Après avoir enchaîné plusieurs journées de travail particulièrement chargées, Diana attendait avec impatience cette nouvelle semaine qui s’annonçait plus légère. Moins d’interventions, des journées avec de longues pauses… Rien que d’y penser, elle sentait déjà la fatigue retomber un peu. Elle en avait besoin.
Pourtant, malgré ce répit annoncé, une tension persistait en elle. Lors de leur dernière sortie avec ses deux hommes préférés, elle avait cru apercevoir Bastien, encore une fois. Une silhouette, une démarche, une impression fugace. Elle n’avait rien dit, ni à William ni à Alex. Elle avait préféré garder ça pour elle, persuadée que son esprit lui jouait des tours.
Allongée contre son compagnon, la tête posée sur son torse, elle n’arrivait pas à chasser une autre inquiétude : Alex.
Ils l’avaient accompagné boire un verre. Il avait encore bu plus que de raison. Ils l’avaient raccompagné chez lui, et il leur avait assuré qu’il allait se coucher. Aprés un date. Pourtant, Diana en était presque certaine : il était ressorti. Il n’avait plus assez d’alcool chez lui pour inviter qui que ce soit… et ça l’avait tracassée.
Elle relève légèrement la tête et interroge William à voix basse :
" Tu crois qu’Alex dort vraiment ?
— Je ne sais pas, Foxy. Alex est un grand garçon, tu sais.
— Je l’ai trouvé bizarre…
— Il n’est pas alcoolique. Arrête de t’inquiéter. Il est sobre au travail, il a toujours aimé faire la fête. Il était juste… un peu pompette.
— Peut-être… mais je le trouve perdu en ce moment.
— Il lui faut du temps. Déjà, il arrive à parler à son père au boulot, c’est énorme pour lui.
— Tu crois qu’ils finiront par s’entendre ?"
William hésite, puis répond honnêtement :
" Franchement ? Je ne pense pas. Mais il s’entend bien avec son oncle, c’est déjà ça. Allez… cesse de t’inquiéter. Je passerai le voir avant d’aller au poste, d’accord ?
— Tu es vraiment un ange…"
Elle se hisse sur lui pour l’embrasser. Il sourit et pose ses mains sur ses hanches, la scrutant avec douceur.
" Tu as maigri, je trouve."
Elle grimace, surprise.
" Tu crois ? Moi j’ai plutôt l’impression d’avoir grossi…
— Non. Pas du tout. Et quoi qu’il en soit… je te trouve incroyablement belle."
Il bascule sur elle, déposant des baisers dans son cou, sur son décolleté, murmurant à son oreille :
" Arrête de te trouver grosse. Tu ne l’es pas. Tu es mille fois plus belle que toutes mes ex. J’adore ton corps, tes formes, ta peau… tout ce que tu es. D’ailleurs…
— Tu me fais rougir… même si je trouve que tu exagères. D’ailleurs ?
— D’ailleurs, j’ai très, très envie de te montrer à quel point je te trouve canon.
— Ça tombe bien… moi aussi j’ai envie de toi."
Il sourit. Il aime quand elle exprime clairement son désir. Elle glisse sa main contre lui, lui arrache un souffle, puis murmure :
"J’aimerais que tu me prennes contre le mur."
Il s’arrête, surpris, amusé.
" Oh… très bien. Face ou dos au mur ?
— Face. Comme ça je peux me toucher pendant que tu me prends.
— Tu veux que je te caresse encore ?
— À toi de voir si je suis assez humide… tu devrais vérifier de plus près.
— J’adore quand tu es comme ça… petite dévergondée."
Elle gémit quand ses doigts s’insinuent en elle. Il l’embrasse, murmure contre ses lèvres :
" En effet… il va falloir y remédier."
Après l’avoir fait frissonner et gémir encore, il la laisse s’agenouiller devant le lit. Elle s’occupe de lui avec application, jusqu’à ce qu’il l’arrête, à bout de souffle. Il se relève, la plaque contre le mur avec fermeté mais douceur, embrasse son dos, lui demande d’écarter les jambes.
Elle ferme les yeux, soupire de plaisir quand il la pénètre lentement. L’o*****e ne tarde pas, la position et ses mouvements suffisent. Ils échangent quelques baisers, haletants, avant de s’endormir l’un contre l’autre, encore moites de chaleur.
