Alexis sourit.
— Mais de rien… il m’a gonflé à te réduire à ton physique.
— En tout cas, ta belle-mère est très gentille.
— Hum… mouais.
— La pauvre… devoir supporter qu’on insulte sa fille. Et ça n’a pas l’air d’aller très fort, elle a déjà bu pas mal de verres.
Alexis s’interrompt, plisse les yeux.
— Attends… t’as un truc sur les lèvres.
— Quoi ?!
Elle s’essuie aussitôt, inquiète.
— J’ai quoi ? J’ai rien mangé !
— Mes lèvres…
Elle rougit, puis le laisse l’embrasser. Un b****r tendre, trop rapide, qui lui laisse un goût d’inachevé.
— Quelqu’un nous regarde ?
— Oui… William.
— Imbécile !
— Il vient de me faire un doigt en souriant. Je crois qu’il l’a bien pris.
— Pff… gamins. Bon, plus sérieusement… ça va ?
— Je ne me sens pas vraiment à ma place ici… mais bon, il fait des efforts.
— Il t’a présentée à ses amis ?
— Oui… et au préfet. Ses amis sont insupportables. Hautains, prétentieux. Vivement que ça se termine.
— Je suis bien d’accord… j’ai hâte de retrouver William.
— Arrête de le mater comme ça, on va croire que tu me trompes avec mon meilleur ami.
— Je ne peux pas m’en empêcher. Allez, viens. Allons parler à ton oncle, sinon on va avoir l’air louche.
Ils engagent la conversation avec le commandant, qui leur montre quelques photos de famille posées sur le marbre d’une vieille cheminée. Rien à voir avec celles que Diana a chez elle — pleines de rires, d’amour, de chaleur. Ici, les sourires sont figés, inexistants. Toutes les photos semblent avoir été prises par un photographe. Trop parfaites. Trop froides.
Une seule dégage une vraie joie, presque dissimulée : Daniel et son mari, le jour de leur mariage.
La jeune femme commence à fatiguer. Les conversations à tenir, l’attente interminable… tout devient lourd. Elle s’excuse doucement auprès de son ami et de son oncle.
" je vais aller me rafraichir... et prendre un cachet, ils font autant de bruits qu'une basse cour...
- tu sauras retrouver la chambre ?
- bien sur... c'est tout droit et c'est marqué dessus...
- hé !? Tu n'oublie pas quelque chose ?" Elle leve les yeux au ciel, et l'embrasse sur la joue :
" à tout de suite mon amour..." il rit et se sert un verre, William les rejoint :
" tu prends ton rôle au serieux à ce que je voit
- il ne faudrait pas éveiller les soupçons..
- Diana est partit se rafraichir
- je la rejoindrais bien mais j'ai peur que ça fasse suspect, tu as bu combien de verres ?
- deux, c'est mon dernier ".
Son lieutenant lui met une main rassurante sur l'epaule.
Diana respira enfin en s’engageant dans le long couloir.
Du calme. Enfin. Plus de brouhaha, plus de relents d’alcool.
En parlant d’alcool… elle espéra qu’Alex n’en abusait pas trop.
Ses pieds commençaient à la faire souffrir à force d’être debout. Elle n’était plus très loin de sa chambre lorsqu’elle croisa le commissaire, accompagné de son ami, le docteur Gregory… et d’un troisième homme qu’elle ne connaissait pas : élégant, discret, regard vif derrière des lunettes fines.
Elle n’aimait décidément pas Gregory. Sa façon de la détailler de haut en bas, ce sourire froid, presque sadique… il était profondément malaisant.
Victor l’interpella avec son éternel grand sourire.
" Ne me dis pas que tu as rompu avec mon fils ?
— J’ai souvent plus envie de l’étriper que de le quitter, rassurez-vous
— Que fais-tu dans le couloir ?
— J’ai besoin de retourner dans ma chambre. Je dois absolument prendre un cachet."
Gregory haussa les sourcils.
" Rien de grave ?
— Non. Juste pour éviter au commissaire une ribambelle de petits Alexis courant partout. Autant vous laisser profiter encore un peu de la joie d’être père."
