Cela faisait une semaine que l'animosité qui existait entre moi et ma tutrice perdurait.
Cette bonne-dame avait transformé cette maison selon ses goûts, qui d'ailleurs, soit dit en passant, étaient grossier. Tableaux la représentant, fleurs aux odeurs étouffantes, et d'innombrables sauvageries qu'elle se plaisait à nous imposer.
Tout ce qui était, avant la mort de ma feue grand-mère, n'existait plus. Aucun tableau d'elle ne se trouvait plus sur les murs, encore moins ceux de mes ancêtres. On aurait dit qu'elle désirait effacer l'existence même des Loyd.
En revenant, dans la matinée, de ma ballade à cheval, je croyais qu'il n'y aurait plus de travaux, mais je m'étais fourvoyé. Il semblait que cette femme, n'en eût pas terminé avec le gaspillage pécunier.
Et dire qu'elle dilapidait mon argent en miroitant aux notaires des raisons farfelues. Comme si ce qu'elle faisait importait vraiment à mon bonheur. Elle se plaisait bien à le dire à ce Monsieur Handrich.
À croire que ce ne sont pas seulement les raisons énoncées par cette harpie qui l'avait convaincu, mais aussi les robes aux décolletés affriolants de cette dernière, mais aussi sa beauté.
Je pris la direction de la buanderie pour saluer Sarah. C'était à présent là qu'elle passait le plus clair de son temps. Je m'étais arrêté, lors de ma ballade, chez le pharmacien, pour lui prendre un médicament contre ses douleurs incessantes dans le dos. À force de plier et monter le linge, son corps s'épuisait et ses forces s'amenuisaient.
Lorsque j'avais du temps, je prenais du plaisir à l'aider. Car il n'y avait qu'elle qui me restait vraiment sur cette terre. Pour elle, j'éprouvais de l'affection, comme avec ma grand-mère et mes parents.
En regagnant ma chambre, je constatai une chose des plus étrange. La chambre, de ma grand-mére, était ouverte. Pire encore, il en sortait et entrait des gens qui avaient dans leurs bras des objets lui appartenant.
— Que se passe-t-il ici ? demandai-je à un homme qui portait un fauteuil.
— C'est moi qui aie donné l'ordre de vider cette chambre. La mienne m'est peu confortable et je la préfère moins à celle-ci.
Mon cœur se chargea d'acrimonie. Mon regard s'attarda sur ma tutrice. Il était chargé d'hostilité et de dédain à son égard.
Je traversai cette harpie, et pris les quelques vêtements que portait l'une des domestiques et je les remis dans la penderie.
— Aucun vêtement ne quittera cette chambre, vous m'avez déjà retiré la présence de ma grand-mère dans toutes les autres pièces de cette maison, je ne vais pas vous laisser en faire autant avec sa chambre . Vous savez pertinemment que je tiens à cette chambre. Je m'y recueille.
— Alors sachez que dorénavant vous pouvez vous recueillir avec le peu d'affaire qu'il vous restera d'elle dans le débarras, car je compte bien jeter ce qui me semble inutile. Messieurs, faites votre travail.
Mon cœur fit un bon. Mon sang ne cessait de bouillir. On m'aurait donné une arme, j'aurais commis l'irréparable.
À sa phrase, tous poursuivirent leurs balais.
J'étais impuissant, désarmé.
Tout ce que me restait d'elle, m'était arraché devant mes yeux. Je ne pourrais plus venir me reposer sur ses draps, en prenant le temps de ressentir le parfum que dégage ses vêtements.
Lorsque les jours où mon âme est morose, je ne pourrais plus venir me confier à elle, dans cette chambre. Ni même ressasser nos souvenirs dans la seule pièce qui etait encore imprégnée de sa présence.
Quand je vis Mme de Figaret donner la boîte de musique à laquelle elle tenait tant, j'eus le diable au corps.
Je m'étais jeté sur ses mains et je la lui arrachai.
Elle s'indigna. Sortant de grands yeux, me dévisageant comme on le ferait avec un diable.
— Vous allez me remettre cet objet immédiatement, dit-elle en voulant le récupérer de mes mains.
Sauf que je résistais, et à un moment, dans cette brusquerie, le revers de ma main frappa sa joue.
La violence fut telle qu'elle tomba sur les fesses.