Leçon de vie

4410 Words
" T'aurais preferé que je t'embrasse ? - ne t'aproches plus de moi ! Espece de porc... - je suis sur que tu ne dit pas ça quand c'est Will, mais c'est vrai qu'il ne doit pas te lecher le visage...". Son rougissement le fit rire encore davantage. Elle hausse les épaules, prête à répliquer, quand la porte s’ouvre sur son compagnon. " Eh bien ? J’ai cru entendre Diana crier ?" Elle se leve aussitôt pour l’embrasser. " Il m’a léché le visage ! Ton cousin est un pervers dégueulasse…" Il éclate de rire et s’affale à côté de son ami. " Ah, vous avez prévu pour moi ? C’est gentil. — Si t’en veux pas, je te les mange… — Tant que tu les lèches pas…" Ils éclatent de rire ensemble. Le lieutenant partage volontiers ses frites avec son cousin, puis adresse un clin d’œil discret à sa compagne. " Alex ? — Oui ? — T’as quoi là ? — Hein ? Où ça ? — What the… là… c’est bizarre." Sans prévenir, il lui saisit fermement la tête entre ses mains et lui passe un grand coup de langue sur la joue. " Voilà. Je te préviens, darling, je ne te vengerai pas tout le temps…" Le jeune homme s’essuit le visage avec sa manche. " Heureusement que je lui ai pas roulé une pelle… même si je suis sûr que ça t’aurait pas déplu, Didi. — Tes baisers ne me dérangent jamais, Alexis," répond-elle en grimaçant, " mais les coups de langue, c’est dégoûtant… Ça me rappelle les limaces… brrr… Beurk." Son expression traduisait clairement son aversion pour ce genre de bestioles. Les deux hommes la taquinent encore un peu, puis William lance un regard au bouquet de roses posé sur la table. " Elles commencent à faner, c’est dommage… C’est pour ça que je n’aime pas t’offrir des fleurs, Foxy. — Justement, " dit-elle doucement, " c’est beau parce que c’est éphémère. Comme un rappel que la vie est courte et qu’il faut profiter de l’instant présent. Tu en penses quoi, toi, Alex ? — Oh… moi… je suis pas très fleurs, mais ça peut aider à conclure. — Pfff… Vous êtes aussi romantiques l’un que l’autre… vous me fatiguez." Elle les laisse discuter entre eux et part se doucher. Elle ne se sentait vraiment pas capable de rester seule ce soir. La visite du commissaire l’avait profondément mise mal à l’aise, comme si elle avait laissé entrer un loup dans la bergerie. Il connaissait désormais sa tanière. Il avait vu ses livres, sa décoration, ses photos de famille… Cette idée lui donnait des frissons. Pourtant, elle était restée calme. Elle ne s’était pas laissé impressionner. Mais derrière cette assurance apparente, Diana avait tremblé. Sans la présence de son ami, elle aurait sans doute beaucoup moins bien géré la situation. Le calme et l’air espiègle du brigadier avaient tranché avec la sévérité arrogante de son père. Elle détestait son sourire prétentieux, son regard de prédateur capable de glacer le sang… et, paradoxalement, de faire perdre tous ses moyens. Elle n’en avait jamais parlé à son compagnon, mais un rêve lui était revenu en mémoire. Un rêve érotique, qui l’avait profondément perturbée. Elle en avait parfois fait avec Alex et William, mais celui-ci… c’était avec le commissaire. Elle chasse violemment ces images de son esprit et termine sa douche. Quand elle revint au salon, les deux comparses étaient toujours sur le canapé, mais le ton avait changé. Elle les entendait se disputer. William semblait particulièrement agacé. Elle fronce les sourcils. " Ça va ? Pourquoi vous vous disputez ?" Alex affiche un sourire arrogant, étrangement similaire à celui du commissaire. " Will aurait