Le calme avant la tempete

4653 Words
Diana se rongeait les ongles en attendant l’arrivée de la connaissance d’Alexis, venu jeter un œil à sa salle de bain. Son ami, qui squattait la maison depuis trois jours, tente de la rassurer : "T’inquiète pas, ma jolie. Ben est plombier depuis quinze ans. — Ce n’est pas ses compétences qui me stressent… c’est le prix. — Je t’ai dit qu’il me devait un service. Ne t’en fais pas, il sera arrangeant. Et puis, si tu as besoin… tu peux compter sur moi, tu sais. — Hors de question ! Déjà que j’ai du mal à accepter qu’Angel paie la moitié…" Elle avait profité d’un jour où elle n’avait pas les bénéficiaires l’après-midi pour prendre rendez-vous avec le plombier. Elle aurait aimé que son compagnon soit présent, mais il n’avait pas pu se libérer. Heureusement, après son séjour aux urgences, Alex avait eu un arrêt de travail. Elle se sentait plus sereine accompagnée pour ce genre de situation. Diana soupire lorsque Ben frappa à la porte. Le policier l’accueille chaleureusement et les deux hommes échangent une accolade. Il lui présente la propriétaire des lieux, qui s’empresse de lui montrer l’étendue des dégâts. Ben esquisse un sourire : " Je vais regarder tout ça en détail et je vous dirai ce qu’il en est. — Oui… la cave est ouverte, toute la tuyauterie est apparente. — D’accord." Ils le laissent inspecter pendant un moment. Diana entendait des « ah oui… » et des « ouhla… » qui la faisaient grimacer. Alex étouffe un rire en voyant son expression déconfite et lui masse doucement les épaules pour la détendre. " Allez… tu seras contente d’avoir une nouvelle salle de bain. — Hum… au prix qu’elle va me coûter…" Après un bon quart d’heure, le plombier revint vers eux : " Bon… ce n’est pas très grave en soi. Le vrai problème, c’est que la douche a été faite n’importe comment. Tout est inaccessible ou mal monté. Le plus simple serait de casser et d’installer une cabine, comme l’a conseillé mon collègue. Bon… son devis était franchement excessif. Il a dû profiter du fait que vous soyez une femme." Diana grimace. " On en a trouvé une sur internet. Elle passe tout juste en hauteur, je la reçois demain. — Je peux éventuellement vous la monter si vous voulez. Par contre, je ne pourrai pas casser. Tu penses pouvoir le faire, Alex, avec un pote ? — Avec son mec, oui sûrement. Mais il faut que tu me dises exactement quoi casser, histoire qu’on ne pète pas un tuyau. — Il ne faut surtout pas toucher au mur du fond. L’ancien proprio a mis les tuyaux dedans. Je ferai un nouveau raccordement avec la cabine, ce sera plus accessible. Et vous gagnerez un peu de place. — Et pour le prix, tu prends combien ? — Je pense qu’un peu moins de la moitié du devis initial serait honnête. Il a gonflé la main-d’œuvre et le matériel. Une fois tout cassé, je n’en aurai pas pour plus de deux jours. Lui a compté presque une semaine." Diana sent ses yeux s’embuer. " Pourtant, il semblait honnête… Merci beaucoup. Vous me soulagez d’un poids énorme. Je me suis déjà presque ruinée pour la cabine. — C’est vrai que votre salle de bain a un plafond très bas, mais ne vous inquiétez pas pour l’argent. Vous me paierez la moitié quand je viendrai, et l’autre plus tard. — Merci… ce n’était vraiment pas prévu… Il n’y a pas de champignons à cause de la fuite sur les poutres ? — Non, tout a bien séché. Pas de souci de ce côté-là." Elle lui offre un café pour le remercier. Ils réglent les derniers détails de l’intervention, puis Ben repart. Une fois la porte refermée, Diana s’écroule dans le canapé. " Merci, Alex… Je ne finirai pas ruinée grâce à toi." Son regard glisse malgré elle vers le placard où elle cachait ses gâteaux. La tension qui retombait lui donna soudain envie d’en manger, mais elle avait honte de grignoter