Victor acquiesça, faussement amusé.
" Je ne suis pas encore prêt à être appelé “papy”. Tu as raison de ne pas brûler les étapes. J’espère d’ailleurs qu’il compte t’épouser ?
— Nous ne sommes pas pressés."
Le troisième homme intervint alors, d’un ton faussement léger.
" Elle a raison, Victor. Ton fils a beaucoup de qualités, mais avec son salaire de brigadier…"
Diana se raidit.
" Oui, enfin… je gagne ma vie moi aussi. On n’est plus à votre époque. Les femmes sont indépendantes."
Elle marqua une pause, les fixa.
" Et s’il y en avait un qui serait intéressé par la “fortune” de l’autre, ce serait plutôt lui."
Elle esquissa un sourire poli.
" À plus tard, messieurs."
Sans attendre de réponse, elle s’éloigna, agacée par cette réflexion d’un autre âge.
Gregory la suivit du regard, pensif.
" Tu avais raison… cette fille a quelque chose."
Victor sourit.
" Tu sais ce qu’on dit : les blondes, on les remarque. Les rousses, on ne les oublie jamais."
Il ajouta, plus bas :
" Mais n’oublie pas qu’elle n’est pas libre.
— Parce que c’est la compagne de ton fils… ou parce que toi tu as des vues sur elle ?"
Le sourire énigmatique de Victor ne répondit qu’à moitié.
Charles Verniers, jusque-là silencieux, attendit que Diana disparaisse complètement au bout du couloir avant de soupirer.
" Bon. Maintenant qu’elle est partie, on va être sérieux, Victor."
Le commissaire se tourna vers lui, surpris.
" De quoi parles-tu, Charles ?
— Tu sais très bien."
Gregory croisa les bras.
" J’ai eu l’occasion de l’ausculter longuement, pendant son coma. Et je sais une chose avec certitude."
Son regard se fit dur.
" Celui qui était à son chevet, jour et nuit, ce n’était pas Alexis. C’était William."
Un silence pesant s’installa.
" Alors ne viens pas me dire qu’elle est la petite amie de ton fils, Victor. Pas à nous."
Victor détourna légèrement le regard.
" Ce n’est pas si simple…"
Charles soupira
" Victor, arrêtons de tourner autour du pot. Je l’ai vue moi aussi."
Victor se raidit légèrement.
"Pendant l’affaire Montpeissein," reprit Charles.
"Lors de l’interrogatoire de ma cliente."
Il inspira lentement.
" Et déjà à ce moment-là, j’ai compris qu’elle n’était pas la petite amie d’Alexis."
Gregory fronça les sourcils.
" Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
— La façon dont elle parlait de lui. La distance. Et surtout…"
Charles hésita, cherchant ses mots.
"La manière dont elle regardait William."
Un silence lourd s’installa.
" J’ai eu la même certitude que toi, Gregory," continua Charles.
"Quand tu m’as dit que c’était William qui était à son chevet pendant le coma, ça n’a fait que confirmer ce que je pressentais déjà."
Dans l’esprit de Charles, quelque chose persistait sans qu’il ose le formuler : une sensation trouble, presque intime, comme si Diana appartenait à une part oubliée de sa propre histoire — une évidence muette qu’il gardait pour lui.
Elle retrouva facilement la chambre. Tout ce qu’elle voulait, c’était s’y enfermer, disparaître au fond du lit.
Elle remit un peu d’anti-transpirant, avala sa pilule et un cachet contre le mal de tête. Vérifia qu’elle n’avait pas ses règles. Que son maquillage tenait.
Tout était parfait. Trop parfait. Elle ne se reconnaissait pas.
À regret, elle attrapa la boîte contenant le collier et retourna dans le couloir. Le bureau du commissaire n’était pas loin. Elle demanda son chemin au majordome, prétextant que Victor lui avait demandé d’y déposer quelque chose. Il hésita, soupçonneux, puis préféra ne pas prendre de risque et l’accompagna, lui demandant de faire vite.