De son côté, Alex vivait une nuit tout aussi intense, mais différente.
La femme était sublime. Une vraie femme, plutôt qu’une fille. La quarantaine passée, désirable, sûre d’elle. Elle lui rappelait quelqu’un… sans qu’il sache qui. Il n’avait pas cherché à comprendre.
Après quelques verres, ils avaient fini à l’hôtel. Elle refusait d’emmener ses amants chez elle. Ils avaient fait l’amour deux fois dans la nuit. Elle lui avait confié qu’elle avait du mal à jouir depuis quelque temps, et que c’était la première fois qu’elle couchait avec un homme plus jeune. Il n’en avait pas fallu plus pour qu’il se surpasse.
Il avait terminé la bouteille de champagne, puis s’était endormi.
À son réveil, deux heures plus tard, un mal de crâne v*****t le martelait. À la place de la femme, il découvrit des billets et un mot de remerciement. Il ricana, amer. Il ne s’attendait pas à être payé. Cinq cents euros pour la nuit… flatteur, malgré tout.
Il rentra chez lui de mauvaise humeur, nauséeux. Ces maux de tête devenaient fréquents. La douche et le cachet n’y firent rien. Il s’allongea quelques minutes… et s’endormit de nouveau, épuisé.
Il devait retourner au commissariat dans à peine une heure.
Blake se glisse hors du lit avec précaution pour ne pas réveiller sa compagne. Il s’habille rapidement, encore engourdi, puis descend à la cuisine se préparer un café.
En attrapant une tasse en hauteur, il fait tomber une boîte qu’il rattrape de justesse. Des gâteaux. Cachés derrière des mugs qu’il n’utilise presque jamais.
Il soupire doucement et remet la boîte à sa place.
Ce n’est vraiment pas le moment d’aborder ça.
Il tient sa promesse et passe voir son ami avant d’aller au travail.
Alex l’accueille à peine, grognon, le visage fermé.
" Mal de crâne ?
— Ouais… j’ai déjà pris un cachet.
— Tu as faim ?
— Non… je veux juste dormir. Désolé lieutenant, mais je serai en retard.
— Tu devrais consulter pour tes migraines. Ça peut venir des yeux.
— À vos ordres chef… Tu ferais mieux d’aller au taf, ou mon papa va te fâcher.
— Il va surtout te fâcher, toi.
— Je m’en branle…"
William soupire, fatigué.
" Tu me fatigues, Alex. Quand tu es comme ça… Tu bois beaucoup plus que d’habitude. Il va falloir que tu acceptes ce qui t’arrive et que tu l’affrontes.
— Lâche-moi, tu veux ? Laisse-moi tranquille…"
Sans répondre, William lui prépare quand même un café et s’en va.
Alex roule sur le lit, attrape une bouteille presque vide et la termine d’un trait. Soigner le mal par le mal… ça marchera peut-être.
Diana se frotte les yeux. Le réveil a été difficile, la nuit courte et agitée.
Mais elle ne regrette rien.
Leur étreinte était… intense. Il est si doux et si brutal à la fois. Elle n’aime pas spécialement les rapports trop violents, mais parfois… Et visiblement, lui aussi avait apprécié : il avait joui plus vite que d’habitude.
Elle repense à ce qu’il lui a dit.
"Tu as maigri, je trouve."
Était-il sérieux ?
Elle se sent pourtant à l’étroit dans ses jeans, lourde dans son corps. Les paquets de sucreries engloutis ces dernières semaines ont forcément laissé des traces… mais son travail est physique, ça compense peut-être. Et William a trop de tact pour lui dire frontalement qu’il la trouve grosse.
Elle chasse ces pensées. Elle a une douche à donner.
Son bénéficiaire, aujourd’hui, est particulièrement difficile. Mentalement, il est plus proche d’un enfant que d’une personne âgée.
Les « non », les « je veux pas » s’enchaînent.
Elle finit par appeler l’intervenante habituelle, actuellement en congé, pour qu’elle lui parle au téléphone. Après l’appel, il se montre plus coopératif, mais ne lui adresse plus la parole, se contentant de hocher la tête.
Quand le handicap mental et physique se mêle à la vieillesse, rien n’est simple.