devant quelqu’un. Elle fronce les sourcils en voyant le jeune homme fouiller dedans. " Ah, c’est là que tu les caches ? J’ai une meilleure vue que William. — Ils ne sont pas cachés ! Mais ne les mange pas tous… — T’en veux pas, vrai ? — Non…" Elle croise les bras, l’air contrarié. Elle savait bien que sa planque finirait par être découverte, mais quand même… Alex était un ventre sans fond. Elle aurait dû prévoir qu’il tomberait dessus tôt ou tard. Il s’assoit à côté d’elle, le paquet de gâteaux posé entre eux. " Tu sais, ce n’est pas céder à une envie qui fait grossir. C’est la frustration. Là, tu en veux, mais comme tu es trop fière pour l’avouer, tu vas te retenir. Et dès que je quitterai la pièce, tu te jetteras dessus et tu en mangeras plein pour compenser. Alors que si tu écoutes ton corps et que tu lui donnes un ou deux gâteaux… plus tu attends, plus tu risques d’en manger, et plus tu culpabiliseras. C’est ce que je disais à Kelly quand elle faisait de la boulimie : le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder… raisonnablement. Et puis ceux-là sont vraiment bons. Hum…" Il sourit. Exactement la même réaction que sa sœur à l’époque. " Allez, cède. Et après, on ira méditer, ça t’aidera à te détendre." Elle lui arrache le gâteau des mains et le dévore en quelques secondes. " Quand tu fais ça, tu ressembles curieusement à Merlin. J’ai l’impression que tu n’as rien mangé depuis des semaines. Apprends à en profiter : là, ton cerveau n’a même pas eu le temps de dire à ton corps que tu mangeais. — Ça me fait du bien quand ça va vite… — Oh… Will doit s’épuiser à la tâche. — Imbécile… Je veux dire que plus je mange vite, plus ça me soulage rapidement. — Je vois. Mais c’est qu’une impression. La bouffe, c’est comme le sexe : si tu vas trop vite, tu peux rester sur ta faim et être frustrée. — Mon cerveau est hyperactif. J’ai du mal à le ralentir. — C’est bien pour ça qu’il te faut une bonne séance de méditation. Allez, viens." Il ouvre la porte au félin qui se frotte à ses jambes. " Toi aussi, Merlin, une petite séance de sport ne te ferait pas de mal…" Le chat répondit par un miaulement rauque avant de se diriger vers sa gamelle. " J’espère que tu as rangé tes affaires, Watson…" Ils sortent dans le jardin et s’installent. Diana gigote, puis se leve brusquement. " On devrait rentrer, ce n’est pas pratique dehors. — Il fait beau, profitons-en. Allez, assieds-toi. — Non mais… je n’aime pas trop m’asseoir dans l’herbe. — Pourquoi ? — Parce que… — Allez, dis. — Tu vas te moquer… — Ce n’est pas mon genre. Allez, dis ?" Elle soupire. " J’ai peur des fourmis… et des sauterelles. Et si tu le dis à William, je t’en colle une !" Alex se retint de rire. Cette passionnée de nature, capable de reconnaître des traces, de parcourir des kilomètres, de photographier des animaux de toutes tailles ou d’approcher des reptiles de très près… avait peur des fourmis et des sauterelles ? " Des fourmis ? Tu sais qu’aucune espèce ici ne peut te dévorer vivante ? — On voit que tu n’as jamais eu une armée de fourmis sur toi… Je déteste ça ! — Et les sauterelles ? Trauma d’enfance aussi ? — Oui… Je déteste la sensation quand elles te sautent dessus ! — Je vais chercher un plaid alors. Comme ça, tu pourras t’asseoir sans risque. — Mouais… enlève ce sourire moqueur de ton visage…" Il sourit encore plus, puis revint rapidement avec une couverture qu’il étendit sur l’herbe. Diana soupire mais s’installe à ses côtés. Elle tente de rester immobile, mais c’était compliqué. Tantôt un cheveu lui chatouillait la nuque, tantôt son col la gênait. Elle essayait de respirer au même rythme que son ami, mais le moindre détail la déconcentrait. Sans ouvrir les yeux, Alex lui prend la main et la serre doucement. " Concentre-toi sur ma