préféré qu’on annule le cinéma après avoir croisé Bastien. Je lui ai dit que t’étais pas une petite chose fragile. Visiblement, ça ne lui plaît pas." Le lieutenant le fusille du regard. " Pardon de m’inquiéter pour ma petite amie. — Ta petite amie n’a pas voulu partir." Diana soupire. " C’est ridicule de vous disputer pour ça… Alex a raison. Je n’ai pas à m’empêcher de vivre." William reste buté. " Ne te plains pas si tu fais des cauchemars." Il se leve brusquement et sort, incapable d’affronter le regard blessé de la jeune femme. Il regrette presque aussitôt ses mots, mais le malaise était déjà installé. Dans le salon, Alex s’approche de Diana et tente de la rassurer. " T’inquiète pas, ma jolie… il ne voulait pas être méchant. Il est juste très inquiet. J’aurais peut-être pas dû lui dire qu’on l’avait croisé. — Je sais… mais c’était dur à entendre. — Il regrette déjà, j’en suis sûr. Viens là." Il la prend dans ses bras. " Je vais aller le voir. En plus de ton affaire de bénéficiaire, on est sur un dossier délicat. Ça lui met une pression énorme." Il l’embrasse sur la joue et rejoint William dans le verger, à l’abri des regards. " Elle l’a mal pris. — Je m’en doutais… j’ai été maladroit. — Tu es sûr que ça vient seulement de ça ? Depuis tout à l’heure, t’es ailleurs." William hésite, puis soupire. " C'est depuis que Daniel nous a parlé de Victor. Il m’a mis le doute. Le commissaire veut peut être…nous diviser ? pour voir jusqu'où on peut aller.. — Tu penses vraiment qu’il ferait ça ? — Je n’en sais rien, justement. Et c’est ça qui m’inquiète. Je ne veux pas non plus te monter contre ton père pour rien. Si Daniel ne se trompe pas, si Victor n’est pas celui qu’on croit… — Mouai... t'en fait pas trop pour moi... Même si c'est un type bien dans le fond, ça reste un connard... Et Diana, on lui dit quelque chose ? — Pas maintenant. C’est trop flou. - Je refuse qu'on fragilise votre couple sur une hypothèse. Ni notre amitié.." William hoche la tête, sérieux. " Je veux le faire tomber si c’est nécessaire, tu le sais. Mais pas à n’importe quel prix. — Si ça devient trop dangereux ou trop compliqué…dis lui la vérité. " Le silence retombe un instant entre eux, chargé d’inquiétudes et de non-dits.. Son cousin grimace, puis hausse les épaules. " Tu devrais aller t’excuser avant qu’elle soit vraiment triste. — Tu rentres ou tu restes dormir ? — Je rentre. Vous avez besoin de vous rabibocher. — Il faudra qu’on s’occupe de Pauline demain… Je crois savoir où la planquer le temps d’arrêter son ex. — Fais gaffe à pas trop t’attacher. C’est déjà pas très légal ce qu’on fait…" Il esquisse un sourire. " Cela dit, c’est étrange… le gosse me rappelle quelqu’un. Impossible de dire qui. — C’est drôle, j’ai exactement la même impression." Ils s’enlacent brièvement, comme ils l’ont toujours fait après les moments de tension. Rien de cassé, juste un accroc. William raccompagne son cousin jusqu’à la voiture. " Bon courage pour rattraper le coup avec Didi. — T’en fais pas. Elle se vexe vite… mais elle pardonne tout aussi vite." William rentre dans la maison. Diana doit sûrement être couchée, faisant semblant de dormir. D’ordinaire, quand elle est fâchée, elle pousse son oreiller le plus loin possible du sien. Il monte dans la chambre, se déshabille en silence et se glisse sous les draps. Il se rapproche. Elle grogne. " J’essaie de dormir… — Tu es fâchée ? — Fous-moi la paix… — Donc oui." Il soupire. " Je comprends que tu m’en veuilles… Je suis désolé. J’ai été… — Méchant. — Oui. Méchant