Elle l’installe devant son petit-déjeuner, reste attentive, surveille chaque bouchée.
Il n’avale rien de travers… mais, volontairement ou non, renverse le reste de son café tiède sur elle.
Diana se retient de l’engueuler. Elle se contente de sourire.
Une fois sortie, elle constate que le liquide a traversé sa blouse.
Elle râle intérieurement. Heureusement que c’est un vieux t-shirt. Mais elle est trempée, et elle doit enchaîner avec d’autres bénéficiaires. Ça sèchera tout seul.
La journée touche enfin à sa fin. Elle lui a paru interminable. Elle s’est sentie humide, inconfortable, pendant des heures.
Chez Madame Lamagat, dans la résidence, elle boit quelques gorgées de café, comme à son habitude, puis jette le reste dans l’évier. En faisant le ménage, son regard s’attarde sur les cadres, les bibelots, témoins silencieux d’une vie bien remplie.
Elle termine par la serpillière, après avoir nettoyé chaque poignée de porte.
Au moment de vider le seau d’eau sale, son téléphone vibre. Elle sursaute, renverse une partie de l’eau poussiéreuse sur son jean.
Elle retient un juron et maudit celui qui l’a déconcentrée.
Heureusement, sa bénéficiaire est maniaque et l’appartement est propre… mais bon sang.
Son pantalon, le bas de son t-shirt sont trempés.
Évidemment, il ne fait pas beau aujourd’hui.
Elle sort son téléphone, agacée, pour voir qui est responsable…
« Didi… viens chez moi s’il te plaît… vite. »
Diana soupire en regardant son planning. Il lui reste encore une demi-heure, au quatrième.
" Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai bientôt fini, mais il me reste une demi-heure…
— Viens, c’est tout… je t’en prie.
— Tu veux que j’appelle William en attendant ?
— Non ! Il bosse, je ne veux pas qu’il ait des emmerdes. Viens toi… s’il te plaît…
— D’accord… j’arrive dès que je peux."
Elle referme le téléphone, contrariée mais surtout inquiète. Ce n’est pas dans les habitudes d’Alex d’insister ainsi. Elle note rapidement son passage dans le cahier de liaison, prévient sa bénéficiaire qu’elle reviendra dans quelques jours, puis file.
Chez Monsieur Bonnette, tout juste rentré de l’hôpital, elle s’affaire rapidement.
Il la remercie chaleureusement pour ce qu’elle a fait pendant son absence. Guillaume remarque alors les traces humides sur ses vêtements.
"Vous avez eu un souci ?
— Oh… disons que ce n’était pas mon jour de chance. Un seau d’eau mal placé.
— Vous n’avez pas froid ?
— Un peu, mais ça va sécher."
Sans un mot de plus, Guillaume disparaît dans sa chambre et revient avec un sweat.
" Tenez. On fait presque la même taille. Vous me le rendrez la prochaine fois."
Elle hésite, surprise, puis accepte. Cette fois, elle choisit d’y voir un vrai geste de gentillesse.
Une fois le repas prêt et la poubelle descendue, Diana traverse la rue en hâte, le sweat trop large sur le dos.
Dès qu’elle entre chez Alex, une odeur acide la frappe. Elle entend un bruit de vomissement, puis la chasse d’eau.
" Alex ?"
Il sort des toilettes, livide. En sueur. Torse nu, tremblant, les lèvres pâles. Elle attrape le plaid du canapé et le lui passe autour des épaules.
" Alex, qu’est-ce que tu as bu ?!
— Je… je sais plus… t’inquiète pas… ma jolie… je voulais juste que tu sois là…"
Il la serre maladroitement. Sa peau est brûlante.
" Tu transpires énormément… bon sang, tu es fiévreux. Viens, assieds-toi."
Elle le guide jusqu’au canapé, lui fait boire un peu d’eau, s’agenouille devant lui.
" Tu es comme ça depuis quand ?
— Aucune idée… j’ai tellement mal à la tête…
— William est passé ce matin ?
— Oui… il voulait que je vienne bosser… après qu’il est parti, j’ai fini une bouteille… et après… je sais plus."
Alex se lève brusquement et fait les cent pas, nerveux, désorienté. L’odeur d’alcool est forte. Ce n’est pas un simple malaise.
