Le lendemain, Diana est en intervention chez Granny.
Apres leur "tea time", l'assistante de vie fait à la demande de sa beneficiaire, le menage dans la chambre qu'occupé William.
La grand mere sent bien que quelque chose tracasse la jeune femme :
" tout va bien entre toi et mon petit fils ?
- oui oui... il m'a promit de faire des efforts pour etre plus present... c'est juste que je m'interroge sur son geniteur... je me demande si le fait qu'Alex ai retrouvé le sien ne le rend pas... triste..
- ha... il t'en as parlé ?
- non... mais comme il est un peu soucieux en ce moment... bon il est debordé de travail c'est peut etre ça aussi...
- possible... ne t'en fait pas trop, ça ne l'a jamais vraiment perturbé de ne pas connaitre son pere... et Alex comment il le vit d'ailleurs ?
- je crois que ça va mieux... mais c'est difficile...".
Sa beneficiaire acquiese... en parlant de William .... il lui avait demandé un service qui l'embetait un peu... surtout vis à vis de la jeune femme. Pourquoi diable Willy ne lui en parlait pas ? Elle se sentait coupable de lui faire nettoyer la chambre ou il comptait installer cette fille.... Granny, comme à son habitude, laisse seule son assistante de vie pour aller rejoindre son amoureux... sous la surveillance de Walter. Le felin, qui l'a connu chaton à l'epoque ou le jeune homme etait encore celibataire, quemande des caresses. Elle s'execute volontier et en profite pour fouiller un peu, à la recherche d'indices... impossible qu'elle ne soit pas au courant de quelque chose... est ce que sa mere lui avait demande de garder le secret ? Mais pour qu'elle raison ? Mr Bonnette etait un homme exemplaire... à part pour le fait d'avoir tromper sa femme mais sinon il n'avait rien à se reprocher... deja elle doit retrouver une photo de la mere de Will. Il n'y en a pas chez elle, son compagnon n'aimant pas specialement les photos, ou plutot les souvenirs qui en decoulent. La seule qu'il ai accepté d'accrocher est celle de lui et Alex enfants. Celle qu'elle a vu chez son beneficiaire était vieille et usée. Celles encadrees dans le salon étaient des photos ou elle etait plus agées, sur certaines elle posé avec son fils deja adulte. Il lui fallait des photos avant la naissance de son amant. Elle ouvre les tiroirs de la table de nuit de William mais rien. Elle cherche dans le secretaire de sa beneficiaire un peu honteuse. Diana se demande si elle doit continuer.... elle envoit un sms à son ami :
" je suis chez granny... j'aurais bien besoin de toi
- besoin ou envie ?
- haha, sans rire je trouve rien...t'as peut etre raison je me fait des films
- je dois passer chez elle tout à l'heure, je jetterais un oeil
- merci, je suis sur qu'elle doit au moins savoir un prenom ...
- les enquetes ne se resolvent pas toutes en quelques jours ma jolie, patience...
- il ne se doute de rien ?
- non promit, il est trop occupé je te tient au courant si je trouve un truc d'accord ?
- t'as interet... c'est MON enquete brigadier-chef
- je ferais tout ce que tu veux lieutenant Didi" elle lui envoi un coeur et se remet au travail.
Il reste les draps à changer. Ce qui l'etonne un peu car William ne dort plus chez elle... enfin... les personnes agées et leurs manies... elle n'as pas le temps d'attendre Alexis, elle a encore des beneficiaires.
Dans l'apres midi, les deux hommes passent chez la grand mere du lieutenant. Un peu fachée que son petit fils ne vienne pas la voir plus souvent...:
" tu viens me voir pour me demander un service... tu as de la chance que je t'adore
- Sorry Granny... j'ai beaucoup de travail en ce moment
- je sais mon garçon... alors explique moi ton plan...".
Il s'execute, elle ecoute attentivement mais fait la moue quand il termine ses explications :
" il faudrait aussi que tu annule les interventions de Diana pour quelques temps...