et stupide. J’ai eu peur. Ce n’est pas une excuse, mais… j’ai parlé sous le coup de l’agacement. — … — J’aurais aimé être là, tu sais. Non pas que je ne fasse pas confiance à Alex… mais je n’aime pas savoir ce type en liberté. — Moi non plus… — J’ai passé une journée compliquée. Savoir qu’il était dans la même pièce que toi… c’était idiot de dire ça. — Hum…" Elle fait la moue, puis se tourne vers lui. " Moi aussi, je voulais sortir avec toi. J’étais inquiète. S’il n’y avait pas eu Alex, je serais partie en courant… Je n’aime pas avoir peur de lui. J’aimerais être plus courageuse. — Tu l’es déjà." Il hésite une seconde. " Est-ce que tu me pardonnes ? — Hum… oui." Pause. " Mais la prochaine fois, tu dors sur le canapé." Il l’embrasse sur le front. " J’espère que tu as quand même passé une bonne soirée. — Oui… — Alex s’est bien comporté ? Il est parfois un peu lourd. — À part me lécher le visage comme une limace dégoûtante, oui. — Il paraît que tu aimes bien quand c’est moi ? — N’y pense même pas… non, William !" Elle grimace quand elle sent sa langue effleurer son cou. D’un mouvement surpris, elle le fait basculer sur le dos et lui attrape les poignets. " Tu vas payer.!" Ses mains sont trop petites pour vraiment le maintenir. Il sourit. Avec ses sourcils froncés et ses cheveux ébouriffés, elle ressemble à une chouette en colère. " Tu vas faire quoi ? Tu sais que j’en ai maîtrisé des plus costauds que toi." Elle glisse un genou entre ses jambes. " Fais gaffe… — Oh… tu n’oserais pas. Sinon tu devrais me remplacer…" Il sourit. "Y en a un que ça rendrait très heureux. — J’ai pas besoin d’un homme pour me satisfaire. J’ai des sextoys plus gros que ce que vous avez dans le caleçon. — Comment tu sais ce qu’Alex a dans son froc ? — Quoi ?" Elle rougit aussitôt. Il profite de sa distraction pour reprendre l’avantage. Il se retrouve assis sur elle, une seule main suffisant à maintenir ses poignets. " C’est vraiment trop facile de te faire perdre tes moyens… — Mouais… — Alors… qu’est-ce que je vais faire de toi ?" Elle sourit enfin, malicieuse. " J’ai bien une idée… mais je ne sais pas si tu seras à la hauteur." Il rit doucement avant de l’embrasser, un b****r lent, chargé de ce qui n’a plus besoin d’être dit. Sa main glisse, curieuse, audacieuse, et il frissonne aussitôt. Il ferme les yeux un instant, savourant ce mélange de désir et de tendresse qu’elle seule sait éveiller. Il l’attire contre lui, puis la guide avec douceur. Elle s’agenouille sur le lit, et continue de le caresser. Sans être soumise pour autant. Il l'empêche d'aller trop loin, et carresse son corps, attentif au moindre de ses souffles, à la moindre de ses réactions. Ses doigts tracent un chemin lent, vérifiant, rassurant, attisant encore ce feu déjà bien présent. Lorsqu’elle gémit, il sourit. Un simple murmure suffit à faire vibrer l’air entre eux. Il descend de plus en plus bas.. Les sensations montent, s’entrelacent, la submergent par vagues successives. Elle ne lutte plus, elle accueille, elle s’abandonne complètement, jusqu’à ce que son corps parle pour elle dans un cri qu’elle ne retient plus. Elle reste un instant à reprendre son souffle, tremblante, vivante, à quatre pattes sur le lit. "Viens… maintenant… — Comme ça ? — Oui…" Il ne se fait pas prier. Il la rejoint, admirant la courbe de son dos, la douceur de ses formes qu’il effleure avec une infinie précaution. Elle est belle, terriblement. Douce. Comme une pêche, ronde et velue. Il sourit en silence, sachant qu’elle n’aimerait pas