Le bureau était somptueux. Un ordinateur hors de prix sur une table sculptée, une immense bibliothèque, un échiquier, un coin salon avec bar et cigarettes.
Elle posa la boîte bien en évidence, accompagnée d’un mot griffonné :
« Merci, mais non merci. Offrez-le à votre femme. »
Alors son regard fut attiré par une enveloppe tamponnée d’un laboratoire d’analyses. Ce tampon… elle l’avait déjà vu. Elle en était sûre.
Un mauvais pressentiment la saisit. Elle regarda.
Et resta figée.
Deux tests ADN.
L’un concluant en faveur de Victor.
L’autre… de Daniel.
— Oh merde…
Elle remit tout exactement en place, déplaça simplement le collier sur la table basse du coin salon, puis quitta le bureau en remerciant le majordome.
Dans le couloir, son cœur battait à tout rompre. Son esprit refusait encore de comprendre ce qu’elle venait de découvrir.
Elle arrive pile au moment où le groupe sortait pour rejoindre la salle à manger. Les hommes plaisantaient, échangeaient des politesses.
Alex passe un bras autour de sa taille.
Diana sourit.
" ça va Cherie ? Tu es toute pâle ?
- oui oui... c'est la migraine...".
Il la laisse rester derriere lui avec William, qui lui chuchote :
" qu'est ce qui ne va pas...?
- heu... tu sais je voulais rendre le collier au commissaire ?
- oui ?
- je suis entree dans son bureau et je suis tombée sur un truc..."
Blake manque trebucher. Bon sang ! Comment elle a fait pour y entrer ?! C'etait fermé à clef... :
" tu es entree comment et tu as vu quoi !!?
- je... j'ai demandé au majordome, j'ai dit qu'il m'avait demandé de deposer quelque chose dans son bureau... et heu... comment dire...
- dis moi, depeches toi !
- le commissaire.... c'est pas lui...
- lui quoi...?
- je peux pas te le dire ! Alex est trop proche ! Je te dirais ça plus tard....
- bon... en attendant n'attire pas l'attention, tu es parfaite, je suis fiere de toi tu sais".
Il lui frole la main discretement.
Il aimerait l'embrasser, et la serrer dans ses bras ! Bon... aussi bien ce qu'elle avait trouvé n'était pas important... mais en attendant elle était entrée, elle...
Elle accelere le pas et rejoint son ami, elle s'accroche à son bras et pose sa tete sur son epaule.
Le pauvre... est ce qu'elle devrait lui dire... ? Non ! Deja elle en parlera à Angel. Apres il sera peut etre soulagé au final ?.
Il lui embrasse les cheveux :
" tu ne peux plus te passer de moi
- c'est juste que je suis stressée...
- il n'y a pas de raison, on va enfin mangé...
- et si j'aime pas? Je vais etre obligée de manger... sans parler de l'attente..."
Ils entrèrent dans la somptueuse salle à manger. Tout était réglé au millimètre près. Sous ses talons, le tapis était étonnamment moelleux. Un immense lustre dominait la pièce, entouré de tableaux représentant des scènes… de pique-n****s nus.
Malaisant.
À son grand soulagement, Diana fut placée entre Alexis et William. Alex, en revanche, se retrouva pile en face du docteur. Elle s’assit, évitant soigneusement de lever les yeux. Comme si cela ne suffisait pas, Suzanne était assise juste à côté du chirurgien. Un macho et une vieille pie. Parfait.
Elle sent le pied de William frôler le sien et lutta pour ne pas rougir. Quand le premier plat arrive, elle mourait littéralement de faim. Elle observe Alex du coin de l’œil : impeccable. Il attendait que sa belle-mère commence, utilisait les bons couverts, ne parlait pas la bouche pleine.
À sa surprise, le repas n’était ni étrange ni trop sophistiqué. Elle apprécie presque tout.
Le juge lance la conversation :
" Alors, lieutenant… sérieusement, êtes-vous célibataire ?
— Un beau jeune homme comme lui, ce serait étonnant, " renchérit Suzanne.
William sourit.