- et qui me fera le menage ? Le hooligan ?".
Alex sourit :
" je lave la vaisselle comme personne, je suis, sans me vanter beaucoup moins maladroit que Diana
- hum... permet moi d'en douter... pourquoi tu ne lui en parle pas Willy !?
- parceque je ne veux pas la meler à cette histoire... elle n'a pas besoin de s'inquieter inutilement
- j'espere que ce n'est pas pour trop longtemps...
- don't worry, je te promet que c'est temporaire
- bon... puisque vous êtes là vous allez me faire le plaisir de rester boire une tasse de thé."
Les deux homme acceptent avec plaisirs, même si leur planning est un peu serré, ils lui doivent bien ça. Blake espere juste qu'il sera rentré de bonne heure. Il voulait se faire pardonner et enmener sa compagne diner.
Alex s'éclipse un instant pretextant une envie de fumer. Granny en profite pour tirer quelques confidences à son petit fils :
" tu vas bien ?
- oui...
- ne me ment pas William" il soupire et sourit tendrement :
" j'ai juste... du mal à ne plus penser au bébé... et certaines enquêtes sont... difficiles, j'ai peur de ne pas être à la hauteur
- je me doute... tu en as parlé à Diana ?
- oui, c'est compliqué pour elle aussi mais elle m'a proposé... quand ça ira mieux bien sur... de parler serieusement d'en avoir un...
- DIEU soit loué !
- ne t'avance pas trop vite... ça prendra du temps... et j'aimerais être capitaine avant pour etre sur de pouvoir subvenir aux besoins du bébé
- tu seras un tres bon pere j'en suis sur... d'ailleurs Alex comment le vit il ?
- ho... plutot bien enfin... le choc est passé mais il ne l'appelera jamais papa...
- ça ne te dérange pas qu'il ai retrouvé un père ?
- non pourquoi ? Je sais que je suis le plus vieux de nous deux, mais je me considere plutôt comme un frere...
- pas dans ce sens la, dans le sens ou toi tu n'as aucune idée de qui est le tient...
- hum... non... ça ne me dérange pas... un jour peut être, j'aurais envie d'en savoir plus... ".
Pendant ce temps, Alex etait discretement allé dans le debarras du jardin. Si Granny cachait un truc c'etait surement ici... en bon policier, il remarque quelque chose de bizarre sur un vieux cadre... comme si il y avait une autre photo derriere... il defait le cadre en verre et bingo... un couple s'enlaçant.... la femme est jeune, blonde et l'homme est en uniforme de gendarme... il prend rapidement un cliché avec son telephone, remet tout en place et previent son amie :
" j'ai trouvé un truc...
- quoi !? Mais comment t'as fait !?
- l'experience profesionnelle ... je te montre ça demain
- pourquoi demain ??
- ben parceque ce soir Will t'enmene diner
- ha bon ?
- oups... oublie ! Je t'ai rien dit ! On se voit demain ma jolie.
- c'etait une surprise ? C'est gentil de sa part tu ne peux pas m'envoyer ce que tu as trouvé ?
- non trop risqué..." .
Il range son telephone et revient tranquillement dans le salon, ou William est en train d'enlacer sa grand mere :
" ha te voila toi... c'est l'heure d'y aller
- j'en ai fumé deux... à bientôt m'dame Blake".
Elle l'embrasse sur la joue et les accompagnent jusqu'à leur voiture. Le lieutenant s'installe côté passager :
" tu foutais quoi en vrai ?
-Je t'ai dit, j'en ai fumé deux... et puis j'ai peut etre un peu parlé à ta copine... et j'ai peut être gaffé
- ho shit... t'as balançé pour le diner...
- oui... désolé, je pensais que tu lui avait dit vu que les surprises elle n'aime pas trop ça
- t'inquiète, t'es sur qu'il n'y a que ça ?
- oui oui... je me doutais que tu voulais peut etre etre seul avec ta grand mere, vu que ça fait un moment que tu l'avais pas vu
- c'est gentil".