cette comparaison trop facile… alors il se contente de ressentir, de savourer l’instant, pleinement. Il s’inquiète une fois leur affaire finit : " ça va ? Tu n'as plus mal au ventre ? - non, ne t’inquiètes pas pour ça, mais c'est compliqué de rester excitée parfois parceque... je me dit et si je retombe enceinte ? - je me doute, en tout cas pour cette fois rien à signaler le préservatif n'a pas craqué - ça ne te gêne pas de l'avoir ? - pourquoi ça me generait ? Et même si c'etait le cas, on a pas le choix donc il n'y a pas cinquante solutions, soit je m'abstiens, soit je passe outre le fait qu'il me dérange et je profite. - j'aurais pu mettre un féminin... je n'ai même pas pensé à te le proposer - tu prends deja la pilule, tu n'as pas à porter toute la charge mentale de la contraception. Je le porterais tant qu'il le faudra". Il l'embrasse sur la joue et jette la capote. Il se lève et va se rafraîchir avant de se coucher. Diana se glisse contre lui, bercée par sa chaleur. Une pensée lui traverse l’esprit avant que le sommeil ne l’emporte : il était vraiment trop bien pour elle. Prévenant, respectueux, attentif… Il savait reconnaître ses erreurs et demander pardon. Comme elle, il pouvait parfois parler trop vite sous le coup de la colère, mais ils faisaient toujours l’effort de se retrouver avant la nuit. Ne jamais s’endormir fâchés, c’était devenu leur règle silencieuse. Même si Diana était rancunière de nature, elle essayait de ne pas laisser les blessures s’installer trop longtemps. Avec le temps, elle avait appris à lui parler. À lui confier ce qu’elle ressentait, ses inquiétudes, ses failles. Il lui avait fallu du courage : dans sa famille, on parlait peu. Les silences y étaient lourds, les tabous nombreux. Chez William, c’était tout l’inverse. Les mots circulaient librement. Alors il attendait, patiemment, sans jamais la brusquer. Elle caresse doucement ses épaules. " Tu sais… je pense encore au bébé…" Il inspire lentement. " Je m’en doute. J’y pense aussi. Je me demande souvent à qui il aurait ressemblé. — Sûrement à toi… — Hum… je ne sais pas si j’aurais aimé qu’il ait mes yeux. — Pourquoi ? J’adore tes yeux, moi. — Ils me rappellent ceux de ma mère. Parfois, quand je me regarde, j’ai l’impression de la voir… et ça me rappelle qu’elle n’est plus là." Elle reste silencieuse un instant, puis murmure : " Peut-être que tu pourrais aussi voir ça autrement… Te dire qu’elle est toujours un peu avec toi." Il esquisse un sourire. " Je n’y avais jamais pensé comme ça… dit comme ça, c’est vrai. — Et puis, qui sait… notre enfant aurait peut-être ressemblé à Alex. Ta grand-mère m’a dit qu’il ressemblait beaucoup à votre arrière-grand-père. — Il serait ravi d’avoir un double à qui apprendre toutes ses bêtises. — Mouais… ou alors les gens penseraient que c’est lui le père. — Les gens, on s’en moque, non ? — Oui… c’est vrai." Ils parlèrent encore un moment, à voix basse. Diana lui confia ses doutes, comme toujours, à propos du commissaire. Puis Bastien revint dans la conversation. Ses peurs, cette angoisse sourde qui ne la quittait jamais vraiment. L’envie d’oublier, mêlée à la crainte permanente de le croiser en ville quand elle reprendrait le travail. William resserre son étreinte. " Tu as toujours ton spray au poivre ? — Oui… mais je ne suis pas sûre d’oser m’en servir. — Alex pourra t’apprendre quelques trucs. Il est très bon en self-défense. Bien meilleur que moi. — Vous n’allez pas vous fâcher ? — Tu sais bien qu’on est meilleurs amis. On se chamaille, mais