Quelques jours s’étaient écoulés.
William était préoccupé. Il avait surpris Alex dans un bar, un verre d’alcool à la main. Comme il était en bonne compagnie, il n’avait rien dit… mais cela l’inquiétait. S’était-il remis à boire ?
Son alcoolisme était apparu si brutalement… enfin, en réalité, il s’était installé peu à peu, mais le lieutenant n’avait rien vu venir. Ce n’est que le jour où Diana l’avait appelé pour lui annoncer que son cousin avait fait un malaise qu’il avait pris la réalité en pleine figure. Il l’avait aidé à diminuer sa consommation, et le jeune homme allait beaucoup mieux.
Peut-être que l’approche du dîner avec son géniteur le stressait ?
Il soupire et se déchausse.
Sa compagne fouillait la pièce d’un air inquiet.
" Tout va bien, darling ? Tu as perdu quelque chose ?"
La jeune femme plisse les yeux.
" Mes lunettes… Je les ai posées quelque part et impossible de les retrouver. J’ai quitté mes lentilles…"
Il sourit et s’approche pour la prendre par la taille.
" Je sais où elles sont, tes lunettes…
— Où ? Dis-moi, c’est perturbant, je te vois un peu flou…"
Il lui caresse les cheveux et, comme par magie, les lunettes se retrouvèrent sur le bout de son nez. Elle rougit.
" Ah… elles étaient sur ma tête… Ça doit être quand je me suis démaquillée… Merci, Will.
— De rien. Ça ne s’arrange pas, tes troubles de l’attention… En général, c’est que tu es tracassée. Tout se passe bien au travail ?
— Oui… Ça doit être la fatigue… ou un manque de magnésium. Et puis j’ai beaucoup de choses en tête.
— Tu as payé le paysagiste ?
— Oui… Rien que d’y repenser, j’ai envie de pleurer.
— Il le fallait. Imagine si la branche était tombée sur ta voiture.
— Hum…"
Elle l’embrassa, heureuse qu’il ne soit pas rentré trop tard. Merlin vint se frotter contre ses jambes, réclamant de l’affection. Elle le prit dans ses bras en lui murmurant des mots doux. Blake eut l’impression que le chat prenait un malin plaisir à lui rappeler à quel point sa petite amie l’adorait.
" Pauvre bipède… il croit encore qu’il est l'Amour de sa vie...Ne t’inquiète pas Sherlock… elle t’aime aussi. Juste, moins que moi. " "Tu veux que je cuisine, Foxy ?
— J’ai commandé à emporter à l’auberge, tout est dans le frigo. Je pensais que tu rentrerais tard, et que tu n’aurais pas envie de faire à manger. J’espère que ta journée s’est bien passée ?
— Tu as bien fait. Ça a été, mais j’avoue que j’ai un peu la flemme. Et toi ?
— On m’a envoyée dans un coin paumé. Je me suis perdue à l’aller comme au retour… et j’ai eu mes règles. Heureusement que j’ai toujours des serviettes dans ma voiture. Mais c’était une journée tranquille.
— Tu as mal ?
— Non, ça va… mais je me sens un peu déprimée.
— Allez, dans quelques jours ce sera passé.
— Oui… jusqu’au mois prochain. En tout cas, je suis contente que tu sois là. Tu m’as manqué aujourd’hui."
Elle dépose le félin sur le fauteuil et enlace son amoureux. Il faisait de son mieux pour se dégager du temps ; ils aimaient marcher ou courir sur les chemins autour de chez eux. L’été approchait, les jours s’allongeaient, et ils profitaient davantage de leurs soirées.
Ils s’embrassent longuement, mais William restait préoccupé.
" Dis-moi, darling…
— Hum ?
— Tu as vu Alex ces derniers jours ?"
Elle hausse un sourcil.
Évidemment qu’elle avait vu Alex. Ils avaient cherché ensemble des preuves d’un possible lien de parenté entre William et son bénéficiaire. Elle avait suggéré un test ADN pour comparer William et Guillaume, qui pourraient être demi-frères. Mais Alex avait déjà fait réaliser, un peu illégalement, un test de paternité pour une autre affaire, et il ne voulait pas compromettre son contact.
Ils avaient aussi fait du yoga ensemble, et il lui avait réappris quelques techniques d’autodéfense. Ce n’était pas encore très concluant — elle avait mal partout. Alex était un professeur exigeant… heureusement qu’il était aussi un excellent masseur, peut-être même un peu trop.