C'est dans une ambiance bonne enfant qu'ils reviennent au commissariat.
Pendant ce temps, Diana a terminé ses interventions et se prépare pour le dîner. William lui a envoyé un message pour lui proposer de le rejoindre devant un restaurant calme du centre-ville.
Elle hésite longuement entre deux robes avant de choisir la moins courte. Elle n’aime pas attirer les regards. Celle-ci, en tissu fluide, est noire. Le décolleté est discret, mais la coupe cintrée sous la poitrine la met subtilement en valeur. Elle se maquille les yeux, puis tente de dompter ses cheveux roux. Impossible d’obtenir une coiffure digne de ce nom. Elle finit par les attacher avec une pince, laissant échapper quelques mèches, puis s’observe une dernière fois dans le miroir.
Elle enfile ses talons compensés et ouvre la porte.
Un bouquet de roses rouges est posé là.
Son cœur se serre. Elle referme aussitôt la porte à double tour et prend une profonde inspiration. Elle repense aux paroles de William : Bastien ne peut pas être dans le village. Le bracelet électronique l’en empêche. C’est impossible. Et pourtant… elle avait encore laissé le portail ouvert.
Rassemblant son courage, elle inspecte le bouquet. Aucun mot. Elle le saisit brusquement et le jette par-dessus la rambarde de la terrasse, puis fait entrer son chat par précaution.
Alors qu’elle s’apprête à monter dans sa voiture, un livreur se gare et l’interpelle.
" Diana Roux ?
— Oui ?
— J’ai un bouquet pour vous, avec une enveloppe.
— De la part de qui ?
— C’est indiqué sur le bon… voilà. Martin Victor. Vous pouvez signer ici ?"
Elle s’exécute, surprise.
Alors… l’autre bouquet venait-il aussi de lui ?
Celui-ci est différent : des jonquilles, des marguerites, un lys, du mimosa. Rien de trop appuyé. Elle soupire et rentre les mettre dans un vase, à l’abri du félin curieux, dans sa chambre.
Elle ouvre l’enveloppe. Un mot la remercie d’avoir accepté l’invitation et s’excuse pour la situation. En guise de geste, il lui offre un collier, espérant le voir à son cou le jour J.
" Il m’a prise pour son escorte ou quoi…"
Le bijou est indéniablement beau : une chaîne ornée de petits papillons dorés posés sur des fleurs serties de pierres vertes et bleu nuit. Ce ne sont pas des pierres semis précieuses — elle les reconnaît, William lui en offre parfois — l’ensemble est raffiné. Trop, peut-être.
Elle le repose sur la table. Elle ne le portera pas. Ou alors… seulement pour le dîner. Et encore, rien n’est sûr.
Elle se dépêche de rejoindre William. Elle est en retard.
" J’ai cru que tu allais me poser un lapin, pour te venger.
— Non… j’ai eu un petit contretemps."
Il l’observe.
" Tu as l’air soucieuse. Ça va ?
— Il y avait un bouquet de roses rouges devant ma porte.
— Tu n’as rien vu ?
— Non. Je me préparais. Je sais que c’est censé être impossible que ce soit… lui. Mais je ne me sens pas tranquille.
— Tu n’avais pas fermé le portail ?
— Non, j’étais pressée. Et quand je partais, un livreur est arrivé avec un cadeau du commissaire. Un bouquet… et un collier."
Il se fige légèrement.
" Un collier ?
— Oui. Il voudrait que je le porte au dîner.
— Et en quoi c’est gênant ?
— Je ne suis pas un présentoir sur lequel on étale sa richesse.
— Il est si précieux que ça ?
— Oui. Je vais le lui rendre, je pense."
Elle sourit.
" Bon… j’ai faim, moi."
William l’embrasse et sourit à son tour. Il ne laisse rien paraître, mais le cadeau de son chef l’agace. Cette manière de penser qu’avec quelques présents, tout s’achète. Et si Foxy se sentait redevable ? Non. Elle est trop intelligente pour se laisser séduire de façon aussi grossière.