ce n’est jamais méchant." Elle hésite, puis sourit. " Je pourrais lui proposer de passer demain pour un barbecue. — Bonne idée. — Je vais lui envoyer un message… Il ne doit pas encore dormir." Elle attrape son portable. " Tu dors ?" La réponse ne tarde pas. " Pas vraiment. Tout va bien ? — Oui, t’inquiète. Je voulais te proposer un barbecue demain soir… et savoir si t’étais toujours partant pour m’apprendre deux-trois trucs de défense. — Bien sûr. Je vais faire de toi une vraie warrior. Je ramène quelque chose ? — Non, j’ai déjà du poisson et des légumes. — Et quelques fautes d’orthographe, aussi. — Quoi ? — Brochettes et bières. — Tsss… On peut faire des brochettes de poisson, je te signale. — Laisse faire les hommes. — Macho. — Il n’y a pas plus féministe que moi. — William dit que t’es plus doué en féminisme qu’en brochettes. — Il a pas tort. Pour un Anglais, il cuisine plutôt bien. — Viens quand tu veux demain. Sauf à quatorze heures, c’est l’heure de mon replay. — Tes séries policières hyper prévisibles ? — Prévisibles quand on est du métier. Et toi, tu regardes bien des trucs à l’eau de rose." Il lui souhaite bonne nuit et la laisse dormir. Diana repose le téléphone et se blottit contre William. Sa respiration régulière, son odeur douce et familière l’apaisent aussitôt. Il pense la même chose. Il aime la sentir s’endormir contre lui, ses cheveux juste sous son nez, parfumés par son shampoing. Il soupire en pensant à demain. Pauline, Madame Lamagat, les patrouilles, les cambriolages qui se multiplient… Trop de choses en tête. Le sommeil finit pourtant par l’emporter, rempli de pensées mêlées. William est déjà parti quand Diana s’éveille. Comme toujours, il a laissé les rideaux entrouverts. La lumière la force à quitter le lit. Elle traîne des pieds jusqu’à la cuisine. Merlin est déjà sorti ; au moins, elle peut manger sa brioche tranquille. Son téléphone sonne. Le commissariat. On lui demande de passer rapidement. Elle souffle, mais obéit : plus vite ce sera fait, plus vite elle pourra repartir. Elle enfile une robe longue fleurie qui souligne joliment sa taille, un peu de mascara, le collier renard offert par William… et file. Elle referme la porte, puis revient deux minutes plus tard, ayant oublié son sac et son téléphone. "Maudits troubles de l’attention." Au commissariat, Alex l’accueille avec un large sourire. " Whoua. Je t’avais dit qu’elle t’irait bien, cette robe. — J’ai surtout peur de marcher dessus et de tomber… Mais oui, elle est chouette. Toujours bon pour mes leçons particulières ? — Toujours. Ta première ne va pas tarder. — Je suis là pour quoi, exactement ? — On a trouvé des trucs bizarres dans le passé de la victime. On s’est dit que tu pourrais nous aider. Viens." Il la conduit dans le bureau du commandant. Victor est là, ainsi que le lieutenant Blake. Elle salue tout le monde et s’assoit. Alex referme la porte et s’y adosse nonchalamment, ce qui agace visiblement son père. Il sort un paquet de sucreries et l’ouvre bruyamment. Victor lève les yeux au ciel, mais ne dit rien. " Bon," commence le commandant, " on a quelques photos à te montrer. Je te tutoie ? si ça te vas ? - oui.." Diana les observe attentivement. " Ça, ce sont ses enfants et petits-enfants. Lui, c’est son neveu. Sa sœur est morte… sa jumelle, je crois. Qu’est-ce qui vous paraît étrange ? — cet homme ? " demande Blake. " C’est son mari ? — Non. Son mari, c’est celui-là." Un froissement derrière elle. Elle grimace : elle déteste ce bruit. " Elle tenait beaucoup