main. Pense uniquement à la sensation de mes doigts autour des tiens. Petit à petit, tu feras le vide. Et quand tes pensées recommenceront à s’égarer, resserre-la. — D’accord." Sa main était chaude, agréable. Pas moite — ça, elle détestait. Sa peau était douce, moins que celle de William, mais William mettait de la crème sinon ses mains devenaient sèches et saignaient aux jointures, surtout en hiver. Comment faisait-il pour être aussi calme ? Il ne bougeait pas d’un poil. Peu à peu, son cerveau hyperactif ralentit… et elle sent le reste de son corps suivre le mouvement. Elle aimait la sensation du vent sur sa peau. Elle fut surprise d’entendre un rouge-gorge chanter — Merlin en avait tué un récemment. C’était rare qu’elle se sente aussi apaisée. D’ordinaire, seul le CBD avait cet effet sur elle. Diana sentit la présence familière de son greffier adoré, venu profiter du plaid pour faire une sieste au soleil. Il s’installe à quelques centimètres de son humaine et ronronna doucement, comme pour ne pas déranger les humains dans leur moment de tranquillité. La tentation d’aller piétiner Watson, allongé non loin, était grande… mais il se retint, préférant s’étendre de tout son long. Assise en tailleur, Diana pose une main sur le poil légèrement rêche du chat. Sentir son cœur battre finit de la détendre. Les chats étaient vraiment magiques… surtout lui. Ce n’était pas pour rien qu’il portait le nom du plus grand enchanteur de Bretagne. Ses troubles autistiques, son déficit de l’attention, ses crises d’angoisse, son hyperactivité… elle avait essayé tant de remèdes pour les apaiser : médicaments, tisanes, médecines alternatives. Le plus efficace restait Merlin. Elle aurait pu rester ainsi des heures. Une odeur familière la tire doucement de sa méditation. Un parfum boisé et musqué, qui lui procure aussitôt une sensation étrange de joie mêlée d’excitation. " Lieutenant Blake ?" Un b****r rapide lui confirme : " lui même, hello Merlin, j'ai ramené tes croquettes". Le matou s'étire.. ." ho toi je t'aime Sherlock... finalement sans être indispensable tu n'es pas compketement inutile... je ne grifferais plus ton blouson... pour quelques jours". Il se laisse gratouiller la tête, Alex s'étire à son tour avec une grâce tres feline lui aussi : " et à moi t'as rien ramené ? - ho si... tes gouttes pour ton rendez vous ophtalmo de tout à l'heure... - ho non... ça pique les yeux ce trucs... je vais voir flou toute la soirée - allez ne me force pas à te les mettre moi même, c'est trois dans chaque oeil maintenant et trois dans une demi heure". Il s'execute à contre coeur : " ça pique... bon cette meditation Didi ? - c'était reposant, j'ai l'impression d'avoir fait une sieste. - je te l'avait dit, tu devrais en faire plus souvent. - je n'arrive jamais à m'y tenir." Elle se releve et va nourrir son compagnon à poils. William interroge son ami sur la visite du plombier : " alors ta conaissance est passée ? - oui, il va lui faire pour un peu moins que la moitié du devis initiale. Par contre faudra qu'on casse tout nous même. - et bien, ça nous occuperas - sauf le mur du fond, ensuite il viendra monter la cabine et faire les raccordements. - parfait, elle devait être soulagée - il a dit que l'autre avait gonflé les prix... il y a vraiment des arnaqueurs partout - tu as bu aujourd'hui ? - non pas une goutte, mais j'aimerais bien une biere je t'avoue... - à notre retour de ton rendez vous, on en prendra une si tu en as toujours envie - je me contenterais des sans alcools de Didi en attendant" le lieutenant aide son cousin à se relever : " je commence déjà à voir flou... - je te verrais bien avec des lunettes - me porte pas la poisse... tu sais que Diana a peur des fourmis et des sauterelles ? - ho que oui... mais elle ne me l'a