Elle répond finalement :
" Oui… pour mes leçons d’autodéfense. Pourquoi ?
— Il était normal ?
— Oui… enfin, je crois. Normal comment ?
— Sobre.
— Il n’a bu qu’une bière. Il a recommencé à boire beaucoup ?
— Je ne sais pas… Je l’ai vu dans un bar avec une fille. Il avait un verre d’alcool, alors je m’interroge. Et je le trouve moins concentré en ce moment.
— Ah… Il était comme d’habitude avec moi. Il a fait plein de blagues, a dévoré mes gâteaux, et voilà.
— Hum… C’était peut-être exceptionnel. Avec le dîner chez le commissaire qui approche, je m’inquiète…
— Oh, n’en parle pas… Ça me stresse. Ça va être horrible !
— Moi, j’ai hâte de vous voir jouer le couple modèle. Je sens que je vais bien rire.
— Tu riras moins quand je te quitterai pour lui parce qu’il m’aura séduite.
— Ce ne serait pas la première fois qu’une femme part avec le meilleur ami.
— Hum… genre tu ne serais pas jaloux ?
— Oh… peut-être un peu au début. Mais l’amour a ses raisons que la raison ignore.
— Alex ferait un bon petit ami, dans son genre… mais je préfère les blonds aux yeux bleus, avec un accent anglais.
— Tu sais qu’Alex s’est déjà teint en blond ? Kelly voulait être coiffeuse à l’époque. J’ai vu les photos… c’était bizarre.
— Allez, embrasse-moi, et ne t’inquiète pas. De toute façon, il ne pourra pas boire grand-chose dans les bars…
— Quoi ?
— Non, rien… t’inquiète…"
Elle sourit pour le rassurer.
Elle avait été très occupée ces derniers jours… mais pas uniquement à cause du travail. Alex la tuerait s’il apprenait ce qu’elle avait fait. Et William… enfin… c'était pas si grave..
Il l’embrassa, longuement, jusqu’à ce qu’elle se débarrasse de ses vêtements encombrants, et qu’elle lui ôte les siens. Merlin s’étira paresseusement, jugea la situation d’un œil blasé, puis préféra s’éclipser par la fenêtre laissée entrouverte plutôt que d’assister à cette tentative de reproduction humaine.
Chez les humains, l’appendice était-il, lui aussi, recouvert d’épines ? Cela expliquerait bien les cris…
Il partit en chasse — non pas de femelles, mais de rats-taupiers. Sherlock adorait découvrir leurs petites têtes écrasées sur son pare-brise le matin.
Le lendemain, Blake soupire :
"Merlin.... espece de sale bête..".
Il enleve la tête de rongeur posé par le felin.
Il en faut plus pour le degoutter, vu toute les horreurs qu'il voit sur les scenes de crimes, de suicide ou d'accidents... il commence tôt à son grand regret, à peine endormit apres sa nuit d'amour qui l'avait comblé mais épuisé... le telephone avait sonné... des jeunes avaient tenté de cambrioler une boutique du centre ville, l'un d'eux c'était fait renversé par le proprietaire qui avait été prevenu par un habitant de la rue... hasard ou pas, le delinquant était aux urgences... les autres avaient vite été retrouvés mais William devait s'occuper des interrogatoires et tout ce qui s'en suit.
Il quitta le cocon familial pour retrouver son ami, qui n’avait pas l’air beaucoup plus réveillé que lui.
" La nuit a été courte pour toi aussi ?
— M’en parle pas… la fille a voulu remettre ça plusieurs fois. Et toi ?
— Nous, on a pris notre temps. Elle voulait tenter le slow s*x… beaucoup de préliminaires, mais ça valait le coup.
— Intéressant… comme quoi on est vraiment complémentaires, toi et moi. Moi, je vais toujours trop vite avec les filles…
— Bon, assez parlé sexe. On a du nouveau sur la bénéficiaire de Diana ?
— Hum… ouais. Je crois que j’ai dégoté un truc. Tu te souviens que j’ai vieilli le mari avec une appli ?
— Et qu’il ressemblait au voisin ? Oui, je m’en rappelle.
— Eh bien… ledit voisin…
— Oui ?
— C’est le mari. Enfin… l’ex-mari.
— WHAT ??? T’es sûr ? Mais il est mort !