à ce cadre, " reprend Diana. " Elle voulait que je le dépoussière tout le temps. Elle m’a dit que c’était la dernière photo qu’elle avait prise de lui… la veille de sa mort." William se redresse légèrement. " Et cet homme-là, " dit-il en montrant une autre photo, " tu l’as déjà vu ? — Oui. C’est son voisin. Il est venu boire le café une fois. Je partais, je l’ai juste croisé. Pourquoi ?" Alex esquisse un sourire. La bouche pleine . " J’ai vieilli la photo du mari avec une appli. Pour comparer." Blake lève un sourcil. " Un jour où tu t’ennuyais, tu as vieilli une photo.. — Exactement. Bref… regarde." Diana observe les clichés, hésite. " … Ils se ressemblent, oui." Le silence tombe. Victor croise les bras. " Elle parlait souvent de son mari ? Elle avait refait sa vie ? — Ses enfants m’ont dit qu’elle fréquentait quelqu’un," ajoute Blake. " Oui, " confirme Diana. "Avant que l’Alzheimer ne s’aggrave, il venait souvent. Et après… il continuait de lui écrire. Je suis tombée sur des lettres." Alex ricane en piochant une sucrerie. " Intéressant. Tu les as lues ? — Non. — Menteuse. — Sans faire exprès ! j’en ai.. peut être lu une ou deux…" Victor ajuste sa cravate. " Sans faire exprès ? — Elles sont tombées d’une étagère ! Il y en avait une ouverte… — Et elles disaient quoi ?" Elle rougit légèrement. " C’étaient… des lettres très personnelles." Blake sourit. Alex, lui, mâche bruyamment. " On n’en a trouvé aucune, " reprend Victor. " Elles étaient où ? — Dans sa chambre. J’ai tout remis au fond de l’armoire, elle est très haute." Le commissaire lance un regard assassin à son fils. " Brigadier, tout va bien ? On ne vous dérange pas ? — Non, non… je vous remercie." Puis, à Diana : " Rien qui ressemble à des menaces ? De la jalousie ? — Pas à ma connaissance. Mais je n’en ai lu que très peu." Victor se tourne vers Blake. " Lieutenant, envoyez une équipe récupérer ces lettres." Blake acquiesce. En passant, Alex lui tend le paquet de sucreries . " T’en veux ? — Je ne voudrais pas te priver…" Le capitaine lui lance un regard à la fois amusé et un peu désespéré. Il lui avait pourtant promis de ne pas provoquer son père inutilement… Il détourne les yeux un instant de Diana. Elle est belle aujourd’hui. Un peu trop même, à son goût, surtout vu la manière dont le commissaire la regarde. Il n’est pas vraiment jaloux, mais ce genre de regard-là… il n’aime pas. À l’intérieur, Victor tente d’arracher d’autres souvenirs à la jeune femme. " Réfléchissez… Vous êtes tombée sur autre chose ? Des conversations, des détails ? — J’arrive plus à réfléchir, " lâche Diana. "Je ne pourrai pas vous en dire plus aujourd’hui. Et puis je vous l’ai déjà dit, je ne la connaissais pas tant que ça…" Derrière elle, crch crch. Un bruit de sachet. Puis un autre. Lent. Calculé. Elle se crispe. Des bonbons. Des oursons. " Il ose ??" Natacha acquiesce : " Il est en train de manger des oursons. Derrière toi. Calmement." Son estomac se noue. Elle n’écoute déjà plus vraiment la conversation. Elle visualise la texture, le sucre, la couleur. Elle a une envie irrépressible de se retourner, de lui arracher le paquet et de le manger entièrement, juste pour le principe. Le commandant intervient, heureusement. " Très bien. Je pense que nous avons déjà une nouvelle piste grâce à ces lettres. On ne va pas vous retenir plus longtemps." Son frère soupire. " Moi, j’ai encore quelque chose à lui demander. Laissez-nous seuls." Il se tourne vers les hommes. " Dites au lieutenant qu’il peut aller déjeuner s’il veut. Vous