Ils s’installent à table, dans un coin calme de la salle. William apprécie la tranquillité. Parfois, il songe à lui demander de l’épouser, mais elle ne s’en sent pas encore prête. Et puis, avec son enquête officieuse sur le commissaire, peut-être devrait-il quand même… pour la protéger. Il chasse ces pensées sombres et profite simplement de l’instant.
Diana est belle. Toujours. Même emmitouflée dans sa combinaison renard ou en vieux jogging. Il le sait.
Commander est toujours une épreuve pour elle : entre sa relation compliquée à la nourriture et son indécision chronique. Il l’aide, comme toujours, à choisir ce qui lui ferait plaisir.
William est élégant. Ses chemises impeccables, sa barbe soigneusement entretenue chez le barbier depuis quelque temps le rendent encore plus sophistiqué — et terriblement séduisant.
Diana le regarde avec son air ingénu. Puis, spontanément, elle rapproche sa chaise et son assiette pour se coller contre lui. Elle pose un instant la tête sur son bras.
" Je t’aime."
Il embrasse ses cheveux.
" Moi aussi… et j’adore ta coiffure."
Ils prennent le temps de discuter et de manger tranquillement avant de sortir se promener. Une exposition consacrée à Van Gogh se tient non loin de là, un peintre que Diana apprécie particulièrement. William l’entraîne vers l’entrée du musée, mais son téléphone vibre. Alex. Une urgence. Il doit repartir.
Diana encaisse la déception, mais fait l’effort de relativiser.
" Vas-y… J’ai passé une bonne soirée. Et puis, tu n’aimes pas vraiment Van Gogh.
— Tu es sûre ? Ça ira pour rejoindre ta voiture ?
— Oui. Je ne suis pas loin. Et au moindre souci, je cours au commissariat."
Il l’embrasse avec tendresse, la serre contre lui.
" À tout à l’heure… ne quitte pas ta robe trop vite, s’il te plaît.
— Je ne te promets rien…"
Elle le regarde s’éloigner, le cœur un peu serré.
Elle doit apprendre à composer avec cette vie-là. Après tout, la soirée a été belle.
Diana entre dans le musée. La première salle est en accès libre. Peu de tableaux, peu d’explications, mais certains lui sont inconnus, et cela lui suffit. Absorbée par une toile, elle sursaute lorsqu’une voix s’élève derrière elle.
" Vous saviez qu’on dit que Van Gogh était peut-être autiste ?"
Elle se retourne, légèrement agacée.
" Commissaire… vous pourriez vous annoncer au lieu de surgir derrière les gens.
— Désolé, je ne voulais pas vous faire peur.
— Je n’ai pas eu peur… juste surprise.
— Vous aimez la peinture ?
— Oui. Disons que ses tableaux me parlent. Surtout celui-là."
Elle désigne Champ de tournesols.
" On le soupçonne aussi d’avoir été bipolaire, voire schizophrène. En tout cas, il était profondément tourmenté.
— Beaucoup d’artistes le sont."
Il acquiesce, puis glisse :
" William m’a dit que vous aviez un certain talent pour la photographie."
Elle rougit légèrement.
" J’aime ça… je me débrouille.
— Le lieutenant est avec vous ?
— Non. Il a été appelé en urgence. Mais je ne lui en veux pas, nous avons passé une bonne soirée.
— Les inconvénients de la vie avec un policier…"
À cet instant, une femme élégante s’approche. Grande, très belle, malgré une fatigue perceptible dans le regard. Cathé. Ancienne mannequin, allure irréprochable, mais quelque chose de fragile émane d’elle.
Son visage s’éclaire en apercevant Diana.
" Mais… c’est vous !"
Elle sourit franchement.
" La jeune femme de la résidence de ma mère… celle qui m’avait fait rire.
— Bonsoir, madame. Oui, je me souviens... vous êtes toujours aussi belle.