— Non… enfin, légalement oui. Il a changé d’identité il y a plus de trente ans.
— Et elle était au courant ?
— Évidemment. Non seulement elle a touché l’assurance-vie à l’époque, mais en plus il lui envoyait régulièrement de l’argent.
— Pourtant, d’après Diana, elle était plutôt pauvre… Attends… elle m’a dit exactement : « Elle l’a sûrement été à une époque » quand je lui ai dit que je pensais que les habitants de ce genre de cité étaient des bourges. Sérieusement… elle est brillante, cette femme. Vérifie s’ils avaient un train de vie plus élevé avant, et si les enfants sont au courant. L’un d’eux a pu vouloir se venger d’avoir été trahi.
— Ils étaient très jeunes… apprendre que leur père vivait juste à côté… peut-être que tu as raison. Mais pourquoi s’en prendre à la mère ?
— Ou alors c’est le père qui l’a tuée. Peut-être que l’idée de le faire passer pour mort venait d’elle…
— Tu veux l’interroger ?
— Il m’attend, c’est ça ?
— Évidemment. Je ne fais pas que boire et b****r. J’ai demandé à Jordan de le faire venir tôt.
— Bien vu. Et l’autre homme qu’elle fréquentait ? Il savait que l’ex était son voisin ?
— Lui, je sais pas. Mais l’auteur des lettres, c’est bien l’ex. Ça explique les scènes de jalousie… il a toujours été amoureux.
— Tu sais ce qu’on nous apprend à l’école de police… les crimes passionnels.
— Je m’en souviens. Bon courage, lieutenant.
— En attendant, vois avec Jordan si sa piste des piqueurs en soirée a donné quelque chose.
— À vos ordres, chef. Ah ! Will ? Et pour notre homme ? Sa garde à vue se termine demain… sans plainte de Pauline, on ne pourra pas le garder plus longtemps.
— Je passerai tout à l’heure. J’essaierai de la convaincre."
Ils se sourirent. Au moment où ils allaient se séparer, Blake attrape son cousin par le bras.
" Dis-moi… si tu t’étais remis à boire… tu me le dirais ?"
Alex fronce les sourcils.
" T’en fais pas. Je vois toujours mon psy. Pourquoi cette question ?
— Je m’inquiète, c’est tout. Je me sens tellement con de n’avoir rien vu la première fois que… chaque fois que je te vois dans un bar, j’ai peur.
— On ne boit pas que de l’alcool dans un bar, Will. Et puis je sais très bien que tu as demandé à tous les bars du coin de me servir plus de coca que de whisky dans mes whisky-coca…"
Le brigadier-chef sourit devant l’air soudain très interrogateur de William.
" J’ai rien fait…
— Arrête. Le barman m’a dit qu’un lieutenant était passé.
— Je te jure !"
Alex le fixe quelques secondes, puis se frotte le front, pensif.
" Dis-moi… t’as ta plaque sur toi ?"
William tapote ses poches, hésite.
" Heu… attends… je ne l’ai pas sortie depuis un moment… merde…
Elle doit être à la maison."
Alex eut un sourire lent.
Très lent.
" Je te parie que le lieutenant… était une lieutenant.
— …Diana."
Ils échangent un regard. Un de ceux qui n’avaient pas besoin de mots.
" Elle m’a volé ma plaque…" murmure William.
" Et elle s’en est servie pour faire peur aux bars du coin," conclut Alex.
" futée. Très futée.
— Elle va m’entendre ce soir.
— Soirée crêpes ? 19 heure ?
—yes"
Ils se séparèrent en secouant la tête, mi-amusés, mi-résignés… avant de se remettre au travail.
C’est un ex-mari profondément affecté que le lieutenant interroge.
William se rappelle la théorie du commissaire : et si la victime n’avait pas été la véritable cible ? Si l’homme avait voulu atteindre la collègue de Diana — enceinte de son petit-fils, encore mineur — par vengeance ?
Il s’éclaircit la gorge.
" Mettons de côté l’arnaque à l’assurance et la fausse identité… Parlons de votre petit-fils. Luc, c’est bien ça ?
Il a eu une relation avec l’aide à domicile de votre ex-femme. Une femme d’une vingtaine d’années de plus que lui — voire davantage. Il l’a mise enceinte. Vous le saviez ?"
L’homme hésite.
" Oui… et non. Enfin… je m’en doutais. Je les ai vus ensemble une ou deux fois.