aussi, brigadier… même si vous devez ne plus avoir faim." Alex hausse les épaules et sort avec son oncle. Il jette un dernier regard faussement innocent à Diana en mâchonnant lentement un ourson. Elle le fusille du regard. Victor s’assoit sur le bureau. " J’ai un service à vous demander. — Ah non… La dernière fois m’a suffi ! — Ce ne sera pas un secret, rassurez-vous. — Dites toujours… de toute façon, vous ne lâcherez pas l’affaire. — Ça concerne mon fils. Nos rapports sont cordiaux, vous le savez… mais j’aimerais me rapprocher de lui. Je voudrais l’inviter dans la maison de famille, le présenter à ma femme, à quelques amis. — Et il ne veut pas ? — Il ne veut pas « jouer au bourgeois ». Je pense surtout qu’il ne veut pas venir seul." Elle plisse les yeux. " Continuez. — Un ami à moi, qui travaille pour le préfet, sera de passage. J’aimerais vraiment le lui présenter. Lui montrer que je suis prêt à le reconnaître comme mon fils, malgré son statut. Présenter William aussi.. — Son statut ? — Vous savez bien… je ne l’ai pas eu avec ma femme. — Vous êtes en train de le traiter de bâtard ? — Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit… — Je vous comprends très bien, justement." Il reprend, un peu agacé. " Ses conquêtes sont… disons, peu présentables. Alex est intelligent, bien plus qu’il n’y paraît. J’aimerais qu’il soit accompagné par une femme distinguée. Une femme qui le mette en valeur. Au moins pour une soirée. — Vous avez honte de lui. — Non. De ses fréquentations. — Et moi, là-dedans ? — J’aimerais que vous soyez sa petite amie pour cette soirée." Elle se lève aussitôt. " Hors de question ! De toute façon, si William est là, Alex viendra. — Ce serait un week-end. Le lendemain, ce serait plus familial, plus simple. Vous pourriez… redevenir madame Blake. — Il n’y a pas de “madame”. — Réfléchissez. Je fais ça pour sa carrière. Je peux lui ouvrir des portes. Leurs ouvrir des portes." Elle croise les bras, furieuse. " Pour quelqu’un de « la haute », vous êtes surtout très prétentieux. — J’en ai parlé à William. Il m’a dit que ça ne le dérangerait pas… mais qu’il ne vous forcerait pas. — Lui, je le retiens…" Elle grimace. " Je vous répondrai plus tard. J’ai besoin de réfléchir. Je ne vous salue pas !" Elle tourne les talons, hors d’elle. À l’extérieur, William et Alex discutent encore quand elle déboule, le regard noir. " Diana ! On t’attendait pour déjeuner. Ça va ?" Elle se retient de le gifler. Se contente de serrer les poings. " TOI. On va parler. Et crois-moi, tu vas m’entendre." William devine aussitôt. Alex, lui, mâche tranquillement. " Oh Didi… tu perds vraiment trop vite ton sang-froid. Première leçon ratée. — TU L’AS FAIT EXPRÈS ?!" Elle lui arrache le paquet. " Espèce d’IMBÉCILE !". Elle jette le paquet d'oursons, vide, à la poubelle, scandalisée, comme si c’était un crime contre l’humanité. Puis elle s’éloigne en direction de la boulangerie, en maugréant. Les deux hommes la suivent. " Tu aurais dû commencer par lui apprendre à gérer la frustration," murmure William à son cousin. " La frustration ? Je pensais que c’était toi qui t’en occupais. — Comment ça ? — Avec toi comme amant, je me disais qu’elle devait avoir l’habitude." Il ricane. William sourit… et lui colle une tape derrière la tête. " Little bastard." Alex éclate de rire, pendant que, plus loin, Diana hésite déjà entre croissant et pain au chocolat, encore furieuse… mais surtout toujours frustrée par ces fichus oursons.
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