" J’ai une petite amie. Elle s’appelle Natacha, elle est puéricultrice."
Diana comprit le clin d’œil et retint un sourire.
" Dommage," soupire le juge,
" j’aurais aimé vous présenter ma fille.
— Désolé," répondit William.
" Je suis très amoureux."
Le docteur ne put s’empêcher d’intervenir :
" Si elle est aussi jolie que celle d’Alexis, je vous comprends…"
Diana lui lança un regard noir, toujours souriante.
" Celle d’Alexis a un prénom, " réplique t elle doucement
Alex intervint aussitôt :
" Elle n’est pas à moi. Et tant mieux. Je m’ennuierais avec une compagne soumise."
Suzanne, fidèle à elle-même, pose la question de trop :
" Et votre Natacha, est-elle autiste aussi ?
— Oui."
Alex sourit.
" La seule différence entre nos compagnes, c’est que Diana est photographe, et Natacha puéricultrice."
Line semble sincèrement impressionnée.
" Photographe ? J’ai toujours rêvé de l’être…
— Encore aurait-il fallu faire des études, " ricane son mari.
Diana prit aussitôt sa défense :
" Pas du tout. Il n’y a pas besoin de diplôme. Un appareil, une formation, et beaucoup de pratique."
L’homme se tut. Victor, lui, jubilait. Voir Diana tenir tête à ses invités l’amusait énormément.
" Personnellement," conclut-il,
"je suis ravi que Diana soit ma belle-fille. Grâce à elle, j’ai retrouvé mon fils."
Diana pince les lèvres. Encore cette manie de parler d’elle comme si elle n’était pas là. Elle laisse Alex raconter l’histoire, se contentant de sourire. Elle croise parfois le regard de Victor. Il sentait qu’elle lui en voulait… mais il savait aussi que cela passerait. Il lui réservait une surprise.
Diana, elle, se demandait surtout pourquoi il avait menti.
Elle fut tirée de ses pensées par William, qui recommençait à lui faire du pied. Elle rougit légèrement. Se tourne vers Alexis :
" Tu ne bois pas de vin ? "murmure-t-elle.
" Non. Je préfère rester sage. Ton mal de tête va mieux ?
— Oui… tu es mon meilleur remède."
Ils échangent un regard complice et s’embrassent brièvement.
Le commandant, assis à côté du brigadier, sourit :
" Vous faites un très joli couple.
— Merci, " répond son neveu.
" Entre nous, c’était une évidence.
— Oui, " ajoute Diana doucement.
"Comme si on se connaissait depuis toujours."
La vieille chouette ouvrit de nouveau le bec.
" Et vous, Daniel ? Toujours avec votre… compagnon ?
— Mon mari, pour être exact. Oui. Toujours, et toujours très amoureux. Nous pensons même à adopter.
— Vous trouvez ça raisonnable ? Je ne juge pas, bien sûr… mais enfin, après ce qui est arrivé à Aliénor… Vous savez, beaucoup d’enfants normaux deviennent autistes après un divorce, surtout dans les familles homosexuelles. Peut-être vaudrait-il mieux adopter déjà grand…"
Diana pose calmement sa cuillère.
" Aucun de mes parents n’est homosexuel. Et à ce jour, les causes de l’autisme sont encore inconnues. Une seule chose est certaine : on naît autiste."
Suzanne prit un air faussement supérieur et se tourne vers le médecin.
" Et vous, docteur ? Vous êtes du milieu… vous devez savoir mieux que nous.
— Ce n’est pas vraiment mon domaine, " répond-il prudemment,
"mais il n’existe aucun lien prouvé entre l’orientation sexuelle des parents et l’autisme. Ni entre l’autisme et le divorce.
— Il faudrait surtout écouter un peu plus les principaux concernés," ajoute Diana.
Daniel hoche la tête.
" Et si vous m’aviez écouté jusqu’au bout, vous auriez su que je parlais d’adopter… un chiot. Nous avons déjà des enfants de premières unions. Il en a trois, aucun n’est autiste. Nous sommes un peu trop “has been” pour recommencer."