Vous savez… je ne suis pas vraiment en position de donner des leçons de morale à mes petits-enfants. Je serais mal placé.
— C’est le moins qu’on puisse dire," répond William sans dureté.
" Vos enfants savent que vous n’êtes pas mort ?
— Non… On devait leur dire à Noël. À cause de sa maladie, qui empirait.
— Et vous saviez qu’elle avait un autre homme dans sa vie ?"
L’homme baisse les yeux.
" Évidemment. Au début, quand on a décidé de…
— De vous faire passer pour mort.
— Oui. On s’était dit que ça ne changerait rien entre nous.
On l’a fait pour elle et pour les enfants. On n’y arrivait plus, on allait tout perdre. On était presque à la rue.
Mon jumeau venait de mourir… l’occasion était là.
C’était simple. Échanger nos identités. Je devais partir, tenter ma chance ailleurs."
Il marque une pause.
" Mais au fil du temps… les choses ont changé.
— Je vois. Mais les enfants n’ont jamais demandé après leur oncle ?
— Non. C’était un solitaire. Un marginal. On s’était éloignés après la naissance du premier enfant. Il ne voulait pas que notre relation fusionnelle abîme ma vie de famille.
J’ai failli revenir plusieurs fois… mais les enfants n’auraient pas compris.
Et puis j’ai fini par gagner assez d’argent pour continuer à les protéger… et refaire ma vie.
J’ai eu d’autres enfants."
William le fixe.
" Et quand votre ex-femme est tombée malade ?
— J’ai décidé de revenir vers elle.
— Vous étiez restés en contact, malgré tout ?
— Oui. L'Amour...
— Et votre seconde famille ? Elle était au courant ?
— Non. Je risquais trop gros si la vérité éclatait."
William prend une inspiration.
" Je vais devoir interroger vos enfants.
— Je m’en doutais. Est-ce que vous pourriez leur donner ces lettres ?"
Il sort plusieurs enveloppes de sa poche et les tend au lieutenant.
" Je peux faire ça, oui."
Un silence.
" Et… qu’est-ce qui va m’arriver ?
— Ce n’est pas à moi d’en décider."
Puis William hésite, avant d’ajouter :
" Votre jumeau… vous étiez vraiment identiques ?
— Oui. Pourquoi ?
— Si vous étiez de vrais jumeaux… vous aviez peut-être le même ADN. C’est rare, mais ça existe.
Dans ce cas, personne ne pourrait affirmer à cent pour cent que vous n’êtes pas celui que vous prétendez être."
Il savait que c’était hautement improbable.
Mais il sentait aussi que cet homme n’était pas un meurtrier.
Lorsque l’ex-mari quitte la salle, William reste seul un moment.
Il soupire
Fit quelques pas.
Tourne en rond.
Il avait un mobile, oui.
Mais un alibi solide : au moment du meurtre, il était dans un bar-tabac pour acheter son journal. Les caméras le confirmaient.
Le vrai problème, c’était le cyanure.
Ils ne savaient toujours pas quand il avait été introduit dans les capsules de café.
William s’appuit contre la table.
Cette piste… quelque chose clochait.
Elle était trop évidente.
Trop lourde.
Trop chargée de fautes, mais pas du bon crime.
Le reste de la matinée, n'est pas plus productif.
Apres sa pause dejeuner de dix minutes à peine, il est appelé pour une affaire de harcelement dans un lyçée. Une mere est venue porter plainte contre des camarades de classe de son fils. Une trentaine d'adolescents à l'air blasés à interroger... et des profs qui semblent tomber des nues, en apprenant qu'un eleve à voulu se suicider... une eleve finit quand même par parler et dénonce tout un groupe de terminales... en fouillant un peu dans quelques telephone, le lieutenant à tot fait de trouver des preuves. Les adolescents se retrouvent menottés et baissent chacun leur tour le regard, quand Blake les fixent en leur disant qu'ils sont desormais en garde à vue...
Le jeune homme regarde l'heure, cette histoire lui a prit un apres midi... il n'avait pas eu le temps de s'en occuper avant, mais il avait promit à la victime que srs bourreaux seraient jugés. Il prend le temps d'appeler en personne, à la jeune fille pour lui annoncer la nouvelle, et file vers la petite maison de son enfance.
Au moins, il a resolut une affaire aujourd'hui...