" Je vais te trouver des vêtements. On va aux urgences, tu m’inquiètes vraiment."
Elle ouvre son armoire, mais il la rejoint et l’enlace maladroitement par derrière. Elle se retourne aussitôt.
" Alex, lâche-moi. Va te passer de l’eau sur le visage, tu ne tiens pas debout.
— Ce qui me ferait du bien… c’est que tu restes… que tu m’embrasses…"
Elle pose aussitôt la main sur ses lèvres.
" Non. Tu dis n’importe quoi. Tu es ivre, tu n’es pas dans ton état normal."
Il insiste, confus, la retient trop fort. Elle le repousse fermement.
" Tu me mets mal à l’aise. Mets ton t-shirt. Je t’emmène à l’hôpital."
Elle se détourne, mais il s’accroche encore, paniqué.
"Tu vas pas me laisser… tu tiens trop à moi pour partir, hein ?"
Elle croise son regard et remarque alors ce qui la glace : son teint est jaunâtre, ses yeux rougis et humides.
"Alex… ta peau est jaune. Tu ne vas vraiment pas bien.
— J’ai mal… aide-moi… me laisse pas…"
Il s’effondre presque contre elle, des larmes coulant sans qu’il semble s’en rendre compte.
" Tu as encore mal à la tête ?
— Oui… j’ai l’impression que ça va exploser…"
Son regard tombe sur la table basse. Des plaquettes de médicaments ouvertes. Trop ouvertes.
" Merde, Alex… tu as pris des cachets ?
— Je… je crois…"
Elle saisit le verre posé à côté, le sent immédiatement.
" Tu as pris ça avec de l’alcool ?!"
Son cœur s’emballe. Cette fois, il n’y a plus de doute : ce n’est pas juste une cuite.
C’est dangereux.
Diana sort son téléphone, les mains tremblantes, et appelle les pompiers. Elle a la gorge nouée, le cœur affolé.
Alex, lui, a de plus en plus de mal à garder les idées claires. Tout se mélange. Il ne sait même plus vraiment si c’est bien elle. Son odeur est étrange… différente. Un parfum masculin, mêlé à sa senteur sucrée habituelle. Ça le trouble.
Il ne veut pas aller à l’hôpital. Il n’en a jamais voulu.
Mais en même temps, il sait confusément qu’il va très mal.
Ses jambes cèdent et il s’écroule sur le canapé. Il sent des claques sur ses joues, entend sa voix l’appeler, insistante.
Puis un prénom, répété plusieurs fois :
" William !"
Il ne sait pas si son cousin est vraiment là.
. Cette pensée lui traverse l’esprit, puis se dissout.
Il ferme les yeux un instant.
Quand il les rouvre, des silhouettes masquées se tiennent au-dessus de lui. Il serre faiblement la main qu’il sent dans la sienne. Il comprend que ce sont les pompiers.
" Est-ce qu’il a de la famille à prévenir ?" demande l’un d’eux.
" Sa sœur… peut-être…, " murmure Diana.
Alex lui lance un regard suppliant. Elle incline légèrement la tête, comme si elle comprenait.
"Elle n’est pas ici, et elle est en plein examens. J’ai appelé son cousin. Il nous rejoint à l’hôpital.
— Ce n’est pas vraiment de la famille proche…
— C’est aussi son supérieur. Il le connaît très bien. Il l’a vu ce matin. Il pourra peut-être nous aider à comprendre ce qui l’a mis dans cet état."
Le pompier acquiesce.
" Il vomissait quand vous êtes arrivée, c’est bien ça ?
— Oui. Il a très mal à la tête. Ce qui m’inquiète, c’est qu’il est presque jaune… et surtout, il a pris des cachets avec de l’alcool.
— S’il les a pris récemment, il y a des chances qu’il les ait vomis. Mettez-lui l’oxygène."
Diana serre la mâchoire.
" Il boit beaucoup en ce moment… il se plaint souvent de migraines. Mais je ne l’ai jamais vu comme ça.
— C’était sûrement le verre de trop, " répond le pompier d’un ton rassurant.
" Ne vous inquiétez pas, on va s’occuper de lui. Vous l’accompagnez ?"
Elle hoche la tête. Elle récupère ses papiers, comme toujours rangés au même endroit, et monte dans l’ambulance. Elle tient la main d’Alex, froide et moite.