jamais avoué... elle a même peur des dinosaures et des ophtalmos, je ne t'ai rien dit on est d'accord ? - je ne t'ai rien dit non plus... des ophtalmos ? Je pensais qu'avec sa vue elle avait l'habitude d'y aller ? - elle a peur des machines et qu'on lui touche les yeux " Ils rentrent rejoindre la proprietaire des lieux et se preparent pour le rendez vous d'Alexis. Elle espere qu'il n'y aura rien d'inquietant dans les yeux de son ami. Deja, l'addictoogue avait ete rassurant, Alex n'était pas alcoolique mais il devait faire attention à pas se laisser aller, il était important qu'il soit bien suivit. Le psychologue lui était étonné que le jeune homme ai tenu autant d'années sans jamais craquer mentalement. Quand il lui avait demandé pourquoi il n'avait pas consulté des l'adolescence pour parler de sa mere, il avait repondu qu'il avait eu autre chose à foutre. Il avait refusé de voir un psychiatre pour prendre des anti depresseurs, il traversait seulement une mauvaise passe avec le retour d'un geniteur, pas de quoi s'assomer de medicaments. Il avait trouvé tres bien que le jeune homme fasse de la meditation et lui avait conseillé de faire également un sport de combat pour canaliser sa colere. Les deux hommes laissent Diana et partent. Enfin ! Elle s'occupe rapidement de ses lessives en retard et s'installe pour regarder une emission que William trouve ennuyeuse. Elle profite sans le savoir du calme avant la tempête... Alex se concentre pour déchiffrer les lettres projetées sur le mur. Il supporte sans broncher l’examen approfondi — sans doute parce que l’ophtalmo était une femme. " Tout est normal. Vos migraines ne viennent pas de vos yeux. Enfin… elles peuvent être liées à la fatigue si vous passez beaucoup de temps devant un écran, mais il n’y a rien d’inquiétant. — Tant mieux. Je n’ai vraiment pas une tête à lunettes. — Il serait quand même préférable que vous ayez des lunettes de repos. Pour le soir, ou quand votre vue commence à fatiguer. — Des lunettes de repos ? Les lunettes-loupes, là ? Comme les vieux ? — C’est pour tous les âges, monsieur." Il sort du cabinet en riant. " Des lunettes de repos… bien sûr…" Dans la salle d’attente, William était agenouillé devant un petit garçon en pleine crise, les joues rouges, le visage crispé par des hurlements de protestation. Sa mère tentait tant bien que mal de lui mettre des gouttes dans les yeux, visiblement dépassée. Le gamin portait un tee-shirt de déguisement de policier. Lorsqu’il avait aperçu la vraie plaque de William, le calme était revenu presque instantanément. Fasciné, il avait oublié les gouttes. " Pourquoi t’as pas un uniforme, toi ? — Parce que moi, je suis lieutenant. Je mène des enquêtes pour attraper les méchants. Si j’étais en uniforme, ils me repéreraient de loin. On dit qu’on est « en civil » quand on s’habille normalement. — T’as un pistolet ? — Oui. Mais là, je ne suis pas en service. Je l’ai laissé dans un coffre chez moi. Tiens, regarde." William sort son téléphone et montre une photo. " Ça, c’est mon ami en uniforme. Tu vois, il a des menottes, un pistolet… C’est lui. Tu le reconnais sans la tenue ?" Le petit garçon brun lâcha un « whouaaa ! » émerveillé, puis se tourna vers sa mère : " Maman, quand je serai grand, je serai comme le monsieur ! J’aurai un vrai uniforme et je serai très musclé comme lui ! — Si tu veux, mon ange… Mais pour ça, il faut apprendre à être sage. Les policiers sont très sages, et ils écoutent…" Alex s’éclaircit la gorge, un sourire aux lèvres. " Je suis sûr que tu seras meilleur policier que moi, mon garçon." William fouille dans sa poche et en sortit une de ses cartes professionnelles — celles qu’il donnait habituellement aux témoins ou aux victimes pour pouvoir les contacter directement. Il la tendit