Diana se réveille assez tard. Pour une fois, sa mère et Patrice l’ont laissée dormir. Contrairement à la veille, où ils l’avaient tirée du lit à sept heures du matin parce qu’ils pensaient qu’elle ne respirait plus…
Son père est déjà reparti chez lui.
Elle se tourne vers la place vide laissée par William. Elle espère qu’il n’a pas raconté à sa mère qu’elle avait failli passer par la fenêtre l’avant-veille…
Elle attrape son téléphone. Un message de William, envoyé il y a une heure : un policier viendra la surveiller dans la matinée.
Elle soupire. Après tout, elle a un portail avec caméra. Mais bon… le commissaire lui doit bien ça.
Elle enfile un pantalon et un t-shirt confortables, puis descend.
Sa mère lui a préparé un petit-déjeuner équilibré. Diana s’installe et mange un peu.
Elle n’a pas très faim, mais Patrice l’encourage.
" C’est encore Alexis qui doit venir aujourd’hui ?
— Je ne sais pas. William n’a rien précisé.
— Il est gentil, cet Alexis. Je crois qu’il t’aime bien.
— Évidemment, c’est mon ami… et le cousin de William.
— Ah, c’est son cousin ? C’est pour ça qu’ils sont si proches.
— Oui.
— Bon, après, ton William est très bien aussi. Plus mature.
— Hum…"
Elle ne répond pas. On frappe à la porte.
Diana se lève, surprise de voir qui a été envoyé pour la surveiller. Guillaume la salue avec un sourire.
" Ravi de vous revoir. Je viens vous prévenir que c’est moi qui surveille la maison ce matin.
— D’accord. Je pense que vous n’aurez pas grand-chose à surveiller, mais j’imagine que le commissaire y tient.
— Oui, il ne veut prendre aucun risque.
— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas. Il y a du café."
Il la remercie et prend son poste. Diana referme la porte. Patrice l’observe, intrigué.
" Tu le connais aussi ?
— Oui. C’est le fils d’un bénéficiaire… sans plus."
Vers midi, sa mère et Patrice repartent à l’auberge pour la laisser se reposer tranquillement.
Pendant ce temps, Blake et son brigadier-chef étaient sur une intervention.
Des clients d’un centre commercial avaient signalé un bébé laissé seul dans une voiture.
La fin de printemps était déjà lourde. À presque midi, la température affichait 29 degrés.
Les deux policiers sortent du véhicule et s’approchent. À l’arrière, dans un cosy, un nourrisson de tout juste quelques mois. Quatre, peut-être. Le visage trop rouge, la respiration irrégulière.
Blake interroge les témoins. Deux femmes voilées, visiblement très inquiètes.
" Depuis combien de temps est-il seul ?
— Nous l’avons vu en arrivant… il y a au moins vingt minutes. Ma mère est allée prévenir l’accueil, mais personne n’est venu.
— Il dormait déjà ?
— Oui… mais il ne bouge presque pas."
Alex frappe doucement à la vitre, tente de stimuler l’enfant.
" Lieutenant, j’appelle les pompiers. Aucune fenêtre n’est entrouverte."
Blake hoche la tête sans quitter le bébé des yeux.
" Qu’ils se dépêchent…"
Les deux femmes sortent de leurs sacs un biberon et une bouteille d’eau.
" On a acheté ça au cas où… s’il a soif.
— Merci. Vous pourrez passer au commissariat aujourd’hui pour une déposition ?
— Oui, bien sûr."
Elles s’éloignent.
Alex sent la tension monter. Blake fait le tour de la voiture, tire sur les poignées, frappe du poing contre la tôle.
" Lieutenant… les pompiers arrivent. Vous voulez que j’aille voir dans les magasins si les parents sont là ?"
Le vouvoiement est volontaire. Une tentative maladroite de le faire redescendre.
Mais Blake explose.
" LES GENS SONT IRRESPONSABLES ! PRÉPARE-TOI PLUTÔT À APPELER L’ASE !"
