ? »
Diana grimace. Depuis l’hôpital, Will se comportait davantage comme une mère inquiète que comme un petit ami.
« Oui, t’en fais pas… Si tu veux, j’ai un peu de temps tout à l’heure. »
Elle profite de la sieste pour repasser tranquillement. Sa mère ne devrait plus tarder.
Lorsque la maman de Julia arrive, Diana se rend chez Madame Crespin, une octogénaire diabétique.
La maison est silencieuse. La vieille dame semble dormir. Diana referme la porte doucement et s’approche.
Depuis Madame Lamagat, elle se méfie.
Respire-t-elle bien ?
" Madame Crespin ?"
L’angoisse monte. Pas encore un décès…
Elle pousse un cri lorsque la bénéficiaire se redresse brusquement.
" Bhou !"
La vieille dame éclate de rire.
" Vous marchez à chaque fois, ma petite… déjà de retour ?"
Diana pose une main sur sa poitrine, son cœur battant à tout rompre.
" Vous ne m’emporterez pas au paradis, Madame Crespin… Oui, je vais mieux.
— Oh, vous savez… le Bon Dieu, depuis le temps que je lui demande de me reprendre, il doit pas vouloir de mon humour.
— Il faut dire qu’il est assez particulier. Vous êtes encore en forme. Pourquoi ne pas inviter vos amies du club de bridge ?
— Ces vieilles chouettes ? Non merci. Laissez donc ce balai et aidez-moi plutôt à faire mes bocaux.
— Comme vous voulez."
Aider les gens à préserver leur autonomie, c’est l’essence même du métier. Et ils restent libres de refuser. Diana aide volontiers Madame Crespin à préparer ses conserves, fait la vaisselle, puis s’assoit un moment pour discuter avec elle.
La vieille dame est gentille, mais très solitaire. Certaines de ses pensées, parfois sombres, inquiètent Diana. Beaucoup de personnes âgées parlent de mourir, mais souvent lorsqu’elles souffrent ou sont très diminuées. Elle note néanmoins ses observations dans le cahier de liaison afin que ses collègues restent vigilantes.
En rejoignant sa voiture, Diana regarde autour d’elle. Elle ne peut s’en empêcher. L’ombre de Bastien plane encore, malgré elle.
Elle se rend ensuite près du commissariat et s’assoit sur un banc, à l’endroit de leur rendez-vous. William tarde. Elle lui envoie un message pour lui rappeler qu’elle n’a pas trois heures de pause non plus. Pas de réponse.
Elle s’apprête à partir quand Victor et son fils sortent du poste.
" Mademoiselle Roux ? Vous attendez le lieutenant ?
— Bonjour, commissaire."
Elle embrasse Alex, puis grimace légèrement.
" On devait déjeuner ensemble, mais il doit être occupé."
Victor semble surpris.
" Il est parti déjeuner avec la recrue… ah… j’oublie son prénom…"
Alex lève les yeux au ciel.
" Avec « la bleue », Sophie. Il y a déjà un moment. Mais je me porte volontaire pour le remplacer, si tu veux. Ça nous entraînera."
Victor sourit.
" On m’a dit que vous étiez d’accord. J’en suis ravi. Mais ce n’est pas dans les habitudes du lieutenant Blake de vous laisser en plan… Il devait avoir des choses à dire à sa jeune collègue."
Diana saisit le sous-entendu, mais ne relève pas. Elle se contente de sourire.
" Sûrement. Ce n’est pas grave. Votre fils est un lot de consolation tout à fait acceptable."
Alex la prend par la taille.
" Allez, je t’invite. Tu verras, je peux être aussi galant que William."
Victor en doute ouvertement.
" Je compte sur vous, mademoiselle, pour lui apprendre les bonnes manières.
— Je ne promets rien, mais je vais tâcher de le rendre un peu plus civilisé.
— Je suis sûr que vous ferez des miracles. Je vous attends le week-end prochain. Samedi, dix-sept heures. Vous aurez le temps de découvrir vos chambres."