à l’enfant. " Tiens. C’est la carte que je donne aux gens importants. Tu pourras dire que c’est ta carte de policier. — C’est vrai ? Elle est pour moi ? — Oui. — Merci, monsieur le lieutenant !" William sourit… puis son regard glisse vers la mère. Le sourire de la jeune femme était figé. Trop parfait. Son maquillage était épais, couvrant mal des cernes violacés. Un foulard remontait haut autour de son cou, malgré la chaleur du cabinet. Lorsqu’elle le réajusta machinalement, son geste fut rapide, presque nerveux. Leur regard se croise une fraction de seconde. Elle détourne aussitôt les yeux. William sent quelque chose se nouer dans sa poitrine. Mais déjà, l’assistante appelait le nom du petit garçon. Le futur policier se leve, lançant un dernier regard d’adoration aux deux hommes avant de disparaître derrière la porte. Alex se frotte les yeux en soupirant. " Tout est OK… J’ai mis ces fichues gouttes pour rien. — Tu es pire que Diana. Allez, viens. — Je ne vois plus rien… — N’exagère pas, veux-tu." William jete un dernier coup d’œil vers la porte du cabinet. Le foulard. Le maquillage. Le regard inquiet. Quelque chose n’allait pas. Et il le savait.William fait quelques pas, perdu dans ses pensées. Il entend un bruit sourd suivit d'un juron qui resonne dans les couloirs : " QUI A FOUTU DES PORTES TRANSPARENTES BON SANG !?" . Le lieutenant leve les yeux au ciel... et prend son cousin par le bras : " Diana sort de ce corps... - ça fait mal, je ne me moquerais plus d'elle à ce sujet" . En faisant sortir son acolyte, l’officier remarque un homme appuyé contre une voiture, une cigarette à la main. À en juger par le siège auto visible à l’arrière, il devait attendre sa famille. Poussé par son instinct, William propose à Alex de lui allumer une cigarette. Les deux hommes échangent quelques banalités, mais le regard de William revenait sans cesse vers l’inconnu. L’homme s’impatientait. Il passait des appels à répétition, consultait son téléphone toutes les trente secondes, écrasait sa cigarette pour en rallumer une autre aussitôt. Au moment où Alex tire sur sa dernière latte, William voit la jeune mère et le petit garçon sortir du cabinet. L’homme se redresse immédiatement. Même à distance, sa posture était agressive. Il les interpelle avec colère. La femme hâte le pas, baisse la tête et attrape la main de l’enfant pour l’entraîner vers la voiture. Ils étaient trop loin pour entendre les mots, mais William aurait mis sa main à couper que c’était une scène de jalousie. Quand l’homme leve brusquement le bras, William sentit tout son corps se tendre. Il s’apprêtait à intervenir… puis croise le regard de la jeune femme. Un regard bref. Suppliant. Apeuré. Il reste figé. Intervenir ici, maintenant, sans pouvoir l’arrêter ni le retenir, ne ferait que l’exposer davantage. Il mime rapidement un appel, articulant silencieusement appelez la police. Elle détourne aussitôt le regard et pousse l’enfant dans la voiture. Elle monte à l’arrière, s’assit à côté du garçon, qui baisse la tête à son tour. Alex lui donne un léger coup de coude. " Hé… tu m’écoutes ? — Non, désolé… Tu vois le gamin de tout à l’heure ? — Oui ? — Je crois que sa mère est victime de violences conjugales. — Tu crois, ou tu en es sûr ? — Vu ce qui vient de se passer… j’en suis presque sûr. — Qu’est-ce qui s’est passé ? — C’est vrai que tu vois flou…" William lui raconte la scène en détail. Alex hoche lentement la tête. " Ouais… là, c’est quasi sûr. Pauvre gosse… et pauvre fille. Supporter un type pareil… — Heureusement que j’ai donné ma carte au petit. Peut-être qu’elle osera m’appeler. — J’espère… mais surtout que le type ne tombera pas dessus." William soupire, puis acquiesce. " Allez… rentrons. Avant que je n’aie envie de tirer ça au clair. — Arrête-toi