L’enfant est de plus en plus amorphe. Trop calme. Trop mou.
Alex interpelle un dépanneur à proximité pour forcer la portière. Mais avant même qu’il n’arrive, un bruit sec retentit.
Verre brisé.
" Bon… plus la peine. Merci quand même," souffle Alex.
Blake a déjà sorti l’enfant. Il le serre contre lui, découvre le petit corps.
" p****n… Ils l’ont couvert comme si on était en plein hiver…"
Sa voix tremble. Les pompiers arrivent enfin. Diagnostic rapide : déshydratation, coup de chaleur. L’enfant pleurniche faiblement, toujours dans les bras du lieutenant.
Alex observe la scène. La façon dont William berce le bébé, instinctivement. Doucement. Comme s’il avait déjà fait ça mille fois.
Il comprend.
Et ça lui serre la gorge.
Les pompiers décident d’emmener le nourrisson aux urgences pédiatriques. Blake le remet à contre-cœur dans son cosy, les mâchoires crispées.
" Dix minutes de plus…" murmure-t-il, plus pour lui-même que pour les autres.
Alex tente de le calmer.
" Will… les parents vont arriver. Ça va dégénérer si tu continues comme ça.
— Ne me demande pas de me calmer ! ILS FOUTENT QUOI, LES PARENTS ?!
— Ils sont peut-être au fast-food… tu veux que j’aille voir ?"
Un silence.
Puis :
" Va. Moi je reste là."
Alex entre dans le bâtiment, réquisitionne un micro à l’accueil.
" Les propriétaires du véhicule immatriculé AG-345-BV sont priés de se manifester immédiatement. Leur bébé a été transporté aux urgences."
Il remercie la serveuse et voit une jeune femme sortir précipitamment, suivie de deux autres personnes. Il les suit.
Sur le parking, un homme s’agite.
" Ma voiture ?! C’est vous qui avez pété la vitre ?! Je vais vous défoncer !"
Il s’arrête net en voyant la plaque de Blake. Le regard du lieutenant est noir.
" Police. Lieutenant Blake. À qui est l’enfant qui était dans cette voiture ?
— Heu… à moi… enfin… c’est mon neveu. Sa mère, c’est ma sœur."
Il désigne une jeune fille, perdue, blême.
" Il est où, Kylian ?! Pourquoi vous l’avez enlevé ?!"
Blake explose.
" POURQUOI ?! VOUS OSEZ DEMANDER POURQUOI ?! UN BÉBÉ SEUL DANS UNE VOITURE, EN PLEIN SOLEIL ! IL EST AUX URGENCES ! DIX MINUTES DE PLUS ET IL POUVAIT MOURIR ! C’ÉTAIT ÇA, VOTRE PLAN ?!
— Non… je… il dormait… on n’était pas loin… je voulais juste manger tranquille…
— MANGER TRANQUILLE ?!"
Sa voix se brise presque.
" QUAND L’ASE VOUS LE PRENDRA, VOUS AUREZ TOUT LE TEMPS DE BOUFFER TRANQUILLE !"
Alex intervient, plus posé.
" Madame, laisser un bébé seul dans une voiture est extrêmement dangereux. La température peut dépasser cinquante degrés. Surtout couvert comme il l’était. Il aurait pu mourir.
— On aurait crevé de chaud, nous…"
Blake se retourne vers elle, glacé.
" JUSTEMENT. Si c’est insupportable pour vous, imaginez pour lui."
Il se rapproche de la mère.
" Vous avez quel âge ?
— Dix-huit ans…
— Vous le vouliez, cet enfant ?
— Oui… enfin… c’était pas prévu si tôt…
— Eh bien de toute évidence, vous auriez dû réfléchir davantage. Quand on garde un enfant, on assume. Même si ça veut dire ne plus jamais manger tranquille."
Il inspire profondément.
" Vous nous suivez au poste. L’ASE décidera de la suite."