Diana acquiesce.
Victor prend congé, non sans un léger regret, et les regarde s’éloigner.
Il avait vu Blake partir avec la jeune policière. Diana n’avait pas semblé mal le prendre, mais il savait qu’elle était parfois jalouse.
Blake restait son meilleur élément. Il avait pris beaucoup de retard sur certaines affaires à cause de la jeune femme et de cet empoisonnement regrettable. Victor le surchargeait volontairement d’heures supplémentaires, sans se soucier de sa vie privée. Cela l’arrangeait.
Alex entraîne Diana dans un petit fast-food non loin du commissariat. Elle ne cesse de regarder son téléphone, l’air un peu triste. Il commande sa salade favorite sans même lui demander.
" Tiens, ma jolie… on s’installe dedans ?
— Si tu veux…"
Ils prennent place près de la vitrine. Diana pose son sac à ses pieds, encore un peu ailleurs.
" Je suis désolé qu’il t’ait posé un lapin, " dit Alex doucement.
" Ce n’est pas très grave…"
Elle hausse les épaules, mais sa voix la trahit.
" C’est juste que… entre la dernière fois où on a mangé tous les trois et aujourd’hui, je l’ai à peine croisé."
Alex fronce légèrement les sourcils.
" Il s’est passé quelque chose après mon départ ?
— Il a eu un appel. Une heure entière. Du coup, je suis allée me coucher, j’étais trop fatiguée pour l’attendre."
Elle soupire.
" Et depuis l’hôpital, j’ai l’impression qu’il se comporte comme ma mère. Il surveille tout : ce que je mange, ce que je bois… C’est gentil, mais c’est frustrant.
— Je vois… Il est débordé en ce moment. Ce n’est pas une excuse, mais essaie de ne pas trop te prendre la tête. Ça ira sûrement mieux d’ici quelque temps.
— J’espère…"
Elle joue avec sa fourchette.
" On ne fait plus grand-chose ensemble. Il est toujours occupé, ou ailleurs. Je passe plus de temps avec toi qu’avec lui… même si ça ne me dérange pas, mais…
— Mais je ne suis pas William, termine Alex avec douceur."
Il la regarde sérieusement.
" Je comprends. Tu veux que j’essaie de lui en parler ?
— Je ne sais pas… Je n’ai pas envie qu’il culpabilise. Je sais qu’il travaille beaucoup pour rattraper le temps où il m’a veillée à l’hôpital.
— Ce n’est pas pour autant qu’il doit oublier qu’il a une vie privée."
Elle hésite, puis relève les yeux.
" Tu crois que ton père a voulu me rendre jalouse ?"
Alex esquisse un sourire.
" Il ne sait pas que Sophie est lesbienne, donc oui… c’est bien possible."
Il la taquine.
" Allez, arrête de te faire du souci. J’aime pas te voir comme ça."
Elle rit enfin, de bon cœur. Alex se penche vers elle et lui chuchote quelques ragots croustillants sur ses collègues. Diana secoue la tête, amusée, retrouvant un peu de légèreté.
William n’était pourtant pas loin.
Dans le restaurant voisin, il déjeunait avec Sophie. Il voulait la mettre au courant de l’affaire Pauline : dans ce genre de situation, avoir une femme dans l’équipe pouvait être un atout. L’homme jaloux se méfiait moins des policières.
Pendant toute la discussion, une vague impression l’avait poursuivi. Comme un détail oublié.
Ils sortent enfin du restaurant, prêts à retourner au poste. Et là, son regard accroche une scène qui lui fait l’effet d’un coup de poing.
Alex, penché vers Diana. Elle rit aux éclats.
Le rendez-vous.
Le déjeuner.
" Oh… merde."
Sophie arque un sourcil.
" Un souci, lieutenant ?
— Non… enfin si. J’ai juste oublié un rendez-vous."
Il se fige une seconde.