— Cathe, voyons. Pas de Madame," Le commissaire esquisse un sourire :
" c'est Diana Roux, la compagne de mon lieutenant...
- ho.. ! ce lieutenant... alors, vous connaissez son fils ?
- oui... c'est mon meilleur ami..
- qu'elle bonne coincidence ! Ils sont ici ?
- non... William a eu une urgence..."
Elle lui prend les mains :
" nous avons une invitation en trop pour la partie privée de l’exposition. Venez avec nous ! "
Diana fronce légèrement les sourcils.
" Oh, je ne voudrais pas m’imposer…"
Le sourire de Cathe se voile de tristesse un instant.
" Elle était pour Aliénor…"
Sa voix se fait plus douce.
" Mais ce soir, ce n’est pas possible."
Diana comprend aussitôt. Elle connaît un peu Aliénor. C'est la fille du commandant... elle n'avait pas fait le lien, mais vu que Victor avait épousé la femme de son frere après son coming out... évidemment... la mère d'Aliènor, dépressive depuis des années.. qui s'était éloignée de sa fille.. c'était elle.. Diana sait à quel point son autisme est sévère.
Elle voit passer une ombre de tristesse sur le visage de Cathe.
" Je n'aime pas qu'on paye pour moi..
- c'est une invitation, elle sera gâchée...
- dans ce cas..." Elle tord ses lèvres et finit par sourire :
"je serais ravis de venir avec vous..."
Le regard de Cathe s’illumine.
" Vraiment ? Cela me ferait plaisir. "
Victor observe la scène en silence, satisfait. Il sort les invitations.
" Parfait... Mais rassurez vous mademoiselle, vous n'êtes pas obligée de rester tout le temps avec nous.."
À l’intérieur de l’exposition privée, l’ambiance est feutrée. Costumes élégants, robes longues, conversations murmurées.
Diana se sent immédiatement petite. Par réflexe, elle repère les issues, les toilettes, les sorties de secours. Cathe le remarque et lui adresse un sourire rassurant.
" Ne vous inquiétez pas, profitez."
Peu à peu, Diana se détache du couple et se fond dans la foule.
Elle a ce charme étrange, presque invisible. On la remarque, puis on l’oublie. Jusqu’à ce qu’on commence à la regarder vraiment.
Victor la suit du regard, tout en discutant avec une connaissance. Il aime voir certains hommes s’attarder sur elle. Être celui qu’on envie.
Il sourit en la voyant se débarrasser, sans se faire remarquer, d’une coupe de champagne qu’une serveuse un peu crispée lui avait presque imposée. Elle vide le verre au pied d’une plante verte, geste discret, parfaitement calculé.
Décidément, elle aurait pu voler le portefeuille d’un de ces petits bourgeois engoncés dans leurs costumes hors de prix sans éveiller le moindre soupçon.
Un autre serveur lui tend un petit four.
Diana l’observe, le porte brièvement à son nez, puis grimace à peine. Victor comprend aussitôt : ce n’est pas à son goût. Il étouffe un rire en la voyant s’en débarrasser avec la même élégance, glissant la bouchée dans le sac à main d’une dame habillée comme une reine. Trop occupée à gesticuler, celle-ci ne remarque absolument rien.
Diana finit par se mettre à l’écart de la foule et se concentre enfin sur les œuvres. Il continue de la surveiller du coin de l’œil, tout en échangeant quelques banalités avec un « ami ».
Il a lâché une brebis au milieu d’une meute de loups ; mieux vaut garder un œil sur elle.
Ce qui l’amuse surtout, c’est cette aisance tranquille. Elle connaît les codes, les respecte juste assez, puis les contourne quand il le faut. Ni gauche, ni prétentieuse. Elle s’adapte, instinctivement.
La blanche brebis s’arrête devant La Nuit étoilée.
Parfois, lorsqu’elle ferme les yeux, elle se sent happée par des tourbillons d’angoisse… mais même dans les crises les plus violentes, il y a toujours cette petite boule de lumière à laquelle se raccrocher.