Il ne met pas le girophare, rien d'officiel c'est simplement une visite à Granny et à sa... locataire. Il se gare et sort un sachet de bonbons pour le môme et un bouquet pour sa grand mere.
Tom joue doucement avec une vieille peluche.
Il ne comprend pas très bien pourquoi, en pleine nuit, maman l’a réveillé.
Il ne comprend pas non plus pourquoi il y avait des hommes dans la maison, qui prenaient des affaires et les mettaient dans des sacs.
Il avait eu très peur, quelques heures plus tôt.
L’amoureux de maman avait crié très fort.
Maman aussi avait crié, mais pas pareil.
Elle avait l’air d’avoir mal. Et peur.
Son visage était tout bleu.
Quand l’homme est parti en claquant la porte, Tom a eu encore plus peur.
Parce qu’il a crié :
« Je vais vous tuer ! »
Après, maman s’est enfermée dans la salle de bain.
Elle a parlé au téléphone avec quelqu’un.
Quand elle est ressortie, elle était maquillée et elle souriait.
Mais c’était un sourire bizarre. Un sourire triste.
Elle a fait des crêpes quand même.
Maintenant, ils sont dans une autre maison.
Avec maman.
Et une mamie.
Il y a aussi un chat.
Ça fait trois jours qu’ils sont là.
Un monsieur vient souvent.
Il est gentil, lui.
Il parle doucement. Il donne des bonbons, des fois, il joue avec lui au policier.
Maman lui sourit beaucoup.
Un vrai sourire, cette fois.
La mamie est gentille aussi.
C’est la mamie du monsieur.
Tom serre un peu plus fort sa peluche.
Ici, ça a l’air plus calme.
William entre chez sa grand-mère.
" Hello, Granny… ça va ?
— Willy ? Je ne savais pas que tu venais aujourd’hui.
— J’avais un peu de temps. Rien de suspect, promis.
— Hum… ne fais pas le malin. Tu as parlé à Diana ?
— Non. Il n’y avait aucune raison pour que je lui parle."
Maggy le regarde longuement, un pli soucieux au coin des lèvres.
" Tu fais comme tu veux, mon garçon… mais fais attention. Diana déteste qu’on décide à sa place. Si elle découvre que tu lui caches quelque chose, elle ne verra pas ça comme une simple omission.
— C’est une affaire non officielle, Granny. Pas une tromperie.
— Pour toi, peut-être. Pour elle, ce sera différent. Elle a besoin qu’on lui fasse confiance… et surtout qu’on ne lui mente pas. Elle risque de se sentir trahie, William. Et tu sais à quel point elle peut être rancunière quand on l’écarte."
Il n’insiste pas. Elle non plus.
Pauline surgit alors et se jete dans les bras de son sauveur. Maggy les observe, le cœur serré. Elle éprouvait de la compassion pour la jeune femme, bien sûr. Elle avait pansé ses blessures, apaisé ses angoisses, tenté de la rassurer. Mais Pauline voyait William comme un héros — et Maggy craignait un transfert qu’il ne semblait absolument pas percevoir.
La jeune femme lui envoyait des signaux maladroits, ambigus. Des regards trop appuyés. Des gestes trop démonstratifs. Pauline se faisait des films. Elle avait presque arraché le bouquet de fleurs des mains de William, se pâmant devant lui, tandis qu’il restait visiblement gêné.
Maggy, elle, savait.
Son petit-fils avait apporté ces fleurs pour elle.
Les roses blanches et le mimosa étaient ses préférées. Quand il faisait des bêtises enfant, il trouvait toujours le moyen de lui en rapporter. Un pardon silencieux, déjà.
Perdue dans ses pensées, Maggy n’entendit même pas la voiture se garer devant la maison.
Diana trouva étrange que l’intervention chez la grand-mère de William ait été décalée. Madame Blake aimait les rituels presque autant qu’elle : le mardi, toujours le mardi. D’abord annulée, puis déplacée… Peut-être une erreur du bureau.
À moins que William ne soit déjà là.
Au moins, cette intervention se passerait bien — rien à voir avec la précédente, où elle avait vomi deux fois à cause de la crasse. Cette fois-là, elle ferait un signalement à la SPA sans hésiter.
Elle fut surprise de trouver porte close.
" Madame Blake ? C’est moi ! Tout va bien ?".
Elle patiente.. inquiète...
À l'intérieur, Blake chuchote à sa grand-mère :
" tu devais annuler !!?