" Rentre au poste. J’arrive.
— D’accord."
Elle s’éloigne, jetant malgré elle un dernier regard à la jolie compagne de son chef. Elle n’insiste pas. Il y en a clairement un qui a sauté sur l’occasion.
William traverse la rue et pousse la porte du fast-food. Les deux amis plaisantent encore et ne le remarquent qu’au moment où il s’assoit à leur table, visiblement mal à l’aise.
" Darling…?"
Alex comprend immédiatement. Il se lève avec un sourire un peu trop calme.
" Bon… je vous laisse tous les deux."
Il se tourne vers Diana.
" J’ai déjà payé, Didi."
Il l’embrasse sur la joue, puis pose une main appuyée sur l’épaule de son cousin avant de partir.
William rapproche sa chaise, nerveux.
" Je suis vraiment désolé… Je t’ai—
— Oubliée, le coupe-t-elle. Je sais."
Sa voix est douce, mais distante.
" Ce n’est pas grave. Alex était libre. J’ai quand même passé un bon moment.
— Je n’ai pas d’excuse, c’est juste que j’étais—
— Avec Sophie. Je sais. Le commissaire ne s’est pas gêné pour me le dire."
Elle esquisse un sourire.
" Ne t’excuse pas. Ce n’est rien.
— Tu es sûre ?"
Il la connaît trop bien. Ce sourire-là est forcé.
" Je sais que tu es triste. Je le vois bien.
— Ce n’est juste pas agréable d’être oubliée, c’est tout."
Elle se lève.
" Écoute, je dois y aller. Je vais être en retard. Et toi aussi, tu devrais retourner au travail.
— Je ne rentrerai pas tard, promis.
— Moi si. Je garde des enfants."
Elle l’embrasse rapidement, presque par habitude, et s’éloigne sans se retourner, le laissant seul à la table.
William ne la suit pas. Courir après elle ne ferait qu’aggraver les choses.
Il retourne au commissariat et rejoint son bureau dans l’open space. Son brigadier-chef l’observe à peine quelques secondes avant de comprendre.
" Laisse-moi deviner… les excuses n’ont pas vraiment marché ?"
William se laisse tomber sur sa chaise, la mâchoire crispée.
" J’ai merdé.
— Elle t’en veut, c’est ça ?"
Son ami affiche une mine sombre.
" Oui… Elle dit que ce n’est pas grave, mais je sens bien qu’elle est déçue. Elle t’a dit quelque chose ?
— Oui. Elle a l’impression que tu te comportes plus comme sa mère que comme son petit ami. Et qu’en même temps, tu la délaisses."
Il soupire.
" Elle n’ose pas t’en parler parce qu’elle culpabilise. Elle sait que tu rattrapes le temps où tu l’as veillée."
William passe une main sur son visage.
" D’accord… donc elle t’a vraiment parlé.
— Elle était triste, Will. Et franchement, tu travailles beaucoup.
— Trop d’affaires en retard…"
Alex redresse la tête.
" Justement. J’ai peut-être une piste pour Madame Lamagat. Tu savais que la collègue que Diana remplaçait est enceinte ?
— Non. Et alors ?
— Le père, c’est le petit-fils. Il a dix-sept ans.
— Oh, merde…"
William se fige.
" Tu crois qu’elle était au courant ? Mais pourquoi la tuer ? Avec sa maladie, elle oubliait tout…
— Pas tout. Ce n’était pas encore si avancé.
— Il va falloir les interroger.
— Ils t’attendent déjà en salle d’interrogatoire."
William le regarde, surpris.
" Tu es efficace… Comment tu as compris pour le père ?
— J’ai interrogé la femme ce matin. Il était avec elle, à parler du bébé. Il est très excité à l’idée d’être père. Sa mère, en revanche, avait l’air de tomber de haut.
— Tu m’étonnes… elle a quarante-deux ans.
— Peut-être qu’elle en savait plus qu’on ne croit. Et qu’elle a voulu se débarrasser de la compagne de son fils."