Silence. Honte.
Les trois montent dans la voiture de police.
Alex lance un regard à son cousin.
Blake hausse les épaules, dur.
Fous-moi la paix.
Mais au fond de ses yeux, il n’y a plus seulement de la colère.
Il y a quelque chose de cassé.
. Une fois arrivé au poste, William les fait accompagner à son bureau par une policiere.
Le brigadier en profite :
" tu crois pas que tu devrais laisser quelqu'un d'autre gerer ? Quelqu'un qui ne vient pas d'apprendre que sa copine etait enceinte et qui a perdu le bébè par exemple ?
- tu m'enmerdes parfois ! Vas remplacer l'autre pour surveiller Diana.... je vais demander à Rouget !".
Il lui lance un regard noir, mais Alex sait qu'il ne lui en veut pas.
Il soupire, et part vers le petit village de son amie.
Il espere que Bonnette ne l'aura pas harcelé... Sinon, il lui fou son poing dans la gueule !
Il n'avait pas comprit pourquoi son geniteur l'avait envoyé... sois disant que Bonnette etait le seul disponible...
Il se gare. Fronce les sourcils. Surpris... Bonnette et son amie sont en train de rire ensemble. Assis tout les deux sur le canapé du salon de jardin, la jeune femme montre un livre à son collegue.
Il les trouvent proches. Trop proches :
" Et bien ça travaille dur ici...", Guillaume se lève et salut celui qui est son superieur.
Diana sourit :
" Alex, je suis contente de te revoir...".
Il se penche pour l'embrasser sur la joue.
Elle sent toujours aussi bon... il renvoit son collegue à qui la jeune femme fait un signe de la main.
Il pensait qu'ils ne pouvaient pas se sentir... :
" Depuis quand c'est ton pote lui ?
- depuis que j'ai apprit à le connaitre, tout simplement
- hum... il t'as rien dit de pervers, au moins ?
- non, ne t'en fait pas, il se tient tranquille maintenant... on a les même gouts en b***e dessinnée
- genre... lui, il lit ?
- Alex.... ne me dit pas que tu es jaloux ? Tu n'as rien à craindre tu es toujours mon meilleur ami
- mouai....
- allez... viens t'assoir pres de moi...".
Il s'execute volontier et laisse son amie posée sa tete sur son épaule...
Diana ferme les yeux, elle repense à ce que sa mere à dit en voyant Guillaume :
" c'est marrant... j'ai cru que c'etait ton lieutenant... ils se ressemblent tu trouves pas ?".
Depuis ça lui trotte dans la tête... c'est vrai que dans le regard y'a un truc...
Alex essaie de rester calme, mais à force de sentir son parfum et de la sentir si proche, il finit par la repousser doucement.
" Attends… heu… ça me fait bizarre…"
Diana fronce les sourcils.
" Bon… je crois qu’il va falloir que tu tranches rapidement si tu es amoureux ou pas.
Je ne vois qu’un seul moyen.
— Qu’on couche ensemble ?
— Heu… non. Beaucoup moins extrême."
Elle passe la main derrière sa nuque et l’embrasse.
Un b****r simple, posé. Comme elle embrasserait William — les sentiments en moins.
Alex se laisse faire. Ce genre de b****r, il n’y est pas habitué. D’ordinaire, c’est plus brutal, plus pressé.
Elle se recule après quelques longues secondes.
" Alors ? Tu ressens un truc ?
— J’ai envie de t’arracher tes vêtements.
— Alex… pas ça. Je parle de papillons. D’un truc qui te serre le ventre. D’une envie absurde de te battre avec William pour moi.
— Heu… dans le bas-ventre oui, mais…
— Bon."
Elle pose la main sur son cœur.
" Arrête de penser avec ton sexe. Concentre-toi là-dessus."
Elle l’embrasse à nouveau.
Alex se concentre.
Ses lèvres sont douces, il le sait déjà. Elle a ce goût sucré qu’il aime. C’est agréable. Très.