à l’asiatique sur la route. Didi aime bien, je vous l’offre. — C’est adorable, mais préviens-la. Sinon elle va se lancer dans un truc à cuisiner." Il sourit. Sa Didi n’était vraiment pas une grande cuisinière : trop peu patiente pour ça. Il envoit a un message à Diana pour la prévenir qu’ils ramenaient le dîner. Elle fut ravie. Elle n’avait absolument pas envie de faire à manger. William se débrouillait bien mieux qu’elle, Alex aussi d’ailleurs… comme quoi. Elle adorait son ami. Prévenant, patient, attentif… bref, à part son côté beau parleur, blagueur et parfois immature, il ressemblait beaucoup à son compagnon. Même s’il n’était pas son genre d’homme, Alex avait tout pour plaire. Elle se demandait souvent pourquoi il choisissait de rester célibataire. C’était presque du gâchis… mais elle respectait son choix. Après tout, avant de rencontrer William, elle aussi ne voulait plus de personne dans sa vie. Une fois les garçons rentrés, le trio passe une bonne soirée. L’ambiance était légère, presque insouciante. Pendant que William et Alex terminaient la vaisselle, Diana monte préparer ses affaires pour le lendemain. Elle devait retourner chez Madame Lamagat, à la résidence. Et si elle en avait le temps, elle aimerait passer chez Monsieur Bonnet pour rendre au policier le sweat qu’il lui avait prêté. Elle l’avait lavé, plié avec soin, impeccable — même si elle ne l’avait porté que quelques heures. En voulant attraper son téléphone, elle fait tomber celui du lieutenant de l’étagère. " Oh merde…" Elle se précipite et le rattrape juste avant qu’il ne touche le sol. Elle souffle, soulagée. C’était son téléphone professionnel, en plus. L’écran était allumé. Elle n’avait pas voulu lire. Vraiment pas. Mais avec ses troubles, il lui suffisait parfois d’une demi-seconde : son cerveau allait plus vite que sa volonté, plus vite que sa pudeur. Les mots s’imposèrent à elle, malgré elle. « Bonsoir lieutenant, on s’est parlé chez l’ophtalmologue, je vous trouve… » Puis, juste en dessous : « J’aimerais qu’on se revoit pour parler de ce qui s’est passé… » Un malaise sourd lui serre la poitrine. Elle repose aussitôt le téléphone, comme si elle s’était brûlée. Elle se force à respirer calmement. Ce n’était pas complet. Elle n’avait pas ouvert les messages. Ce pouvait être une témoin. Une victime. Une femme croisée dans le cadre de son travail. Il ne la tromperait pas. Elle lui faisait entièrement confiance. Elle secoua la tête, comme pour chasser une pensée indésirable, et descendit rejoindre Alex, qui la taquina aussitôt. Pendant que son cousin embêtait gentiment Diana, William consulte à son tour son téléphone. Ces derniers temps, le commissaire le sollicitait beaucoup… mais en lisant les nouveaux messages, son expression change. « Bonsoir lieutenant, on s’est parlé chez l’ophtalmologue. Je vous trouve digne de confiance… vous semblez intègre et compréhensif. » « J’aimerais qu’on se revoie pour parler de ce qui s’est passé à la sortie du cabinet. Je ne peux pas venir au commissariat. Je travaille au supermarché de la nouvelle zone commerciale, rayon bio, demain à 10 heures. Je vous parlerai. Ne me répondez pas, s’il vous plaît. » Il reste pensif quelques secondes. Diana, malgré elle, observe son attitude. Ce silence. Cette concentration inhabituelle. " Tout va bien, Angel ?" demande-t-elle doucement. "C’est le travail ? Tu dois partir ?" Il range le téléphone dans sa poche et lui adresse un sourire rassurant. " Non, rassure-toi. C’est le commissaire, mais ce n’est rien d’important" Le mensonge lui traversa le cœur comme une lame fine. Il ne mentait jamais, d’ordinaire. Il ne voulait pas lui mentir… mais la situation était délicate. Et surtout, il ne voulait pas l’inquiéter ce soir. Il comptait tout lui expliquer le