Il hésite.
" L’aide à domicile n’avait pas l’air ravie de le voir. Ni de me voir, d’ailleurs. J’ai l’impression qu’elle ne veut pas qu’il s’occupe de l’enfant.
— On va creuser. J’envisage les deux pistes."
Alex ajoute, avant de partir :
" Ah, et je crois aussi tenir quelque chose pour le père du gosse de Pauline. Je te tiens au courant."
William acquiesce.
" Je te laisse gérer. Je vais les interroger."
Les deux hommes échangent un sourire. Blake part interroger ses suspects, tandis qu’Alex se dirige droit vers un policier et le saisit par le col.
" Guillaume ! Ça va, mon pote ?"
Le jeune homme grimace. Alex n’a jamais vraiment été un ami, surtout depuis qu’il avait eu la mauvaise idée d’embêter la copine de l’Anglais. Des camarades de beuverie, tout au plus.
" Euh… ouais. Ça va. Et toi ?
— Dis-moi… tu connaîtrais pas une Pauline ? Blonde, grande, plutôt mignonne… à peu près ton âge."
Bonnette fronce les sourcils.
" Ça me dit rien.
— Réfléchis. Il y a cinq, six ans, peut-être ?
— J’sais plus… peut-être. Pourquoi ?"
Alex hausse les épaules, faussement léger.
" Comme ça. Je voulais juste être sûr de pas coucher ce soir avec une de tes ex. J’évite, en général.
— Ça me dérangerait pas, t’inquiète."
Alex lui ébouriffe les cheveux dans un geste de camaraderie et s’éloigne aussitôt.
Guillaume le regarde partir, troublé. Pauline… Un prénom qu’il s’était forcé à oublier.
Alex sourit pour lui-même. Dans sa main, deux cheveux arrachés au passage. Il ne reste plus qu’à les comparer avec ceux du gosse.
Bonnette père ?
La blague.
Mais si c’est le cas, il a le droit de savoir. Et, pour une fois, Diana n’avait peut-être pas tort : il avait l’air d’avoir changé.
L’aide à domicile n’en mène pas large face au lieutenant Blake. Il lui rappelle calmement les risques encourus si les parents du jeune homme décident de porter plainte. Elle baisse les yeux et tente de se justifier.
" Je n’ai pas de sentiments pour lui… Il me draguait, j’ai fini par céder. C’était flatteur."
Elle hésite, puis poursuit :
" Il s’est attaché. On s’est revus une ou deux fois… et j’ai découvert que j’étais enceinte. C’était inespéré. Je voulais garder l’enfant. Je ne comptais même pas lui dire, mais il s’en est rendu compte.
— Et votre ex-bénéficiaire ? Elle était au courant ?
— Non. Elle savait pour la grossesse, mais je lui ai dit que c’était une PMA.
— Vous l’appréciiez ?
— Oui… un peu. On doit garder nos distances, mais on s’attache toujours.
— Et la mère du jeune homme ? Elle savait ?
— Non. Je ne les voyais jamais. Je suis même sûre qu’ils ne connaissaient pas mon prénom.
— Il aurait pu leur en parler ? Leur avouer ses sentiments ?
— Il m’avait promis que non. Il voulait attendre ses dix-huit ans."
William marque une pause.
" Avez-vous remarqué quelque chose d’étrange ces derniers mois ? Un comportement, une inquiétude ?
— Peut-être… une dispute avec un voisin. Je n’ai pas vraiment écouté. Il était question de lettres, je crois."
Blake pense immédiatement à celles évoquées par Diana. Elles sont sur son bureau.
" Très bien. Restez à disposition de la police."
Elle s’éclipse sans demander son reste.
William interroge ensuite le jeune homme. Transi d’amour, il ne lui semble pas capable d’empoisonner de sang-froid sa grand-mère adorée. L’analyse de son ordinateur n’a rien donné de concluant. Il est relâché à son tour.