Victor s’empressa de faire basculer la conversation sur un autre sujet.
Catherine, elle, n’avait rien dit. Comme souvent.
Mais elle avait souri quand Diana s’était défendue.
Encore une fois, les attaques visaient Aliénor, même en son absence. Toujours elle. Toujours ce poids.
Et, malgré elle, une pensée coupable traverse l’esprit de Catherine : Et si Diana avait été ma fille ?
Elle l’imagine sans le vouloir. Des sorties mère-fille. Le théâtre. Les boutiques. Le simple plaisir de dire : regardez comme ma fille est belle… et intelligente.
Des choses impossibles avec Aliénor.
Elle avait tant voulu une famille. Ou au moins une apparence de famille. Victor, elle, et leur fille. Sortir au restaurant sans craindre une crise. Recevoir sans redouter les cris, les coups, les logorrhées. Sans redouter les regards, la honte.
Et puis il y avait le danger. Constant.
Aliénor ne ressentait pas la douleur. Combien de fois Catherine l’avait-elle retrouvée couverte de sang, après s’être entaillée avec des ciseaux ? Et cette fois où, cherchant à fuir, elle avait sauté par la première fenêtre ouverte…
Le visage de Diana avait changé. Catherine le vit immédiatement. La fatigue. L’absence dans le regard. Elle devinait qu’elle arrivait au bout de ce qu’elle pouvait supporter.
Heureusement, il était temps de passer au salon pour le digestif. Diana pourrait s’asseoir. Souffler.
Catherine se promit de demander à Victor de tenir ses invités à distance.
Aliénor aimait le chocolat chaud le soir. L’un des rares moments de grâce qu’elle lui offrait. Peut-être que Diana aimerait ça aussi…
Victor lui avait confié qu’il voulait se racheter. Qu’il n’avait pas su faire les bonnes choses avec Aliénor. C’est pour cela qu’il avait tout organisé pour Diana : le repas adapté, les faux-semblants pour qu’elle mange comme les autres. Pas de caviar, mais des perles noires de cuisine moléculaire. Pas de foie gras, mais une mousse de châtaigne.
Il disait vouloir réparer.
Diana lui rappelait Aliénor.
Catherine le croyait… à moitié seulement.
Tout le monde se leve. Alexis lui tend le bras et murmure :
" C’est bientôt fini…"
Diana acquiesce. Elle n’attendait que ça.
Ils rejoignirent le salon.
Dans le couloir, le préfet les intercepte, curieux.
" Comment vous êtes-vous rencontrés ?
— Diana faisait la queue dans une boulangerie. Je l’ai bousculée sans faire exprès," répond Alexis.
"On a sympathisé.
— Je voulais l’incendier", ajoute-t-elle avec un sourire,
" mais j’ai vu l’uniforme. Il m’a pris la main, m’a écrit son numéro… et je ne sais pas pourquoi, j’ai osé lui envoyer un message."
Les échanges continuèrent, légers, presque mécaniques. Sourires, petites piques complices. Une histoire bien rodée.
Un peu plus loin, William s’éclipsa avec Line pour raconter leur improbable lien de parenté. Diana le regarde partir, faussement contrariée.
" Voilà… moi qui voulais lui parler.
— T’es jalouse ? " plaisante Alexis.
" Idiot.
- Allez... embrasse ton homme, femme...
- T'es serieux ?
- J'ai bien discuté avec les amis de mon pere, une femme doit obeir...
- Alors la tu peux aller te faire voir... "
Il lui demande un b****r. Elle ajuste son nœud papillon et l’embrasse brièvement. Trop brièvement à son goût. Il tente d’en réclamer un autre. Elle se dégage doucement.
Un serveur arriva avec les digestifs. Alexis en prit un. Diana, non.
Catherine s’approche alors et posa doucement une main sur l’épaule de la jeune femme.
" Je me disais… tu préférerais peut-être un thé, ou un chocolat chaud ?"
Elle hésite, puis ajoute :
" Line et moi allons nous installer dans le petit salon à côté. J’aimerais beaucoup que tu viennes avec nous… si Alexis est d’accord.