Mais… rien ne s’embrase.
Quand elle s’éloigne, il se sent toujours bizarre. Un peu frustré. Un peu soulagé aussi.
Il a été jaloux, oui. Jaloux de Guillaume. Peur de perdre leur équilibre. Mais pas amoureux comme il l’imaginait.
" Alors ? " insiste-t-elle.
" Je… je crois que non.
Enfin… je t’aime, mais pas comme ça.
— Charmant. Ravie de savoir que je ne déclenche rien de plus qu’un « bof ».
— Hé… je t’adore, Didi. Je crois que je t’aimerai toujours. Comme une amie. Peut-être un peu plus.
— Comme une sœur ?
— Ouais… c’est pas loin. Je ne me mettrai jamais entre toi et Will. Mais si un jour tu le quittes… peut-être que je tenterais ma chance."
Elle soupire, puis son visage se ferme légèrement.
" J’ai l’impression qu’il me cache quelque chose."
Alex fronce les sourcils.
" Comment ça ?
— J’ai surpris une conversation… Il parlait à une femme. Il disait qu’il ne pouvait pas venir, qu’il fallait être prudent…"
Alex comprend immédiatement. Pauline.
Il hésite une seconde, puis choisit la loyauté.
" Ma jolie… tu te fais des films. William n’a d’yeux que pour toi. Il t’a veillée jour et nuit. Il ne te tromperait pas.
— Je sais… mais j’arrive pas à m’empêcher de douter.
— Tu devrais lui en parler. Et te reposer un peu.
— J’ai pas envie de me reposer."
Il la prend dans ses bras.
" Ça va aller."
William, de son côté, est encore tendu.
La scène du matin tourne en boucle dans sa tête. Le bébé. La chaleur. L’irresponsabilité.
Et Diana. Fragile. Dans le coma.
Il quitte le poste plus tôt que prévu.
Sur le chemin, le commissaire l’arrête.
" Prenez ces fleurs pour Diana.
— Des lys ?
— C’était pour ma femme. Elle déteste ça. Offrez-les-lui. Ça lui fera plaisir. Dire qu'il y a deux jours, elle me reprochait de ne jamais lui offrir de fleurs.."
William hésite, puis accepte. Fatigué. Trop fatigué pour discuter.
Quand il arrive, la vision le heurte plus qu’il ne voudrait :
Diana dans les bras d’Alex.
D’ordinaire, ça ne le dérange pas.
Mais ce soir, tout se mélange.
" C’est pas vraiment une protection rapprochée, brigadier-chef," lâche-t-il, sec.
" Déjà fini, chef ?
— Oui. Ça va, Darling ?"
Diana sourit et lui prend ce qu’il tient.
" Oh… des fleurs ! Et des oursons ! J’avais tellement envie de sucre…"
William lance un regard sombre à son cousin. Alex comprend immédiatement et se lève.
" Je crois que je vais rentrer. J’ai encore du service ce soir… et puis je pense que tu as besoin d’être seul avec elle.
— Il a l’air fâché…" murmure Diana.
" Fatigue, peut-être," répond Alex.
" À bientôt, ma jolie."
Il l’embrasse tendrement et entre dire au revoir à William.
" Tu m’en veux pour ce matin… ou pour Diana ?
— Pour tout, " répond William sans détour.
Il baisse la voix.
" J’ai passé la journée à gérer des parents incapables, à penser à ce que j’aurais pu perdre…Et je rentre, et je te vois coller à elle."
Alex hoche la tête.
" Désolé, lieutenant."
William le serre brièvement dans ses bras.
" File."
Quand Alex part, Diana rejoint William dans la cuisine et l’enlace par derrière.
Il ferme les yeux une seconde.
Tout se mélange encore.
Mais il est là. Et elle aussi.
Diana lui embrasse la nuque, en se hissant sur la pointe des pieds :
« Ça sent bon…Tu étais fâché contre Alex ? Tu sais, il n’est pas amoureux de moi…"
William secoue doucement la tête.
