🕯️ Chapitre 3 – Le Pacte du Sang

1209 Words
🕯️ Chapitre 3 – Le Pacte du Sang Le rêve était toujours le même. Des flammes. Des cris. Et cette silhouette dans la fumée, qui tendait la main vers elle. Lyra s’éveilla en sursaut. Sa respiration haletante résonnait dans la chambre silencieuse. Une douleur brûlante lui traversait le poignet : la marque de lune brillait faiblement, comme si elle réagissait à quelque chose. Elle se leva, attirée par la fenêtre. Dehors, la forêt s’étendait sous la brume argentée. Et, entre les arbres, elle aperçut une lueur rouge. Quelqu’un l’observait. Sans réfléchir, elle enfila sa veste et sortit. L’air était froid, chargé de murmures. Chaque pas semblait résonner trop fort. — Tu ne devrais pas être ici, Lyra. Elle se retourna brusquement. Kael se tenait derrière elle, son regard plus perçant que jamais. — Je… j’ai cru voir quelque chose. — Ce que tu as vu, dit-il lentement, n’appartient pas à ton monde. Pas encore. Elle serra les poings. — Alors dis-moi la vérité. Qui je suis ? Pourquoi je ressens ça ? Kael s’approcha, jusqu’à ce que leurs visages soient à quelques centimètres. Ses yeux argentés reflétaient la lune. — Tu portes le sceau du Crépuscule. Ce n’est pas une marque, c’est un lien. Un pacte de sang scellé avant ta naissance. — Un pacte ? Avec quoi ? — Pas quoi, répondit-il dans un souffle. Qui. Un vent glacé balaya la clairière. Les feuilles se soulevèrent, formant autour d’eux un cercle de lumière pâle. Kael tendit la main et toucha la marque de Lyra — une douleur fulgurante la traversa, mais au même instant, elle vit. Des visions. Des souvenirs. Un temple sous terre, des ombres agenouillées, et au centre, une femme aux yeux semblables aux siens versant son sang dans une coupe d’argent. > “Ce sang me lie à la nuit. Et à celui qui viendra après moi.” Lyra hurla et tomba à genoux. Kael la rattrapa. Ses doigts étaient froids comme la pierre. — Maintenant tu comprends, murmura-t-il. Ton pouvoir vient d’un serment ancien. Et ton âme… n’a jamais été entièrement humaine. Lyra leva les yeux vers lui, tremblante. — Et toi ? Qu’es-tu, Kael ? Il hésita. Son regard devint presque triste. Puis, dans la lumière lunaire, son ombre se déforma… deux ailes sombres apparurent dans son dos. — Je suis celui qui t’a juré fidélité… avant même ta naissance. Le rêve revenait chaque nuit. Toujours le même. Les flammes qui dévoraient le ciel, la voix dans la fumée, et cette main tendue vers elle avant que tout ne s’effondre. Lyra se réveilla brusquement. Sa respiration haletante faisait trembler la lampe sur la table de chevet. Ses draps étaient froids, humides de sueur. Sur son poignet, la petite marque en forme de croissant brillait d’une lumière rouge sombre, comme si quelque chose sous sa peau tentait de s’éveiller. Elle voulut la frotter, la cacher, mais plus elle essayait, plus la douleur s’intensifiait. Une voix, lointaine, résonna dans sa tête : > Le feu t’a marquée, mais le sang te réclame… Lyra se redressa, le cœur battant. Elle enfila sa veste et sortit dans le couloir silencieux. Les murs de pierre vibraient doucement, comme s’ils respiraient. Une brume épaisse serpentait sur le sol, suivant ses pas. Au bout du couloir, une porte entrouverte laissait passer un souffle glacé. Dehors, la lune était pleine, suspendue juste au-dessus de la forêt. Entre les troncs, une lueur rouge pulsait, vivante. Lyra descendit les marches sans réfléchir. Chaque pas semblait la rapprocher d’un souvenir qu’elle avait voulu