— Alexis n’a pas son mot à dire, "répond elle en souriant.
Il les laisse, rejoignant William.
Le petit salon était différent. Plus doux. Plus vivant. Des fleurs et des plantes partout, des miroirs aux formes irrégulières, des peintures délicates aux murs. Rien à voir avec la solennité du reste de la maison.
Elles s’installèrent sur un petit canapé. On leur apporta du chocolat chaud, du thé, quelques gâteaux. L’atmosphère se détendit aussitôt.
Line parlait beaucoup. Trop, peut-être. Mais loin de son mari, sa voix était plus légère, moins retenue. Diana l’écoutait distraitement, changeant souvent de position, cherchant inconsciemment à se sentir à l’aise.
Catherine, elle, observait.
Quand les tasses furent presque vides, le silence s’installe un instant. Un silence paisible. Catherine se leve pour se resservir, puis se rassoit, plus proche de Diana.
" Tu sais…" dit-elle doucement,
"je t’ai regardée ce soir. Tu as été très courageuse."
Diana baisse les yeux.
" Ce n’est rien. J’ai l’habitude."
Catherine esquisse un sourire triste.
" Moi pas."
Elle inspire profondément.
" Aliénor… tout est compliqué avec elle. Chaque jour est une lutte. Je l’aime plus que tout, mais je suis épuisée. J’ai peur pour elle. Peur de ce qu’elle se fait, de ce qu’elle ne comprend pas, de ce qu’elle ne ressent pas…"
Sa voix tremble légèrement.
" Et parfois, j’ai honte. Honte d’avoir pensé que les choses auraient pu être différentes. Plus simples."
Diana sent quelque chose se serrer en elle. Ce n’était pas de la plainte. C’était de la fatigue brute. Une douleur constante.
" Vous souffrez beaucoup, " murmure-t-elle.
Catherine hocha la tête, les yeux brillants.
" Oui. Et je me sens terriblement seule."
Diana ne sut pas quoi répondre. Alors elle ne dit rien. Elle pose simplement sa main sur celle de Catherine.
Et à cet instant précis, elle comprit : derrière les apparences, cette femme portait un poids presque aussi lourd que le sien.
" Bon… je crois qu’il est temps de rejoindre les autres. Cette petite pause a été salutaire. J’ai bien cru que j’allais étriper cette vieille folle…
— Oh, Cathe… elle a été odieuse.
— Oui. Heureusement que Diana lui a rabattu le caquet. Merci, d’ailleurs… j’espère qu’elle ne t’a pas blessée ?"
La jeune rousse sourit doucement.
" De rien. J’ai l’habitude de ce genre de réflexions."
Elles retournent au salon. Une musique classique emplissait la pièce — Mozart.
Alexis et son père jouaient aux échecs. William n’était nulle part en vue.
Diana sent le besoin de s’isoler à nouveau. Peut-être était-il remonté à l’étage. Elle quitte le salon et s’engage dans le couloir silencieux, aux lumières tamisées. L’atmosphère y était presque irréelle.
Un bruit attire son attention. Pas le bureau du commissaire… la pièce en face.
Une bibliothèque, immense, qui faisait aussi office de bureau.
Il en a combien, au juste ?
Le lieutenant fouillait parmi les livres.
" William…" murmure-t-elle.
Il sursaute.
" C’est toi ? Bon sang, tu m’as fait peur. Entre, vite."
Elle referme doucement la porte.
" Qu’est-ce que tu fais là ?
— Je pourrais te retourner la question… Et puis, tu devais me dire quelque chose."
Son visage se ferme.
" Le document que j’ai vu… c’était un test de paternité. Et le résultat était trop faible pour que le commissaire soit le père.
— Pour que…?
— Pour qu’il soit le père d’Alexis. William, je suis sûre de ce que j’ai lu. C’était sans appel."
Il se force à rester calme.
" Il y a sûrement une explication. Une erreur de labo, un prélèvement de mauvaise qualité… Ça arrive. Il a peut-être refait un test plus tard."
