Lettre XV de Julie

299 Words
Lettre XV de JulieIl est important, mon ami, que nous nous séparions pour quelque temps, et c’est ici la première épreuve de l’obéissance que vous m’avez promise. Si je l’exige en cette occasion, croyez que j’en ai des raisons très fortes : il faut bien, et vous le savez trop, que j’en aie pour m’y résoudre ; quant à vous, vous n’en avez pas besoin d’autre que ma volonté. Il y a longtemps que vous avez un voyage à faire en Valais. Je voudrais que vous pussiez l’entreprendre à présent qu’il ne fait pas encore froid. Quoique l’automne soit encore agréable ici, vous voyez déjà blanchir la pointe de la Dent-de-Jamant, et dans six semaines je ne vous laisserais pas faire ce voyage dans un pays si rude. Tâchez donc de partir dès demain : vous m’écrirez à l’adresse que je vous envoie, et vous m’enverrez la vôtre quand vous serez arrivé à Sion. Vous n’avez jamais voulu me parler de l’état de vos affaires ; mais vous n’êtes pas dans votre patrie ; je sais que vous y avez peu de fortune, et que vous ne faites que la déranger ici, où vous ne resteriez pas sans moi. Je puis donc supposer qu’une partie de votre bourse est dans la mienne, et je vous envoie un léger acompte dans celle que renferme cette boîte, qu’il ne faut pas ouvrir devant le porteur. Je n’ai garde d’aller au-devant des difficultés ; je vous estime trop pour vous croire capable d’en faire. Je vous défends, non seulement de retourner sans mon ordre, mais de venir nous dire adieu. Vous pouvez écrire à ma mère ou à moi, simplement pour nous avertir que vous êtes forcé de partir sur-le-champ pour une affaire imprévue, et me donner, si vous voulez, quelques avis sur mes lectures jusqu’à votre retour. Tout cela doit être fait naturellement et sans aucune apparence de mystère. Adieu, mon ami ; n’oubliez pas que vous emportez le cœur et le repos de Julie.
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