oublier. Quand elle franchit la grille, la voix revint — cette fois, claire : > Tu ne peux pas me fuir, Lyra. Elle se retourna d’un bond. Kael se tenait là. Son uniforme noir se confondait presque avec la nuit, mais ses yeux, eux, étaient d’un argent éclatant. — Qu’est-ce que tu fais dehors à cette heure ? demanda-t-il d’un ton calme, presque froid. — Je… j’ai vu quelque chose. Une lumière dans la forêt. — Ce que tu vois ici n’est jamais “juste” une lumière, murmura-t-il. Il s’approcha. Ses pas ne faisaient aucun bruit. Lyra sentit son cœur s’accélérer sans comprendre pourquoi — il dégageait une force à la fois attirante et terrifiante. — Dis-moi la vérité, Kael, lâcha-t-elle. Qu’est-ce que je suis ? Pourquoi j’ai cette marque ? Kael resta silencieux quelques secondes. Puis il leva la main, et du bout des doigts, il toucha la marque sur son poignet. Le contact fut brûlant, mais étrangement apaisant. — Tu portes le sceau du Crépuscule, dit-il enfin. — C’est quoi, ce “Crépuscule” ? — Ce n’est pas un lieu… c’est un entre-deux. L’espace entre la lumière et l’ombre. Ceux qui en portent la trace ne sont plus tout à fait humains. Lyra recula d’un pas. — Tu veux dire que je suis… comme toi ? — Pas encore, répondit-il, la voix basse. Mais ton sang le deviendra. Avant qu’elle ne puisse répondre, la forêt s’illumina soudain. Des symboles rouges apparurent sur le sol, dessinant un cercle autour d’eux. Le vent se leva, chargé d’une odeur de fer et de cendres. — Kael… qu’est-ce que c’est ?! — Quelqu’un a brisé le sceau. On nous a trouvés ! Une silhouette se forma dans le cercle — un être sans visage, fait d’ombre et de fumée. Sa voix semblait sortir de la terre elle-même : > Héritière du feu… ton temps est venu. Lyra sentit son sang bouillir. Ses yeux se teintèrent d’une lueur dorée, et la marque sur son bras s’embrasa. Une vague d’énergie explosa autour d’elle, dispersant la brume. Kael leva un bras pour la protéger, mais son regard changea. Il ne la regardait plus comme une élève, mais comme une force qu’il craignait. — Lyra… arrête ! Tu ne sais pas ce que tu fais ! Mais c’était trop tard. L’ombre hurla, déchirée par la lumière qui émanait d’elle. Le cercle se brisa, et un silence retomba. Lyra tomba à genoux, épuisée. Kael s’agenouilla à ses côtés et la prit dans ses bras. Son souffle glacé caressa son front. — Qu’est-ce qui vient de se passer ? souffla-t-elle. — Tu viens d’honorer un pacte ancien, répondit-il. — Un pacte ? Avec qui ? Kael la regarda longuement, puis répondit d’une voix si basse qu’elle faillit ne pas l’entendre : > — Avec moi. Il releva lentement la tête, et pour la première fois, Lyra vit les ailes d’ombre se déployer derrière lui. Noires, majestueuses, faites de brume et de lumière mêlées. — Je suis ton Gardien, dit-il. Lié à ton sang depuis le jour où ton monde a brûlé. Lyra recula, bouleversée. — Tu étais là… cette nuit-là. — Oui. Et si je ne t’avais pas sauvée, les flammes t’auraient consumée tout entière. Un silence lourd s’installa. La lune éclairait leurs visages. Lyra sentit ses jambes trembler — entre peur, colère et quelque chose d’autre qu’elle n’osait pas nommer. Kael s’approcha encore, jusqu’à ce qu’elle sente le froid de sa peau contre la sienne. — Ton sang m’appelle, dit-il doucement. Et le mien répondra toujours. Puis il disparut, se fondant dans la nuit, ne laissant derrière lui qu’un souffle glacé et un mot, porté par le vent : > “Le Pacte est scellé.”
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