Il hésite, puis ajoute :
" Et tu as pu voir un autre nom. Tu n’as pas vérifié.
— Non…
— Voilà. N’y pense plus. Et surtout, n’en parle pas à Alex. Il a déjà eu assez de mal à accepter tout ça.
— Je ne comptais pas lui dire… c’est juste étrange."
William hoche la tête, mais en lui, quelque chose se fissurait. Victor a menti. Il en était désormais presque certain. Et cette question tournait en boucle :
pourquoi ?
Il se promit d’en parler à Daniel. Plus tard. À tête reposée.
" Tu crois que tu pourrais retourner dans son bureau ?" demande-t-il,
" Non. Et tu es bizarre… pourquoi tu t’intéresses autant à lui ?"
Il s’approche et l’enlace.
" Je ne te cache rien. Il est juste très différent ici, comparé au commissariat. Et puis… tu m’as manqué.
— À moi aussi.
— Alex en a assez profité. C’est mon tour."
Ils s’embrassèrent avec fougue. Diana tent" de chasser ses inquiétudes, mais une part d’elle restait sur ses gardes.
" Attends… stop. On va remarquer notre absence.
— Tu es pressée de retrouver mon cher cousin ?"
Elle rougit.
" Tu es jaloux ?
— Pas vraiment. Vous allez bien ensemble… même si je n’aime pas la façon dont certains te regardent."
Il sourit.
" Tu as été impressionnante, tout à l’heure. Cette vieille pie ne s’y attendait pas.
— Elle est insupportable… On devrait y retourner.
— Va devant. Ça fera moins de bruit.
— Au contraire. Si on revient ensemble, comme deux amis, ce sera moins suspect."
Il la dévisage, puis céde.
" D’accord. Je te fais confiance."
Il lui tendit le bras. Ils retournèrent au salon en bavardant, comme si de rien n’était.
Mais dans l’esprit de William, une certitude prenait forme : Victor cachait quelque chose. Et Daniel allait devoir l’entendre.
Leur ami a presque finit sa partie. William est harponné par Suzanne et le Prefet qui l'interroge sur la Monarchie Britannique, ils étaient en train de debattre à se sujet et profite qu'un Anglais soit present.
Diana s'approche des deux joueurs. Elle observe les pieces restantes. Alexis va être bloqué... sa seul chance est de finir sur une partie nulle. Victor a un air satisfait qu'elle n'apprecie pas. Il semble content de mettre son fils en difficultée..
Elle chuchotte quelque chose à son ami qui hausse un sourcil :
" hum... je n'y avais pas pensé... tu es sur ?".
Elle hoche la tete, il avance son pion... son pere soupire :
" ho... je pensais que tu allais bouger ton roi...
- pour que tu puisses me le prendre ? Desolé...
- bon... et bien... egalité... on ne peut plus se prendre nos rois desormais, sinon la partie serait infinit...
- merci Didi... je n'y avais meme pas pensé....".
Le commissaire est surprit... decidemment :
" je ne savais pas que tu jouer Diana ?
- ho... je me debrouille... mon pere et ma soeur y jouait beaucoup. Je les observaient enfant... je trouvais les pieces fascinantes et je pouvais rester des heures à les admirer. Mais je n'y jouait pas... je sais juste comment les pions se deplacent, le reste...
- j'aimerais beaucoup faire une partie avec toi, tu dois etre une adversaire interessante...
- je trouve ça ennuyeux... peut etre une prochaine fois...
- pourquoi pas demain ?
- hum... si vous y tenez...
- parfait, j'ai hate. Je vais saluer certains invités qui vont partir, Alexis ? Tu viens avec moi ?
- si tu y tient... à tout de suite ma jolie...".
Il suit un peu à contre coeur son pere, et fait son plus jolie sourire pour serrer les mains...
Diana s’assoit près de Catherine et de William. L’hôtesse s’enquit aussitôt de la partie.
" Alors ? Qui a gagné ?
— Aucun des deux," répond la jeune femme
" Et toi, Diana ? Tu joues aux échecs ?