- mais j'ai annuler ! ils ont peut-être mal compris ! ne panique pas ! Pauline est une cousine, du côté de ton grand-père, pas venue depuis très longtemps !". La jeune femme acquiesce.
Diana frappe de nouveau :
" William ??! tu es là ?".
La porte s’entrouvre brusquement. William apparaît, nerveux.
" Diana… ? Je ne savais pas que tu venais aujourd’hui.
— Ça va ? Granny est malade ?
— Heu… un peu vaseuse.
— Entre donc, ma petite," lance la grand-mère depuis l’intérieur.
"Les émotions me rendent toujours barbouillée."
Diana entre. Son regard se pose aussitôt sur la jeune femme blonde… puis sur l’enfant à ses côtés.
Très blond. Yeux bleus. Traits familiers.
Trop familiers.
" Diana, dit Madame Blake, je te présente Pauline et son fils Tom. Ma petite-nièce… par alliance. Du côté du grand-père de Willy.
— Enchantée, " répond Diana, souriante malgré elle.
Elle sentit pourtant un malaise diffus. William était raide.
Pauline trop tactile.
Tout sonnait faux.
" Vous voulez peut-être que je vous laisse en famille ? " propose Diana.
" Oh oui, ce serait adorable," répond Pauline en s’accrochant au bras de William.
"Ça faisait si longtemps que je ne l’avais pas vu… depuis l’enfance."
William pâlit.
" Mais enfin, Diana, tu fais partie de la famille, " intervint Granny.
" Bien sûr," répond William trop vite.
" De toute façon, Darling, on devait dîner ensemble… On devrait y aller."
Il l’embrasse avec une intensité presque excessive. Diana hésite : sourire ou gifler la cousine.
Elle opte pour le sourire.
" Mais il est à peine dix-sept heures trente. Je dois faire mes heures moi ! Et c’est notre soirée crêpes avec Alex…
— Je me mélange dans les jours," bredouille-t-il.
"Mais t'en fait pas, Granny n'a pas besoin de toi de toute façon, on devrait y aller quand même ! "
Il l'a pousse presque dehors. Elle grimace.. mais Maggy l'a rassure :
" Je m'arrangerais avec le bureau, profite de cet imprévu pour te reposer.. Tu le mérites".
Sur le chemin du retour, Diana observe la voiture de William dans son rétroviseur.
Quelque chose clochait.
L’enfant…
Il ressemblait à quelqu’un.
Mais à qui ?
Elle fronce les sourcils, agacée.
Elle maudissait son autisme, cette incapacité persistante à reconnaître les visages.
Elle savait pourtant que ce visage comptait.
Il y avait un truc louche.
Elle en était sûre.
Mais elle n’avait encore aucune preuve.
Diana arrive avant lui.
Elle se déchausse avec un soupir de satisfaction — ses pieds la faisaient souffrir. Après avoir fermé la porte à clé, elle ouvre le frigo et en sort une bière à la châtaigne. Elle n’aimait pas boire devant Alex… mais là, il n’était pas encore là.
La pâte à crêpes était prête. Elle la sort, s’installe dans son fauteuil.
La bière était vraiment bonne.
William traînait. Il avait dû s’arrêter au poste.
Elle ouvrit la fenêtre pour Merlin, qui vint aussitôt s’installer contre elle, parfaitement à l’aise.
Les minutes passaient.
Le niveau de la bière descendait.
Son esprit vagabondait.
Le visage pâle de sa bénéficiaire décédée revenait, encore et encore. Elle refaisait le fil des événements, soupirait, regardait l’heure.
Elle espérait qu’ils n’étaient pas retenus par le commissaire.
Finalement, elle vide sa bière d’un coup.
" Tant pis."
Elle se leve pour faire quelques crêpes. Elle avait faim.
Ils ne verraient rien s’il en manquait une.
Merlin réclame. Elle céde. Il engloutit sa part et se léche les babines avec application.
Ses oreilles pivotent soudain vers la porte.
William essayait d’entrer.
" Darling ?!"
Alex était avec lui, sans uniforme — rare. Il testait visiblement un nouveau style.
" Elle est arrivée ?" demande-t-il.
" Oui… mais elle s’est enfermée et a laissé les clés sur la porte.
— Du Diana, quoi."
William frappe de nouveau.
Diana arrive en titubant légèrement.
" C’est fermé… Attendez… je vous ouvre la fenêtre…"
Elle ouvre celle de la terrasse. William la regarde, plisse les yeux.