Blake retourne alors aux lettres.
Diana n’avait pas menti. C’était… croustillant, comme dirait Alex. Jalousie, déclarations enflammées, poèmes : une relation intense et conflictuelle. Mais un crime passionnel à cet âge, avec du cyanure injecté… non. Ça ne colle pas.
Il soupire.
" Lieutenant ?
— Oui, Jordan ?
— Pour la piste de l’empoisonneur au hasard… vous ne pensez pas qu’on devrait vérifier les petites supérettes de quartier ? Il y a moins de surveillance.
— Pas bête. Occupe-toi de celles proches de la victime.
— Et les histoires de piqûres dans les fêtes ? Vous croyez qu’il peut y avoir un lien ?
— Peut-être. Il n’y a pas eu de décès, mais creuse. Tu as carte blanche."
Jordan sourit, fier de la confiance accordée.
Resté seul, William réfléchit. Comment rattraper le coup avec Foxy ? Elle finit tard… Peut-être une soirée simple. Pas un cadeau. Juste être là.
Alex le rejoint.
" Alors, les interrogatoires ?
— Rien de concluant. Jordan creuse ailleurs.
— Et toi, tu penses à quoi ?
— À comment me faire pardonner."
Alex sourit.
" C’est simple. Elle veut passer du temps avec toi.
— On a déjeuné ensemble récemment…
— J’étais là. Et c’était expédié. Sois présent quand elle rentre. Comme un petit ami.
— Des fleurs ?
— Inutile. Ce qu’elle veut, c’est toi. Une vraie soirée. Et sois plus présent, tout simplement.
— Je le suis…
— Non. Tu es présent comme une mère. Arrête de lui rappeler ses médicaments."
William grimace.
" Je fais ça pour son bien.
— T’es son mec ou son médecin ? Elle passe plus de temps avec moi qu’avec toi.
— Je sais… c’est compliqué en ce moment.
— Elle a juste besoin de sentir que tu ne l’abandonnes pas.
— Je vais lui préparer un dessert."
Alex ricane.
" Et pense à lui rappeler pourquoi elle est avec toi. Depuis quand tu ne l’as pas touchée ?
— Je… sais plus.
— Sérieusement ? À sa place, j’aurais déjà couché avec ton meilleur ami.
— Alex… y a pas que ça dans un couple."
Alex hausse les épaules, amusé.
De son côté, Diana est un peu triste. Elle s’en veut d’être partie si vite. Elle était vexée… plus vexée qu’elle ne l’avait laissé paraître.
Bien sûr, William avait des responsabilités, un travail prenant. Mais le sien aussi l’était, et pourtant elle arrivait à trouver du temps. Ce qui lui faisait vraiment mal, c’était le lapin. Et le fait que le commissaire s’en soit aperçu. La honte. Heureusement qu’Alex était là.
Elle savait à quoi s’attendre en acceptant de sortir avec un policier. C’était le jeu. Elle n’aimait pas rester fâchée avec lui.
Les heures passent lentement. Les enfants sont plus sages que les personnes âgées, finalement. La plus grande joue à la console pendant que Diana lit une histoire à la plus petite.
Il est vingt et une heures quand elle rentre enfin chez elle.
À sa grande surprise, William est déjà là. Une odeur de chocolat chaud flotte dans l’air. Il l’accueille avec un b****r qui lui coupe le souffle.
" I’m sorry… Je ne me rendais pas compte à quel point c’était difficile pour toi.
— Je t’ai dit de ne pas t’excuser… J’ai été vexée, c’est tout.
— Je sais que je te couve en ce moment…
— Je sais que tu fais ça pour moi, mais…
— Je ne suis pas ta mère."
Il esquisse un sourire.
" Alex m’a raconté.
— Tu as beaucoup de travail, et c’est un peu de ma faute… mais j’ai l’impression de voir plus Alex que toi en ce moment.
— Je sais. Et je te promets que ça va changer. Il faut juste un peu de patience."