— Un peu… mais je préfère le solitaire. Les échecs, c’est vite agaçant."
William éclate de rire.
" Évidemment que ça ne te plaît pas. Aux échecs, c’est impossible de tricher."
Elle lui lance un regard noir et croise les bras.
" Ça n’a rien à voir !"
Catherine sourit, attendrie. Elle la trouvait si touchante quand elle faisait la moue, presque enfantine. Une bouffée de tendresse l’envahit, irrépressible. Elle eut envie de la prendre dans ses bras, comme on l’aurait fait avec une fille un peu trop exposée au monde.
Elle se contente de replacer doucement une mèche rousse derrière son oreille.
Diana frissonne légèrement, sur la défensive, mais ne se recule pas.
" Aliénor aussi est mauvaise joueuse," murmure Catherine.
" Je ne suis pas mauvaise joueuse," proteste Diana aussitôt.
" C’est juste que je n’aime pas perdre."
Catherine éclate de rire, sincèrement surprise par la répartie. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas sentie aussi légère. Diana avait quelque chose de vif, de rafraîchissant, presque réparateur.
" Eh bien, " dit-elle avec douceur,
"voilà un point commun. Je n’aime pas perdre non plus. Mais je ne triche jamais."
Elle lance un regard complice vers Victor, un peu plus loin.
" Lui, si. C’est pour ça qu’il est impossible de jouer avec lui."
William termine son verre de whisky en silence.
Il retint une pensée qui lui brûlait les lèvres.
Il n’y a pas qu’aux jeux qu’il triche…
Mais il se tut, observant Catherine poser à nouveau une main protectrice sur l’avant-bras de Diana, comme si ce geste lui venait naturellement.
Alexis revint avec son père et s’installa sans hésiter à côté de Diana.
Trop près.
Elle sentit aussitôt sa présence, envahissante sans qu’il ne fasse rien de particulier. Son bras frôlait le sien, son genou touchait presque le sien. Une proximité anodine en apparence, mais qui lui noua l’estomac. Elle se raidit malgré elle, cherchant sa respiration.Victor observa la scène avec un intérêt non dissimulé. Diana, elle, se sentait étrangement troublée. Cette fausse proximité, ces regards qui s’attardaient… tout lui donnait l’impression de jouer un rôle qui dépassait soudain le simple prétexte.
Daniel rejoignit Victor près de la fenêtre, à l’écart du groupe. La musique couvrait suffisamment leurs voix pour qu’on ne les entende pas.
" Elle est entrée dans ton bureau, " dit Daniel sans détour.
Victor esquisse un sourire calme.
" Je sais.
— Tu le savais avant, n’est-ce pas ?
— Bien sûr. Le majordome a joué son rôle. Je lui avais demandé de la laisser passer."
Daniel fronce les sourcils.
" Tu es certain qu’elle a vu les tests ?
— J’en suis convaincu. Diana est curieuse, observatrice… et trop intelligente pour ne pas faire le lien."
Daniel inspird lentement.
" Tu es sûr de ton plan, Victor ? C’est risqué. Tu manipules beaucoup de monde à la fois.
— Oui, " répondit-il sans hésiter.
" Je suis sûr."
Il baisse la voix.
" William ne pourra pas garder ça pour lui. Il viendra te voir. Il cherchera une explication, une confirmation.
— Et quand il viendra ?
— Tu l’amèneras dans mon bureau."
Daniel le fixe.
" Tu veux qu’on lui dise la vérité… ensemble ?
— Exactement. Sur mes agissements. Sur les tests."
Victor marque une pause.
" Sur le fait que nous ne savons pas qui est le père d’Alexis."
Daniel serre les mâchoires.
" Tu te rends compte de ce que ça implique ?
— Oui. Mais il est temps d’arrêter de mentir."
Il jete un regard vers le salon, là où Diana riait avec Catherine, coincée entre Alexis et William.
" Et il est temps que les bonnes personnes sachent."
Daniel hoche lentement la tête.
" Alors faisons-le bien.
— Nous le ferons. Cette fois, sans faux-semblants."