" Foxy… regarde-moi."
Ses yeux noisette brillaient un peu trop.
" T’es pompette ?
— Non… ça va… Bon, vous entrez ou pas ? La porte est fermée, je sais pas pourquoi…
— Tu as encore bu trop vite, " soupire-t-il.
" Tu ne tiens vraiment pas l’alcool. Tes clés sont sur la porte.
— Huuum…Tiens, Alex ? T’es là ?
— Évidemment. Ça sent pas un peu le cramé, ici ?
— Les crêpes…," gémit William.
Il passe par la fenêtre et rattrape les dégâts. Diana s’accoude au rebord, ravie.
" Dis-moi, Alex…
— Oui ?
— Tu comptes rester à…
— À ?
— À… L’EXTÉRIEUR !!!"
Elle éclate de rire.
" Alex… térieur !T’as compris ?!"
Alex leve les yeux au ciel, amusé.
" Mais dis donc… t’as fait l’école du rire ?
— J’ai fait un jeu de mots, Will ! J’ai dit à Alex : tu comptes rester à l’extérieur ! Alex… térieur !
— C’est… très drôle, Darling. Vraiment. Je n’y avais jamais pensé."
Alex enjambe la fenêtre à son tour.
" Heureusement que j’ai pas un jumeau qui s’appelle Alain…Et qui est à l’intérieur."
Diana rit encore plus fort, puis se frotte la tête.
" Je crois que cette bière était trop forte pour moi… je me sens bizarre…"
William la confie à son cousin et retourne aux crêpes.
Alex lui tendit un verre d’eau.
" Je t’ai déjà dit de manger en même temps. Quand on ne tient pas l’alcool, on évite de le descendre cul sec.
— Mais… j’oublie que c’est de l’alcool… elle était trop bonne !
— Attends… elle faisait que six et demi ?"
Depuis la cuisine, William rigole.
" Des fois, elle est pompette avec une à quatre.
— Hé !" proteste Diana.
" Je suis petite, voilà !
— Aucun rapport, ma jolie."
Elle fronce les sourcils, soudain sérieuse.
" D’ailleurs… en parlant de rapport… Enfin, je sais pas si ça a un rapport, mais…
Le jour où elle est morte, j’ai vu un type bizarre sur le parking. Par une fenêtre. Un mec à capuche… bizarre."
William s’arrête net.
" Et tu dis ça maintenant ?!
— J’oublie des trucs, je te signale ! j'ai eu un coma !
Et je sais même pas s’il a un lien… Il était grand comme toi, un sweat moche, avec un logo bleu… un truc de sport, je crois.
— Un truc de sport ? Bleu ? " murmure William.
"Ça me dit quelque chose…"
Il pose les crêpes sur la table basse et embrasse Diana.
" Tu es géniale. Je crois que j’ai vu ce sweat sur une photo.
— Will, " coupe Alex,
"tu vérifieras demain. Pas ce soir.
— Oui… tu as raison. Ce soir, c’est notre soirée mensuelle à trois…Enfin, trois… si Diana ne s’endort pas.
— Ça va !" proteste-t-elle.
" Je suis juste un peu pompette. Pas bourrée."
La soirée continua dans les rires.
Même si William ne cessait de penser à cette nouvelle piste.
Alex change de sujet.
" Bon… vous êtes prêts pour samedi ?
— Ah… ça," répont Diana.
" Prête, non. Mais j’ai hâte que ce soit fini. Tu te souviens : on ne dit pas bon appétit.
— Et on ne coupe pas la salade, on la plie. C’est stupide.
— Enlève ton piercing.
— Pfff… je l’adore.
— Et surtout, respecte les distances. Pas tactile.
— J’imagine pas les coudes sur la table ?
— Exact. Et les couverts, de l’extérieur vers l’intérieur.
— Ça va être chiant…Je dois le tutoyer ?
— Je pense que tu dois dire vous. À ta belle-mère aussi. Et surtout… ne parle pas d’âge.
— Hé, je sais parler aux femmes.
— C’est justement ce qui m’inquiète. On sera en couple. C’est déjà humiliant, alors ne m’humilie pas davantage en draguant sous mon nez."
William éclate de rire.
" Ça s’adresse à Alex ou à moi ?
— Aux deux. Toi, tu n’es pas célibataire.
Tu as intérêt à dire que tu es pris. "