" Ce n’était pas contre lui. C’était… compliqué ce matin. Le boulot, surtout." Il lui raconte, encore.. Le bébé, la voiture..
Elle hésite, puis parle plus bas :
" Tu sais… il y a des gens qui feraient d’excellents parents et qui n’ont pas d’enfants.
Et d’autres qui en ont, sans être prêts.
C’est injuste, mais c’est comme ça.
Je ne sais même pas si j’aurais été capable d’assumer…
— Je sais," murmure-t-il.
" Mais ça m’a rendu fou. Un bébé si petit… enfermé dans une voiture, en plein soleil."
Elle baisse les yeux.
" Je suis désolée… de ne pas avoir réussi à le garder."
Il la prend contre lui.
" Je ne t’en veux pas. C’est juste… plus compliqué que je ne le pensais.
— Pour moi aussi," avoue-t-elle.
"Et peut-être que, quand tout ça sera un peu derrière nous…
On pourra en reparler. Sérieusement."
Il se recule légèrement pour la regarder.
" Tu es sûre ? Je ne veux pas que tu dises ça parce que je suis triste."
Elle inspire profondément.
" Depuis que je sais qu’il n’est plus là…
J’ai l’impression qu’il manque quelque chose. Sans pression, sans urgence… mais peut-être qu’un jour, on pourrait essayer."
Il sourit doucement et caresse ses cheveux.
" Je serais partant. Mais ce sera toujours toi qui décideras quand.
— J’ai envie de vomir…"
Elle se précipite vers les toilettes.
Sur le bar, le paquet d’oursons presque vide.
Il soupire — il aurait dû se douter que ce n’était pas une bonne idée.
Quand elle revient, elle s’installe sur le canapé, épuisée.
Le dîner se déroule calmement.
Sa mère observe William, visiblement surprise par ses talents culinaires, mais se tait.
Elle surveille surtout Diana, trop pâle à son goût.
Patrice engage la conversation.
" Dis-moi, William… Alexis m’a dit que tu aurais pu intégrer la BRI.
— Il exagère, " répond-il en souriant.
"J’ai eu de la chance. J’ai commencé à Bordeaux, aux stupéfiants… puis un chagrin m’a fait revenir ici. Un gros coup sur un trafic m’a valu une promotion anticipée.
— Et bientôt capitaine ?
— Dans deux ans, oui.
Mais rien n’est obligatoire.
Plus de responsabilités, plus de sacrifices… je ne suis pas sûr de le vouloir."
Diana lui prend la main.
" Tant que tu rentres vivant."
Ils échangent un sourire complice.
Une fois seuls, dans la chambre, Diana baille.
" Je me demande pourquoi le commissaire insiste autant pour me faire surveiller.
— Il pense que c’est toi qui étais visée.
— Mais ça n’a pas de sens…
Je ne suis là que depuis un mois. Je remplace juste une collègue."
William se fige, puis soupire.
" Et tu ne pouvais pas nous le dire avant…
— Je pensais pas que c’était important, " bougonne-t-elle.
" C’est à vous, les flics, de vérifier ce genre de détails."
Il appelle le commissaire et explique calmement.
Quand il raccroche, il sourit.
" Tu es incroyable.
Tu débloques une enquête en une phrase alors que j’y suis depuis des jours.
— Je ne suis pas distraite… juste sélective."
Il l’embrasse dans le cou.
" Je t’aime. Tu es vraiment…
— Bizarre ?
— Belle. Mais bizarre te va très bien aussi.
— Bas les pattes, je suis fatiguée.
— Vraiment ?"
Il caresse doucement son bras nu, dépose un b****r sur son épaule.
Elle se rapproche instinctivement de lui.
" peut être pas tant que ça…"
Elle l’arrête soudain.
" Attends.
J’ai arrêté la pilule pendant le coma… je viens juste de la reprendre.