À l’hôpital, elle donne toutes les informations à l’infirmière, puis attend. Elle tourne en rond.
Elle le savait.
Elle savait qu’il buvait trop. Et pas pour faire la fête.
Le pompier lui a parlé d’un malaise vagal. Pas d’un coma éthylique. Peut-être la migraine. Peut-être l’angoisse.
Alex avait supplié qu’on n’appelle pas les secours.
Sa mère.
Les ambulances.
Les souvenirs.
Ça devait l’avoir terrorisé.
William arrive enfin, le visage fermé par l’inquiétude.
" Foxy ? Ça va ?"
Elle craque immédiatement et se jette dans ses bras.
" Non ! Bien sûr que non ! Alex est dans un état lamentable !
— Pourquoi tu ne m’as pas appelé plus tôt ?
— Il ne voulait pas ! Et au début, je pensais que ce n’était rien… mais quand je suis arrivée, je n’arrivais plus à le gérer."
William passe une main sur son visage, tendu.
" Ce matin, il allait plutôt bien. Grognon, mais rien d’alarmant.
— Je te dis qu’il boit beaucoup trop ! Il a pris des cachets avec de l’alcool ! Il était presque jaune, William !
— Calme-toi… ce n’est pas forcément lié à l’alcool. Il a souvent mal à la tête en ce moment…"
Diana le regarde, incrédule.
" Il était ivre. Il a mélangé médicaments et alcool. Tu refuses de voir la réalité.
- Je ne ferme pas les yeux ! Je refuse juste d’en faire un alcoolique comme sa mère !"
Le mot claque. Trop fort.
Diana blêmit.
" Tu crois que c’est lui rendre service que de faire comme si ça n’existait pas ?"
Elle se rapproche, les yeux brillants.
" Il a peur, William. Il est mal. Et toi, tu préfères te dire que “ça va passer”.
- Parce que tu crois que le coller une étiquette va l’aider ?"
Il se redresse, la voix plus dure.
" Tu n’es pas médecin. Tu n’es pas sa mère. Tu n’es même pas de sa famille."
Le coup est bas. Il le sait.
Elle aussi.
" Très bien, " dit-elle en ravalant un sanglot.
" Alors pourquoi c’est moi qui l’ai ramassé à moitié inconscient ? Pourquoi c’est moi qui ai appelé les pompiers pendant que toi, tu n’étais pas là ?
— Parce que je bossais !
- Moi aussi !"
William passe une main dans ses cheveux, visiblement à bout.
" Tu crois que je ne vois rien ? Tu crois que ça ne me fait rien ?"
Sa voix se brise malgré lui.
" C’est mon cousin. Mon ami... Je refuse de le voir devenir ça."
Diana s’adoucit un instant… puis secoue la tête.
" Justement. C’est pour ça que tu n’es pas objectif."
Elle baisse le ton.
" Moi, je ne veux pas qu’il devienne comme elle non plus. Mais faire semblant, ça ne l’empêchera pas de tomber."
Ils se regardent, épuisés.
Deux peurs différentes.
La même impuissance.
William soupire longuement et s’approche d’elle.
" J’ai juste… peur, Foxy.
— Moi aussi," murmure-t-elle.
"Mais je préfère avoir peur et agir que me rassurer avec des mensonges."
Il ne répond pas tout de suite. Il la serre simplement contre lui.
" Viens," dit-il enfin.
" On va demander des nouvelles."
Diana obéit, mais au fond d’elle, une certitude s’impose :
William veut croire que ce n’est qu’un accident.
Elle, elle sait que ce n’est que la conséquence d’un trop-plein qui dure depuis longtemps.
Le docteur les rejoint apres qu'une infirmiere ai été le chercher
" hum... heu... la famille d'Alexis Lours ?" Ils repondent ensemble :
" oui !
-— Bon… déjà, rassurez-vous, il est réveillé, " annonce le médecin.
"Il est encore un peu dans le brouillard, mais il s’agissait d’un malaise vagal. Il a eu de la chance d’avoir vomi les médicaments. Ce qu’il a pris est très dangereux mélangé à l’alcool, ça aurait pu être bien plus grave. Par précaution, nous avons fait un lavage d’estomac.