Elle aime la manière dont Van Gogh suggère ses paysages sans jamais les figer. Rien n’est net, rien n’est figé. C’est à la fois enfantin et d’une complexité bouleversante. Spontané. Comme ses photos.
Son mal-être n’a pas dû être facile à vivre.
Catherine la rejoint, silencieuse.
" C’est celui que je préfère aussi," murmure-t-elle.
Diana sourit.
" On dirait que tout vacille… mais que quelque chose tient encore."
La femme du commissaire hoche la tête, émue.
Pour la première fois depuis longtemps, elle a l’impression que cette soirée n’est pas seulement une mondanité. Mais un moment vrai.
Cathe venait de rejoindre Diana, lorsqu’un homme s’approcha, un sourire trop large aux lèvres, le regard glissant sans gêne de l’une à l’autre. Il observa Diana quelques secondes, puis se pencha légèrement vers Catherine, sans même baisser la voix :
" Catherine ? qu'elle surprise... Tu es venus avec elle... je la croyais plus… attardée, ta fille.
Le mot tombe, lourd, maladroit, brutal.
La mère se fige. Son visage, déjà marqué par une fatigue sourde, se crispe l’espace d’un instant. Elle ouvre la bouche, cherchant ses mots, mais Diana la devance :
Elle se tourne lentement vers l’homme, le regard calme, presque doux — ce qui rendit sa voix d’autant plus tranchante :
" Vous vous trompez de personne… et de définition. Je ne suis pas Aliénor."
L’homme fronce les sourcils, surpris.
" Quant aux personnes autistes, " ajoute-t-elle,
" elles ne sont pas plus attardées que les gens qui parlent trop vite sans réfléchir à ce qu’ils disent. Je suis bien placée pour le savoir, je suis autiste moi aussi. J'ai 140 de QI et vous ?"
Un silence s’installe.
Court. Glacial.
L’homme cligne des yeux, cherchant une répartie qui ne vint pas. Son sourire s’efface, remplacé par une gêne mal contenue. Il marmonne quelque chose d’inaudible, tire sur son cigare, puis s’éloigne, soudain très intéressé par une toile à l’autre bout de la salle.
Catherine reste immobile quelques secondes, puis pose lentement son regard sur Diana. Son expression change. La tension se dissipe, remplacée par un sourire sincère, presque lumineux.
" Merci… " dit-elle simplement.
" Vous n’aviez pas à faire ça."
Diana hausse légèrement les épaules.
" Aliénor mérite mieux que ça.
- Vous connaissez ma fille ?
- un peu... le commandant m'a demandé de l'aider à mieux la comprendre.. alors, je l'accompagne de temps en temps.. je suis le classeur à images.. entre autre.."
Le regard de Cathe s’embue un instant. Elle inspire profondément, comme si quelque chose venait de se desserrer en elle.
"C'est vrai... Daniel m'a déjà parlé de vous.. je ne l'ai pas vraiment écouté.. Elle devait venir ce soir, " murmura-t-elle.
" mais c’était trop pour elle, aujourd’hui."
Un voile de tristesse passe dans ses yeux.
" Elle adore les couleurs, pourtant. Van Gogh l’apaise."
Diana hoche doucement la tête.
" Alors elle aurait aimé être ici." Elle touche doucement sa main.
Cathe esquisse un sourire fragile.
Victor c'était rapproché.. il avait observé la scène avec intérêt. Il est approché par un couple de connaissance et discute, tout en continuant de garder la jeune fille à l'oeil.
Catherine était partie se rafraîchir le visage, et Diana, soudain seule, s’était laissée happer par une autre toile.
Un homme s'approche. Vieux. Dégarnis.
" C’est beau, n’est-ce pas ?
— Oui…
— Vous saviez qu’il n’était même pas connu de son vivant ? C’est sa—
— Sa belle-sœur, après sa mort, qui l’a fait connaître. En organisant des expositions," le coupe-t-elle, déjà lassée.