lendemain. À sa surprise, Diana monte se coucher peu après, les laissant seuls. Les deux hommes jouèrent à la console un moment, jusqu’à ce qu’Alex commence à se frotter les yeux. " p****n… ces gouttes m’empêchent de voir l’écran. — Tu es pire qu’un gosse. — Je te jure, je vois flou. — N’exagère pas…" Ils se séparent en haut de l’escalier après une accolade fraternelle. William se glisse dans le lit, contre sa compagne. Elle bouge légèrement et soupire. " Tu ne dors pas, darling ? — Non… — Quelque chose te tracasse ? — Non… je suis juste moins fatiguée que je le pensais. Je vais prendre des gouttes de CBD." Elle tend le bras, avale plusieurs gouttes. William ignorait qu’elle s’imaginait mille scénarios. Qu’un doute, minuscule mais tenace, s’était logé en elle. Et qu’elle luttait de toutes ses forces pour ne pas penser qu’il avait pu la tromper. Lui crut à une rechute de ses troubles alimentaires, de son mal-être habituel. " Quoi que tu penses de toi, sache que pour moi tu es la plus belle femme du monde. J’aimerais tant que tu te voies avec mes yeux… — Hum… tu mens… Il y a plein de femmes mieux que moi. Et je comprendrais que tu me quittes pour une plus belle… — C’est ça qui t’inquiète ? Foxy… je t’aime. Je vis avec toi. Je sais que ça ne veut plus dire grand-chose aujourd’hui, mais pour moi si. Il y aura toujours quelqu’un de plus beau que moi, ou de plus belle que toi… mais aucune autre femme ne t’arrive à la cheville. Parce que quand je te regarde, je ne vois pas que ta beauté. Je vois tout. Tu es unique. Parfaitement imparfaite. Et c’est ça qui me rend fou de toi. Je suis fidèle. Monogame. Peut-être un peu has been… mais ça me convient. Alors ne t’inquiète pas." Elle savait qu’il était sincère. Alors pourquoi pensait-elle toujours au pire ? Après tout, elle n’avait pas lu les messages en entier. Mais pourquoi avait-il menti ? Natacha tente de la rassurer : "Peut-être qu’une femme le draguait… et qu’il voulait simplement éviter que tu te fasse des films." Ses mots la rassurèrent, malgré tout. " Je t’aime, William… vraiment. J’ai souvent peur de ne pas être assez bien pour toi. — Pourquoi devrais-tu être “assez bien” pour moi ? Tu es mon égale. Tu n’as rien à prouver. Je t’aime comme tu es. Tu n’es inférieure à personne. Je n’ai aucune intention de te quitter ou de te tromper. Je sais que je suis moins présent en ce moment, que tu as l’impression que je te délaisse… mais je te promets que ce n’est pas volontaire. Qu’est-ce que je peux faire pour te rassurer ? — Rien… tu n’as rien à prouver. Je te fais confiance. C’est juste que… parfois, j’ai du mal à croire que tu aies pu t’intéresser à moi. Quand on était s*x friends, il m’est arrivé de penser que tu couchais avec moi pour un pari avec tes collègues… tellement ça me semblait improbable… — Mes collègues trouvent injuste qu’une fille comme toi sorte avec moi," murmura-t-il. "Tu n’es pas juste belle. J’aime tous tes défauts et toutes tes qualités. N’aie pas seulement confiance en moi. Aie surtout confiance en toi." Elle le laissa l’embrasser. Malgré la présence d’Alex de l’autre côté du mur, ils firent l’amour longuement. Il caressa chaque millimètre de son corps, avec une attention presque dévotionnelle. Comment pouvait-elle penser qu’il avait envie de la tromper ? De lui faire du mal ? Il était fou d’elle. Les autres femmes ne l’intéressaient pas. Il avait longtemps été l’homme de toutes… mais depuis qu’il avait posé les yeux sur cette rousse au caractère bien trempé, il n’avait voulu être que l’homme d’une seule femme. Et il comptait bien le rester. La perdre le détruirait. S’imaginer vivre sans Diana… Il préférait ne pas y penser. Si seulement il avait pu prévoir ce qui allait se passer…
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