En revanche, son taux d’alcool dans le sang est assez élevé… il va falloir qu’il diminue sa consommation."
Diana fronce les sourcils.
"Et ses maux de tête ? C’est lié à l’alcool ?
— Pas forcément. Nous allons lui faire passer un examen ophtalmologique et une IRM pour écarter toute autre cause. Il peut aussi être simplement migraineux. Son foie est en bon état, ce qui est plutôt étonnant vu le contexte. Mais il était très angoissé. J’ai suivi sa mère il y a quelques mois… Je pense qu’un suivi psychiatrique lui ferait du bien, ne serait-ce que pour parler.
Quoi qu’il en soit, plus de peur que de mal cette fois. Je préfère toutefois le garder au moins cette nuit en observation."
William soupire.
" Pour vérifier s’il est addict…
— Je ne vais pas vous mentir, son état peut aussi faire penser à un début de manque."
Diana se mord les lèvres.
" Il m’a dit qu’il ne se souvenait plus de son dernier verre… mais il a beaucoup vomi, l’odeur était très forte…
— J’aimerais surtout qu’il voie un addictologue pour faire le point, savoir où il en est réellement et s’il est capable de se passer d’alcool."
William intervient aussitôt :
" Il est sobre en journée. Je travaille avec lui, il est sous mes ordres. Il n’a pas accès à l’alcool au poste.
— Souvent, les proches ne s’en rendent pas compte, " répond calmement le médecin.
"Je ne dis pas qu’il est alcoolique, mais vu les antécédents familiaux, je préfère m’en assurer. C’est aussi une condition pour le laisser sortir sans risque de récidive."
Diana acquiesce.
"Vous avez raison… on peut le voir ?
— Pas longtemps. Il a besoin de repos."
Ils les conduisent jusqu’à la chambre. Alex somnole. En les voyant, il détourne la tête.
" Laissez-moi…"
William s’approche du lit.
" Tu m’as déjà fait le coup ce matin. On s’inquiète tous les deux. On veut juste s’assurer que tu vas mieux.
— J’irais mieux si je n’étais pas ici. Je déteste cet endroit… Je veux partir.
Will, je t’ai aidé à sortir d’ici il y a quelques mois, alors aide-moi maintenant…
— Avec ce que tu as dans le sang ? Hors de question. Tu pourrais prendre feu si on approchait une allumette."
Diana s’assoit sur le bord du lit et lui caresse doucement la joue.
" Will a raison… et ce n’est que pour la nuit."
Alex la regarde, honteux.
" J’ai fait n’importe quoi, ma jolie… Dis-moi… je ne t’ai pas fait de mal ?
— Non, bien sûr que non. Tu n’as pas été v*****t…
— Pardon… je ne sais pas ce qui m’a pris…"
Il éclate en sanglots. William le prend dans ses bras.
" Tu n’es pas tout seul. On est là. Ça va aller.
— Ne me laissez pas ici… Je ne suis pas comme ma mère, je vous jure ! Je ne suis pas alcoolique ! S’il vous plaît… je ferai attention…
— Alex, ce serait bien que tu restes et que tu voies les médecins.
— Je ne suis pas alcoolique… j’ai juste fait n’importe quoi avec les médicaments…
— Je te crois, " répond William plus doucement.
"Ne pleure pas… je vais voir ce que je peux faire."
Diana croise les bras, contrariée.
" Le médecin veut le garder ici.
— Je n’ai pas dit que je le ferais sortir. Je vais juste discuter."
Alex les regarde tour à tour, inquiet.
" Ne vous disputez pas à cause de moi… Je ne veux pas rester, mais je ne veux pas non plus que vous vous fâchiez.
— On ne se dispute pas," assure William avec un sourire forcé.
"Je reviens."
Il sort. Un silence pesant s’installe.
" Désolé, Didi… je suis vraiment un abruti aujourd’hui…
— Ce n’est pas à toi de t’excuser.
C’est juste un désaccord entre Will et moi.
Mais je m’inquiète pour toi… Tu n’es peut-être pas alcoolique, mais tu ne vas pas bien. Et j’aimerais que tu prennes soin de toi.
— Je sais… Tu as raison. Je bois pour de mauvaises raisons."
Elle essuie une larme sur sa joue et l’embrasse sur le front.