Il cligne des yeux.
" Oh… une connaisseuse. C’est rare, pour une femme."
Diana leve les yeux au ciel avec tant d’énergie qu’elle manque de voir le plafond, puis glisse vers le tableau suivant. Lui, évidemment, la suit.
" Celui-ci aussi est très beau, " reprit-il.
" On sent toute la profondeur de Van Gogh… Dites-moi, quel est votre nom, ma mignonne ?"
Elle manqua de s’étrangler avec sa propre salive.
Ma mignonne ? Sérieusement ?
" Renée..", répond elle. Elle se retourne, souriant :
" Enfin... se serait mon prénom si j'avais votre âge. Et pour votre culture génèrale, ce tableau n'est pas un Van Gogh, c'est un Munch."
L’homme s’eloigne, visiblement vexé.
Diana respirait à peine mieux quand Victor la rejoint, un sourire amusé aux lèvres.
" Vous avez un talent certain pour faire fuir les importuns, " dit-il à voix basse.
" Je me contente de parler," répondit-elle.
"Apparemment, ça suffit."
Il rit doucement.
" Il ne vous a pas trop importunée ?
— Non. Mais il confond la peinture et les compliments lourds."
Victor allait répondre lorsqu’un autre homme, du même acabit, s’approche. Sourires figés, poignée de main appuyée. Victor pose aussitôt une main sur l’épaule de l’homme, un geste faussement cordial, clairement dominant.
" Et qui est cette charmante jeune femme ?" demande l’inconnu.
Victor n’hésite pas une seconde. Il passe un bras autour des épaules de Diana, avec un naturel presque théâtral.
" Ma nièce."
Diana manque d’avaler sa salive de travers.
" Diana," précise-t-il.
" Passionnée d’art. Très cultivée. Et beaucoup trop intelligente pour vous."
Elle lui lance un regard en coin, mi-scandalisée, mi-amusée, mais joue le jeu.
" Enchantée," dit-elle avec un sourire impeccable.
L’homme, un certain Jacques Thonier, bombait déjà le torse.
" Ravissante… si j’avais vingt ans de moins…
— Vous diriez la même chose avec vingt ans de plus, " coupe Victor, toujours souriant.
Puis, se tournant vers Diana :
" Du côté de ma femme. Je n’ai qu’une nièce de mon côté, et comme je la vois peu, je me rattrape. Et puis, j'aurais adoré avoir une fille..
— vous n’avez pas d’enfants, c'est vrai
— Si, si… un fils. Depuis peu... Trente-deux ans. Enfin… trente-deux, n’est-ce pas ?" lance-t-il à Diana, faussement hésitant.
" Trente-deux," confirme-t-elle gravement.
"On n’oublie pas l’âge de son fils, même quand il surgit dans sa vie après trente ans."
Victor éclate d’un rire franc.
" Exactement. Merci, ma chérie."
Les deux hommes échangèrent encore quelques banalités, puis Diana se penche vers Victor.
" Excusez-moi, mon oncle, mais je vais aller me rafraîchir avant de dire quelque chose de regrettable."
Elle s’éclipse avant qu’on ne puisse la retenir.
Diana répond au message du lieutenant qui s’enquérait de l’exposition, tout en remettant un peu d’ordre dans sa coiffure. À peine sa réponse envoyée, son téléphone vibre de nouveau.
" T’es avec le commissaire ?
— Oui… il m’a présentée comme sa nièce du côté de sa femme. C’était gênant. Et ses amis sont franchement lourds… Il a même parlé de toi, dit qu’il avait un fils, tout ça.
— Il va te proposer d’être son escorte, fais gaffe.
— Quoi ? Déjà qu’il m’a offert un collier pour me remercier de me faire passer pour ta copine…
— S’il te fait la moindre proposition déplacée, je lui en colle une.
— Il n’osera pas. Il sait que William le prendrait très mal. Et toi aussi."
