Chapitre 6 : Arioviste le Suève      55

868 Words
Chapitre 6 : Arioviste le Suève Août 58 av. J.-C. Marcus Falerius se situe à la gauche de Jules César, avec le reste de ses généraux. D’une voix claire, le proconsul résume les derniers événements et les informe de ses dernières décisions : ⸺ Une grande partie des peuples de la Gaule nous ont envoyé des ambassadeurs après notre victoire contre les Helvètes, demandant notre assentiment afin de créer une assemblée générale de toute la Gaule destinée à discuter des suites à donner à cette victoire. Mon cher Leonidas m’a alors soufflé une idée fort subtile : voilà le prétexte idéal pour intervenir en toute légalité contre Arioviste46. Marcus lance un regard chargé d’une certaine animosité à ce Grec que personne n’apprécie, hormis César. Il le trouve beaucoup trop présent et comme ses autres collègues généraux, il ne comprend pas cette situation. Qui est-il véritablement ? ⸺ Petit à petit les Germains s’installent en Gaule, les terres étant bien plus fertiles, poursuit le proconsul. Les Eduens ont demandé l’aide de Rome et j’étais parvenu à convaincre Arioviste de suspendre sa conquête de la Gaule en lui octroyant en contrepartie le titre d’« ami du peuple romain ». Mais Arioviste n’a pas respecté sa parole et a repris son harcèlement. Les Eduens sont venus me voir, comme vous le savez et il m’est apparu urgent d’agir. Si Arioviste traverse à nouveau le Rhin, il se tournera par la suite à coup sûr vers la Gaule transalpine et même Rome. Il faut mettre un terme définitif à ses agissements. A ces mots, Jules César marque une pause, regardant chacun de ses généraux. Lorsqu’il parvient à Marcus, il apparait à ce dernier qu’il s’attarde particulièrement sur lui. Il existe entre eux une complicité sans cesse grandissante et Marcus éprouve à son égard une passion sans faille. Il est prêt à mourir pour celui qu’il considère comme le plus grand de tous les chefs. ⸺ J’ai fait envoyer des ambassadeurs à Arioviste, mais il a refusé tout entretien en terres gauloises. Il a même osé rétorquer que les Romains et César n’avaient pas à s’occuper de guerres germano-gauloises, sans oublier de rappeler qu’il était pleinement justifié de rester sur des terres qu’il avait conquises de son plein droit. J’ai donc durci le ton et transmit un ultimatum à Arioviste. Pour l’irriter et ainsi déclencher une guerre, déclara le proconsul en riant avec légèreté, ce qui provoqua quelques répliques parmi son assistance. L’ultimatum était simple : pour être encore considéré comme un « ami du peuple romain », Arioviste ne devait plus transférer de population d’outre-Rhin en Gaule, provoquer de nouvelles guerres contre les Eduens et leurs alliés et restituer les otages Eduens. S’il refusait ces exigences, j’étais forcément dans l’obligation de défendre les intérêts des Eduens et de leurs alliés. La réponse du Germain est tombée : les Eduens sont ses vassaux et il ne craint pas la lutte avec les armées de César puisque ses troupes n’ont encore jamais été défaites. Ce sont bien ses mots, mon cher Leonidas ? ⸺ Exactement, réplique ce dernier de son ton sec. ⸺ En conséquence, reprend César d’une voix sombre, la guerre est officiellement déclarée. Nous allons nous remettre en route vers Vesontio47. A marche forcée, parce qu’Arioviste se dirige justement vers cette cité, termine-t-il. Les Romains parvinrent avant lui à leur but et s’emparèrent sans trop de problèmes de la cité, y plaçant une garnison, non sans s’être fait haranguer par César car les légionnaires craignaient fortement les Germains qui étaient considérés comme des combattants extrêmement féroces et sanguinaires, à la limite de la sauvagerie. Puis ils repartirent et avancèrent à la rencontre de l’ennemi qui se situait à plus d’une trentaine de kilomètres. Arioviste demanda alors une entrevue à Jules César, au beau milieu d’une vaste plaine. Tous espéraient qu’un accord serait trouvé et que la bataille pourrait être évitée. Le proconsul ne changea pas ses doléances, tandis que le Germain lui rétorqua que s’il avait traversé le Rhin c’était parce que les Gaulois lui avaient demandé de venir. Il rajouta qu’il avait vaincu les Eduens loyalement et que par conséquent il était pleinement dans son droit quant à son désir d’en faire des vassaux. Un incident n’allait pas aider les deux hommes à se comprendre : les cavaliers germains menacèrent directement la garde de César, dont Marcus Falerius faisait désormais partie après une promotion, et face à cette menace, le proconsul s’en alla. Par la suite, Arioviste n’allait cesser de tester César et jouer avec ses nerfs. Déplaçant son camp, il l’approcha de celui des Romains, à environ 9 kilomètres48. Le lendemain il arriva par la forêt et tenta de couper les ravitaillements romains. Arioviste refusa pourtant tout combat en ligne et mena une vraie guerre d’usure en envoyant 6 000 cavaliers et 6 000 fantassins déstabiliser l’armée romaine dans des escarmouches diverses. Alors César décida de faire édifier un camp plus près encore des Germains et les altercations sporadiques se poursuivirent. Il laissa deux légions dans cette autre fortification, ainsi que les auxiliaires gaulois et ramena le reste de ses troupes dans le premier camp. Mais César eut beau tenter son ennemi en sortant toutes ses troupes et les ranger en ordre de bataille sous son nez, Arioviste ne bougea pas. Pourtant, à peine rentrées dans leur camp respectif, les légions durent affronter un gros assaut sur le deuxième camp, manquant de perdre la position. Le combat causa de nombreuses victimes. César décida qu’il était temps de mettre une bonne fois pour toute un terme à cet horripilant jeu : Arioviste allait devoir accepter le combat ou mourir.
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