🌒 Chapitre 10 – Le Chant du Sang
Le vide.
Un silence si absolu qu’il en devenait assourdissant.
Lyra rouvrit les yeux — mais il n’y avait ni ciel, ni sol, ni air.
Seulement une mer d’ombres flottantes, des échos de souvenirs, des voix sans corps.
Kael était là , mais sa forme semblait changer à chaque battement de cœur.
Parfois humain, parfois ailé, parfois fait de lumière et d’obscurité mêlées.
— Où sommes-nous ? demanda Lyra, la voix tremblante.
— Dans le Néant. Le passage entre les vies… et les vérités, répondit Kael.
— Je croyais que c’était un mythe.
— Tout ce que tu as été le croyait aussi. Jusqu’à maintenant.
Une vibration monta du sol — ou de l’air, difficile à dire.
Des symboles anciens apparurent sous leurs pieds, formant un cercle de runes vivantes.
Elles palpitaient à l’unisson avec la marque sur la peau de Lyra.
Kael la regarda, grave.
— Ce chant… c’est ton sang qui l’appelle.
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Le Chant s’éveille
Une voix se mit à résonner, faible d’abord, puis plus claire.
Une mélodie ancienne, faite d’échos et de murmures.
Les mots n’étaient d’aucune langue connue — et pourtant Lyra les comprenait.
> “Du sang naît la lumière,
De la lumière naît l’ombre,
Et de l’ombre renaît le monde.”
Chaque mot vibrait dans ses veines, éveillant quelque chose d’endormi.
Sa marque s’étendit sur son bras, dessinant des filaments d’argent et d’or qui luisaient comme une constellation.
— C’est… moi ? murmura-t-elle.
— C’est ton essence, répondit Kael. Tu es la dernière Héritière du Chant. Celle qui peut relier les mondes.
Lyra sentit les larmes monter sans comprendre pourquoi.
Des souvenirs se formaient — des fragments de visages, de batailles, de promesses.
Et au centre, toujours lui : Kael.
Mais pas comme maintenant. Plus jeune. Sauvage. Ses ailes noires tachées de sang.
Et elle, dans une autre vie, lui tendant la main avant que tout ne s’effondre.
> “Tu m’as trahi…”
“Pour te sauver.”
La douleur la transperça.
— C’était… nous ? demanda-t-elle d’une voix brisée.
Kael détourna le regard.
— Oui. Et non. J’étais ton Gardien. Puis ton Bourreau. Et maintenant… ton seul lien avec la vérité.
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La mémoire de l’Héritière
Le Néant s’illumina soudain, projetant autour d’eux une vision grandiose :
Un royaume suspendu entre deux lunes.
Des tours de cristal. Des anges et des démons marchant côte à côte.
Et au centre, un trône vide, gardé par un cercle de lumière noire.
— C’est le Royaume du Chant, expliqua Kael. Là où tout a commencé.
— Et pourquoi il est… détruit ?
— Parce que tu es morte en le protégeant. Et quand tu es tombée, les mondes se sont séparés.
Lyra tomba à genoux, la main sur son cœur.
— Alors c’est ça, mon destin ? Recommencer la guerre ?
Kael s’agenouilla devant elle, posant une main sur sa joue.
— Non. Le changer. Cette fois, tu n’es pas seule.
Il tendit la main vers le vide.
Un fragment de lumière apparut : une clé, faite de sang et de cristal.
Elle battait comme un cœur vivant.
— Cette clé est à toi, Lyra. Elle ouvre la Porte du Chant. Mais attention… chaque vérité a un prix.
— Quel prix ?
— Le tien.
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L’appel du Conseil
Soudain, le Néant se mit à trembler.
Une lumière écarlate fendit l’obscurité.
Lyra sentit une force étrangère l’arracher à la vision.
— Quelqu’un essaie de te ramener, dit Kael.
— Qui ?
— Le Conseil. Ils savent où tu es. Et ils te veulent avant que tu te rappelles tout.
Lyra saisit la clé.
— Alors il faut que je me souvienne vite.
La lumière les engloutit.
Lyra hurla tandis que le Néant s’effondrait autour d’elle.
Et au moment où elle perdit conscience, une dernière phrase résonna dans son esprit :
> “Quand le Chant s’achèvera, le sang choisira son héritier.”