" Tu sais… moi aussi…
— Tu manges pour de mauvaises raisons ?"
Elle sursaute.
" Comment… ?
— William s’en doute. Il m’en a parlé. Kelly l’était aussi…
Il s’inquiète pour toi, Didi. Parle-lui, d’accord ?
Et quand tu l’auras fait, toi et moi, on s’en sortira ensemble. Il sera fier de nous. Et nous aussi.
— Je… je ne sais pas…"
William revient à ce moment-là, accompagné du médecin.
" Bon… le docteur accepte que tu sortes, à certaines conditions."
Le médecin soupire.
" D’abord, votre taux d’alcoolémie devra être redescendu à un niveau acceptable d’ici une heure, et vos examens devront être normaux.
Ensuite : rendez-vous obligatoire avec l’addictologue demain à neuf heures, et suivi psychologique."
Alex grimace et se frotte la tête.
" Génial…l'addictologue... serieux doc ?
- tres serieux... et vous prendrez rendez vous chez l'ophtalmo pour verifier votre vue... voir si vos migraines ne viennent pas de là... je repasse dans une heure, une infirmiere va venir vous faire une derniere prise de sang... vous avez toujours mal à la tete ?
- ça passe... le medoc qu'on m'a mit dans le nez m'a fait du bien
- je vous en ai prescrit mais c'est en cas de grosses crises, il ne faut pas en abuser... à tout à l'heure...
- à tout à l'heure docteur..." .
Alexis ne tente meme pas de draguer la jolie infirmiere, ce qui fait reagir son cousin :
" et bien... tu ne l'as même pas regarder... tu es vraiment mal en point
- c'est la migraine, quand je ferme les yeux j'ai moins mal".
Diana se leve et eteint la lumiere :
" ça va mieux ?
- ho oui... merci Didi
- on devrait parler moins fort... quand j'ai des migraines je ne supportes plus rien tout me fait mal à la tête... bon... je vais chez toi te preparer un sac pour ta nuit à la maison...".
William la retient :
" je t'accompagne..." leur ami s'endort... ils lui disent à tout à l'heure et lui marque un mot sur sa table de nuit au cas ou il se reveillerait...
Le lieutenant accompagne en silence sa conjointe. Il brise le silence sur le retour :
" vous parliez de quoi avec Alex quand je suis arrivée avec le medecin ?
- de ses problemes...
- d'accord... il est à lui ce sweat ? Je ne le connait pas...
- non... c'est... au fils d'un beneficiaire... je m'etais renversée de l'eau..." il sourit :
"ça ne m'étonne pas de toi, tu es sur que tu veux qu'il vienne à la maison ?
- pourquoi ? C'est pas ce que tu voulais ?
- je ne comptais pas le laisser seul mais j'aurais pu dormir chez lui et te laisser te reposer tranquillement... la journee à du être dure ?
- hé bien c'est notre ami... je m'inquietes je ne veux pas le laisser seul et j'ai pas envie d'être loin de toi...".
Il l'embrasse avant de sortir de la voiture et lui chuchotte :
" I love you... quand tu seras pretes à me parler tu me parleras d'accord...".
Elle baisse les yeux, se demandant comment il s'en ai douté... elle avait fait gaffe à tout... il lui redresse la tête :
" j'aurais jamais honte de toi...".
Il l'embrasse sur le front et part retrouver son ami qui se reveille tout juste.
Diana arrive juste à temps pour voir le medecin lui annoncer qu'il peut sortir. Elle soupire de soulagement, quand il dit que ses derniers resultats sont bons...
Soutenue par son cousin qui l'empeche de trop vaciller, il se laisse conduire jusqu'à la petite maison si apaisante.
Là bas, il n'a pas envie de boire malgres la presence d'alcool... peut être parcequ'en étant entouré par ses amis, il se sent en securité, dans une famille stable.
Il n'a pas de responsabilités chez Didi... il ne doit pas prendre soin de sa mere... il a juste à être lui même...
Il ne pourra pas couper aux rendez vous, Will lui a dit qu'il l'accompagnerait...
Il sait qu'il doit y aller mais il a peur d'entendre les mots : " vous êtes alcoolique"... mais il doit affronter ses peurs...
Heureusement qu'il n'est pas seul.