— On n’a pas de préservatifs…
— Non… Mais ça n’empêche pas de se faire du bien."
Elle rougit.
" Entièrement d’accord."
Derrière la porte, Merlin s’étire.
Les humains… toujours à céder à leurs pulsions.
Heureusement qu’ils n’ont pas de portées de six d’un coup.
Il se demande vaguement si les humaines peuvent avoir plusieurs mâles à la fois…
Puis décide que tant que sa maîtresse va bien, le reste est sans importance.
Victor soupire.
Il avait longuement hésité avant de donner ce bouquet à son lieutenant.
Pas de micro. Pas cette fois.
Mais l’idée l’avait traversé, fugace, insistante. Comme beaucoup d’autres ces derniers temps.
William Blake…
Un officier brillant, trop brillant.
Aventureux, têtu, travailleur, intelligent — peut-être trop pour son propre bien.
Surtout fouineur.
Il avait déjà démantelé plusieurs réseaux de trafiquants de drogue.
Des réseaux qui, disons-le franchement, n’auraient peut-être pas dû tomber si vite.
Blake pouvait être une arme redoutable… ou un obstacle dangereux.
Victor le savait : un jour, il faudrait lui dire la vérité.
La vraie.
Et ce jour-là, il ignorait encore de quel côté William se tiendrait.
Il jette un regard vers la photo posée sur son bureau. Le test Adn à côté.
Alexis.
Son fils.
Enfin… peut-être. Un mystère. Même Grégory n'avait pas su lui dire avec précision.. Fils ? Neveu ? Frére ?!
Alexis était le policier parfait.
Loyal jusqu’à l’excès, courageux, incapable de reculer quand un collègue était en danger.
Pas feignant. Pas lâche.
Un soldat né.
Mais pour être vraiment dévoué, il fallait plus que des ordres :
il fallait du respect.
Et ce respect, Victor ne l’avait pas encore.
Alex n’avait d’yeux que pour son lieutenant.
Toujours.
Même quand Blake dépassait les limites.
Même quand Victor le rappelait à l’ordre.
Blake n’hésitait jamais à défendre son cousin.
Victor se souvenait très bien de cette fois où il avait menacé Alex d’un blâme pour un retard.
« Un blâme pour un retard ?
Parce qu’il a fait la fête hier soir ?
Vous n’avez jamais été jeune, commissaire ? »
La salle s’était figée.
Son frère avait ricané, lui rappelant quelques-unes de ses propres frasques de jeunesse.
Et Blake… Blake l’avait fixé.
Ce regard bleu, froid, sans peur.
Un défi pur.
Victor avait cédé.
Cette fois-là.
Depuis, il avançait avec prudence.
Trop de liens. Trop d’affect.
Il avait tenté, cet après-midi encore, de semer une pointe de jalousie.
Quelques sous-entendus lancés à William, profitant de sa colère après l’incident du bébé.
Mais Alex n’avait eu droit qu’à une remontrance.
Rien de plus.
Leur amitié était solide.
Et il y avait un facteur qu’il ne pouvait ignorer.
Diana.
Diana était le centre de gravité.
Le point d’équilibre.
Le ciment du duo.
Blake devenait farouchement protecteur dès qu’il s’agissait d’elle.
Alex, lui, gravitait autour, inquiet, présent, incapable de couper le lien.
Victor l’avait bien compris :
s’il voulait influencer l’un, il devrait passer par elle.
Demain, il irait la voir.
Officiellement pour l’interroger.
Officieusement pour observer, écouter, comprendre.
Ses goûts.
Ses failles.
Ses habitudes.
Entrer dans sa maison, ce serait déjà entrer un peu dans sa tête.
Une chose le troublait pourtant.
Et si Alex n’était pas son fils ?
Et s’il s’attachait pour rien ?
Cette idée le serrait plus qu’il ne voulait l’admettre.
Non…
Sa meilleure option restait Diana.
Elle, au moins, était certaine.
Indispensable.
Et au cœur de tout.