🌑 Chapitre 6 – Le Conseil des Sceaux
Le grand hall du Conseil résonnait d’un silence pesant.
Des cierges noirs brûlaient lentement, projetant des ombres mouvantes sur les visages des Maîtres.
Lyra se tenait au centre du cercle, pieds nus sur le sol froid de pierre.
Ses yeux, encore teintés d’or, captaient la moindre lumière comme s’ils la dévoraient.
Autour d’elle, six silhouettes encapuchonnées la fixaient.
Leurs voix s’élevèrent, graves, entrelacées comme un chœur ancien.
— Le Voile a parlé.
— Et il a reconnu son sang.
— Cela ne s’est pas produit depuis l’Ancienne Guerre.
Lyra ne comprenait pas tout.
Mais elle sentait la tension, la peur qui vibrait dans l’air.
Maître Eryndor, à sa droite, frappa le sol de son bâton.
— Silence ! Nous devons entendre ce qu’elle a vu.
Lyra prit une inspiration tremblante.
— J’ai vu… des flammes. Une femme. Elle me ressemblait. Elle a dit que je n’avais pas écouté, que j’avais fui mon feu. Puis… le Voile m’a parlé. Il m’a appelée “Héritière du Crépuscule”.
Un murmure choqué parcourut les Maîtres.
L’un d’eux, le visage pâle et les yeux noirs, siffla :
— Héritière du Crépuscule ? C’est une hérésie !
— Le titre appartient à la lignée des Noctem Primis, disparue depuis mille ans !
— Si c’est vrai… elle ne devrait pas exister.
Kael, posté derrière elle, serra les poings.
Il savait qu’il risquait sa place — voire pire — en intervenant, mais il parla quand même.
— Et si le Voile l’a reconnue, c’est qu’elle a un rôle à jouer. Nous ignorons encore lequel.
Un autre Maître tourna la tête vers lui.
— Tu défends une anomalie, Kael Nohr ?
— Je défends la volonté du Voile.
Un silence lourd tomba Ă nouveau.
Lyra, confuse, baissa les yeux.
Eryndor, lui, observait attentivement.
— Ce n’est pas une anomalie, dit-il enfin. C’est un avertissement.
— Le Voile ne reconnaît pas. Il réveille.
Tous se figèrent.
Eryndor continua, la voix basse :
— Si elle porte le sang Noctem, alors le Sceau du Crépuscule s’est rouvert. Et cela signifie… que la frontière entre les mondes se fragilise à nouveau.
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Un grondement sourd secoua les murs.
Les bougies vacillèrent.
Un parfum métallique flotta dans l’air — comme du fer brûlé.
Lyra leva les yeux.
Une fissure s’étendait lentement sur le plafond, comme une veine noire.
Kael recula, alarmé.
— Maître Eryndor… qu’est-ce que c’est ?
— Le prix du réveil, répondit-il d’une voix blanche.
— Chaque fois qu’un Noctem renaît, les Ombres du Néant cherchent à le reprendre.
Les fissures s’élargirent. Une ombre descendit du plafond, prenant forme humaine, ses contours faits de brume et de cris.
Lyra sentit une douleur violente dans sa poitrine.
Quelque chose en elle s’éveillait — brûlait, rugissait.
— Lyra ! cria Kael. Reste avec moi !
Mais la chose s’approchait, tendant une main noire vers elle.
Des voix chuchotaient dans sa tĂŞte.
> Reviens à nous… Héritière du Feu.
Ton âme nous appartient.
Lyra tomba Ă genoux, les mains sur les tempes.
Puis, soudainement, tout explosa.
Une onde de feu doré jaillit d’elle, balayant la salle.
Les Maîtres furent projetés au sol.
L’ombre hurla et se dissipa dans un sifflement.
Quand la lumière s’éteignit, Lyra gisait inconsciente dans les bras de Kael.
Une marque brûlante luisait sur sa clavicule : un croissant de lune traversé d’une flamme.
Eryndor s’approcha, les yeux écarquillés.
— Le Sceau… est revenu.
Kael leva les yeux vers lui.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Eryndor répondit d’une voix tremblante :
> — Que la guerre entre les mondes va recommencer.
Et cette fois, c’est elle… qui en sera le centre.