Elle baisse les yeux.
" J’ai l’impression qu’on s’éloigne… et ça me fait peur. Tu me manques.
— Ce soir, je suis là. Et je te promets que je ne t’oublierai plus."
Il la serre contre lui, l’embrasse longuement. Il a prévu quelque chose de simple.
" Chocolat chaud et muffins caramel beurre salé.
— Devant notre série ?
— Oui. Et je suis à tes ordres."
Elle sourit.
" Ça fait longtemps…
— Alex m’a dit que s’il était à ma place, il aurait déjà couché avec mon meilleur ami.
— Ça ne m’étonne pas… mais je n’en suis pas à ce point-là."
Elle se blottit contre lui. William coupe discrètement son téléphone et met le commissaire sur messagerie. Il a pris sa soirée.
" T’as mis du gingembre dedans ?
— Peut-être…"
Leurs regards se croisent. Le reste vient naturellement.
Plus tard, ils restent un moment allongés, reprenant leur souffle. Diana repose sur son torse.
" Finalement… ce n’est pas si mal d’avoir attendu.
— C’était… intense."
Il lui caresse doucement le dos, repensant aux paroles d’Alex plus tôt.
" Tu savais qu’il existe des “langages de l’amour” ?
— oui… tu sais ça toi ?
— Alexis m'a expliqué . Le tien, c’est le contact. Et le temps passé ensemble. Et les mots."
Elle hoche la tête.
" J’ai besoin de sentir que je compte. Que je suis unique. Alex me surprendras toujours...
— D’accord… j’y ferai attention.
— Et toi ?
— Les petites attentions. Quand tu me laisses un mot, ou mon verre préféré, ou que tu fais attention à mes habitudes… ça me touche vraiment.
— Je m’en doutais."
Elle sourit, puis se lève brusquement.
" Il est super tard ! Si je loupe ma routine, je ne dormirai pas."
Elle file sous la douche.
William l’observe, amusé. Il ferme les volets, fait entrer Merlin, le nourrit et le brosse malgré les protestations félines.
" Tu perds tes poils Merlin !
- Mais de quoi je me mêle Sherlock !? Occupe-toi déjà du plumeau sur ta tête, après on reparlera de mes poils !
- Reste tranquille ! bon sang ! on pourrait faire un pull avec tes poils ! j'en retrouve jusqu'au commissariat..,
- Je ne perds pas mes poils, je parsème ton territoire de ma présence. C’est un honneur, grand dadais ! . »
Diana elle, exécute ses gestes machinalement… tout en réfléchissant.
Il y a quelque chose, dans la voix de William, qui lui rappelle Guillaume. Mais pas trop son père. Le timbre, parfois. Certains mots. Rien de physique, pourtant… quoique. La forme des lèvres, peut-être.
Elle espère trouver d’autres indices chez Granny le lendemain.
William, lui, est loin d’imaginer ce qui traverse l’esprit de sa compagne.
Un message d’Alex le fait sursauter.
" Devine qui est sorti avec Pauline il y a six ans et neuf mois ?
— Je ne sais pas… toi ?
- Haha, non.
— Ton père ?
- Non plus. Je t’envoie la photo. Tu vas halluciner."
Il ouvre l’image. Le jeune homme blond ressemble étrangement au petit. Même structure du visage. Et ce regard… il le reconnaît. Surtout, le bas du visage est identique à celui du fils de sa protégée.
" Oh s**t…
- Même réaction. J’ai récupéré deux cheveux. J’attends les résultats."
" C’est incroyable…
— C’est de ta famille ? " demande Diana derrière lui.
Il sursaute.
" Quoi ? Non… c'est Bonnette, plus jeune. Alex a retrouvé une vieille photo. Il était surpris.
— Ah… j’ai cru que c’était toi.
— Il y a un air, mais ça s’arrête là, heureusement."
Elle lui sourit. Lorsqu’il se détourne, son visage se ferme.
Si tu savais…