Je ne perds pas le moindre mot de cette histoire. Je veille surtout à ne pas interrompre Tonton Pol afin de n’en rater aucun détail. Elle avait débuté par ce prénom crié avec exaspération dans l’enceinte du château : « Déborah, Déborah ! » Et depuis ce jour, ce nom n’avait cessé de résonner en moi et, sans vraiment que j’en sache la raison, n’en finissait pas de m’obséder. Les circonstances décident brusquement de mettre fin au récit de mon oncle : au détour d’un virage, il freine pour un véhicule à l’arrêt. – On dirait la vieille Jaguar du château. Un accident ou une panne ? À cette heure-ci ? Reste gamin, je vais voir. Je baisse la vitre de mon côté. La voiture qui nous suivait s’engage avec lenteur, éclairant au passage mon oncle et une dame de grande taille, vêtue avec une élégance