Elle glisse le téléphone dans son sac et soupire de soulagement en constatant que Victor n’était plus avec l’homme de tout à l’heure.
Il lui fait néanmoins signe de le rejoindre. Elle s’approche, le regard chargé de reproches.
" Vous auriez pu éviter de me faire passer pour votre nièce.
— C’était le moyen le plus rapide de m’en débarrasser, répondit-il calmement. Il adore les jeunes femmes… surtout quand elles sont “disponibles”.
— Je sais me défendre seule.
— Oh, ça, je n’en doute pas une seconde." Il laisse passer un silence, puis :
" Merci, "dit-il simplement.
" heu... Pour quoi ?"
Il hésite une seconde, puis répond avec une sincérité désarmante :
" Pour Catherine. Pour Aliènor. Pour ce que vous avez dit tout à l’heure. Peu de gens osent la défendre."
Diana hocha la tête.
" Elles méritent mieux que les sous-entendus et les regards condescendants."
Victor acquiesce lentement.
" Oui. Et je ne l’oublierai pas."
Elle inspire.
" William doit me rejoindre à l’entrée. Merci pour l’invitation.
— Avec plaisir. Permettez-moi de vous raccompagner, j’en profiterai pour saluer le lieutenant."
Catherine s’approche de Diana une dernière fois, visiblement plus détendue.
" Je suis vraiment contente de vous avoir revue ce soir, " dit-elle avec un sourire franc.
"Et encore plus à l’idée de vous revoir bientôt.
— Moi aussi," répond Diana.
" J’ai passé un bon moment, malgré l’agitation."
Catherine hoche la tête.
" Au dîner, alors. Cette fois, j’espère qu’on aura le temps de parler tranquillement.
— Avec plaisir."
Victor pose une main légère dans le dos de sa femme, puis se tourne vers Diana.
" Allons retrouver le lieutenant."
Ils traversent le hall ensemble. William attendait près de l’entrée.
Les deux hommes se saluèrent cordialement ; Victor ne manque pas de glisser quelques compliments appuyés sur la vivacité d’esprit et la culture de la jeune femme avant de les laisser partir.
Diana se serre contre William, soulagée de quitter enfin l’effervescence de la soirée.
À peine le couple s’était-il éloigné que Gregory rejoint Victor, un sourire en coin.
" Eh bien… si ça, ce n’est pas la fameuse suspecte dont tu me parlais à l’hôpital il y a quelques mois.
— Laquelle ?" demande Victor, faussement innocent.
" Celle qui te donnait du fil à retordre, " répondit Gregory.
"La petite rousse. Discrète, pas impressionnable… et visiblement toujours aussi difficile à cerner."
Victor esquisse un sourire mesuré.
" Disons qu’elle confirme certaines hypothèses.
— Tu as le chic pour t’entourer de personnalités intéressantes, mon vieux."
Victor observe un instant la porte par laquelle le couple avaient disparu, puis détourne le regard.
" Les plus intéressantes sont toujours celles qu’on ne peut pas contrôler."
Gregory rit.
" Voilà qui promet."
La porte à peine refermée derrière eux, le silence leur tomba dessus comme un cocon.
Diana posa son sac sans même enlever ses chaussures. William se tourna vers elle, l’observa une seconde, comme s’il la redécouvrait.
" Tu sais ce que j’aime chez toi ? Tu n’as pas besoin d’être encadrée pour être magnifique.."
Elle n’eut pas le temps de répondre. Il l’attira contre lui, sa main trouvant naturellement le creux de ses reins. Le b****r fut d’abord lent, presque prudent, puis plus appuyé. Diana glisse ses doigts sous sa chemise, reconnaissant la chaleur de sa peau, cette présence rassurante qui faisait tomber toutes les tensions accumulées.
Elle ferme les yeux, sourit.
" Alors ne me laisse pas prendre la poussière," murmure-t-elle.
William prit le temps de l’embrasser dans le cou :
" si j’étais peintre, je t’aurais peinte toutes les nuits, ".